Le parfum des fraises sauvages


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine

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Le parfum des fraises sauvages
Angela Thirkell

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Les fraises sauvages ont un parfum de liberté à Rushwater House. Cette demeure imposante de style néo-gothique, construite par le grand-père du propriétaire actuel Lord Leslie, est pleine d’enfants de de petits-enfants en ce début d’été.
Nous faisons la connaissance de cette famille par l’entremise du révérend de l’église St. Mary’s qui les attend pour célébrer l’office du matin. Il nous confie que leurs personnalités sont peu classiques et que Lady Emily, tête de proue, est assurément la plus fantasque.
Nous sommes dans la deuxième période de l’Entre-deux-guerres et le roman ne va raconter que l’insouciance des beaux jours.

Un anniversaire à fêter et un bal à organiser, c’est dans cette ambiance qu’arrive Mary Preston, une nièce du colonel Graham qui est l’époux d’Agnès, la fille cadette des Leslie. A vingt-trois ans, Mary a essayé de s’affranchir de sa mère autoritaire en travaillant dans une bibliothèque, mais une modeste rente et une éducation stricte ont fait qu’elle n’a pas pu aller bien loin. Au contact des Leslie, Mary sort de sa chrysalide et se prend d’affection pour tous les membres de la famille. Ils sont charmants, intelligents, taquins et unis. Lady Emily et son mari ont la générosité du cœur. Après avoir perdu leur fils aîné à la guerre, ils ont surmonté leur douloureuse peine pour le bonheur des autres. De leurs enfants, John est le deuxième de la fratrie. Responsable, sérieux, doux et attentionné, il a connu le malheur de perdre sa femme un an après leur mariage. Le deuil est difficile à vivre, il ne recherche l’apaisement que dans le travail et le bien-être des siens. Après lui, vient Agnès, une mère de famille comblée. De son caractère on retient qu’elle est une sotte gentille et c’est dit avec beaucoup de tendresse. Elle est, elle aussi à sa manière, une originale. Le quatrième, le benjamin, est David. La première fois qu’elle le voit, Mary ne peut s’empêcher de tomber sous le charme de ce diablotin égocentrique qui rêve de faire du cinéma, de travailler à la radio ou d’écrire un livre. Artiste, il insuffle à Rushwater House le dynamisme de sa jeunesse, sa désinvolture et un esprit jazzy. David est aussi le modèle de son neveu Martin qui a dix ans de moins que lui. Martin, fils du fils aîné disparu, est l’héritier du domaine et celui qui va fêter ses dix-sept ans…
Que du monde à tous les étages de la maison !

De la superficialité, de l’extravagance mais aussi beaucoup d’humanité, il semble que le temps ait été suspendu et qu’une sphère protège ce coin de campagne des désolations de l’époque. L’été, c’est aussi la saison des amours. Les roucoulades sont innocentes, les élans timides et seules les pensées vagabondent vers la romance. Mary se met à rêver au parfum des fraises sauvages… et ainsi, permettre à Lady Emily et sa fille Agnès de jouer les Cupidon.
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Ne prenez pas ce livre au premier degré, ni au deuxième, et retenez plutôt le comique de cette satire qui nous est contée. Il est difficile de suivre le fil du scénario car nous avons parfois l’impression que l’auteur nous plonge dans une dimension surréaliste tant les personnages nous paraissent stupides. L’histoire en elle même n’est pas transcendante. De la nurserie, nous passons à table, puis sur les chaises longues du jardin, et les bavardages sont des banalités désopilantes. Mais ce qui élève l’intérêt du roman, c’est la peinture de cette société de la campagne anglaise. La bizarrerie étant dans un mélange de conservatisme et d’anticonformisme fantaisiste de la famille Leslie, des domestiques qui sont à leurs services et des voisins.
Ce livre édité en 1934 est… intéressant !

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Peinture de John Collier représentant Angela Thirkell

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La quiche fatale


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Policier avec Sharon

 

La quiche fatale
Agatha Raisin enquête.
M.C. Beaton

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Nous sommes à Carsely, un charmant petit village dans les Midlands de l’Angleterre. Tout y est comme sur les cartes postales, très pittoresque et préservé : des cottages en pierre avec des toits en chaume et des jardins fleuris, une belle campagne vallonnée, des sentiers ombragés, des vieilles églises et quelques châteaux à visiter… Ce coin paradisiaque, un peu suranné, a depuis longtemps séduit notre héroïne Miss Agatha Raisin qui l’estampille de trois critères : « beauté-tranquillité-sécurité ».

A cinquante-trois ans, Agatha Raisin a décidé de vendre son agence de relations publiques et de prendre une retraite anticipée dans ce coin paisible des Cotswolds, loin de l’hyperactivité de Londres. Un cottage remis à neuf par un décorateur, dans un style bucolique et romantique, une bicyclette pour entretenir la forme et une panoplie de sourires et d’amabilités pour sympathiser avec les « autochtones », elle s’imaginait être en totale harmonie avec l’ambiance. Mais au bout d’une semaine, après avoir échoué dans ses approches amicales et écumé tous les sites touristiques de la région, elle plonge dans un profond ennui. Que lui ont-ils souhaité à l’agence le jour de son départ ? Ah oui ! qu’elle se dégote « un gentil fermier » pour passer le temps. Seulement ce n’est pas facile à trouver et l’espèce masculine agglutinée au pub n’est guère encourageante.

C’est en faisant ses courses à l’épicerie-bureau de poste du village et en lisant une affichette punaisée au mur que l’idée lui vient. Elle pourrait avoir une certaine reconnaissance si elle remportait le concours de quiches organisé par le village ! Le fait de ne pas savoir cuisiner n’étant pas un problème essentiel pour elle, Agatha part acheter chez un traiteur réputé de Londres une magnifique quiche aux épinards qu’elle arrange pour faire croire qu’elle est de sa composition. Seulement, il va y avoir comme un petit ennui… L’honorable major Cummings-Browne, chargé d’attribuer le prix, meurt le soir même après avoir pris une collation avec les restes de la quiche aux épinards d’Agatha.
Empoisonnement à la ciguë aquatique, plus communément appelée le persil des marais, elle est accusée de meurtre le temps des prémices de l’enquête menée par un jeune lieutenant de police, Bill Wong, qui l’innocente très vite.

Donc, comme le dirait Hercule Poirot dans une de ses histoires, si ce n’est pas elle qui a tué le major, qui l’a tué ? Malgré les objections de Bill Wong, Agatha s’investit dans l’enquête et fait craqueler le vernis bien lisse de ses nouveaux voisins.
« Beauté-tranquillité-sécurité » ?

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Agatha Raisin n’est pas une Miss Marple. Elle est une femme non conventionnelle, massive, très directe, qui inspire peu la sympathie à son voisinage. Pourtant sous cette carapace qu’elle s’est façonnée depuis son enfance, elle a un cœur marshmallow recouvert de liberty. Ce petit village dans lequel elle veut se retirer, elle l’a rêvé. Fille de la ville, elle recherche dans cette campagne des racines terriennes et le label racé qui lui fait défaut. Bien entendu, rien ne se passe comme prévu (surtout lorsqu’on n’est pas un natif du coin) et le roman raconte aussi bien ses mésaventures sociétales que ses investigations sur le meurtre commis.
Une trame classique pour ce premier tome de la série, peut-être trop, sans dénouement spectaculaire, et une kyrielle de personnages qu’il est parfois difficile de restituer dans l’histoire lorsque notre attention papillonne, ce livre reste quand même une lecture agréable qui ne se refuse pas. Il a le mérite de me donner envie de lire un Agatha Christie et de faire une quiche aux épinards…
Je lirai certainement la suite.

 

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Agatha Raisin, série télévisée

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Chasseurs de livres

Chasseurs de livres
Jennifer Chambliss Bertman

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Leurs professions leur permettant de travailler chez eux, les parents d’Emily Crane ont décidé de déménager tous les ans pour visiter les cinquante états que compte les États-Unis. Cette fois-ci, leur port d’attache est San Francisco en Californie…
Passionnée de lectures et d’énigmes, Emily est heureuse de se retrouver dans la ville où habite Garrison Griswold, un célèbre éditeur qui organise des chasses aux livres. A partir d’indices pris sur le site internet, Book Scavenger, les lecteurs choisissent des livres cachés dans des lieux publics et partent à leur recherche. Un point est gagné à chaque livre trouvé et Emily alias Wombat mal léché, très douée dans les décodages, convoite le rang le plus élevé, celui de Sherlock Holmes.
Alors que ses parents et son frère Matthew commencent à décharger le camion de déménagement, Emily apprend par la radio la disparition de Monsieur Griswold ! Le cher homme devait inaugurer en direct un nouveau divertissement que tous ses fans attendaient avec impatience. Où est-il ? Serait-ce le début de l’aventure qu’il leur promettait ?
En fait, l’éditeur est à l’hôpital car il a subi une méchante agression qui a failli le tuer. Deux hommes ont voulu lui dérober le roman avec lequel il allait lancer la partie. « Le Scarabée d’or » écrit par Edgar Allan Poe en était le support, une histoire chargée de cryptogrammes qu’il avait remaniée et imprimée lui-même dans le plus grand des secrets ; un livre pour un trésor à déterrer.
Avec l’aide de son frère aîné Matthew et de son voisin James, féru comme elle de codages, ce n’est plus entre les pages des romans qu’Emily va enquêter, mais dans la vraie vie car d’énigme en énigme, croyant participer à un jeu, elle va se retrouver sur la route des malfaiteurs.
Qui tire les ficelles ? Et quels mystères recèle Le Scarabée d’or qu’Emily a découvert derrière une poubelle, sur les lieux de l’agression ? C’est la fin des vacances d’octobre, la ville est aux couleurs d’Halloween, Emily est pleine d’enthousiasme pour sa nouvelle vie… De l’enthousiasme, il va en falloir !

Premier tome d’une série qui aura pour héros nos jeunes amis, ce livre est comme la quatrième de couverture l’annonce, un véritable jeu de piste « pour tous les amoureux des livres et des énigmes ». Devinettes, codages en lettres et en chiffres, références littéraires et plein d’aventures, tout est conçu pour émoustiller la curiosité des jeunes lecteurs, enquêteurs en herbe ou chevronnés. Ils se plairont à mener l’enquête en parallèle, comme j’ai pu le faire. Une écriture dense, peut-être pas évidente dans un premier temps où tout se met en place, de l’humour, un rythme trépidant, du suspense, une belle amitié entre Emily et James, et San Francisco qui se dévoile dans son infrastructure si singulière et son histoire.
L’auteur précise que l’aïeul de Garrison Griswold a vraiment existé et qu’il fut jusqu’à la mort de Poe en mauvais termes avec lui.
« Chasseurs de livres » est à recommander…

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La vengeance de Cornebidouille

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Octobre en Halloween avec Hide et Lou

 

 

la-vengeance-de-cornebidouilleLa vengeance de Cornebidouille
Texte de Pierre Bertrand
Illustrations de Magali Bonniol
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la-vengeance-de-cornebidouille1 Préservons le dénouement de la première histoire, en ne vous dévoilant pas le pourquoi de cette vengeance… Sachez, que Cornebidouille est très en colère après Pierre. Vous songez aussitôt que c’est parce qu’il n’a pas mangé sa soupe ! Mais non… Cornebidouille a plus d’une raison d’être fâchée ! Et le terme « fâchée » est un euphémisme !

C’est la nuit… Pierre est couché quand il entend des gargouillis dans la canalisation. Il se lève, regarde partout, mais ne trouve rien de particulier. Quand… l’ombre de Cornebidouille se dresse derrière lui…

« – Ah, chenapan, tu croyais t’être débarrassé de moi ? A croire vraiment que tu me prends pour une imbécile !
– Euh oui, madame la sorcière, répondit Pierre en souriant.
– Petit impertinent, je vais te compresser, t’écraser, t’écrabouiller ! »

Impertinent… compresser… écrabouiller… Cornebidouille crie « Vengeance ! » sur toutes les tonalités. Pierre va manger de la soupe qu’elle va préparer. Et cette soupe, croyez-moi, ne sera pas faite avec les bons légumes du potager ! Un peu de bave de crapaud, un peu de toile d’araignée…

Alors… Pierre dégustera-t-il cette bonne soupe ? ou trouvera-t-il encore un subterfuge pour contrer Cornebidouille ?

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Il faut que vous racontiez les histoires de Pierre et Cornebidouille à vos enfants ! Ils vont bien rire… La fin est délicieuse ! Faites attention aux citrouilles !

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Cornebidouille

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Octobre en Halloween avec Hide et Lou

 

 cornebidouille1Cornebidouille
Texte de Pierre Bertrand
Illustrations de Magali Bonniol

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Pierre est un petit garçon qui part souvent se coucher le ventre vide car il ne veut pas manger sa soupe. Personne ne peut le contraindre à faire ce qu’il ne veut pas faire ! Mais un soir, il a la surprise de découvrir dans sa chambre une sorcière que l’on nomme Cornebidouille, venue spécialement pour lui.
Ah oui, mon petit bonhomme… tu ne v
eux rien manger ? qu’elle lui dit. Cornebidouille n’est pas belle. Elle a un grand nez crochu, un menton pointu et un regard guère commode, très intimidant. Mais Pierre persiste et se montre bien sûr de lui.
Entre une sorcière expérimentée qui grossit quand elle est contrariée et un bout de chou en pyjama pas très fier mais très obstiné, qui remportera la partie ?
Ne vous posez pas trop longtemps la question… on peut être petit mais aussi très malin…

Cette histoire ravira vos petits chéris mais ne vous aidera pas trop quand ils refuseront de manger vos épinards ou votre béchamel dégoulinante… la soupe, c’est bon et ça fait grandir ! Ils vous regarderont alors avec beaucoup de commisération et d’impertinence.
Je vous conseille ce charmant petit livre qui est le premier d’une trilogie. Texte et illustrations sont irrésistibles !

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Le singe à Buffon

le singe à buffonLe singe à Buffon
Gilles Bachelet

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« Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788), est un naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste, philosophe et écrivain français. » Source Wiki
Gilles Bachelet a voulu raconter les rapports entre ce scientifique des Lumières et son animal de compagnie, un singe
désopilant, qui se conduit très mal, mais qui sait susciter beaucoup d’indulgence et de tendresse.

Le singe est colérique, capricieux, il casse tout, s’amuse de ses bêtises et se montre très irrévérencieux. Il ne comprend que ce qu’il veut. On lui découvre un peu d’intelligence quand il fait des farces aux dépens de Buffon, mais sinon, c’est un enfant très indiscipliné qui aime reproduire tout l’inverse de ce qu’on lui demande.

De belles illustrations, bien détaillées, qui parlent plus que les mots, on retrouve l’humour et la fantaisie de Bachelet avec beaucoup de plaisir. Ici point de carotte doudou, comme celle du Chat, mais un morceau de chiffon… certainement sale et malodorant.

C’est très drôle, impertinent, et on se demande si le singe ne fait pas une étude zoologique sur l’homme. D’après Buffon, l’homme est semblable aux animaux.
L’auteur a reçu le Grand prix jeunesse de la Société des gens de lettres pour cet album, en 2003.
Je vous le recommande !

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le singe a buffon 1

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La peur de ma vie

logowalpurgis

La semaine de Walpurgis avec
Hilde, Lou, Marjorie

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la_peur_de_ma_vieLa peur de ma vie
Marie-Aude Murail

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Dans la bande de copains, il y a Serge, le narrateur, Maxime, Alexandre et Frédéric. Frédéric n’étant associé au trio que pour ses bonnes notes.
Mme Fisher, prof de français, veut initier ses élèves à l’art du récit. Après avoir constitué les équipes, vient alors le choix du registre… frissons ou quotidien ou sentiments. Serge et ses amis optent pour une intrigue à donner la chair de poule, laissant les sentiments aux filles !
« Tu as peur de quoi ? » Les réponses à cette question devant orienter le scénario, tous les quatre se mettent d’accord sur les esprits qui reviennent hanter les vivants. Araignées, zombies et vampires font peur, mais faire tourner les tables et convoquer un esprit ça fout vraiment les chocottes ! Convaincus qu’ils ont trouvé leur sujet initial, les étapes suivantes sont le titre et le début de l’histoire. L’histoire… c’est dans un livre de nouvelles sur les revenants que Serge pioche les idées, mais ce qui serait drôlement bien, c’est de trouver un guéridon et d’expérimenter le spiritisme ; « appeler les morts ».
Alors,
à minuit dans un appartement déserté par les parents, Serge, Alexandre, Maxime et Frédéric vont s’atteler à l’écriture… Il ne le savent pas encore mais cette nuit, ils vont découvrir « la peur, la vraie, » .

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C’est fun de se faire peur ! mais lorsqu’on lit un livre ou quand on regarde un film, on se dit que c’est « pour de faux ». L’auteur termine ce roman par « une vraie peur » qui fera réfléchir la bande de copains. Cette fameuse nuit, un évènement va les bouleverser et suite à cela, ils vont se confier leurs véritables tourments. Maxime a peur de la drogue, d’être tenté un jour. Frédéric a peur des attentats ; « Un fou, une poubelle, tu passes, et baoum ! ». Alexandre a peur du chômage, son père n’ayant plus d’emploi. Quant à Serge, il a peur de grandir, de perdre ses amis ; « On ne sera plus tous les quatre comme maintenant ». Comme à son habitude, Marie-Aude Murail raconte avec humour et dignité, les drames de notre société, ceux qu’on peut nommer des « vraies peurs ».
Je recommande ce roman aux enfants, dès l’âge de 9 ans.

« Marie-Aude Murail est née au Havre. Dans sa jeunesse, elle adorait lire des histoires de maisons hantées, d’apparitions et d’enfants possédés, qu’elle trouvait dans la bibliothèque de son père. « J’étais effrayée et fascinée, un peu comme Serge quand il lit sous son drap. »

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Photo prise « ici »

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