L’héritage des jumeaux diaboliques

Mois anglais avec Lou et Titine
Challenges Policiers historiques avec Sharon
D’autres billets du livre ce mois-ci : Lou, Cryssilda, FondantG,

 

 

L’héritage des jumeaux diaboliques
Gareth P. Jones

 

Dans le comté d’Hexford,

Lorelei et Ovide Spleenspick sont des jumeaux de treize ans, orphelins de leurs parents depuis la petite enfance. Héritiers d’une grande fortune, ils habitent le manoir familial et vivent sous la tutelle de leur majordome M. Crutcher, un homme lugubre qui inculque aux enfants des valeurs rigoristes. Dans cette ambiance gothique, perpétuellement endeuillée, sans musique, sans télévision, sans amis, seule la bibliothèque est un lieu d’évasion où l’esprit peut vagabonder de livre en livre.
Il n’y a pas que la lecture et les parties d’échecs qui occupent Lorelei et Ovide. Leur spécialité à tous les deux c’est leur grande jalousie l’un envers l’autre. Elle affûte l’esprit et les plonge dans de surprenantes inventions… Ainsi, ils rivalisent d’ingéniosités en créant des stratagèmes criminels pour des explosions, des décapitations, des défenestrations et d’autres dispositifs bien sanglants, comme une baignoire remplie de piranhas. Ils font tout pour s’entretuer.
Doit-on chercher l’origine de cette haine dans la tragique destinée de leurs parents ? Car la deuxième particularité qui singularise ces enfants se trouve dans leur lignage. Toutes les générations ont connu des drames et la malédiction n’a pas épargné leur père tué par empoisonnement et leur mère morte électrocutée par la foudre.

Jusqu’où seraient-ils allés si à l’aube de leur anniversaire, las de leurs surenchères assassines, ils n’avaient pas décidé de conclure une trêve ?
Afin d’établir un document très officiel dans lequel il serait stipulé que si l’un des enfants venait à décéder avant sa majorité l’autre n’hériterait de rien, ils font venir le notaire de la famille pour ajouter cette clause au testament. M. Carpenny a bien connu les parents des jumeaux et c’est en leur mémoire qu’il accepte d’écrire un avenant et de reprendre l’inventaire du manoir afin d’établir une liste des biens. Quatre-vingt-sept pièces à répertorier et un mois pour le faire…

Les jumeaux font bon accueil à M. Carpenny qui en cette période de vacances scolaires, est accompagné par son fils Adam. Si Lorelei découvre en cet adolescent de quinze ans un ami qui lui raconte le monde extérieur et qui l’incite à franchir les frontières du domaine, pour Ovide, le contact est bien différent ! Pour la première fois, le frère et la sœur connaissent une césure dans leurs relations fusionnelles et les hostilités reprennent ; noyade, attaque d’un essaim d’abeilles tueuses, ours en liberté, arbre piégé…
Lorsque Lorelei accuse son frère de ne pas avoir cessé ses machinations, Ovide lui jure que ces tentatives criminelles ne sont pas de son ressort. Alors… qui tente de tuer Lorelei, Ovide et le nouveau venu, Adam ? Un tueur les prend pour cible en se basant sur leurs machiavéliques artifices et tout le monde semble suspect : Mme Badshow la cuisinière, Mlle Grill la gouvernante, M. Paine le jardinier, M. Crutcher et même M. Carpenny qui semble cacher un secret.

Tous coupables ? Les jumeaux diaboliques vont mener une enquête et faire ressurgir les mystères du passé. Petit à petit, de confidence en confidence, de révélation en révélation, les personnages se dévoilent et l’histoire se réécrit…

Roman à suspens, roman à l’humour noir, dans la famille Spleenspick, la mort rôde ! Sur un tempo vif, diaboliquement tissé, fantasque et sépulcral, l’histoire n’est pas avare en action et en mystères. Le jeune lecteur lira donc les aventures des sympathiques jumeaux avec le sourire et sans chagrin pour toutes les misères qu’ils endurent. Il y a un peu de la vie désastreuse des orphelins Baudelaire.
Une charmante lecture à recommander, même si elle n’est pas très facile à lire car le scénario mêle plusieurs histoires, enchaîne les périls et multiplie les fausses pistes.

« – Les chats ont neuf vies. Nous, on n’en a qu’une. Après tout, on se fiche de savoir qui a commencé. L’important, c’est qu’on soit tous les deux d’accord pour arrêter. »

 

 

 

Rendez-vous avec le mal


Mois anglais avec Lou et Titine
Challenges Policiers historiques avec Sharon
Un livre offert par les Éditions Robert Laffont

 

Rendez-vous avec le mal
Une enquête de Samson et Delilah,
les détectives du Yorkshire
Julia Chapman

 

A Bruncliffe, petite ville du Yorkshire, nous retrouvons Samson O’Brien et Delilah Metcalfe pour un rendez-vous avec le mal. Ça débute à quelques jours de Noël où tout le monde se lance dans des festivités…

Delilah semble avoir pardonné à Samson d’être parti durant quatorze années, et suite au dénouement de la précédente affaire, elle ne voit plus d’un mauvais œil le fait qu’il ait annexé ses bureaux pour créer son agence de détective privé. En partageant les locaux, l’ingérence professionnelle chez l’un et chez l’autre se fait inévitablement et une certaine complicité commence à se développer entre eux.
Après avoir mené à bien sa dernière enquête, Samson doit maintenir sa nouvelle popularité et accepter tous les contrats qui lui sont proposés, même si les affaires n’ont pas une once d’intérêt ! C’est donc très embarrassé qu’il reçoit Alice Shepherd, une gentille vieille dame octogénaire qui se dit être en danger, et le fermier Clives Knowles qui a perdu son bélier, un précieux reproducteur qui vaut de l’or.
De son côté, Delilah doit composer avec tout un maelstrom d’ennuis ; ses dettes, son ex-mari qui veut une garde alternée pour leur chien Calimero (qui souffre d’anxiété), son agence matrimoniale qui vivote, son frère Will qui se montre inquisiteur et… l’afflux de ses souvenirs heureux du temps où elle était une gamine qui essayait de suivre partout ses aînés, Samson et Ryan, son autre frère décédé en Afghanistan. Alors, pour échapper à tout cela, rien de mieux que de proposer son aide à son colocataire…

N’ayant pas pris au sérieux les craintes d’Alice, Samson décide de partir à la recherche de Ralph le fugueur avec Delilah, tout en pensant revoir plus tard la vieille dame pour la rassurer. Mais quand il va à la maison de retraite de Fellside Court où elle réside, il arrive trop tard. Alice vient de mourir… Mort naturelle ou meurtre ?
Toujours assisté de Delilah qui commence à prendre goût aux enquêtes, Samson voit une sacrée équipe de séniors l’entourer. Confidents d’Alice et témoins de ses dernières heures, ils veulent tous mener l’affaire et découvrir le meurtrier.
Dans ces tristes circonstances, Samson va se rapprocher de son père qui habite également la résidence, et les vieilles rancunes s’effacent pour laisser place à de meilleurs sentiments.

Un être foncièrement méchant hante Fellside Court car après Alice, d’autres tentatives d’assassinat vont être commises. Samson va devoir arrêter le plus vite possible les desseins de ce croquemitaine…

Pour ce deuxième tome, on nous invite à passer les fêtes de Noël à Bruncliffe, mais pas pour admirer des décorations lumineuses… Une quête dans la lande à la recherche d’un bélier et les évènements tragiques à la maison de retraite vont pimenter les jours de l’Avent. Écrit avec humour, sur un tempo dynamique et un scénario parfois angoissant, ce roman est à classer dans les « cosy mystery », suspense, légèreté, avec une pointe de romance. Si dans sa construction l’intrigue policière n’est pas transcendante, elle a le mérite d’être distrayante et de nous présenter du pittoresque et des personnages bien sympathiques que nous retrouverons par la suite dans d’autres tomes.
A Bruncliffe, tout le monde se connaît et se mêle des affaires de tout le monde, mais parfois certains secrets restent impénétrables. Le fil d’Ariane qui relie les tomes entre eux semble être lié à Samson, car derrière la toile de fond, l’auteur tisse une autre histoire sur la vie qu’il menait avant de revenir et sur les intimidations qu’il reçoit et qui font planer mystères et dangers.
Une série à continuer, et à recommander !

Vous trouverez d’autres billets chez Keisha, Belette, Bianca, Fanny, Titine,

 

 

 

Remède de cheval

Mois anglais avec Lou et Titine
Challenge Policiers historiques avec Sharon

Petit Bac avec Enna

 

Remède de cheval
Agatha Raisin enquête.
M.C. Beaton

 

Ancienne directrice de son entreprise de relations publiques, Agatha Raisin s’ennuie depuis sa retraite anticipée dans le petit village qu’elle a toujours souhaité habiter, à Carsely. Du bon air, un cottage traditionnel en pierre, un jardin agrémenté de roses, une campagne verdoyante, des fermes, des habitants en tweed, des fêtes pastorales, un charmant voisin (James Lacey colonel de l’armée récemment reconverti en écrivain), puis un meurtre (celui d’un notable qui fut assassiné et qui égaya son arrivée en lui donnant le goût des enquêtes)… tout semble idyllique et pourtant, Agatha sombre dans une « langueur monotone ».
Alors, pour donner du sel à son existence, elle décide d’aller dans les Bahamas à la poursuite de James parti en voyage. Mais la traque reste vaine car sur place, elle apprend que le cher homme a changé d’idée pour une autre destination… le Caire ! Elle rentre donc à Carsely, bronzée et amère, prête à dédaigner le malotru, lorsqu’on lui annonce qu’un nouveau vétérinaire est venu s’installer dans le secteur. La quarantaine fringante, ce célibataire d’une sociabilité à toute épreuve attire son attention et supplante dans son cœur de midinette, James. Avec son chat Hodge sous le bras, Agatha s’empresse d’aller le rencontrer et reçoit, à sa grande surprise, une invitation à dîner.

Ce rencart, même s’il ne mène qu’à de futiles badinages, met un baume à son amour-propre égratigné. Il aurait pu être le premier d’une belle aventure, mais peu de temps après, on découvre dans les écuries de lord Pendlebury, le cadavre du vétérinaire décédé par une injection d’étorphine. La police émet aussitôt l’hypothèse d’une mort par accident, mais lorsque le lieutenant Will Wong interroge Agatha, elle lui dit carrément son idée : c’est un meurtre !

Agatha qui avait le désir de laisser la campagne pour retourner travailler à Londres, trouve avec cette mort suspecte un dérivatif à son désœuvrement et décide de mener quelques petites investigations pour aider son jeune ami Will Wong. La tâche ne sera que des plus agréables car James se propose de l’assister dans son enquête.

L’image d’Épinal de Carsely, un petit village pittoresque calme et enchanteur, devient tout à coup plus punk ! et Agatha a toutes les aptitudes pour l’animer…

Ce roman est le deuxième tome d’une longue série que l’on range dans le genre cosy mystery. Agatha Raisin est un personnage fantasque et déroutant. A plus de cinquante ans, sous des airs frondeurs et aguerris, elle est encore une jeune fille romantique et sensible. Cette particularité adoucit son rôle et la rend plus sympathique. Mais… au contraire de mes copines-lectrices qui adorent cette série, je suis navrée de dire qu’elle n’est pas pour moi ! Le premier tome ne m’avait guère captivée et ce fut pareil avec celui-ci. J’aurais aimé un peu plus de finesse dans l’humour et les gags, ainsi qu’une intrigue un peu plus élaborée. Il m’a semblé lire un script de téléfilm et non un roman.
Je regrette tant !

 

 

 

La cycliste solitaire

Mois anglais avec Lou et Titine
Challenges Policiers historiques avec Sharon et Petit Bac avec Enna

 

 

La cycliste solitaire
Le retour de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

John Watson nous rapporte cette fois-ci une histoire qui ne tire son intérêt que dans sa mise-en-scène et son humour pince-sans-rire. Sans grande envergure, il arrive toutefois à nous la rendre particulière car il joue de son rôle de narrateur en nous dépeignant des actions ridicules où tout le monde en prend pour son grade… La lecture est alors très visuelle et s’aligne plus sur la commedia dell’arte que sur la trame habituelle d’une chronique criminelle.
Il commence par nous dire que dans ses écrits, il y a différentes affaires. Celles qui sont complexes, sanglantes, et qui plaisent au public et puis d’autres qui n’ont rien de spectaculaire, sauf qu’elles ont une cocasserie pétillante.

Londres 1895,
Mlle Violet Smith est une jeune femme impétueuse qui sait se faire entendre. Elle arrive un jour au domicile de Sherlock Holmes en lui proposant de se pencher sur un fait bien étrange… Elle s’impose presque, face à un détective déjà accaparé par une enquête et un peu agacé de voir une demoiselle aussi « énergique ». Tel est l’adjectif qu’il utilise pour la décrire. Sans cérémonie, il la fait taire et lui prend d’office sa main pour l’étudier, montrant ainsi ses capacités d’analyste. Dans la texture de la peau, il voit que c’est une sportive et une musicienne. Et en effet, Mlle Violet est professeur de musique et fait du vélo…

Elle raconte qu’à la mort de son père, elle s’était retrouvée avec sa mère sans argent en quête d’un emploi. De condition plus que modeste, elle avait accepté de donner des leçons de musique particulières à la fille d’un ami de son vieil oncle parti en Afrique du Sud pour faire fortune. Le pauvre homme était mort dans la misère en s’inquiétant de sa parenté en Angleterre et avait chargé deux de ses connaissances d’aller rendre visite à cette nièce qu’il ne connaissait pas et qui était la seule descendante de la famille.
C’est ainsi qu’elle avait rencontré Messieurs Carruthers et Woodley. En se rendant compte de sa pauvreté, le premier avait proposé de l’embaucher. Charmant, très gentleman, il était la figure contraire du second, un homme rustre et concupiscent.

Dans la maison de Mr Carruthers, Violet s’y sent bien et son élève est une jeune fille délicieuse. Perdue dans la campagne de Charlington, la propriété est loin de la gare la plus proche et c’est donc à bicyclette que tous les samedis, elle s’y rend pour prendre le train de Londres où elle retrouve sa mère. Un travail agréable, une petite rentrée d’argent, un fiancé ingénieur qui bâtit sa carrière dans l’électricité, tout serait idyllique si Mr Woodley ne venait pas aussi souvent la voir. Son comportement et ses regards déplaisants incitent alors Violet à envisager de démissionner de son poste.
Le point inquiétant, dans le genre « icing on the cake », survient tous les samedis lorsqu’elle se retrouve seule à pédaler sur le chemin qui la mène à la gare. Un homme, également sur un vélo, nanti d’une barbe noire très fournie et coiffé d’un chapeau, la suit sur le même rythme qu’elle, à une distance telle qu’elle ne peut voir les traits de son visage. Lorsqu’elle ralentit, il ralentit, lorsqu’elle s’arrête, il s’arrête. La singularité et le comique de la situation n’enlèvent toutefois pas l’impression de menace qu’elle perçoit.

C’est à Watson que Holmes confie les prémices de l’enquête. Il sera ses oreilles et ses yeux. Mais pas tout le monde peut se considérer détective et Holmes, déçu par les qualités de son ami, reprendra l’affaire en faisant une petite incursion dans la campagne de Charlington pour récolter informations et… quelques ecchymoses !
Qui est ce mystérieux cycliste, qui sont réellement Carruthers et Woodley, et Violet doit-elle craindre pour sa vie ? Le rideau est tiré…

Les histoires de Sherlock Holmes sont très différentes les unes des autres. Conan Doyle arrive à donner de la nouveauté dans chacune. Comme Watson nous le confie au début de la nouvelle, il y a celles qui font peur et celles qui font sourire. Le dénouement est heureux, mais il s’en est fallu de peu qu’il vire au tragique…
Une lecture plaisante et bucolique qu’il vous faut lire !

 

 

 

Skeleton Key

Mois anglais avec Lou et Titine

 

 

 

Skeleton Key
Les aventures d’Alex Rider, Tome 3
Anthony Horowitz

 

Skeleton Key, l’île du squelette au large de Cuba, 40 km de long, 6 km de large,
Le Général Alex Sarov vient de réceptionner 1 kg d’uranium enrichi pour créer une bombe nucléaire.

Londres,
Depuis sa dernière mission, quatre semaines ont passé. Alex, quatorze ans et espion malgré lui, se retrouve pour commencer les vacances d’été à ramasser les balles sur les courts de Wimbledon pour les premiers matchs du tournoi. Cette couverture doit lui permettre de surveiller le Pavillon du Millénaire, espace réservé aux joueurs et aux officiels, car une semaine plus tôt, un Chinois s’est infiltré en pleine nuit pour commettre un cambriolage. Mais était-ce vraiment un vol ? En peu de temps, Alex découvre que le véritable objectif était de truquer les jeux en droguant les favoris et en faisant gagner les outsiders. Mais en mettant à mal l’une des plus grandes triades chinoises, le Grand Cercle, Alex devient une cible à abattre…

Après avoir échappé à deux tentatives d’assassinat, Alex doit quitter l’Angleterre pour sa sécurité. Le MI6 le confie à la CIA qui pour mener à bien une mission a besoin d’un adolescent pour jouer l’enfant d’un couple, des espions chevronnés qui enquêtent sur les agissements du Général Sarov, un ancien de l’ex-URSS. Une terrible menace pèse sur le monde !
Sur la paradisiaque île du squelette, Alex aura fort à faire avec des requins, un général et une bombe nucléaire.

Pour ce troisième récit, nous partons dans les eaux dangereuses des Caraïbes ; un décor de mangroves peuplées de crocodiles et d’une mer infestée de requins. Une fois encore, Alex Rider se retrouve seul pour déjouer un scénario machiavélique naît d’une vengeance personnelle et de la fascination d’un homme pour les idéaux politiques d’un vieux monde. Aventures explosives au service de sa Majesté, l’histoire à la Ian Fleming a de quoi captiver le lecteur !
Depuis la mort de son oncle, Alex n’a presque plus le temps de penser et malgré son inexpérience, il devient un agent redoutable déjà repéré par les plus grands pontes de la criminalité. Dans ce tome, il a quand même le temps de rencontrer une jeune fille, Sabina, qui va être pour lui d’un grand soutien moral… Nous la retrouverons dans le prochain épisode… alors, affaire à suivre !
Une série qui commence à être passionnante et que je n’hésiterai pas à recommander ; jeunes lecteurs, à partir de 8-9 ans.

 

 

 

Christmas pudding


Des lectures de Noël
Littérature anglaise avec Titine

 

 

Christmas pudding
Nancy Mitford

1930, Londres et le Gloucestershire,

En cette fin de décembre, pour les fêtes, la campagne du Gloucestershire va être le théâtre de nombreuses farces satiriques qui se joueront entre deux imposantes demeures, celles de Lady Bobbyn et de Madame Amabelle Fortescue.
Pour nous aider à situer les seize personnages principaux, Nancy Mitford nous dresse leurs portraits dès les premières pages qui décrivent avec finesse et piquant une société bourgeoise nantie d’un snobisme déconcertant et d’une ringardise déprimante. Deux, voire même trois générations vont se confronter ; les aînés qui sont bien imprégnés des heures glorieuses du passé et qui s’enlisent dans les conventions de leur milieu et les jeunes qui sont avides de plus de liberté, de bêtises, d’anticonformisme et de modernité.

Paul Fotheringay, ancien disciple d’Eton, a décidé de devenir écrivain. Son premier roman voudrait être une tragédie qui raconte les déconvenues romanesques d’un jeune homme, mais, à son grand désespoir, les critiques littéraires et les premiers lecteurs en ont fait le livre le plus divertissant de l’année, saluant la drôlerie de ses écrits en pensant à tort qu’ils sont une bouffonnerie des jeux amoureux. Incompris, déshonoré, Paul aurait aimé être réconforté par la demoiselle qu’il courtise, Marcella, seulement la jeune bécasse, superficielle et égocentrique, n’est d’aucun soutien. C’est donc vers une amie et confidente, Amabelle Fortescue, qu’il épanche sa peine. Cette femme intelligente, pétillante et très estimée, lui conseille de rebondir sur ce semi échec et d’écrire un nouveau livre. Alors, après réflexions et avec un certain entrain, Paul jette son dévolu sur une poétesse du siècle dernier, Lady Maria Bobbin.
Afin d’être au plus juste dans ses écrits, il fait des démarches auprès de ses descendants installés dans le Gloucestershire, pour avoir le droit de consulter son journal intime, mais sa demande reste vaine car la Lady Bobbin actuelle voit en Paul un auteur comique qui ne servirait pas le souvenir de l’ancêtre… Toujours bien aiguillé par Amabelle qui connaît la famille Bobbin, Paul décide de taire sa réelle identité et de se présenter à Lady Bobbin en tant que précepteur pour son fils Bobby, un jeune homme de dix-sept ans qui suit ses études à Eton et qui, durant les vacances de Noël, a grandement besoin d’une remise à niveau.

Ainsi commence le roman. D’une part, nous avons la maison de Lady Bobbin et d’autre part à quelques distances, nous avons la maison qu’Amabelle loue pour les fêtes. De l’une à l’autre, nous participons à l’arrivée des invités venus passer Noël et à un chassé-croisé de leurs visites, ainsi qu’à un chassé-croisé des sentiments.
Il serait bien trop long de vous expliquer qui est qui, qui fait quoi, mais sachez que le lecteur n’éprouve aucun ennui à lire l’ennui des personnages qui se donnent de l’importance jusqu’au ridicule. C’est riche et théâtral, ironique, ça brille de quiproquos, de goujateries, de bêtises et de suffisance. Lady Bobbin est une terrienne qui gère son patrimoine et sa famille à la baguette. En invitant la famille elle accomplit son devoir de chef, mais il ne faut point y mettre de plaisir.

Fille de cette aristocratie trop élitiste, hédoniste, chancelante et gâtée, Nancy Mitford raconte si bien ce qu’elle a vécu ! Sans indulgence, elle peint au vitriol le portrait de son époque et dénonce la condition de la femme dans cette société. Une femme se devait de faire un bon mariage et en oublier l’amour.
Je vous conseille grandement ce livre, à lire juste avant Noël pour le vivre pleinement. La demeure de Lady Bobbin est pleine de houx, on joue et on boit du champagne. Son Noël réunit le faste païen et la rigueur religieuse.

A recommander !

D’autres billets chez Belette,

Tableau peint par Joseph Kleitsch en 1928

 

 

Un Noël plein d’espoir

Lecture de Noël
Challenge polars de Sharon
Challenge British Mysteries de Lou
Lecture commune pour un livre de l’auteur avec
Lou, Corinne, Bianca, Sharon,

 

 

Un Noël plein d’espoir
Anne Perry

Noël 1883,
Londres, dans l’East End,

Très bientôt c’est Noël… Dans les rues ça sent les marrons chauds, les vitrines sont décorées de branches de houx, et les étals sont bien garnis. Mais un vent glacial annonce la neige et il n’est pas bon de rester longtemps dehors. La jeune Gracie Phipps fait des courses pour sa grand-mère, de maigres commissions pour une potée de chou et trois pommes de terre, juste à peine de quoi caler l’estomac de ses frères, car pour célébrer dignement la fête, il leur faut faire en ce moment des repas frugaux pour économiser. Elle en est donc à se hâter, son châle bien serré autour de ses épaules, lorsqu’elle rencontre une fillette en détresse.
Plus jeune qu’elle et plus frêle, Minnie Maude Mudway lui confie sa détresse dans un souffle… Son oncle Alf vient de mourir et Charlie a disparu. Charlie est l’âne qui tirait la charrette de son oncle, un chiffonnier. Il s’est enfui lors de l’accident et Minnie qui l’imagine perdu, frigorifié et affamé, s’est mis en tête de le ramener. L’histoire qu’elle raconte est décousue, mais ce que Gracie retient c’est qu’il y a un doute sur le décès de l’oncle qui serait mort assassiné pour une boîte dorée, certainement une boîte en or…

Sensible à ce désespoir et à la misère de Minnie, Gracie décide de l’aider à retrouver Charlie. En quadrillant dans un premier temps le périmètre de l’accident et en se renseignant auprès des témoins peu bavards, elle va, dans un deuxième temps, demander l’assistance d’un commerçant un peu mystérieux, Monsieur Balthasar le propriétaire d’une boutique très exotique de Whitechapel Road.
Téméraires, déterminées et inconscientes du danger qu’elles encourent, Gracie et Minnie vont devoir faire face à de dangereux criminels avant de fêter dignement Noël et de bénéficier de sa féerie.

Dans la série « Histoires de Noël », le roman met à l’honneur la jeune Gracie Phipps que l’on retrouve domestique dans la saga des Charlotte et Thomas Pitt. L’auteur nous mène dans les rues pauvres de Londres à l’époque de Noël, et à travers les regards innocents de nos héroïnes, nous dévoile la trame de ce conte policier de petite facture. L’histoire réside plus dans son ambiance et le caractère singulier des personnages que dans son enquête qui se révèle assez décevante et simpliste dans son épilogue.
Comme à mon habitude avec cette série de Noël, j’en ressors mitigée mais toujours présente à ces rendez-vous de fin d’année…