Thomas Ward l’Epouvanteur

Une année en Angleterre avec Titine, et le
Mois anglais avec Lou et Cryssilda

 

 

Thomas  Ward, l’Epouvanteur
Tome XIV
Joseph Delaney

 

Depuis le décès de son mentor John Gregory et le départ d’Alice (Tome XIII), il y a un an, Tom Ward, dix-sept ans, se retrouve seul pour faire le travail d’un épouvanteur.
Dans le village de Kirkby Lonsdale à la frontière du comté, il a été appelé par un aubergiste pour chasser le fantôme d’une jeune fille qui, depuis sa mort, hante la chambre qu’elle habitait. Myriam a été retrouvée morte vidée de son sang, sur son lit, sans aucune égratignure ou piqûre. Alors avant de renvoyer son spectre vers la lumière, Tom se doit d’enquêter sur sa mort mystérieuse.
Lorsqu’il parvient à échanger avec elle, il apprend que régulièrement dans son sommeil elle voyait une créature aux yeux rouges, au corps velu, ni homme, ni bête, qui la vampirisait. Cette fois-ci, la créature avait bu jusqu’à plus soif.
Myriam étant la troisième victime, Tom sait qu’il ne devra pas attendre longtemps pour voir réapparaître le monstre.
C’est une fille de quinze ans, Jenny Calder, qui le met sur la piste du tueur. En échange de ce qu’elle sait, elle désire devenir son apprentie épouvanteur. Septième fille d’une septième fille aux yeux vairons, dotée de quatre dons,  elle a toutes les capacités pour le devenir.
Sans trop lui accorder sa confiance, Tom décide de la suivre vers un arbre où se terre la bête, et là, il découvre que le vampire n’est autre qu’un Kobalos venu dans la région pour faire des expériences sur les humains.
Les Kobalos sont entre l’animal et l’homme. Ils sont venus pour conquérir le pays. Un an auparavant dans le Nord, Tom  les avait combattus avec Grimalkin la sorcière, mais rien n’avait été conclus et aujourd’hui, la menace s’étend…

Il avait fallu à Tom beaucoup d’énergie pour battre le Malin, et dans cette guerre contre les Kobalos, il se pourrait bien que Tom doive aller jusqu’au don de soi, jusqu’au sacrifice.

Ce quatorzième tome est en fait le début d’une trilogie qui raconterait la guerre contre les Kobalos. Il peut être une introduction à une nouvelle saga, ou la suite de l’Epouvanteur avec la tueuse Grimalkin et une nouvelle apprentie, Jenny.
Jenny a quatre dons qui font d’elle une personne bonne et généreuse. Elle est empathique, télépathe, elle transmet des ondes positives et a la possibilité de devenir invisible. Nous en saurons certainement plus sur elle dans les épisodes à venir.
Dans ce roman, le récit se partage entre elle et Tom. Lorsque Tom est en action et qu’il n’a pas la possibilité de narrer l’histoire, d’en être le rapporteur sur son journal, c’est Jenny qui prend le relai. Dans la maison de Chipenden avec Kratch le chat gobelin, les débuts de son apprentissage se calquent sur celui qu’avait reçu Tom avec John Gregory ; la tenue d’un journal et du bestiaire, des exercices physiques éprouvants, l’étape pour la maîtrise du courage dans la maison à la cave hantée, jusqu’à la capture des sorcières pernicieuses.

La lecture se scinde en des temps de gravité, de légèreté et de nostalgie des années passées, et des temps d’héroïsme et d’action. L’action dans cette saga est toujours très intense, très sanglante… très surprenante. Bien des choses ont changé, tant pour les personnages principaux que pour l’atmosphère du comté. On lit les Kobalos, mais aussi l’Inquisition qui intimide tout le monde.

J’ai beaucoup aimé ce tome même si la dernière page m’a laissée bouche bée et rageuse. J’ai hâte de lire la suite. Une suite qui j’espère me conviendra, parce que sinon… cher Monsieur Delaney, je viendrai vous tirer les oreilles.

Comme pour tous les autres tomes, je vous recommande ce livre et je préviens le jeune lecteur que ces histoires peuvent faire très peur !

 

 

 

Publicités

L’interprète Grec

Challenge Polars de Sharon,
une année en Angleterre avec Titine, et le
Mois anglais avec Lou et Cryssilda.

 

 

L’interprète Grec
Les mémoires de Sherlock Holmes

Arthur Conan Doyle

 

« J’en étais arrivé à croire qu’il était orphelin et sans famille, mais un jour je fus tout étonné qu’il se mit à me parler de son frère. »

Un soir d’été, John Watson apprend que son ami Sherlock Holmes a un frère plus doué que lui pour l’observation, et qu’il est peut-être encore plus froid, secret et insociable. A la suite de cette révélation, tous deux partent pour le club Diogène où Mycroft les attend avec son voisin, Monsieur Melas, un interprète Grec qui doit leur relater une étrange histoire.
Embauché par un certain Harold Latimer qui se montre rapidement menaçant quand il lui intime la plus grande discrétion sur cette affaire, Melas est chargé de traduire une conversation entre trois hommes ; Latimer, un comparse à lui et un homme qui semblerait être tenu prisonnier, le visage caché par des bandelettes. Melas, entre les questions des uns et les réponses de l’autre, comprend que l’homme est en fait Paul Kratidès, un Grec venu d’Athène pour voir sa sœur Sophie. Pourquoi le séquestre-t’on ? et qui sont ses geôliers ?
Renvoyé à Londres après qu’un incident ait interrompu la traduction, Melas ne tarde pas à confier à Mycroft les faits qui continuent à le bouleverser et à le maintenir dans l’angoisse.

Pour Watson, Holmes et Mycroft, les déductions vont bon train et toutes les mènent vers la même conclusion. Paul Kratidès court un grand danger ! et peut-être bien que Melas, aussi…

Cette petite nouvelle extraite des mémoires de Sherlock Holmes donne la part belle à John Watson et Mycroft Holmes. Elle n’est pas une histoire très passionnante, même si le dénouement se montre cruel pour l’un des personnages. On ne retiendra que le début lorsqu’on découvre que Holmes a un frère aîné qui est aussi intelligent que lui et bien plus bourru. Il voue à son égard de l’admiration et dit franchement que ses facultés d’observation sont supérieures aux siennes. Cependant, Mycroft est beaucoup moins intrépide que son cadet et moins réactif. Leurs caractères se sont forgés dès leurs enfances, dans une famille conservatrice de petits propriétaires de campagne. A leur arbre généalogique, ils comptent une grand-mère française qui fut la sœur du peintre Vernet.
A travers les chroniques et l’intimité rapportée, il est intéressant de dresser petit à petit le portrait de Sherlock Holmes. Le cher détective prend alors une dimension plus humaine…

Des enquêtes à lire et à relire !

 


Scène extraite de la série télévisée Sherlock Holmes – Granada Télévision

 

 

Rendez-vous avec le crime

Un livre offert par Babelio et les Éditions Robert Laffont
Une année en Angleterre avec Titine
Challenge polars avec Sharon

 

 

Rendez-vous avec le crime
Une enquête de Samson et Delilah,
les détectives du Yorkshire
Julia Chapman

 

De retour dans sa petite ville natale après quatorze ans d’absence, Samson O’Brien redécouvre Bruncliffe ; les vallons, la campagne bordée de murets en pierre, les falaises crayeuses, les manufactures abandonnées et l’animosité des habitants. Au premier coup d’œil, il semblerait que peu de choses aient changé, sauf que son père a vendu la vieille ferme pour habiter une résidence pour le 3ème âge et qu’il ne reverra pas son meilleur ami Ryan mort au combat en Afghanistan.
Lorsqu’il pénètre le pub, un uppercut l’accueille et le laisse inconscient quelques petites minutes. C’est un direct droit de Delilah Metcalfe, la petite sœur de Ryan, qui ne lui a pas pardonné de les avoir abandonnés sans une explication et de ne pas avoir donné de nouvelles durant toutes ces années. (La liste des rancœurs qu’elle partage avec le reste des Metcalfe est longue !)
Depuis son divorce, Delilah essaie de maintenir son agence de rencontre que la banque risque de saisir. Ensevelie sous les dettes de son ex-mari et pratiquement ruinée par le rachat de ses hypothèques, elle se voit obliger de louer une pièce de ses bureaux pour renflouer la caisse. La surprise est totale, lorsqu’elle apprend par son banquier que son nouveau locataire n’est autre que Samson qui souhaite ouvrir une agence de détective… A.R.V. l’agence de rencontre des Vallons, devient aussi l’agence de recherche des Vallons.

Leur cohabitation fait taire pour quelques temps tout un passif de reproches et de secrets. Si Samson n’est pas le bienvenu à Bruncliffe, il est quand même sollicité pour mener une enquête. On a découvert le cadavre de Richard Hargreaves. La police locale annonce un suicide, mais la mère du défunt est persuadée qu’il s’agit d’un crime.
Ancien flic de Londres, aux intuitions acérées, Samson relève immédiatement les incohérences des premières investigations et le doute n’est plus permis quand on lui annonce une deuxième mort… Tom Alderson meurt tragiquement écrasé par son quad. Un suicide, un accident, Samson ne tarde pas à lier les deux morts qui le mènent à l’agence de rencontre de Delilah, car les deux hommes venaient de participer à une soirée de speed-dating organisée par la jeune femme.
De son côté, Delilah, qui a fait le parallèle, ressort les dossiers de ses clients et commence à chercher le moindre petit indice.

Après des retrouvailles houleuses, Samson et Delilah s’associent le temps de l’enquête, et leur complicité renaît. Deux morts suspectes et bientôt une troisième… le meurtrier n’a pas l’air de vouloir s’arrêter ! La petite ville de Bruncliffe n’a rien à envier aux grosses métropoles ; on ne s’ennuie guère. En arpentant la campagne sur sa Royal Enfield, Samson va vite le reconnaître !

Premier tome d’une série, je découvre avec plaisir un duo de nouveaux enquêteurs qui officieront dans la campagne du Yorkshire. Suspense, humour, action, amitié sont les composants d’un sympathique roman policier, auxquels pourrait bien se greffer de la romance… Avec des personnages attachants, aux caractères bien affirmés (Samson, Dalilah, les habitants de Bruncliffe, Calimero le chien) et le sombre passé de Samson dans son rôle de flic intégré dans la mafia, l’intrigue bien amenée et dynamique nous tient captif. Dans ce premier épisode, l’auteur qui prend le temps d’implanter le décor, l’ambiance et la société typiquement anglaise, nous laisse présager à la fin que la suite des aventures sera pleine de tempérament.
Je vous recommande donc ce roman qui j’espère tiendra ses promesses…

Vous trouverez d’autres avis chez Hilde, Sharon, Bianca, Alex

 

Une image prise « ici »

 

 

La chorale des dames de Chilbury


Challenge « Une année in England » de Titine
Un livre offert par Babelio et les Éditions Albin Michel

 

 

La chorale des dames de Chilbury
Jennifer Ryan

 

Mars 1940, des maris et des fils sont partis à la guerre depuis six mois, et d’autres s’apprêtent à le faire. L’Angleterre s’engage avec la France à ne pas signer d’armistice et Churchill, qui n’est pas encore Premier ministre, essaie de galvaniser le gouvernement et le peuple britannique ; la « guerre totale » ne fait que commencer.

Dans le petit village de Chilbury, dans le Kent, tout le monde se réunit pour l’enterrement du fils et héritier du général Winthrop. Edmund Winthrop, jeune homme de vingt ans, mort dans un sous-marin en mer du Nord, avait le tempérament violent de son père, alors les bonnes âmes qui se sont rassemblées autour de son cercueil n’ont que peu de peine et pensent plus à ce que le pasteur leur a annoncé : Les hommes n’étant plus, la chorale de la paroisse est dissoute.


Dans son journal intime, Mrs. Tilling raconte la chorale, la guerre, son fils David qui part en France, son emploi d’infirmière qui va beaucoup l’occuper, et passe en revue certains habitants de Chilbury, dont la pauvre Mrs Winthrop qui pleure son fils, entourée de ses deux filles, Venetia, Kitty, et de son mari le général, toujours aussi rigide, insensible et rageur.
Nous apprenons à les connaître un peu plus avec les lettres de Miss Edwina Paltry, la sage-femme de Chibury, qu’elle adresse à sa sœur, les lettres de Venetia à sa meilleure amie qui a quitté le village pour Londres et les écrits dans leurs journaux intimes de Kitty et Silvie. A chacune son ton, des confidences sur leurs situations, leurs amours, leurs attentes, leurs visions de la guerre, des commérages avec les petits secrets honteux des uns et des autres et les problèmes de la chorale. Elles ne peuvent vivre que l’instant présent, sans trop oser se projeter vers l’avenir. Et lorsque Miss Primrose Trent arrive pour enseigner la musique à l’université de Litchfield, c’est comme si Mary Poppins venait pour tout régler… Une Mary Poppins fantasque et pleine d’entrain qui se désole de voir qu’il n’y a plus de chorale : « Ah, mais c’est très dommage, enfin ! Dissoudre une chorale ! Dans un instant pareil ! »… Une chorale insufflerait de la joie et unirait les femmes dans…

un instant pareil.

Le 15 avril, une note affichée à la mairie annonce que la chorale reprend du service sous la direction de Miss Trent et toutes répondent présentes. Même Mrs. B., pompeuse et condescendante, qui reste scandalisée de voir que le pasteur a cédé trop facilement à tant d’enthousiasme ! L’épicière Mrs. Gibbs, Hattie la jeune institutrice qui va bientôt accoucher, l’organiste Mrs. Quail, des dames du SVF, le Service Volontaire Féminin, Mrs. Tilling, Miss Paltry, Venetia, Silvie et Kitty. Toutes là, à chanter et à faire vibrer la voute de l’église dans un même élan.

Avec des personnalités si complexes et affirmées, et des priorités différentes, il y a beaucoup à dire !
Mrs. Tilling est une veuve que tout le monde apprécie, honnête et bienveillante, à la fois forte et fragile, qui se partage entre le dispensaire de la paroisse et l’hôpital. Son fils David vient de partir, la laissant seule et angoissée. Pour loger le personnel militaire, une chambre de sa maison a été réquisitionnée et elle loue une petite chambre au colonel Mallard, le nouveau responsable du centre de Litchfield. Dans son journal, elle narre leur cohabitation qui débute bien froidement. Elle le trouve glaçant, il la trouve petite souris grise.
Miss Paltry est la sage-femme du village, une femme aigrie et de peu de foi. Dans la correspondance qu’elle entretient avec sa sœur, pour qui elle a une grande affection, elle parle d’un pacte qu’elle a passé avec le général Winthrop, qui pourrait leur assurer un meilleur avenir et une revanche sur leur passé.
Venetia Winthrop est une jeune fille de dix-neuf ans. Elle profite de sa beauté en jouant les séductrices auprès de la gente masculine et charme tous ses amis d’enfance. Égocentrique, elle narre surtout à son amie Angela les efforts qu’elle fait pour capter l’attention de Mr. Alastair Slater qui semble insensible à ses appâts. Plus qu’un simple badinage venant d’une gamine effrontée, c’est le jeu d’une tigresse qui a fait le pari de le conquérir. Artiste peintre, poète et philosophe, venu en villégiature à Chilbury, Mr. Slater est un homme étrange qu’on pourrait considérer de lâche et peut-être même de malhonnête. Alors que tous les jeunes gens se montrent patriotes en partant combattre les Allemands, lui se contente d’arpenter la campagne et de jouir des mondanités. Mais comme Venetia le précise à plusieurs reprises, Mr. Slater est un être obscur, à multiples facettes.
Kitty est la benjamine de la fratrie Winthrop, une fille franche, un peu frondeuse, qui se voudrait être un esprit libre. Assez mûre pour son âge, elle aime dire à tout le monde qu’elle a déjà quatorze ans, alors qu’elle n’en a que treize. Amoureuse depuis longtemps d’Henry, un ami de sa sœur, elle s’imagine que ses sentiments sont partagés et se voit déjà mariée à lui. Rêveuse et romanesque, Kitty désire aussi devenir chanteuse. Dans son journal, elle découpe ses écrits par chapitres. La guerre, son horrible sœur Venetia, la chorale, sa famille et Chilbury. Intelligente, elle a assez de pertinence et d’intuition pour définir la nature humaine. Elle donne aux gens des couleurs qui vont des tons les plus doux aux tons les plus sombres avec des nuances ; « noir comme la suie, et noir comme un ciel sans étoiles ».
Silvie est une petite réfugiée de dix ans, d’origine juive, qui a fui son pays, la Tchécoslovaquie. Confiée aux bons soins de la famille Winthrop, elle est dans un premier temps, une enfant craintive et très malheureuse qui doit apprendre une nouvelle langue et faire confiance à des étrangers. C’est Kitty qui lui a conseillé de tenir un journal dans lequel elle pourrait s’épancher et libérer un peu du chagrin qui l’étreint. Moins bavarde que sa nouvelle amie, peu assurée, elle va petit à petit s’épanouir, rapporter son quotidien et parler de la guerre. Si elle sait déjà qu’elle ne reverra plus ses parents internés dans un camp, elle garde l’espoir de retrouver son petit frère.

De la première page à la dernière, nous passons sept mois à Chilbury. Tout est rationné, la nourriture, les vêtements, l’électricité. Les femmes se dévouent et souffrent des pertes qu’elles subissent. Et puis fin juillet, suivant les aspirations d’Hitler qui se voit envahir le Royaume-Uni, ce sont les opérations aériennes ennemies qui détruisent une partie de Chilbury… A compter de ce jour, pour certaines personnes, la solidarité ne sera plus un vain mot. C’est le moment de donner, de faire confiance et de pardonner.
« Ouvrez votre cœur et chantez ! » disait Prim…

C’est sur les souvenirs que lui racontait sa grand-mère, que l’auteur a travaillé. Elle a gardé sa jovialité et sa force pour décrire le plus dur de son histoire. Ce roman, un bel hommage, n’est donc pas un livre triste car il est fait de toutes les espérances, les convictions et le dynamisme des femmes de cette époque qui ont soutenu comme elles le pouvaient, leurs héros. Livre de plusieurs voix, beaucoup de sujets sont abordés qui rendent l’histoire passionnante et le fil conducteur de la chorale donne une belle vivacité. Romantique, intrigante, mâtinée d’humour anglais, tragique, j’espère que vous apprécierez cette lecture que je vous recommande.

 


Photo prise « ici »

 

 

Le pensionnaire en traitement

 


Challenge Polars de Sharon,
une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le pensionnaire en traitement
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

« – Mais que dois-je faire ?
– Voilà. Je loue une maison. Je la meuble. Je paie les domestiques. Je me charge de toutes les dépenses. Tout ce que vous aurez à faire consistera à être assis sur un fauteuil dans votre cabinet de consultations. Vous aurez de l’argent de poche et tout ce dont vous aurez besoin. Puis, vous me versez les trois quarts de vos honoraires et vous gardez le quatrième quart pour vous… »

Il est difficile pour Watson de rapporter dans le détail les enquêtes de Holmes car il ne voudrait pas que les lecteurs trouvent ses écrits confus. Que mettre en avant dans ses chroniques ? Simplement les faits concrets ou la tortuosité des brillantes analyses du détective ? Bien souvent les deux se combinent, et alors, le dilemme devient épineux.
C’est ce qu’il explique avant d’entamer son récit, une histoire bien surréaliste qui trouve un dénouement beaucoup moins fantaisiste.

Nous sommes en octobre, il fait froid, il pleut, et les deux amis pour passer le temps discourent sur « les pensées exprimées ». L’expression des sourcils peut en dire plus long que les mots avec la langue… En cela, Holmes est champion !
Après s’être dégourdis les jambes dans les ruelles sombres de Londres, à observer et à décrypter la physionomie des passants, ils retournent à Baker Street où ils reçoivent le docteur Perçy Trevelyan, venu sur la requête de son employeur. Le jeune homme, la trentaine un peu défraîchie, commence à raconter nerveusement les raisons de sa présence avant de les prier de l’accompagner à Brook Street…

Sans fortune pour continuer ses études sur les maladies nerveuses, et sans fonds pour ouvrir son propre cabinet, Trevelyan avait accepté la surprenante proposition de Mr. Blessington, une personne étrange mais sympathique, qui lui offrait le gite et le couvert, rémunération comprise, pour s’occuper de lui, en plus de la possibilité d’accueillir une clientèle extérieure. Depuis deux ans, le vieil homme (que Trevelyan appelle le pensionnaire en traitement) et lui avaient instauré une petite routine qui n’avait rien de déplaisante, et le cabinet avait acquis une belle clientèle. Mais ce n’est que récemment que tout s’était grippé lorsque Blessington s’était aperçu qu’un intrus était rentré dans sa chambre. Très nerveux et craignant pour sa vie, il lui avait alors demandé d’aller chercher Sherlock Holmes sur le champ, ce que Trevelyan s’était aussitôt empressé de faire, très décontenancé par sa réaction excessive et inquiet pour sa santé.

Sans perdre de temps, Holmes, Watson et Trevelyan partent retrouver un Blessington toujours stressé mais peu enclin à répondre avec franchise aux questions de Holmes. On pourrait alors penser que Holmes s’est déplacé pour rien, sauf qu’en repartant de chez Blessington, il avait déjà élucidé une partie de l’affaire, une affaire mettant en cause deux Russes, un fils et un père, venus consulter pour un problème de catalepsie. Jusqu’au lendemain matin où Trevelyan le rappelle… Blessington s’était pendu dans sa chambre, dans le courant de la nuit.

« – Je suis dans l’impossibilité de vous conseiller si vous essayer de me mentir, dit-il.
– Mais je vous ai tout dit !
Holmes vira sur ses talons avec un geste de dégoût.
– Bonne nuit, docteur Trevelyan ! fit-il
– Et vous partez sans rien me dire ? s’écria Blessington d’une voix brisée.
– Je n’ai qu’un conseil à vous donner, monsieur : dites la vérité. »

Un suicide ? Bien sûr que non ! et en quelques explications, Holmes dénoue le nœud du problème.

 

(Chers lecteurs qui passaient par là, ne m’en veuillez pas… le billet est presque aussi long que la nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle !)
L’intrigue n’a pas une trame théâtrale, ni une conclusion qui peut sembler un peu simple, mais l’intérêt de cette enquête, qui réside surtout dans son ambiance mystérieuse, son approche et sa progression, n’est pas « qui a tué qui ? », mais « pourquoi ? ». Dans la plupart des histoires, il y a toujours un crédule qui amène l’affaire et un rusé, un malfaiteur, qui la conclut. Celle-ci renvoie les personnages du drame quelques années en arrière, avec pour mobile du crime, la vengeance.
La nouvelle est parue en 1893 et a été éditée dans le recueil des mémoires. Une histoire que je vous recommande… encore !

 


Photo de la série Sherlock Holmes, « The resident Patient »

 

 

Le tordu

 

 

Challenge Polars de Sharon,  une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le tordu
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

Été 1888,

John Watson, marié depuis quelques mois, reçoit dans sa demeure la visite tardive de son ami Sherlock Holmes qui souhaite avoir son soutien dans le dénouement d’une affaire à Aldershot, dans le comté du Hampshire. Et la réponse ne tarde pas… Si Watson aime sa nouvelle vie, plus régulière et apaisée qu’avant, il est  toujours empreint de ce désir d’aventure que lui procuraient les enquêtes de Holmes.
L’histoire est toute récente et n’a pas encore fait la une des journaux. L’honorable colonel Barclay a été retrouvé mort dans son salon, fermé à clef de l’intérieur, avec sa femme à ses côtés simplement évanouie. Le major Murphy en charge du dossier souhaite clore l’enquête rapidement avec le moins de remous possible, et innocenter l’épouse, Nancy Barclay, qui est la première suspecte.

En regroupant tous les témoignages, ceux des domestiques, des voisins et des amis, il apparaît que ce couple marié depuis trente ans était uni et heureux. Ils s’étaient rencontrés en Inde, dans la garnison de Bhurtee, et s’étaient mariés après la révolte des Cipayes. Le colonel avait eu une carrière militaire exemplaire et son épouse n’était pas seulement une très belle femme, elle était aussi une personne digne, valeureuse et généreuse qui œuvrait dans le cercle de Saint-George en s’occupant des pauvres du quartier. Mais deux dépositions remettent en question l’harmonie du couple. Une soubrette les avait entendus se disputer violemment juste avant la mort du colonel, et Mlle Morrisson, une amie de Nancy Barclay, rapporte un fait marquant qui s’était également passé dans la même soirée. En revenant de leur cercle de bienfaisances, un homme difforme, affublé de guenilles, avait apostrophé Nancy et s’était entretenu  avec elle quelques minutes, à l’écart de toute indiscrétion.

Henry… Qui est cet homme qui avait ému Nancy au point de la métamorphoser en furie ?
A partir de cette information et avant même de rencontrer le vieux vagabond, Holmes dit à Watson : « Pour moi, comme vous le devinez, ce fut la lumière dans la nuit. Tout ce qui était auparavant sans lien commença à s’insérer dans un ordre normal… ».


La nouvelle est une belle histoire, même si le destin s’est montré horriblement cruel pour deux des protagonistes. Une histoire d’amour, avant d’être une intrigue policière, la genèse criminelle prend ses racines en Inde et s’étend sur une trentaine d’années. Quant à l’arme du crime, elle est avant tout un sentiment amer, douloureux et fielleux : la jalousie.
Tirée des mémoires de Sherlock Holmes, et éditée en 1893 dans le mensuel, le Strand Magazine, cette chronique que l’on titre aussi « L’homme estropié » reste l’une de mes préférées et certainement l’une des plus poignantes.
A recommander !

 

 

 

La mariée de Ceylan

Un livre offert par Babelio et les Éditions Milady

 

La mariée de Ceylan
Dinah Jefferies

 

Ceylan, de 1925 à 1934

Sans jamais avoir quitté le Gloucestershire, sauf en de rares occasions pour aller à Londres, Gwendolyn, une jeune mariée de dix-neuf ans, part seule à Ceylan pour rejoindre son mari, Laurence Hooper un veuf de trente-sept ans, propriétaire d’une plantation de thé, qu’elle a rencontré lors d’un bal. Candide et encore ignorante de ses devoirs d’épouse, elle fait confiance à Laurence pour donner le ton à leur mariage. Mais celui-ci, très occupé par son travail, la confie dès le premier jour de son arrivée à sa gouvernante et vieille nourrice dévouée, Naveena. Une maison tenue par des serviteurs silencieux et un mari souvent absent, Gwen chasse son ennui en s’aventurant sur la propriété et découvre peu à peu un cadre enchanteur et luxuriant, mais aussi la dure vie d’une plantation dans un pays colonisé. Elle fait alors le triste constat que l’image qu’elle en avait est à mille lieues de la réalité.

Amoureuse, sensible et d’un naturel expansif malgré son éducation de jeune fille de bonne famille, elle essaie de s’acclimater à son nouveau rôle et à ce pays étrange et sauvage, mais la personnalité changeante de son mari la surprend et la déroute. Toujours charmant et prévenant avec elle, il peut se montrer tour à tour très aimant ou très réservé, surtout lorsqu’elle lui pose des questions sur son passé, sa première femme qui s’est suicidée et la petite tombe d’un enfant qui est perdue et ensevelie sous la végétation de la propriété.

Des promenades dans la nature, des heures passées entre les pages de romans policiers et quelques soirées avec des voisins sont les seuls dérivatifs d’une vie indolente qui n’arrive pas à la satisfaire et à lui faire oublier que ses questions restent toujours sans réponse, que sa belle-sœur Verity est antipathique, lunatique et très possessive envers Laurence, qu’une vieille amie de son mari, qui fut sa maîtresse après son veuvage, est un peu trop envahissante et que le régisseur de la plantation se montre impitoyable envers les ouvriers cingalais. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle est enceinte.

Tout le temps de la grossesse est un état de grâce. Gwen resplendit et rien ne peut interférer à son bonheur, même pas lorsqu’elle apprend qu’elle attend des jumeaux. Laurence est aux petits soins pour elle, plus attentif et protecteur que jamais, et Naveena l’entoure de beaucoup de tendresse. Mais le jour de l’accouchement, rien ne se passe comme prévu et Gwen doit faire un choix terrible, dans le secret le plus absolu.
« Si un jour la vérité éclate, Laurence parviendra-t-il à comprendre et à lui pardonner ? »


On débarque à Ceylan avec des senteurs de cannelle et de bois de santal mélangées aux effluves nauséeux du port. La lumière est aveuglante et la chaleur étouffante. C’est chamarré de couleurs, bruyant, captivant et effrayant. Puis nous pénétrons dans les terres où les cultures des théiers ondulent suivant les courbes des vallons. Les cris perçants des oiseaux, les bruits d’eau d’un lac, le parfum des fleurs… C’est l’ambiance et l’atmosphère du début de ce roman de 562 pages construit en quatre parties, qui racontent une époque et une île à travers un couple et ses secrets de famille. Comme dans « Rebecca » de Daphné du Maurier, il y a une magnifique propriété, une jeune épousée naïve, un veuf tourmenté, une maîtresse, une gouvernante et un fantôme.
Les personnages évoluent sur une dizaine d’années, les années de l’entre-deux-guerres. Nous traversons les troubles communautaires et les approches pour une autonomie et une indépendance, et nous abordons tous les thèmes d’une colonisation avec les rapports entre colons et autochtones, dominants et dominés. Cette décennie raconte
l’insouciance des années folles et une certaine liberté pour les femmes qui génère beaucoup d’optimisme mais la crise économique de 1929 vient assombrir le tableau et redéfinir la trame de l’intrigue.
Ce livre est une romance dans la lignée des romans gothiques, avec ses noirceurs et ses mystères. Il ne manque pas de piment, d’amour, et il vous tiendra captif le temps de sa lecture…

 

 

Une photo prise « ici »