A couteaux tirés

logo-polar


Le mois du polar chez Sharon

.

.

 

A couteaux tirésA couteaux tirés
Olen Steinhauer

.

Henry Pelham, agent de la CIA en poste en Autriche, doit rencontrer dans un restaurant de Carmel (Californie), Célia Favreau qu’il n’a pas revue depuis cinq ans. Ancienne maîtresse et agent lorsqu’ils étaient en poste à l’ambassade de Vienne, elle est à présent une femme « rangée », photographe pour le journal local, mariée et mère de deux enfants. S’il veut lui parler, ce n’est pas pour lui rappeler le bon vieux temps, mais pour l’interroger sur un dossier sensible, non classé ; Frankler.

En 2006 à l’aéroport de Vienne, un attentat islamiste avait fait cent vingt victimes. Suite à cette tragédie, leur cellule à l’ambassade avait été disloquée. Le chef Bill Compton avait pris sa retraite, et Célia qui travaillait sous ses ordres directs, avait demandé à retourner en Amérique, mettant subitement fin à sa relation avec Henry. Mais cinq ans plus tard, l’affaire refait surface avec le témoignage d’un détenu de Guantanamo qui a avoué qu’un agent de l’ambassade aurait été complice. La sulfureuse révélation met en joue les cinq personnes présentes lors de l’attentat ; Henry, Célia, Bill, Vick et Gene.
Frankler est une mission délicate qu’il ne faut surtout pas faire remonter à Langley. Henry et Vick se concertent et s’entendent sur ce fait… l’enquête doit être officieuse et deux sur les cinq sont désignées suspectes.

« – Tu sais ce qu’il en est, Henry. On ne peut pas se permettre un procès, et il n’est pas question d’un échange de prisonniers avec les djihadistes. En fait, je préfèrerais que Langley n’en entende jamais parler.
– Si je comprends bien, tu voudrais que j’exécute le traître.
-… Je n’ai jamais dit ça… »

Après avoir interrogé Bill, Henry se prépare à retrouver Célia. Dans le restaurant, il l’attend avec impatience, fantasmant sur cette femme qu’il aime toujours. Différente, plus voluptueuse, moins sûre d’elle, la métamorphose le saisit sur l’instant. Elle lui plaît.
Les premiers échanges sont guindés, il perd ses moyens, mais très vite leur professionnalisme rétablit les codes. La joute s’engage. A tour de rôle, ils prennent le pouvoir l’un sur l’autre. Attitudes policées, sourires complices, chaud, froid, ce pas de deux sera fatal.
Henry appuie sur l’enregistreur et la laisse parler. Le huis-clos s’étend hors du restaurant et retrouve Vienne…

Est-ce Célia le traître ? A l’extérieur, Treble, l’exécuteur des basses besognes se tient prêt. Sur un simple mot, il fait feu.

« – Allô ?
– Piccolo ?
– Euh… oui.
(…)
– Bon, je la vois. Elle est là, devant moi. Elle marche dans la rue. Très lentement. (…) Si vous voulez que j’agisse, c’est le moment. Je ne sais pas quand se présentera une nouvelle occasion.
– Je comprends.
– A vous de décider, Piccolo. Il n’y aura aucune trace. Je peux faire ça proprement… »

.
Ce roman d’espionnage nous remet en mémoire certains évènements de l’actualité qui se sont passés dans les années 2002-2003. Les attentats commis par les rebelles Tchétchènes, la répression russe, les assassinats. Par la suite, avec les attentats islamistes de l’histoire, c’est notre présent qui nous saute à la gorge. La partie géo-politique est abordée pour la toile de fond car en premier plan, l’auteur a voulu mettre à l’honneur l’échange verbeux entre Henry et Célia ; ambiance froide où la passe d’armes est toute en introspections, en analyses, en couperets, « à couteaux tirés ».
L’étrange face à face, inquiétant, des deux amants est tout l’intérêt du livre. Le suspense n’étant pas étoffé, nous nous rabattons sur la psychologie des deux personnages et l’angoisse qui grimpe les échelons… Nous partageons alors leur nervosité.

J’ai apprécié ma lecture et je la proposerai certainement à une amie pour ses vacances.

.

.

.

.

Tu tueras le père

Venise grand canallogohallow15dirty-harry-haut23-3620006ixocj_2587.

.

.
Le mois italien avec Eimelle,
Halloween avec Hilde et Lou et Polars avec Sharon

.

.

tu tueras le pèreTu tueras le père
Sandrone Dazieri

.

De la brigade mobile de Rome, le commissaire Colomba Caselli est appelée par son supérieur Alfredo Rovere, sur les lieux d’un meurtre et d’une disparition. Une femme décapitée, son jeune fils de huit ans disparu (on ne découvre que ses chaussures suspendues à un arbre), le mari est soupçonné d’être le meurtrier. Homme violent, il n’aurait pas accepté le fait que sa femme veuille le quitter…
Aux premiers coups d’œil, Colomba conteste la version de son collègue le commissaire adjoint Marco Santini et c’est auprès d’une autre personne, Dante Torre, qu’elle va demander soutien et conseils. Les rivalités et antagonismes au sein de la brigade plombent l’atmosphère et nuisent à l’enquête.

Commotionnée par « le désastre », une précédente enquête qui s’est terminée à Paris dans un bain de sang, Colomba a bien du mal à se concentrer. Les souvenirs reviennent dans des flashs et génèrent des crises de panique. Sa lettre de démission préparée, elle prendra sa retraite après cette enquête qu’elle est contrainte de mener de façon officieuse pour rendre service à Rovere, son chef et mentor.

Dante Torre a le don de voir le vrai visage des gens et de lire leurs pensées, leurs vérités. Il met sa science, ses « sensibilités », à la disposition de sociétés qui l’emploient et le rémunèrent fort bien ! Pourtant, sa seule et véritable mission est de retrouver des personnes disparues. Riche, extrêmement intelligent, mais en proie à des paranoïas, il reste terré dans son appartement où il voit très peu de monde. Lui aussi se charrie des traumatismes… Il a été kidnappé enfant et maintenu prisonnier dans un silo à grains durant onze ans. Un jour, alors que la personne qui le rattachait à un semblant d’humanité, qui le nourrissait, l’éduquait, le maltraité, s’est montrée moins vigilante, Dante a pu s’échapper. Mais le cauchemar perdure car le ravisseur que la police a arrêté n’était pas le véritable tortionnaire. Depuis toutes ces années, Dante le clame mais personne ne veut le croire. Comme on dit « affaire classée – mort et enterré ».
Parfois, il se sent observé par lui, silhouette noire et mystérieuse qu’il nomme le « Père ».

Le binôme Colomba-Dante fonctionne aussitôt. Deux âmes abîmées se sont reconnues. Lorsqu’elle le mène sur les lieux du crime et de la disparition, Dante plonge directement dans l’horreur. On découvre peu d’indices, sauf un sifflet mis en évidence qu’il reconnaît. Le « Père » est revenu…

« – Il est revenu, murmura Dante. Après toutes ces années.
– On verra bien ce qu’ils disent au laboratoire, répondit-elle, diplomatiquement.
– J’ai toujours su qu’il était encore là, quelque part.
(…)
– Vous savez ce qu’il voulait me dire, le Père, avec ce sifflet ?
– Il est mort, Torre. Il y a très longtemps.
– Il voulait me dire : « Reste loin de mon territoire. » Et j’ai l’intention de le faire. »

« Il est revenu »… et s’il n’était jamais parti ? et s’il avait sévi depuis tout ce temps… L’un est sûr, la seconde l’est moins. Elle ne voudrait pas se perdre dans les délires de Dante.
Tous deux vont devoir travailler seuls car leur investigation ne plaît à personne. L’affaire a son coupable et il n’est pas bon de remuer la boue, surtout lorsqu’elle est parsemée de cadavres.

.
Ce thriller captivant se lit dans un souffle ; on ne le lâche pas facilement ! J’ai tout aimé… même les longueurs du scénario (et quelques invraisemblances) trouvent grâce à mes yeux. Le roman fait 665 pages.
J’ai été séduite par les personnages, des tempéraments forts et fragiles. Colomba est une belle femme de trente deux ans, énergique, déterminée, intuitive, marquée dans ses chairs par le « désastre ». Elle ne se pardonne pas d’avoir été manipulée et prend à sa charge la responsabilité de l’échec. Dante, la trentaine, ressemble à David Bowie… très grand, mince, dandy, souvent vêtu de noir. Atteint de troubles obsessionnels dûs à son rapt et son enfermement dans un silo quand il était enfant, il a une addiction aux tranquillisants et vit dans un appartement envahi par des piles de documents, de journaux, de disques… toujours à la recherche de son enfance volée.
L’histoire commence par un meurtre, une disparition et l’incarcération d’un homme qui ne cesse de dire qu’il est innocent. Les institutions policières et judiciaires aimeraient entériner le dossier mais le duo Colomba-Dante a une autre vision de l’affaire et contre les autorités supérieures en provoquant de nombreux « désordres ». Après recherches, c’est l’horreur absolue car ils découvrent d’autres disparitions d’enfants… Une trame habilement tissée, déconcertante, des manipulations machiavéliques, un exécuteur qui nettoie le terrain, de l’humour, des frissons, une cadence infernale, du suspense… le Père, un homme démoniaque… et Rome la ville éternelle, le Tibre, ses campagnes.
Je vous conseille ce roman… j’espère qu’il vous surprendra !

.

D’autres billets chez Mille et une pages,

.

.

david_bowie_hd_wallpaper-1600x1200

.

.

.

La paupière du jour

Livre offert par Babelio et les Editions Buchet-Chastel  Avec mes remerciements…
Challenges « Thrillers et polars » de Liliba

.

la paupiere-jourLa paupière du jour
Myriam Chirousse

.
Barjouls, septembre 2012,

Dans un état de demi-sommeil, parfois la réalité se confond avec les rêves. L’écho d’un tir de  balle renvoie au souvenir et entremêle le temps. Nous sommes en période de chasse, mais on peut s’imaginer être ailleurs, comme dans une bijouterie de Bordeaux, un jour fatidique.

Cendrine Gerfaut a loué un gîte dans le petit village de Barjouls, situé dans « une vallée encaissée, coupée presque de tout », des Alpes-Maritimes. Pour les gens du village, elle est une botaniste envoyée en ces lieux, pour effectuer des prélèvements de végétaux. Pour le professeur Lioubacheski et l’AESR, elle est chargée de détecter le taux de radioactivité qui s’est déposé suite à l’explosion de la centrale de Tchernobyl, vingt-cinq ans plus tôt. Pour elle, jeune femme de trente-cinq ans, elle est là pour retrouver le meurtrier de son fiancé et le tuer.
Cette vengeance a muri durant dix-huit ans. Tant d’années de torpeur qui aboutissent enfin à cette quête libératrice. Apprendre à pardonner sans jamais oublier, c’est le conseil plein d’espoir que lui a laissé la mère d’Aymeric après lui avoir dit que Benjamin Lucas avait été libéré. Comment être miséricordieux quand le cauchemar d’un instant se perpétue inlassablement, annihilant amour et émotion ?

C’était un jour heureux, ils allaient à la bijouterie choisir la bague. Cendrine est retournée à la voiture, Aymeric est resté dans la boutique. Un homme armé est rentré. Il a tiré…

A Barjouls, elle se perd dans les rues, lit les noms sur les boîtes aux lettres, reconstitue les familles, elle explore les petits chemins et se familiarise avec la campagne. Où se trouve Benjamin Lucas ? Le village est à la fois accueillant et insolite, son pittoresque en devient presque caricatural. Les tempéraments sont sanguins, extravagants et excessifs. L’arrière pays, barricadé par l’enceinte des montagnes, a une rusticité sauvage qui est partagée entre méfiance et hospitalité.
Cendrine essaie judicieusement de s’implanter et d’oublier la peur qui l’étreint. Son charme naturel, sans artifice, séduit et attise les virilités. Elle va sur le marché de la place, va boire un verre à l’auberge, parle avec les anciens… Elle noie son investigation sous des amabilités, tout en se faisant violence. Rien n’est facile pour elle car elle aurait tendance à se conduire comme un automate. Mais sa curiosité ne passe pas inaperçue. Une personne que l’on nomme le Corbeau, dépose sur les portes des mots sibyllins, menaçants les consciences.

Le mystère de Cendrine aimante l’attention d’un homme. Hugo vend des produits fermiers sur le marché. Plus que sa silhouette très féminine, c’est son regard noyé qui le captive. Esprit torturé par les décès de sa femme et de son enfant, il perçoit son intérêt comme un éveil. Dans un cahier, il parle de cette « femme » si belle, étrange et naturelle. Les récits de son journal ponctueront l’histoire. « De la Bergerie de la Baume », il décomptera les jours jusqu’en décembre. Le 21 décembre 2012, les Mayas ont prévu l’apocalypse.

Doucement, Cendrine s’insère dans les confidences, avec un seul objectif, retrouver Benjamin Lucas. Elle ne veut pas chercher à comprendre le geste fou du meurtrier, elle a la vengeance expéditive, impitoyable. Cependant, à fouiller ainsi, elle fera apparaître quelques ombres anciennes, à l’image des maux et des fantômes d’une boîte de Pandore.

.
C’est la deuxième fois que je retrouve l’auteur. Le premier titre, « Miel et vin », je l’ai lu un été. Je l’avais tellement apprécié que je l’ai offert à de nombreuses amies ; c’était l’histoire d’un amour un peu fou, passionné, parfait pour les vacances. C’est donc avec un plaisir intéressé que j’ai accepté cette lecture. « La Paupière du jour » fut différent mais tout aussi prenant. La loi du talion, représailles et châtiment, est un thème commun à ces deux romans.
Ici, ce n’est pas une épopée aventureuse, mais un huis clos. On perçoit sous les civilités et la bonhomie des habitants de Barjouls, bien des non-dits, des inimités et des secrets qui pourrissent certaines âmes. L’atmosphère est lourde, le charme provençal est grinçant.
L’auteur prend le temps, sans songer à nous ennuyer, à relater la pesanteur, l’errance de Cendrine et sa solitude. Les pérégrinations sur les chemins, dans les bois, l’automne et l’hiver, sont marqués et scandent une attente, celle qui nous mènera au dénouement de l’histoire.
Les passages avec Hugo paraissent plus sensibles que ceux avec Cendrine qui essaie de se blinder et de garder la froideur du justicier. On alterne entre deux deuils ;  l’acceptation pour l’un et la rage de l’autre.
Il semble que ce petit coin des Alpes-Maritime soit au bout du monde, il sera aussi au bout de son deuil.
L’auteur a bien situé la trame dans la froidure de l’hiver, plombant un peu plus le scénario. Et pourtant… je vous conseille ce roman pour votre été…

Des billets chez Keisha, Lili Galipette, Canel, Isa Livresse, Elizabeth Bennet, Lily, Sandrion,

.
alexandre-calame-arbre
Peinture d’Alexandre Calame

.
.
.
.
.


Agent 6

logo petit bac 13logo polarslogo belfondlogo_babeliologo Challenge-anglais
.
.
.
« Thriller
s et polars » de Liliba, « Petit BAC » d’Enna, « God save the livre » d’Antoni

Un livre offert par Babelio et les Editions Belfond, avec mes remerciements…


.

agent 6Tom Rob Smith

.
Moscou sous Staline, 1950,
Leo Demidov est à vingt-sept ans un ancien soldat de la Grande Guerre. Ses médailles attestent de sa bravoure et de sa foi patriotique. Au MGB, la police politique secrète, il forme des recrues et enquête sur les ennemis de l’état. Aucune pitié, une discipline de fer, une servilité absolue, Leo fiche les éventuels dissidents au régime communiste en décortiquant leur intimité ; surveillances, fouilles, interrogatoires, intimidations, chantages, emprisonnements. Dans ce domaine, il est très doué.
Il est fier d’appartenir à cette élite qui protège le pays des dangers de l’extérieur, et d’appliquer la justice.
Jesse Austen est un chanteur populaire noir, américain, qui soutient l’Etat Soviétique dans sa politique pour un communisme fraternel, égalitaire, idéologique. Il pense y retrouver la liberté, les valeurs culturelles et démocratiques, qu’il aime chanter. Lors de sa venue, Leo est chargé d’organiser « la visite guidée ». C’est en l’accompagnant qu’il rencontre la jeune Raïssa, un professeur de sciences politiques…

Moscou sous Brejnev, 1965,
Quinze années ont passé. Leo est marié à Raïssa et a deux filles, Elena et Zoya, qu’ils ont adoptées. Pour sa femme, il a abandonné ses fonctions et dirige une entreprise de l’état.
Sa famille est tout pour lui, il n’a rien sacrifié, son bonheur, rendre Raïssa heureuse, est sa seule ambition.
« Pour apaiser les tensions entre les Etats-Unis et l’URSS », un voyage en Amérique est organisé par l’université de Raïssa. Elle en assure la bonne coordination. Malgré une amère intuition, Leo n’a pas le choix, on lui refuse la possibilité de suivre sa femme et ses filles qui partent en délégation.
Accueillies par un agent, Jim Yates, elles sont sévèrement encadrées par les deux clans, KGB et FBI. Elles espèrent revoir Jesse Austen et leur renouveler leur amitié au nom du peuple soviétique. Lors d’un concert pour la paix, les étudiants des deux pays seront rassemblés et mélangés devant les Nations Unies.
C’est à la cadette Elena, dix-sept ans, qu’on confie une mission secrète, par l’intermédiaire de l’agent Mikhaïl Ivanov. Elle doit convaincre Jesse Austen de venir chanter. L’idole des années après-guerre vit misérablement avec sa femme, dans un appartement du quartier de Harlem, oublié de tous. Son militantisme a été puni et l’a acculé à une indigence dégradante. Ses chansons ont été censurées, son nom a été sali, les autorités américaine sont arrivées à l’isoler, il est surveillé en permanence… il dérange.

« A la jeune fille russe qui, quelques heures plus tôt, voulait savoir pourquoi il avait sacrifié tant de chose pour le communisme ; aux inconnus, aux amis ou aux proches qui lui avaient demandé pourquoi il ne profitait pas de son argent sans se mêler de politique, jamais il n’avait dit la vérité. La raison qui avait fait de lui un communiste n’était ni la haine à laquelle sa famille s’était retrouvée en butte à son arrivée à New York, ni les insultes qu’on avait pu lui jeter au visage, ni la pauvreté, ni tous les efforts de ses parents pour réussir à joindre les deux bouts. Le soir de son premier grand concert, dans une salle bondée, en voyant applaudir tous les Blancs aisés qui le regarder chanter et danser, il avait compris : ils l’aimaient tant que ses jambes respectaient le rythme, tant que ses lèvres chantaient au lieu de prononcer des discours. Sitôt le spectacle terminé, dès que ses jambes ne dansaient plus, ils ne voulaient plus rien avoir à faire avec lui.
Etre aimé sur scène ne lui suffisait pas. Chanter ne lui suffisait pas. »

Jesse a pris sa décision… il compte bien honorer cette invitation.
Devant l’immeuble de l’ONU, sur une cagette en bois, ridicule promontoire, Jesse Austen peut enfin discourir ; « Si je suis ici ce soir… ».
Un tueur est embusqué, il tire et ne rate pas sa cible…
Ce scénario trop bien pensé et un hasard accommodant, feront de la vie de Leo un enfer durant seize ans, jusqu’à ce que l’agent 6 lui dévoile la véritable histoire d’une intrigue partagée.

.
L’auteur a écrit une trilogie. « Agent 6 » est précédé de « Enfant 44 » et « Kolyma », deux tomes que je n’ai pas lus. Ce roman retrace en quatre parties la vie de Leo Demidov. Plus qu’un polar ou un roman d’espionnage, c’est un abîme et une quête vengeresse.
Le début raconte le fier et consciencieux agent. L’angoisse et la terreur de la dictature s’imposent, c’est le système totalitaire de Staline avec sa police, ses délations et sa répression qui feront des millions de morts.
Une soixantaine de pages ou quinze ans plus tard, Leo est marié et père. La Guerre froide entre la Russie et l’Amérique accorde aux partisans de la paix un semblant pacifique le temps d’une soirée. Je ne dévoilerai rien en écrivant que Jesse Austen meurt et que Raïssa est accusée de ce crime, car la quatrième de couverture, loquace, le raconte. Durant toute cette partie, Leo ne peut s’empêcher d’éprouver un malaise, il est dans l’expectative, soucieux de sa famille. En Amérique, le récit est plus actif, il alterne dans un rythme effréné l’action des uns et des autres. Effréné mais aussi mesuré car l’ambiance est latente. Les pions avancent, la menace est imminente, et nous nous apercevons que la partie est déjà jouée.
Le reste du roman fait une incursion rapide à la frontière entre la Finlande et l’Union Soviétique en 1973, amenant notre lecture à Kaboul, dans les années 80, où Leo est instructeur pour l’armée. C’était le deal pour avoir voulu fuir à l’ouest et enquêter sur les évènements obsédants et funestes de New York. La Russie a annexé l’Afghanistan et ravage le pays. La trame de fond réfère toujours à la Guerre froide et nous plonge en pleine occupation soviétique contrée par la résistance moudjahidine. L’Armée rouge s’implante et recrute au sein de la population des agents, dont Leo, parlant couramment le Dari, en est le formateur. Cette phase est encore plus sombre et dantesque. Ce n’est pas une peur étouffée, « dystopique », du début, mais plus un cauchemar cru, visuel et sanglant. L’auteur fait de Leo un homme cassé, pathétique sous l’emprise de l’opium, fuyant la réalité. Mais comme tout héros, à l’image du phénix, il renaîtra des cendres.

« Comme dans un film ! » C’est ce que j’ai dit en refermant le livre. Héros invincible et torturé, on ne peut rester insensible ! Le rendu historique et le climat de cette époque est bien écrit, captivant. Il ne faut pas que l’épaisseur du livre soit un frein pour le lecteur car il se lit très vite ; la cadence étant animée, vive, l’attention n’est jamais lâchée.
Mon premier livre du genre et certainement pas le dernier. J’ai lu qu’on pensait adapter le premier volume au cinéma. J’aimerais que ce projet se réalise, je serais aux premières loges.
Avec mes remerciements à Camille.

Des billets chez Sharon, Pyrausta,

.staline-propagande_01

Propagande
.
.
.
.

Cyanure

Challenge Petit BAC d’Enna
Catégorie Végétal
Dixit Wikipedia :
Les cyanures peuvent être produits par des bactéries, des moisissures et des algues et sont contenus dans de nombreux aliments et des plantes.


.
.
Cyanure
Camilla Läckberg

.
.
Pointe de Valo, juste avant Noël,

L’île se distingue avec plus de netteté à son approche. Décembre est glacial. Sur le pont du bateau, Martin Molin reconnaît les impressions de sa jeunesse lorsqu’il venait sur l’île pour les vacances. Jeune policier et ami de l’inspecteur Patrik Hedström, il a été invité par sa petite amie Lisette qui tient à le présenter à sa famille. Dans une immense maison louée, tous sont réunis pour célébrer Noël.
Réceptionné par Borje, le propriétaire de la maison qui pour l’occasion est reconverti en homme à tout faire, Martin est émerveillé par les travaux de rénovation. La vielle bâtisse hébergeait autrefois des colonies d’enfants. Ses dortoirs se sont métamorphosés en salons, bibliothèque et autres petits coins douillets…

L’introduction au sein de la famille Liljecrona se fait de façon cordiale tout en conservant une distance légitime pour cette première rencontre et une pointe de snobisme. Lisette amène Martin devant
Harald, son père
Britten, sa mère
Gustav, son oncle
Vivi, sa tante
Bernard, son cousin
Miranda, sa cousine
Mattias, son frère
et Ruben, son grand-père.
Ce dernier est un milliardaire qui a eu une enfance miséreuse et qui a sué pour bâtir son empire, faisant l’admiration de la Suède. Fatigué, il a transmis les commandes de ses entreprises à ses fils et aspire à les voir gérer le patrimoine avec autant d’efficacité et de force que lui.

Lors du repas, l’ambiance est plombée par les questions inquisitrices du grand-père. Tous passent aux rayons scrutateurs de ses yeux et sous les coups des paroles assassines. Il y a celui qui n’atteint pas le chiffre d’affaire escompté, celle qui végète dans sa huitième année d’études, une autre qui va faire faillite, les actions en bourse qui stagnent…
Martin est le témoin d’un conseil de classe où le patriarche sermonne les enfants pour leurs mauvais résultats. Au début, tous avaient la prunelle pimpante de l’héritier, des manières doucereuses envers grand-papa, l’affection sur le bout des lèvres, mais quand la sentence tombe, les visages se figent. L’intention qui statufie l’assemblée va au-delà de toute imagination…
« J’ai l’intention de vous déshériter, sachez-le ! Tous ! Le testament est rédigé et signé, la signature est authentifiée, vous n’obtiendrez que ce que la loi m’oblige à vous donner. Un certain nombre d’organisations de bienfaisance triées sur le volet vont pouvoir remercier leur bonne étoile le jour où je casserai ma pipe, car c’est elles qui vont hériter du reste ! »
Pour saluer sa tirade, Ruben lève son verre d’eau et boit d’un trait son contenu. C’est alors que sous les yeux encore vitreux de sa descendance, son corps décharné est pris de soubresauts et s’effondre quelques secondes après, mort.

Martin, aux premières loges, donne un verdict immédiatement. Ruben est mort par empoisonnement ; arsenic, odeur d’amandes amères.

En pleine tempête, sans aucun moyen de communication avec le continent, le huis clos va livrer quelques secrets et rendre une justice bien funeste.
Martin doit mener son enquête sans son mentor et ami Patrik, et récolter les témoignages qui sont de lourds contentieux et non l’expression d’un deuil éploré.

Offert pour Noël par Somaja, je regrette de ne pas l’avoir lu à cette période de l’année. Il est un petit livre qui, par son épaisseur, ressemble à une nouvelle pouvant se lire entre deux préparatifs. Sa brièveté, sa concision, est agréable en ce sens.
En commençant ce roman, j’avais en mémoire les billets chroniqués sur les blogs (voir ci-après les liens) et je partais avec un a priori et une conclusion surprenante. J’aurais pu me gâcher la lecture, mais le résultat a été l’inverse. Sans attendre une intrigue palpitante, avertie, je me suis laissée bercer par l’ambiance toute simple, presque naïve, et j’ai bien aimé ce moment, visualisant les acteurs de ce drame comme je le fais pour les livres d’Agatha Christie, tout en atténuant la ressemblance ; le contraire aurait été néfaste au roman.
L’auteur décrit ses personnages avec des mots froids : imposteur, jaloux, joueur, incapables, névrosé… Il nous est donc impossible d’avoir de l’empathie pour eux, nous éloigne de toute compassion et nous permet alors de soupçonner tous les membres de cette famille désunie. En ce qui concerne Martin, il a l’ignorance et la simplicité de l’apprenti, un jeune homme un peu pataud qui trouve en cette implication, la compétence, la maturité, qui lui manque.
En conclusion, entre Sherlok Holmes et Hercule Poirot, mon cœur balance. Ce livre rend un petit hommage à nos deux célèbres et irremplaçables détectives. Un lieu isolé, une belle maison, une riche famille, une nuit de tonnerre et d’éclairs, poison, détonation, les protagonistes rassemblés, un secret, de la fourberie, de la folie, de la cupidité… Tous les composants pour une heure de lecture plaisante.
Ce livre est aussi une parenthèse aux autres romans de l’auteur que je me suis empressée de noter et qui j’espère sauront me séduire.

Merci So. !

.
Carl Larsson

Des billets chez Sharon, Sandrine, Nathalie,
.
.
.
.

L’homme chauve-souris

Un livre prêté par une amie
Défi de Mia
Challenges animaux du monde de Sharon
et Thriller de Cynthia

.
L’homme chauve-souris
Jo Nesbo

.
.
Australie,

Inger Holter, une jeune Norvégienne de vingt-trois ans, a été retrouvée morte. Des pêcheurs ont découvert son cadavre pris dans des rochers de Watson’s Bay. Aux premiers indices, la jeune femme a été violée et étranglée.
Par égards diplomatiques, l’inspecteur Harry Hole d’Oslo est diligenté auprès des autorités australiennes pour assister les enquêteurs. Le rôle de figurant n’est pas du goût de Hole. C’est avec autorité et pugnacité qu’il va s’immerger dans les investigations.

Dès son arrivée, on lui assigne un chauffeur-coéquipier-ange gardien, Andrew Kensington, un aborigène pure souche, et on lui présente l’équipe qu’il devra suivre. L’assemblée est hétéroclite… un chinois, un yougoslave… Une familiarité s’instaure rapidement et génère des rapports sympathiques et conviviaux. L’intrusion d’un flic norvégien est finalement bien acceptée. Toutefois, la consigne que lui débite le chef de la police de Sydney South Dist, est claire :
« Je vais te dire : ce que tu penses faire, c’est ne pas perdre une miette quand on mettra la main sur cet enfoiré, raconter d’ici-là à la presse norvégienne quel travail irréprochable on fait ensemble – t’assurer qu’il ne heurte pas quelqu’un de l’ambassade de Norvège ou l’un des proches, et en dehors de ça envisager le tout comme des vacances, en envoyant une ou deux cartes postales à ta chef bien-aimée… Comment va-t-elle, à ce propos ?
– Bien, à ma connaissance.
– Une sacrée nana. Elle a bien dû te dire ce qu’on attend de toi…
– Vaguement . Je suis censé participer à l’enq…
– Bien. Oublie tout ça. Voici les nouvelles règles. Primo : à partir de maintenant, tu vas m’écouter moi, moi et rien que moi. Deuxio : tu ne participes à rien sans que je te l’aie clairement indiqué. Et tertio : un seul faux pas, et c’est le premier vol pour la maison. »

Dans les archives, trois autres assassinats non élucidés, sur la période des dix dernières années, semblent correspondre au profil de ce meurtre, des femmes, jeunes, blondes, violées et décédées par strangulation. Un schéma qui pourrait convenir à d’autres décès si on suit les statistiques ; « Plus de cinq mille viols sont signalés chaque année dans ce pays. »
Inger a été victime d’un serial killer discret et rusé.

Comme le meurtrier n’a laissé aucun indice, aucune empreinte, le risque serait qu’il se terre quelques temps avant de reproduire ses obsessions. Les jours sont comptés, il faudra agir vite. A tâtons, les recherches vont commencer sur l’entourage d’Inger ; son travail, ses voisins, son petit-ami.
Serveuse depuis trois ans dans un bar de Sydney, l’univers qui gravitait autour d’elle était celui des bars, de la rue, de la nuit. L’inspecteur Hole va côtoyer des travestis, des prostituées, des exhibitionnistes, des drogués, tout un monde parallèle glauque et fragile.

L’Australie s’offre dans toute sa complexité, ses histoires, son Histoire.

L’inspecteur Harry Hole est un nouveau dans mon rayon « polars ». L’auteur a créé un homme avec de nombreuses blessures et de graves faiblesses, mais le personnage, lorsqu’il est acculé, peut se montrer aussi féroce qu’un chien d’attaque ; la fin du livre est particulièrement haletante ! Ce roman est le premier d’une série. Une enquête dépaysante qui reste pour Hole une mise à l’épreuve. Je ne vais pas vous dévoiler son mal-être car je pense que c’est un des composants importants de l’histoire mais sachez que le personnage principal est bien abîmé et qu’il ne trouvera pas la sérénité en Australie. Un autre maillon dominant de cette intrigue est le pays. Une terre habitée par des Aborigènes depuis plus de cinquante mille ans, une terre ravit par des colons au XVIIème siècle, une terre toujours enracinée dans ses légendes.
Comme la quatrième de couverture le raconte, cette histoire mêle l’espoir et l’angoisse, l’amour et la mort.
Je pense continuer les enquêtes de l’inspecteur Harry Hole car j’ai aimé l’écriture de l’auteur et je suis curieuse de connaître l’évolution de ce héros meurtri.
Je vous recommande ce thriller, plus pour l’histoire des personnages, l’histoire d’un continent entre passé et présent, ses antagonismes, que son enquête policière, même si celle-ci trouve une conclusion surprenante.

.

Peinture rupestre aborigène

D’autres billets chez Pol’art Noir, A propos de livres, Keisha,
.
.
.
.