Kilts et tartans


Le mois Kiltissime de Cryssilda

Un livre offert par Nahe

.

Kilts et tartans
Sylvie Lagorce
Photographies de l’agence Scottish Viewpoint à Édimbourg

.

A l’évocation du kilt, dans un premier temps, l’auteur parle en images ; jupe pour homme, hautes chaussettes de laine, tissus écossais.
Et vous ? En ce qui me concerne, ça ravive une curiosité plus espiègle. Une question à laquelle elle répond dans un chapitre intitulé « Et sous le kilt ? » : « La tradition précise qu’il est exclu de porter quoi que ce soit sous le kilt. »… (D’accord !…)

« Que porte un Écossais sous son kilt ?
… Sa fierté d’Écossais ! »

De la collection « Bibliothèque du costume » des éditions du Rouergue, ce livre nous rapporte une part historique, anecdotique et technique, du kilt et du tartan.

Joueur de cornemuse Écossais

Le kilt est le vêtement traditionnel des Highlanders (Écossais des Hautes Terres), mais on peut le retrouver également en Irlande, au pays de Galles, en Bretagne, en Normandie… Imposé à la fin du XVIIIe siècle comme symbole identitaire, son origine, très ancienne, serait soit scandinave, soit danoise. Les Pictes portaient une tunique grossière en lin, une couverture drapée comme une toge à la façon des Romains et des Grecs, une ceinture et une fibule. Suite à la bataille de Culloden en 1746, les Anglais imposent un autre style vestimentaire, mais en 1782, l’abrogation est levée et les clans revendiquent leurs couleurs. Au XIXe siècle, la classe aristocratique, au contraire des classes ouvrières et paysannes, s’enthousiasme pour cette « jupe » représentative de la culture celtique et la remet à l’honneur.
Il est important de souligner que ce n’est pas une simple « jupe plissée » ! Tout est calculé dans un savoir-faire ancestral, aussi bien le métrage (entre 7 et 8 mètres) du tissu que son poids et sa qualité. Seul l’homme porte le kilt. La femme peut éventuellement le porter, mais sans le sporran (petite sacoche).

Collection d’échantillons de tartans
Un clan peut posséder plusieurs tartans.

Des tartans aux couleurs bigarrées, aux lignes entrecroisées, et des clans ; avant, les teintes se faisaient avec des végétaux (racines, lichen, feuilles) et des minéraux (fer, alun, cuivre), quant à la technique du tissage, elle est très spécifique (« Un fil de couleur passe sous deux autres fils d’une autre couleur, puis sur deux fil d’une autre couleur, etc… »). Les gammes infinies définissent les appartenances aux clans (Bruce, Buchanan, Douglas, Farguharson… Les Stewart ont un tartan rouge, vert, sur fond blanc, avec des filets noirs et rouges).
En France, au XIXe siècle, cette étoffe nouvelle, originale, à la connotation romantique, connaît un bel engouement. Après quelques réticences, L’Almanach des Modes et Le Journal des Dames flattent ce style et on retrouve des tissus dits « écossais » partout… « On veut de l’écossais partout, sur le col, en sautoir, sur les épaules, la poitrine et le dos, en écharpe, sur la tête, en turbans, en chiffons, en chapeau demi-habillés, enfin en robes et en manteaux… »  .

Participants au Highland Games

De nos jours en plus du Highland Games où l’on peut admirer une multitude de kilts, il y a le 6 avril, le Tarta Day. Cette fête célèbre « les liens historiques entre l’Écosse et les descendants d’émigrés Écossais en Amérique du Nord », à l’occasion de  l’anniversaire de la déclaration d’Arbroath (guerres d’indépendance). L’enthousiasme pour cette fête est si forte, qu’en Amérique elle dure une semaine ; c’est la Tarta Week !
Dans la dernière partie du livre, l’auteur place le tartan dans la vie quotidienne. Étoffe et vêtement sont toujours à la mode. Les créateurs ont su les sublimer, les adapter et les transformer même s’il est surprenant de voir un kilt  aux motifs fleuris ou un kilt en plastique.

Kilts et tartans est un ouvrage qui donne assurément l’envie de partir… et de rencontrer quelques spécimens… Un excellent livre bien documenté et bien illustré !!!

.

« Les bijoux celtes et les ceintures cloutées, les bagues et les bracelets ethniques, le blouson de cuir et les épingles de kilt accrochées par grappes ne sont pas incompatibles avec le sporran le plus traditionnel et le tartan le plus classique, dans un look très étudié,
à mi-chemin entre Braveheart et Mad Max… »

.

.

.

 

Henry Caro-Delvaille

logo_babelioUn livre offert dans le cadre des Masses Critiques Babelio avec le partenariat des Éditions Faton

.

.

henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille
Peintre de la Belle Époque, de Paris à New York
Christine Gouzi

.
Il est difficile de résister aux livres d’art ! surtout lorsqu’on vous les offre… N’ayant jamais été déçue par les publications des Éditions Faton, j’ai opté pour ce choix lors des Masses Critiques Babelio, séduite avant tout par la couverture et le sous-titre « Peintre de la Belle Époque ». Fin XIXe siècle, début XXe, c’est une période riche, fourmillante, élégante, prometteuse ; l’industrie, les sciences, les arts sont en plein essor.

Pour son doctorat d’histoire, encouragée par l’historien d’art Jacques Thuillier, Christine Gouzi a pris pour sujet le peintre Henry Caro-Delvaille. Elle livre à travers ce magnifique livre, vingt ans de recherches et plus d’une centaine de tableaux. La plupart de ses œuvres ont disparu. Né en 1876 à Bayonne dans les Basses-Pyrénées, fils d’un riche banquier Juif, son avenir était déjà établi dans la banque paternelle, mais ses ambitions étaient autres. Certainement peu sûr de lui, encore trop jeune, ce n’est pas vers ses sensibilités artistiques (danse et peinture) qu’il s’oriente, mais vers l’armée, chez les hussards. Cependant, après un accident de cheval, il est obligé de faire autre chose et se dirige vers la peinture. Dans un premier temps à l’École des Beaux-Arts de Bayonne où il obtient un prix en 1897, puis dans un second temps à Paris où il devient l’élève de Léon Bonnat. Indépendant, il ne se sentira jamais un disciple du maître, aspirant à se sentir « libre ». Libre comme le vent ? Il se plaisait à dire qu’il avait des origines gitanes. Ses cheveux, sa carnation, son regard noir et sa passion pour le flamenco devaient en attester !
Suite à l’avant-propos, l’auteur nous offre un passionnant entretien mené sur plusieurs années, de 1992 à 2005, avec le célèbre ethnologue Claude Lévi-Strauss qui fut le neveu du peintre. Les souvenirs sont riches, la conversation informelle ; le peintre, la famille, l’art et ses différents mouvements, Paris, la société artistique… le témoignage est captivant.


leon-bonnat-et-ses-eleves-de-marie-garayTableau de Marie Garay, « Léon Bonnat et ses élèves »
Huile sur toile, 2,16 x 2,59 m, 1914, Bayonne, musée Bonnat-Helleu
(Henry Caro-Delvaille est placé au bord du cadre.)

Ni de l’impressionnisme, ni du nabisme, rejetant le cubisme et le dadaïsme, sa peinture dite figurative et intimiste, raconte des histoires de son époque, rendant ainsi ses compositions attrayantes auprès du public. Les chapitres « Peinture mondaine et peinture du monde », « L’intimisme », « Les portraits mondains », découvrent les rituels d’une vie bourgeoise ou demi-mondaine (chez la modiste, une partie de cartes, au jardin public, un thé l’après-midi…) et célèbrent l’élégance de la femme qui rayonne aussi dans son rôle de mère. On retrouve ses modèles dans différentes scènes du quotidien qu’il aime peindre. Sa femme et ses belles-sœurs sont souvent représentées. L’auteur dit « des instantanés de vie ».

portrait-de-madame-landry-henry-caro-delvailleDétail du portrait de Madame Landry et de sa fille Hélène
Huile sur toile, 1,21 x 1,61 m, 1902, Amiens, Collection du musée de Picardie


Les commandes pour les portraits affluent. Il pare ses modèles de grâce et de douceur en gommant certaines imperfections. Il n’en délaisse pourtant pas le nu… Dans ce chapitre, l’auteur dit qu’il a commencé tôt à être attir
é par cette étude, influencé par les artistes Grecs. Ses nus ne sont pas statiques, ils accaparent l’espace ; le mouvement en rapport avec la danse (Isadora Duncan, dont il a été l’amant, a été portraiturée nue sous un voile grec en 1917).

la-robe-mouchetee-caro-delvaille« La robe mouchetée »
Huile sur carton, 0,755 x 0,515 m, Paris, Petit Palais

La deuxième partie raconte la communauté juive de Bayonne et les racines de sa famille. Il épouse, en 1900, Aline Lévy, fille aînée du rabbin Émile Lévy… Les trois filles du rabbin ont épousé des artistes peintres ; se joignent à Caro-Delvaille, Gabriel Roby et Raymond Lévi-Strauss (petit-fils du compositeur et chef d’orchestre Isaac Strauss et père de Claude).
En troisième partie ce sont ses voyages en Amérique et son installation. La guerre fait des ravages, traumatise et annihile tout élan. Réformé, il peut honorer des contrats en Amérique et part en 1916 où il reste seul durant un an. Sa femme et ses deux enfants le retrouvent en 1917. Là-bas, il fait des portraits pour renflouer les caisses, mais ce qu’il préfère peindre ce sont des fresques murales… Le succès est moindre, les critiques sont parfois assassinent, les temps changent et l’art célèbre d’autres genres beaucoup moins « classiques ».

henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille dans son appartement de l’avenue Mozart avec La femme à l’hortensia au-dessus de la cheminée et sur le mur à gauche Groupe païen
Photo de Maurice Louis Branger, 1910

En fin de livre, une chronologie reprend les lignes essentielles de son existence jusqu’en 1928, l’année de sa mort. Je ne m’étendrais pas sur la période à New York, très intéressante, plus moderne, moins idéalisée, car elle compte l’autre moitié du livre… je vous la laisse découvrir.
D’après l’auteur, ce peintre appartient à une génération perdue. Pourtant primé, médaillé, exposé dans les plus grandes villes, et ami des plus grands, l’engouement pour ses œuvres n’aura duré qu’un laps de temps. Elle sous-titre son introduction par « Une gloire déboulonnée ».
J’aime beaucoup les peintures qui illustrent cet ouvrage de qualité. Outre les toilettes élégantes avec manches gigot, mousseline blanche et autres falbalas de la Belle Époque, ce sont les postures des modèles, et leurs regards, qui me charment. L’innocence se mêle à la volupté. Il y a un peu de Proust…
Je vous recommande ce livre et vous convie à rencontrer cet artiste méconnu…

 

caro-delvaille-henry-women-reading-1910-1911Devant la maison blanche
Huile sur toile, 0,66 x 0,813 m, 1910-1911

.

.

.

Les contemplations gourmandes

logogourmandises 16Les Gourmandises présentent des livres de recettes

Vous trouverez d’autres livres et recettes chez…

Asphodèle – « 100 Merveilles de la cuisine française » de La Reynière
et tartiflette au Reblochon

Martine – « Personne ne me volera ce que j’ai dansé » d’Hélène Darroze
Hilde –« Lucky Luke, recettes pour bien nourrir son cow boy » et le velouté corail de Jack Dalton
Sandrion – « Un déjeuner de soleil » d’Edda Onorato et amaretti aux amandes
Nahe – « A table avec Jules Verne » de Kilien Stengel et nouilles de Hong Kong

Béa – « Foccacias, bruschettas, pizzas » d’Alba Pezone et une foccacia aux tomates et oignons confits
Sharon et Nunzi – « Super gâteaux, qui sera le plus gourmand ? » Editions Du Noyelle et
« Le pain perdu du petit Poucet » de Seymourina Cruse et Marie Caudry
Estellecalim – « Je cuisine bio avec les enfants, 55 recettes pour apprendre » de Marie Chioca

La Pintade Aixoise – Un cake comme une plombière

.

9782749914602Les contemplations gourmandes
Florian V. Hugo

Photographies de Sophie Tramier
Stylisme de Nathalie Nannini

.
C’est Nahe qui m’a offert ce livre, superbe dans sa conception et très intéressant dans l’étude des plats.
L’auteur, descendant de Victor Hugo (5ème génération), a découvert le plaisir de cuisiner à l’âge de douze ans. Plus tard, délaissant ses études de droit pour celles de la cuisine, il fait son éducation à l’Institut Paul Bocuse d’Ecully et devient apprenti chez Alain Ducasse aux côtés de Jean-François Piège à Paris. De la haute gastronomie aux plats plus simples servis dans les brasseries, il recherche avant tout le plaisir de faire plaisir. Il dit aimer offrir du bonheur… Actuellement, il œuvre dans sa brasserie Cognac, à Manhattan.

Ce livre dédicacé à sa femme et à sa fille nous invite auprès de son célèbre ancêtre. Les contemplations gourmandes content surtout un personnage, son entourage, une époque, et nous ouvrent les portes de la maison de Guernesey, Hauteville House. A travers des lettres, des dessins, des photos, des documents personnels, des citations, nous suivons les appétits d’un temps révolu et nous rentrons dans l’intimité d’une famille.
Dîners fins, repas anniversaires, pique-niques, les plats sont une succession de gourmandises.
Pour un déjeuner sur l’herbe (dix-huit personnes domestiques et enfants compris), Charles Hugo détaille dans une lettre du 4 juillet 1859 à sa mère un menu, une liste interminable de mets… Gigot froid, bœuf froid, jambon, vol-au-vent, pâté de pigeons, sorbets au rhum, tarte aux confitures, choux à la crème… champagne frappé.
A l’occasion des soixante-dix-huit ans de Victor Hugo et des cinquante ans de sa pièce « Hernani », en 1880, l’opulence du banquet est saisissante… Consommé de volailles au gluten, bisque d’écrevisses, crevettes de Dieppe, saumon sauce genevoise, turbot à la sauce normande, filet de bœuf à la Brillat-Savarin, jambon d’York au malvoisie garni de petits pois nouveaux, salmis de bécasse à la Saint-Hubert, timbale de foie gras Lucullus, homard à l’américaine, punch à la romaine, poulardes du Mans truffées à la Périgueux, salade, chaud-froid de mauviettes à la gelée, asperges en branches hollandaises, bombe pralinée, gâteau de Pastafrole au cédrat, fruits et desserts variés, pièces montées…

Des hors-d’œuvre aux mignardises, les compositions qui mettent à l’honneur les plats sont raffinées et s’accessoirisent de belles vaisselles ; un vrai régal pour le regard ! Mais ici, point de sophistication affectée. Les recettes proposées, plus de cinquante, sont généreuses, simples, et s’offrent à tout marmiton bien attentionné.
Vous trouverez des gougères au fromage, des petits beignets de brandade de morue, un cocktail de crabe en gelée, un millefeuille d’aubergines, des œufs de poule pochés, de la bisque de homard, des ravioles de cèpes, une blanquette de veau, un parmentier de canard, un lieu noir au caviar, une tarte flambée de thon, des galettes de ricotta, du pain perdu au café, une tarte choco-framboise…

Je vous recommande ce beau livre qui est une source de délices, une palette d’émotions gustatives.

Dans la journée, je vous proposerai des galettes de ricotta… à suivre !

.
71i2oahbzzl


.

.

.

Millefiori Quilts, 2

millefiori-quilts-2Millefiori Quilt, 2
Willyne Hammerstein

.

  millefiori2-3millefiori2-2Après une vilaine chute de vélo, Willyne Hammerstein a connu les temps d’une immobilisation et d’une rééducation. Comme elle le raconte dans sa préface, elle en a profité pour réfléchir à ce deuxième livre qui reprend les structures des kaléidoscopes.

Couleurs toniques, sélection des tissus avec des imprimés floraux, jeux de coupes et de formes, mosaïques, les quilts qu’elle propose sont de magnifiques jardins aux milles fleurs.

Dix-sept modèles aux noms évocateurs nous enchantent et nous inspirent… « Baiser d’amour », « Jardin de l’oubli », « Le temps perdu », « Crème brûlée », « L’aube », « Lorsque votre journée est triste, regardez le côté positif de la vie »… Ce ne sont plus de simples quilts, ce sont des poèmes.

Kaléidoscopes, sulfures, jardins…
… un très beau livre.

.millefiori2-1

.

.

Dictionnaire des maîtres verriers

dictionnaire-des-maitres-verriersDictionnaire des maîtres verriers
Marques et signatures
De l’Art nouveau à l’Art déco
de

Philippe Olland
Conception graphique, mise en page et photogravure de Pierre-Jean Jouve

.

Dans un de ses textes, Pline l’Ancien écrit :
« Il est dans la Syrie une contrée nommée Phénicie, confinant à la Judée, et renfermant, entre les racines du mont Carmel, un marais qui porte le nom de Cendevia. On croit qu’il donne naissance au fleuve Bélus, qui après un trajet de cinq mille pas, se jette dans la mer auprès de Ptolemaïs, colonie. Le cours en est lent, l’eau malsaine à boire, mais consacrées aux cérémonies religieuses. Ce fleuve limoneux et profond ne montre qu’au reflux de la mer le sable qu’il charrie. Alors, en effet, ce sable, agité par les flots, se sépare des impuretés et se nettoie. On pense que dans ce contact les eaux de la mer agissent sur lui, et que sans cela il ne vaudrait rien. Le littoral sur lequel on le recueille n’a pas plus de cinq cents pas, et pendant plusieurs siècles ce fut la seule localité qui produisit le verre. On raconte que des marchands de nitre y ayant relâché, préparaient, dispersés sur le rivage, leur repas ; ne trouvant pas de pierres pour exhausser leurs marmites, ils employèrent à cet effet des pains de nitre de leur cargaison : ce nitre soumis à l’action du feu avec le sable répandu sur le sol, ils virent couler des ruisseaux transparents d’une liqueur inconnue, et telle fut l’origine du verre. »

La liqueur inconnue…
L’introduction de ce très beau livre nous raconte le verre, de la haute Antiquité égyptienne, vers le 3ème millénaire avant Jésus Christ, à nos jours. Flacons, gobelets, coupes, bijoux… vitraux, de l’opacité à la transparence, à travers les siècles, les techniques changent et progressent ; technique du moulage, enduction de verre, soufflage avec une canne creuse, inclusions, mosaïques, émaillages…

L’histoire passe par les manufactures juives, arabes et byzantines puis italiennes. Si durant l’Antiquité, on voit une belle évolution, au Moyen-Âge, le savoir-faire stagne et même régresse. Vers 1455, à Murano, une petite île vénitienne, des artistes Grecs s’installent et mettent au point « une matière inédite, un verre incolore, transparent, d’une extrême finesse et d’une très grande plasticité, qui prend le nom de cristallo. » Le travail s’orne de filigranes, de belles broderies ; torsade, filet, résille.

Dès le XVIe siècle, l’art des Vénitiens s’exporte en Espagne, en France, en Angleterre, en Europe Centrale… Puis en Bohême, les artistes perfectionnent un cristal à base de potasse plus facile à travailler, qui supplante celui des maîtres de Murano.
Après la soude et le potasse, un industriel Anglais utilise le plomb. Cette fois-ci, la concurrence vient d’Angleterre et leur négoce prend l’ascendant sur les autres durant un siècle.

En 1780, en France dans la région de la Lorraine, la cristallerie Baccarat et la Verrerie royale de Saint-Louis se confrontent à la fabrication anglaise.
A la fin du XVIIIe siècle, de nombreuses découvertes sont faites sur la colorisation et la mécanisation du travail ; on moule par pression. Les artistes Français commencent à dominer ; de nombreuses verreries et cristalleries s’implantent en Lorraine. Dans le milieu du XIXe siècle, on parle de l’âge d’or du verre. C’est aussi l’essor du développement industriel.
« Vers 1890, la France possède 162 verreries, occupant 23.000 ouvriers. »

dictionnaire-des-maitres-verriers-6Lors de l’Exposition internationale universelle en 1851, Londres fait participer près de 14.000 exposants et les autres grandes capitales suivront. En 1855, 1867, 1878, 1884, 1889… Paris présente des artistes verriers, des inventeurs et des décorateurs-émailleurs pour les arts décoratifs ; « artistes, artisans et chimistes ». L’auteur écrit qu’ils sont des magiciens et que leurs œuvres sont de l’ordre de la poésie et des rêves.
L’Art nouveau, avec Émile Gallé, est un mouvement artistique qui dure jusqu’en 1914. L’inspiration se tourne vers l’art japonais, le végétal, les insectes et les animaux. Ce sont des entrelacs, des couleurs et des courbes qui révèlent la féminité et la sensualité.
Après 1914, le style change, c’est l’Art déco. René Lalique est l’un des successeurs. Si la mode va vers les lignes cubiques, la simplicité et la transparence, nous n’en perdons pas pour autant la beauté, la majesté et la grâce.

L’impulsion créatrice qui n’a jamais cessé de croître, s’interrompt lors de la deuxième guerre mondiale. Les artistes Français cèdent la place aux artistes étrangers. De nombreuses verreries et cristalleries ferment leurs portes. Des manufactures italiennes, tchécoslovaques et scandinaves prennent le marché. Les temps sont aux cristalleries mécanisées.
« Mais une véritable renaissance artistique s’opère au cours des années 1970-1980… ».  De nouveaux créateurs, dans des ateliers individuels, apparaissent et offrent des réalisations plus modernes, contemporaines, dignes des plus grands maîtres. Malgré « la production pour tous », l’art verrier est toujours en fusion.

dictionnaire-des-maitres-verriers-3

Après cette introduction, que j’ai grossièrement condensée, nous parcourons le dictionnaire des marques et des signatures. Philippe Olland les présente par ordre alphabétique avec une biographie et une iconographie détaillée très intéressantes, de l’Art nouveau à l’Art déco en France ; à découvrir, cent quinze biographies d’artistes et un répertoire de deux milles marques et signatures. L’histoire de l’art verrier lue dans les premières pages est une lecture indispensable pour assimiler les évolutions des différentes techniques et mouvements artistiques. Néophyte, je ne me suis pas sentie perdue, ni exclue, par toutes ces connaissances, seulement un peu plus instruite, admirative et envieuse (j’aimerais bien avoir un flacon émaillé avec des arabesques orientales). Car, certaines créations touchent à la perfection, comme si le verre se dématérialisait. On le perçoit ainsi avec les mots de l’auteur que je citais précédemment… poésie, rêves, magie.

pepe-arthur
Magnifique ouvrage de référence édité par les éditions Faton, ce dictionnaire se dévoile en plusieurs temps. Reçu dans le cadre des Masses Critiques Babelio, à sa réception, j’ai d’abord ouvert les pages sur la verrerie de Portieux dans les Vosges. Dernièrement je vous parlais de Joseph mon arrière-grand père paternel qui avait été tailleur de pierre, aujourd’hui, j’effleure la pensée d’Arthur mon arrière-grand-père maternel qui était maître verrier à Portieux. Portieux, qui a également fait le service verres de table de George Sand…
.

Je vous recommande ce dictionnaire d’exception…

.

dictionnaire-des-maitres-verriers-5
.

  1. Cristallerie de Sèvres. Grand vase aux carrés et palmettes, XIXe siècle, Cristal clair doublé rouge, décor géométrique taillé. .H 49,5 cm, D. 23 cm. Collection du musée d’Art et d’Histoire de la ville de Meudon
  2. Page 133 du dictionnaire – Gallé
  3. Philippe-Joseph Brocard, Bouteille à motifs arabisants, v. 1880. Verre clair soufflé, long col annelé, décor émaillé polychrome, rouge, or, bleu, d’arabesques et de fleurs, sign. peinte à l’émail sous la base : Brocard. H. 40 cm.
  4. Photo de mon arrière-grand-père..
    .
    .

 

A table avec Jules Verne

logogourmandises 16
Les Gourmandises

.

.
A table avec Jules VerneA table avec Jules Verne
Le tour du monde de Phileas Fogg en 80 recettes
Kilien Stengel
Photographies de Fabrice Subiros
Stylisme de Coco Jobard

.

Phileas Fogg, le héros du roman « Le tour du monde en 80 jours » de Jules Verne, parie la moitié de sa fortune qu’il est capable de faire le tour du monde en un temps record.
Dans ce très beau livre, Kilien Stengel retrace son parcours à travers quatre-vingt recettes qui ont les saveurs des continents traversés. Superbement illustré par les photographies des plats et par des gravures d’Alphonse de Neuville et Léon Benett extraites du livre édité en 1873, il est une invitation à un voyage gastronomique et culturel car la découverte n’est pas seulement culinaire. Des anecdotes enrichissent l’ouvrage et abordent différents sujets, aussi bien littéraires, que géographiques ou historiques.

 

a-table-avec-jules-verne-4Charoset Yéménite (Yémen)

Europe, Afrique, Asie, Amérique… nous débutons à Londres par une assiette des plus simples mais très traditionnelle, le jambon braisé au madère sauce airelles, et nous continuons avec un dessert, la charlotte aux fruits confits. Puis avant d’embarquer pour la France, escale à Douvres pour déguster un foie de veau à l’anglaise et un pudding diplomate. La suite des gourmandises conserve l’authenticité des terroirs. La France présente des filets de sole dieppoise, des moules marinières, des gnocchis à la parisienne, des fritots de cervelle Orly, un bœuf bourguignon… En tout, onze recettes pour vanter notre cuisine. Nous apprenons que les gnocchis à la farine sont français et que les gnocchis à base de polenta sont romains, que la pêche Melba a été créée par Auguste Escoffier en hommage à Nelly Melba, une grande cantatrice, et que dans le langage argotique le mot « bugne », petits beignets de Lyon, signifie « benêt ».

 

a-table-avec-jules-verne-2Sarma od kiselog kupusa (Dubrovnik)

Des villes… Lausanne, Milan, Vérone, Venise, Brindisi, Duvrovnik, Corfou, Istanbul… le Canal de Suez… des pays, des îles, des golfes, des continents… des étapes… des épices, des sauces, des bouillons… cardamone, gingembre, coriandre, cannelle, piments, Massala, curry, Tabasco, algues séchées… des mets aux consonances exotiques… Katsuo, onigiri, bo nhung dâm, fah-fah, skoudehkaris… et d’autres aux résonances moins lointaines, plus accessibles… ragoût de haricots, pizza, cookies… ce tour du monde enchante nos sens.

 

a-table-avec-jules-verne-1Brocoli et chou chinois sautés (Shanghai)

Un livre à conseiller et à offrir… Demain dans le cadre du mois américain de Titine, je vous présenterai une tarte aux amandes de Californie pour une étape à San Francisco.
.

a-table-avec-jules-verne-3

 Vin de Lacryma (Italie)

86 litres de vin de Banyuls
1 litre de teinture de cachou
1 litre d’infusion de brou de noix
1 litre d’infusion d’Iris de Florence
6 litres de sirop de raisin
5 litres d’alcool à 85°
Mélangez avec soin, laissez reposer pendant deux mois, filtrez et servez.

.

.

.

Les frères Le Nain

logo_babelio

Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques Babelio

.

.

les-freres-le-nain-les-ecrits-de-jacques-thuillierLes frères Le Nain
Jacques Thuillier

(Le Nain… Savez-vous qu’ils étaient trois ? C’est seulement en parcourant ce magnifique livre que j’en prends véritablement conscience !)

Ce volume réunit les écrits du professeur et historien de l’art Jacques Thuillier à propos de peintres du XVIIe, les frères Le Nain. Ce professeur avait déjà travaillé sur ces artistes dans le cadre de sa thèse, mais c’est en 1957 qu’il publie un premier article sur les peintres lorsqu’il identifie un retable de l’église Saint-Pierre de Nevers. Il rassemble alors tous les documents connus et cherche dans les archives de nouveaux éléments pouvant éclairer l’œuvre de ces trois frères : Antoine, Louis et Mathieu.

Il organise au Grand Palais une grande exposition en 1978-79 qui permet de faire découvrir les œuvres à plus de 300 000 visiteurs. Thuillier ne cherche pas à attribuer les tableaux à l’un des frères, apposant la désignation collective « Le Nain ». En effet, il lui paraît difficile sinon impossible de distinguer le style de chacun comme s’ils avaient voulu « mêler leurs mains de façon indissociable ». Depuis la fin de ces années 70, une seule exposition consacrée aux trois frères fut organisée. Elle se déroule en ce moment et est itinérante ; débutant aux États-Unis et s’achevant au printemps 2017 au Louvre-Lens.
.

Le Nain 2Le Nain – Le concert

On retrouve dans ce livre les principales études de Jacques Thuillier, dont celle du catalogue de l’exposition du Grand Palais. L’influence baroque, et plus particulièrement du Caravage, est parfois évidente. Mais cependant, on trouve de nombreuses scènes où tout semble figé. Il est surtout question des regards, regards d’enfants, de vieillards sans oublier celui du spectateur.

Jacques Thuillier présente une biographie détaillée des peintres, mettant en doute leur date précise de naissance, préférant la situer entre 1600 et 1610. A partir de 1632, on commence à parler à Paris de ces trois peintres natifs de Laon. Il a retrouvé de nombreux documents, mais ils sont souvent parcellaires et ne permettent pas d’offrir une vision explicite des événements de leurs vies. Comme pour le peintre Georges de la Tour, on est parfois obligé de faire des suppositions tant les lacunes à propos du déroulement de leurs existences sont importantes. Louis et Antoine meurent en même temps, certainement d’une maladie contagieuse en 1648. Mathieu ne décède que bien plus tard en 1677, mais à partir de cette date on ne retrouve plus de peinture signée de sa main.

.
Antoine_Le_Nain_-_Trois_jeunes_musiciensLe Nain – Les trois musiciens

Les frères Le Nain furent d’abord des « peintres d’histoire » pratiquant « la grande peinture » toute leur vie, cherchant à s’imposer à Paris. Mais beaucoup de leurs décors et tableaux ont disparus ou ont été détruits. Jacques Thuillier retrace l’histoire de tableaux réapparus soudainement sur le marché, ou mal attribués.

C’est à la peinture de genre que les frères Le Nain doivent une grande partie de leur gloire. En cela, ils obéissent au goût de l’époque. En effet, la scène de genre connaît un essor spectaculaire au XVIIe siècle. On peut classer les œuvres des trois frères en plusieurs grands thèmes : tableaux d’enfants (jeux, danse, musique), tableaux d’extérieur (peu nombreux) et les tableaux de paysans. Ainsi la peinture la plus célèbre aujourd’hui « Famille de paysans » n’apparaît qu’à la veille de la guerre de 1914 lors d’une vente à Drouot. On peut rapprocher de ce chef-d’œuvre un autre tableau « Repas de Paysans », lui aussi exposé au musée du Louvre, mais celui-ci fut connu et célèbre très tôt en raison des nombreuses copies qu’on a retrouvées. Sur les deux œuvres, on a une organisation presque similaire avec des personnages disposés autour d’une nappe blanche.

Les frères étaient aussi connus à leur époque par leur talent de portraitiste, des portraits réalisés avec simplicité et une touche franche et aérée. Il s’agit le plus souvent de portraits de groupe.

Je suis heureuse d’avoir reçu ce très beau livre à la riche iconographie. Les illustrations sont de très bonne qualité, souvent imprimées en grand format avec sur l’autre page des vignettes présentant des détails, et la mise en page est séduisante. J’ai eu beaucoup de plaisir à le feuilleter, le lire, et découvrir de nouvelles œuvres… Il est certain que la prochaine fois au Louvre, je ferai une pause plus marquée devant La famille de paysans et peut-être irai-je à Lens en 2017…

Je vous recommande ce bel ouvrage

.

Louis_Le_Nain_la_ForgeLe Nain – « La Forge »
.

.

.