Les Spellman se déchaînent, tome II

Lecture commune avec Somaja
Challenge Summer PAL de Bleue et Violette
Défi de Mia

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1. Spellman et associés

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Les Spellman se déchaînent
Lisa Lutz

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« Samedi 22 avril, 19 heures

– Allô ?
– Salut, maman.
– Qui est à l’appareil ?
– Ne me fait pas répéter.
– Qui ?
– Maman, c’est pas drôle.
– Sérieusement, qui est à l’appareil ?
– Je n’ai pas trop le temps de jouer, là.
– Moi non plus, dit Maman, renonçant enfin à son numéro d’amnésique. Je t’appelle d’ici quelques jours.
J’ai hurlé dans le téléphone :
– Ne raccroche pas !!!
– Du calme, Isabel.
– Ne raccroche pas, tu veux ?
– Pourquoi ?
– Parce que je n’ai droit qu’à un coup de fil. »

Et voilà ! le ton est donné…

Izzy a trente ans et pour sortir, elle doit faire intervenir un octogénaire… Morty. Sortir ? Au restaurant ? En discothèque ? Au cinéma ? Nooon ! Rien de cela… Izzy veut sortir de prison. Nous sommes dans le cas, où on ne compte plus ses incarcérations d’une nuit, car Izzy collectionne les arrestations et les numérote. Certains, comme l’expliquerait le très honorable et méticuleux (maniaque) et irrésistible inspecteur Henry Stone, aiment collectionner les timbres, les poupées, les cartes postales, des mouchoirs usagés plein de substances, des rognures d’ongles… Izzy, elle, accumule les « Nous avons un mandat…  Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous devant un tribunal. Vous avez le droit de consulter un avocat… ».

Petit rappel :
Il est une famille, dans la bonne ville de San Francisco, qui se nomme Spellman.  Il y a le père, Albert, la mère, Olivia, les trois enfants, David, Isabel (dite Izzy) et la petite dernière Rae. Tous, excepté David le raisonnable, sont atteints du syndrome de l’espionnite aiguë, affection qu’ils mettent au bénéfice de leur activité rémunérée (ou pas… cette passion déborde sur les loisirs), une agence de détectives tout-terrain.
Albert et Olivia dirigent la Society-Family sans ménager leurs progénitures. David est dans le Droit des Affaires, marié à la pulpeuse Petra, artiste-coiffeuse, ex-co-délinquante-tatouée, amie d’enfance d’Izzy. Rae, petite adolescente de quinze ans, a la fibre enquêtrice et est admirative de sa grande soeur (elle a ausi un mentor qu’elle A-DO-RE, son meilleur ami, mais vous le lirez…). Isabel (Izzy), toujours célibataire, héritière en pourparlers de l’agence, a un passé très alcoolisé, déjanté et frondeur. Atteinte de manies paranoïaques soupçonneuses, elle établit des listes pour pouvoir progresser (grandir, s’adapter, se « poser », évoluer et peut-être bien trouver le grand amour) … énumération des ex-petits chéris avec pedigree, nomenclature des phrases à dire et ne pas dire, inventaire de ses arrestations, rapport sur les comportements suspects des personnes qui l’entourent…
A cette charmante dynastie, nous avons le plaisir de rencontrer d’autres personnages. Morty, Mort Schilling, un retraité du barreau de quatre-vingt-deux ans qui officie dans son garage, Henry Stone, un inspecteur de police qui devient de plus en plus intime avec les Spellman, un « membre honoraire », Daniel Castillo, un ancien d’Izzy, qui est chargé des soins buccaux de la famille, grand aficionado du fil dentaire, et les voisins…
La commémoration des dignitaires de cette histoire étant faite, passons aux aveux d’Izzy qu’elle relate dans ce deuxième tome de la saga Spellman…

Les parents étant en disparition (langage spellmanien : vacances – Voir 1er tome, Sans prévenir, Rae avait fuit le foyer pour s’accorder des petites vacances qui ont pris le nom de « disparition »), Izzy ne peut demander qu’à Morty de la faire sortir de prison en payant la caution et de suivre son dossier.
« – On devrait arriver à éviter que les deuxième et troisième arrestations ne viennent en jugement. Je peux argumenter qu’elles sont sans lien.
– Parfait.
– Quoi ?
– Parfait !
– Pendant nos déjeuners, tu m’a raconté deux ou trois choses concernant cette affaire, mais j’ai besoin de tout savoir pour décider comment présenter au mieux ton histoire à l’audience.
– Tu crois que ça va vraiment passer un jugement ?
– Hein ? Parle plus fort.
– Tu crois que ça va passer – Morty mets ton appareil. »
Morty, règle ton sonotone, car Izzy ne répétera pas une seconde fois…
Transcriptions, enregistrements, rétrospectives, listes, chapitres, éphéméride, Issy raconte son journal.

Tout a commencé un dimanche 8 janvier. (Il faut suivre !!!)
Olivia, la mère, réveille Izzy pour lui dire que Rae, la petite soeur, a écrasé Henry Stone, l’inspecteur-meilleur ami et éventuellement professeur de conduite de la chère petite.
Lors d’une séance, Rae a « manu vehiculari » failli faire trépasser Henry en confondant le frein avec l’accélérateur. Celui-ci, à l’hôpital, sous perfusion, oxygène et autres alambics, supplie Izzy d’extraire sa petite soeur de sa chambre… « Débarrasse-moi de sa présence (…) Isabel, je t’en prie. J’ai besoin d’air (…) J’ai besoin d’air, de vacances : des vacances de ta soeur. S’il te plaît, aide-moi. »
Depuis bientôt deux ans, Rae joue les arapèdes. Henry est pour elle un gourou qu’elle vénère et cette erreur de pilotage l’a traumatisée, elle ne veut pas le quitter. Comme elle le dit dans un cri de désespoir, elle a presque assassiner son meilleur ami accidentellement.
Arrachée de force, malgré ses lamentations, Rae se retrouve escortée par Izzy qui la ramène au foyer. A peine la voiture s’arrête devant leur maison, que la furie s’enfuit dans l’idée de retrouver le blessé, mais en chemin elle percute une pile de cartons transportée par deux bras.
« Les corps s’effondrèrent au sol, les cartons se renversèrent, les dossiers s’éparpillèrent comme un paquet de cartes (…) Mes parents, sortis de la maison, arrivèrent après la bataille.
– Qu’est ce qui est arrivé ? demanda ma mère en se tournant vers moi.
– Elle lui est passée dessus, littéralement.
– Elle n’a pas recommencé ! »
Un nouveau voisin aménage. Cet homme est charmant, un sourire sympathique, des manières courtoises. Il se présente… John Brown.

Cher Morty, est-ce que notre Izzy, dès cette première rencontre, a vu en ce mâle un potentiel amoureux ? Peut-être. Est-ce qu’elle a sourcillé à son nom ; un nom anodin et très courant ? Immédiatement. Est-ce qu’elle a commencé à analyser ses attitudes et à le nommer dans la rédaction de ses rapports comme « le sujet » ? Pas encore… Mais ça ne serait tarder !

Izzy confesse les jours et les nuits d’avant son arrestation n°… Elle raconte les tensions familiales qui l’ont maintenue hors de toutes défiances : David et Petra, les parents, Rae, Henry et même Daniel, Bennie et Milo !
Et dans ce marasme, Izzy se questionne. Pourquoi ne s’est-elle pas orientée vers la neurochirurgie ou tout simplement pourquoi n’a-t-elle pas fait les jeux olympiques ? Bizarreries et complexités toutes Izzyennes…
Le monde est fou ! Enfin, surtout celui qui gravite autour des Spellman.

J’ai beaucoup aimé.
Deuxième livre de la série, ce roman porte bien son titre « Les Spellman se déchaînent ». Du début au point final, j’ai lu cette histoire dans un souffle, captivée par leur hyperactivité. J’en suis ressortie souriante et épuisée ! Cette famille est un cirque. Pitreries, acrobaties, grands numéros de clairvoyance, il y a même un domptage d’homme taciturne.
On ne peut qu’être sensible à l’extravagance de tous les personnages, même si les membres de cette famille remportent le pompon.
Je vous recommande cette saga en vous précisant que ce tome est à ce jour mon préféré. Il y a aussi un troisième, traduit, et un quatrième, non traduit.
Quant à savoir si je vais répertorier cette lecture dans la catégorie « Polar », je suis comme mon amie Somaja, indécise. La petite part policière est minuscule. Je pense que je vais classer ces tomes dans les « Folies douces », une division toute à eux.

PS. : Passages éducatifs ! Je ne connais pas la série du « Doctor Who » si souvent traitée sur vos blogs. J’ai donc appris, car Henry Stone a tous les épisodes, que le premier a été diffusé en 1963, qu’il y a eu dix docteurs et sept cents épisodes.

First Doctor

Billets des lectures communes de Somaja, Tome 1Tome 2

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Spellman et associés, Tome I

Sur les conseils de Cécile

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Spellman & Associés
Lisa Lutz

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« – Voulez-vous préciser vos noms et adresse pour la machine, demande-t-il.

– Isabel Spellman. 1799, Clay Street, San Francisco, Californie.
– Age et date de naissance, s’il vous plaît.
– Vingt-huit ans. Née le 1er avril 1978.
– Vos parents sont Albert et Olivia Spellman, c’est exact ?
– Oui.
– Vous avez un frère et une sœur : David Spellman, 30 ans et Rae Spellman, 14 ans. C’est exact ?
– Oui.
– Voulez-vous me dire quelle profession vous exercez et le nom de votre employeur, s’il vous plaît.
– Détective privé. J’ai mon diplôme et je travaille chez Spellman et Spellman, l’agence de recherches privée de mes parents.
– Quand avez-vous commencé à travailler chez eux ?
– Il y a environ seize ans.
– A douze ans ?
– Exact.
– Commençons par le commencement, Miss Spellman… »

Isabel, appelée Izzy, se trouve dans une salle interrogatoires avec l’inspecteur Stone. Un évènement défraie sa vie. Entre deux questions, hagarde, elle passe en revue sa biographie… 

La police de San Francisco a eu l’honneur de compter dans son effectif son arrière-grand-père, son grand-père, son oncle et son père. Du côté paternel, on peut dire que la famille a la fibre « enquêtrice ». Côté maternel ? Et bien, cela devait être inné aussi ! Ceci explique le coup de foudre de ses parents, leur mariage trois mois après leur première rencontre-investigation, la création d’une agence de détectives privés, et trois enfants passionnés de filatures, d’écoutes, d’enquêtes… Trois ? Non, plutôt deux, Izzy et la petite dernière Rae. L’aîné, David, a préféré s’orienter vers le droit et quitter le giron familial. Les élucubrations de sa famille commencent à l’horripiler ! Qui peut supporter l’ambiance domestique de la maison Spellman ?

De la famille Spellman, je demande…
Le père Albert, la mère Olivia, le couple initiateur, le couple inquisiteur.
L’oncle Ray, Monsieur Sobriété, ancien policier, adepte de bio, d’activités sportives, non fumeur, monogame… reconverti, suite à une grave maladie (cancer des poumons (ça arrive à tout le monde et ça fait cogiter !)), en un joueur-baiseur-fugueur-buveur-divorcé (vive la transmutation !).
La première fille, Izzy, ancienne délinquante en tout genre (droguée, alcoolique, punkette, (jalouse de la perfection de son frère David = action / réaction)), éprise de Max la Menace, captivée par les explorations des poubelles, la vie privée des gens, leurs secrets, fuyant l’ennui, le conformisme, toujours célibataire et à la recherche du n° 10, l’homme de sa vie (surtout pas un avocat, cela ferait trop plaisir à sa mère, un dentiste à la rigueur ! (s’il a de belles jambes musclées…(pas les gencives…))).
La deuxième fille, Rae, baptisée ainsi en mémoire de tonton Ray (qui devait mourir), petite peste gentille, calculatrice, maître-chanteur, câline, trésorière de pourboires extorqués auprès de son frère, fine mouche, ardente supportrice de sa sœur Issy et férue de toute énigme (pas celles proposées par sa prof de mathématiques !).
Le fils, David… le mystère, l’ambiguïté… l’homme parfait… (C’est étrange !) extrêmement beau, intelligent, sympathique, philanthrope (avec sa petite sœur). La justice, il la trouve dans un prétoire et non dans la rue.

« – Voulez-vous répondre à ma question, Isabel.
– Et pourquoi vous ne répondez pas à la mienne ?
– Nous faisons tout notre possible. Mais j’ai besoin de votre coopération. Il faut que vous répondiez à mes questions. Vous comprenez, Isabel ?
– Oui.
– Il faut que nous parlions de Rae. dit Stone ».

Rae, sa petite sœur, le petit poison, qui a disparu…

Plus un livre qui raconte les loufoques tribulations d’une famille, qu’un policier, ce roman est très divertissant. Izzy cherche et raconte à travers son univers des indices. Sa petite sœur ayant disparu depuis quelques jours, elle remonte le fil du temps et en profite pour passer au crible sa vie. Avec humour, dans un style désopilant et sans fioriture, elle livre à notre lecture ses dérives, ses espérances et son amour pour sa famille.
Un roman agréable, charmant, cocasse, qui nous fait souvent sourire, mais qui témoigne aussi d’une belle unité familiale, une force. Il est aussi le premier d’une série… à suivre.

Billets chez Cécile, Sandrine, Lily, Karine, Luna,

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