Les vieux fourneaux, Ceux qui restent

Un album offert dans le cadre :
La BD fait son festival avec Rakuten #1Blog1BD
Les BD du concours

 

Les vieux fourneaux
1. Ceux qui restent
Scénario de Wilfrid Lupano
Dessins et couleurs de Paul Cauuet

 

Ils étaient trois copains dans cette campagne qui les voyait jouer, pêcher, rêvasser et grandir. Ils étaient trois copains qui se sont retrouvés à travailler pour la même entreprise, un grand laboratoire pharmaceutique niché dans cette même campagne. Ils étaient trois copains qui un jour, après de très longues années, se sont retrouvés pour la crémation de Lucette, la femme de l’un des trois.

Antoine, Pierrot et Mimile sont vieux et en ce jour bien triste, sont heureux de se revoir. La vigueur n’est plus, les os craquent, mais les tempéraments sont les mêmes avec la truculence, l’irrespect et les bons souvenirs de l’époque. Anarchistes, révolutionnaires, militants pour les classes ouvrières, syndicalistes, c’étaient les années 60 un peu sauvages, folles et tellement libératrices.

Ils se remémorent Lucette, une femme à l’humeur vive, une sacrée nana qui avait démissionné de son travail de comptable pour devenir une marionnettiste itinérante. Antoine s’abandonne un instant et confie qu’il aimerait la rejoindre là où elle est, mais il y a sa petite-fille qu’il aime et qui a besoin de lui car Sophie, enceinte de sept mois, est seule et n’a pas de compagnon pour élever son futur bébé. Forte de caractère, indépendante et courageuse, elle ressemble tant à sa grand-mère !

Le lendemain matin, Pierrot et Mimile qui sont restés avec Antoine pour le soutenir dans son deuil jouent aux boules alors que ce dernier s’en va chez le notaire pour mettre à jour quelques papiers. Mais à son retour, rien ne va plus ! Sans une explication, Antoine rentre chez lui pour aller prendre un fusil et s’en retourne à la voiture pour repartir. Un petit voyage dit-il… Ses deux camarades qui n’y comprennent absolument rien, vont aussitôt demander des comptes au notaire qui leur concède, sous la menace, quelque chose de stupéfiant. Dans une lettre, Lucette avoue à son mari qu’elle a eu une liaison avec leur ancien patron. Ils devinent alors qu’Antoine est parti en Italie pour tuer le vieux Garan-Servier qui passe sa retraite en Toscane.

Sans perdre une minute, Pierrot et Mimile vont voir Sophie pour lui annoncer les aspirations criminelles de son grand-père et décident d’un commun accord de partir tous les trois à sa poursuite.
Une épopée à bord de la vieille camionnette de Lucette se met en route ! Arriveront-ils à temps pour empêcher Antoine de commettre le pire ?

Qu’ils sont attachants ces trois compères de la génération baby-boomer ! Insolents jusqu’à l’incivilité et parfois l’immoralité, ils en deviennent drôles et émouvants. Incontrôlables, dotés d’une jouvencelle « fraîcheur » qui semblerait être éternelle chez eux malgré les misères de la vieillesse, sinoques, excessifs, ils nous embarquent dans la camionnette rouge pour un voyage dont l’extravagance est un enchantement. Il y a les pages qui nous racontent ce périple routier, puis leur arrivée en Toscane qui va être le théâtre de bien des surprises et d’autres, aux teintes monochromes, qui retracent les conflits de 68 à l’usine. L’occupation illégale de l’entreprise, les banderoles syndicalistes avec les slogans « Vive la classe ouvrière », « Nos 40h sinon rien », « Tous unis pour la garantie de l’emploi »… les barricades, les feux, les fourgons des CRS… et en figure de proue, Lucette pour insuffler de la force à ses camarades. Ils ont tous des souvenirs qui la concernent et ce voyage leur offre une incursion dans leur jeunesse.
Sophie est la digne descendante de cette lignée de gauchistes. Elle nous raccorde au temps présent. L’amour qu’elle voue à ses grands-parents la lie à Mimile et Pierrot dans un grand élan de tendresse. Dans une scène assez cocasse et pleine d’ardeur, « chatouillée » par ses hormones de femme enceinte, elle s’adresse à un petit groupe de retraitées et donne un aperçu de ce que les prochains tomes peuvent donner, un plaidoyer écologique…
« – Quoi, c’est vrai ! Vous autres les vieux, vous êtes toujours là à vous extasier devant les enfants ! « Et qu’il est mignon, et gnagnagna ! » Vous feriez mieux de vous excuser, ouais !
Regardez autour de vous ! Vous nous laissez un monde tout pourri, vous avez tout salopé, et ensuite vous venez souhaiter bon courage aux locataires suivants ! Vous manquez pas d’air !…
– Mais qu’est-ce qu’on vous a fait ?
– Vous m’avez fait, ma petite dame, que votre génération est à l’origine de tous les fléaux du monde moderne ! La mondialisation, l’ultralibéralisme, la pollution, la surexploitation, l’agriculture intensive, les paradis fiscaux, la communication ! Tout ! Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde et les gens crèvent de faim ! Historiquement, VOUS ÊTES LA PIRE GENERATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMMANITE ! Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez HYPER vieux !… »

 

La construction du récit et les dialogues sont bâtis sur ce modèle, verts, dynamiques, plein de vie. Quant aux dessins, ils sont expressifs et ont la particularité de coller parfaitement au scénario et aux personnages.
Je vous incite, si vous ne l’avez pas encore fait, à lire ce premier album, une très jolie histoire sur l’amitié et l’amour, qui se termine par un sympathique pied de nez à Garan-Servier qui est atteint de la maladie d’Alzheimer…
A recommander ++ !

 

 

 

 

La facture


Décembre nordique avec Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe

 

 

La facture
Jonas Karlsson

 

A l’heure des surtaxes imposées par le gouvernement et du mouvement des Gilets Jaunes, cette lecture ne pouvait pas tomber mieux !

Le narrateur est un trentenaire qui travaille à mi-temps dans un vidéo-club. Célibataire, un peu étriqué dans sa vie, aussi bien professionnelle qu’intime, on ne peut pas dire qu’il soit dévoré par l’ambition, ni les problèmes d’ego. Sa dernière initiative au sein de sa toute petite entreprise est d’avoir acheté un ensemble sceau-balais pour nettoyer le magasin en lui donnant un lustre un peu plus éclatant…

Mais un jour, son quotidien se trouve bousculé lorsqu’il découvre dans son courrier une lettre d’un centre de recouvrement qui lui réclame la somme astronomique de 5 700 000 couronnes. Croyant d’abord à une arnaque ou à une erreur administrative ou… à un problème d’homonymie, il la met de côté sans s’en préoccuper davantage, jusqu’à une lettre de rappel majorée d’une taxe de retard. Les questions commençant à tourner dans sa tête, il se décide à appeler le centre pour avoir des explications. Et là, c’est digne de Kafka ! Il est un numéro, un matricule.

– Il faut payer ! – Oui, mais payer quoi ? – Pour tout, Monsieur ! – Mais, tout quoi ??? – Comment ! vous n’êtes pas au courant ? Vous n’écoutez pas la radio ? Vous ne regardez pas la télé ? Vous êtes imposable sur la beauté, l’air que vous respirez, les rêves, l’amour, votre enfance… le bonheur, quoi !!!

C’est par Maud, son interlocutrice attitrée, qu’il apprend la dernière lubie du gouvernement qui vient de déléguer à une société privée de prélever ce nouvel impôt.
Comme on ne peut pas taxer le futur, ils se basent donc sur le passé. Le jeune homme se replonge avec délicatesse sur son enfance, dans une famille modeste mais aimante, et se remémore l’époque heureuse de son premier et dernier amour avec Sunita. Ce temps là était béni des dieux ! mais le bonheur a un coût… paraît-il.
Tous les jours, Maud l’informe et recalcule son endettement qui ne cesse d’augmenter. Tous les jours et presque toutes les nuits. Il la sollicite et elle est toujours présente au bout du fil, à lui répondre avec douceur et gentillesse. Il réfléchit, il se confie pour qu’elle déduise de la facture ses jours d’angoisse, ses jours de pleurs, mais il lui parle aussi des jeux de société quand il était petit et de sa passion pour le cinéma. Elle lui rétorque alors que tout est à classer dans le bonheur, même ses plus grandes peines car elles sont dues à ses plus belles émotions.

– Et si je ne paie pas ? – Voyons… vous devez payer ! – Et si je pars, si je m’enfuis, si je ne paie pas ?
L’engrenage est lancé et le narrateur raconte… C’est invraisemblable, surréaliste et pourtant c’est très réel. Il faut payer sinon…
La caisse enregistreuse additionne les petits et les grands plaisirs. A combien peut-on chiffrer le bonheur ? surtout s’il se cache partout.

L’histoire, un conte de notre temps, dénonce avec déraison et cocasseries les surtaxes imposées par l’état suédois et l’illogisme des processus administratifs. Le héros a la faculté de se contenter de ce qu’il a et de trouver son bonheur dans des petits riens. D’après un tableau où tout est évalué, sa folle dette ne fait que s’amplifier.
Une lecture facile à lire, grinçante, très actuelle, qui fait bien réfléchir sur notre futur.

 

 

Un mari idéal

Un livre offert par Babelio et les Éditions Albin Michel

 

Un mari idéal
Leah McLaren

 

Nick et Maya sont très enviés par leurs amis car tout semble leur réussir. Mais dans l’intimité de ce couple rien ne va depuis trois ans. La naissance de leurs jumeaux a bouleversé leur quotidien, leurs désirs, et leurs aspirations qui ne sont plus les mêmes prennent des voies opposées. Maya a perdu son aura d’amante et se consacre à ses enfants, pleinement, charnellement. Fusionnelle, elle continue à les allaiter et à les garder toutes les nuits dans son lit. Quant à Nick, évincé de ses rôles de mari et de père, il souhaiterait s’échapper de cette cellule exclusive et tout remettre en question en divorçant.
Lorsqu’il en parle à son meilleur ami qui est aussi son avocat, il lui explique que s’il est prêt à se séparer de sa famille, il l’est beaucoup moins pour accorder à sa femme la moitié de sa fortune. La dureté du dilemme est à son point culminant quand tous deux trouvent la solution, la plus cynique qui soit. Si Nick se comporte en mari et père idéal durant quelques temps, soulagée de ses responsabilités, sa femme aurait peut-être l’envie de reprendre son métier d’avocate et ainsi, diminuer l’exorbitante pension qu’il devrait lui verser.

« – Qu’est-ce qu’il faudrait que je fasse ?
Gray tire une grande bouffée sur sa cigarette électronique et exhale, tel un dragon, un nuage de fumée. « Tu dois devenir un homme meilleur. »…
– Tu dois changer et devenir un meilleur mari, espèce de connard égoïste ! Tu devras bien la traiter pendant un certain temps (…) Tu lui dis que tu l’aimes. Redonne-lui confiance en elle, encourage-la à reprendre son travail d’avocate. Veille à ce qu’elle le fasse. Encourage-la aussi dans ses loisirs. Et pas seulement le sport. Emmène-la en vacances, distrais les enfants quand elle est occupée. Fais une pause avec tes sorties à vélo du samedi matin et passe du temps avec ta famille. Propose-lui de lui vernir ses ongles de pieds, ou un truc dans le genre. Assure-toi juste que lorsque tu finiras par lâcher ta bombe, elle ne pourra plus t’accuser d’être un mauvais mari. Non seulement cela affaiblira son cas d’un point de vue financier, mais en plus, inconsciemment, elle se sentira redevable. Le jugement te sera favorable… »

Le processus s’enclenche et Nick met tout en œuvre pour surprendre et re-séduire Maya. Il met un terme à ses petits rendez-vous avec la sculpturale Shelley et reprogramme ses activités et son travail en fonction de sa famille. Invitations au restaurant, sorties au parc et vacances à Belize sont planifiées.
Sur la défensive au début, Maya ne tarde pas à succomber à la nouvelle personnalité de son mari. Elle redéfinit ses priorités elle aussi et retrouve sa féminité qu’elle avait mise en marge. Mais peut-on reconstruire sur des faux-semblants et ira-t-elle jusqu’à reprendre une vie professionnelle comme l’espère Nick ?


Ce livre n’est pas une gentille romance  comme pourraient le supposer le titre et la couverture, car il distille des émotions plus acides que douces. La malhonnêteté de Nick, sa goujaterie, son égocentrisme ne peuvent pas susciter la sympathie. Ni le tempérament de Maya qui est obsessionnel, névrosé et inquiétant. Ni une romance… ni un thriller, of course !… ce roman se lit bien et vite, mais sans grande passion également. Je n’ai pas pu éprouver de compassion pour l’agonie de ce couple qui oublie bien souvent que leurs enfants sont des êtres fragiles et vulnérables. Leur transformation à chacun, même « vertueuse » n’arrivera pas à me réconcilier avec eux.
Certaines lectrices pourront trouver l’histoire rafraîchissante et plaisante, mais pour ma part, j’ai un peu grincer des dents… Désolée !

 

Couple, Picasso

 

 

Nils, Barbie et le problème du pistolet


Décembre nordique de Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe

 

 

Nils, Barbie et le problème du pistolet
Texte de Kari Tinnen
Illustrations de Mari Kanstad Johnsen

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Nils a soufflé les cinq bougies de son gâteau d’anniversaire d’un seul coup ! Et pour le récompenser de cet exploit, son papa lui propose d’aller dans un magasin de jouets pour qu’il choisisse le cadeau qu’il voudra.
Le petit garçon est très heureux car il désire depuis longtemps avoir une poupée rose comme sa copine Angelina, mais son papa le mène dans les rayons où s’alignent robots, jeux de construction, dinosaures et autres jouets de garçons.

Quand il lui dit « Tu veux quoi ? », Nils l’entraine vers une boîte rose. Il veut cette magnifique Barbie qui est trop « BEEELLE ! » et ses yeux pétillent… Mais son papa l’oriente de nouveau vers un pistolet, et sa joie retombe comme un soufflé. Il n’en a rien à faire des « Pan ! Pan ! » lui, veut danser comme Barbie, mettre des chaussons roses et des robes de bal. Seulement, il semblerait que son père ne comprenne pas son choix et très vite, du haut de ses cinq ans, Nils devine un malaise ; l’embarras et la honte de son père. C’est cruel et il a envie de pleurer.

Dans la file d’attente de la caisse, lorsqu’ils croisent Bo, un petit dur plus âgé que lui, accompagné de son père, un grand gaillard mal éduqué, c’est une autre comédie. Car décidé à tenir tête à son père, Nils a gardé sa boîte rose.
Mais pour combien de temps ?

Ce sont les stéréotypes fille-garçon qui sont dénoncés dans cet album, à travers les personnages de Nils et son père. Les auteurs les racontent avec humour. Un humour qui génère aussi une poignante émotion et qui excite notre grogne contre la bêtise humaine et contre ce père misérablement lâche. Les politiques et les mentalités actuelles tentent de faire évoluer ce débat, mais les discriminations sexistes, machistes, dominent encore notre société. Concernant les illustrations, elles peuvent déplaire et effrayer les jeunes enfants, car elles expriment bien la violence du thème et la détresse de l’enfant et de l’adulte. Cependant, il est bon et nécessaire de faire circuler ce genre d’histoire et de l’accompagner d’une petite discussion lorsqu’on referme le livre. Si le dénouement semble heureux, il laisse aussi un sentiment amer et triste.

 

 

 

 

Le chat qui venait du ciel

Un livre offert par Babelio et les Editions Philippe Picquier dans le cadre des Masses Critiques

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Le chat qui venait du ciel
Hiraide Takashi

Illustration de Qu Lan
Traduction d’Elisabeth Suetsugu

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Une vieille bâtisse japonaise enchâssée entre deux autres maisons pavillonnaires, des fenêtres donnant sur un jardin bien entretenu dominé par un orme majestueux et un passage que le narrateur nomme la sente de l’éclair… Ce tableau devient une source de contemplation et d’inspiration, lorsqu’un petit chat vient animer cette enceinte.

C’est le petit garçon de la maison voisine qui dans un cri se déclare propriétaire de cette boule de poil bien sympathique et remuante qu’il nomme Chibi.
Pas timide, plutôt sauvage et libre, Chibi aime venir chasser les insectes du jardin, se tapir derrière les touffes d’herbes et combattre les chimères qui se présentent à lui. Équilibres, jeux de pattes, petit à petit Chibi se rapproche de la maison jusqu’à y rentrer. Le narrateur qui aime l’observer décrit ses mouvements et se montre ravi de sa curiosité. Empreint de lassitude et de mélancolie pour la vie qu’il mène, il voit en ce nouvel ami un instigateur à de nouvelles gaietés. Ce plaisir, il le partage avec sa femme qui lui voue d’emblée une affection inconditionnelle ! Elle le trouve spécial…

Prévenus dès le début par leurs vieux locataires qui ne désirent aucun enfant et aucun animal, le couple ne s’attendait pas à inviter Chibi pour un gite et couverts par intermittence. En commençant par une petite écuelle, puis un carton bien douillet, ils offrent à Chibi une seconde maison qu’il adopte rapidement pour de longues siestes.

Le récit tourne essentiellement autour de Chibi et la maison ne semble s’éveiller qu’en sa présence. Pourtant ce n’est pas un huis clos et ce n’est pas ennuyeux, car le narrateur poète parle aussi de ses aspirations et de son travail dans une maison d’édition. Quant aux images qu’il nous donne, elles sont des havres harmonieux et sereins.
Les saisons passent, les années aussi, Chibi se montre toujours espiègle et libre. La notion de liberté chère à l’auteur, est importante et souvent soulignée. On dirait qu’il l’a apprise avec Chabi. Aux consonances heureuses, viennent s’ajuster d’autres échos bien plus tristes et inéluctables. Mais si rien n’est éternel, l’âme et les souvenirs le sont.

Cette belle histoire qu’on nous dit autobiographique, douce, rêveuse, poétique et joliment illustrée, vous rappellera peut-être un vécu. Mon Chabi s’appelait Minette…

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Une autre lecture chez Alex,
 

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L’idole

 

l'idoleL’idole
Serge Joncour

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Être une idole ce n’est pas de tout repos. C’est angoissant. Peut-être même pire ! Dans ce monde, on peut se réveiller un matin et sans le savoir être une « star ». On boit son café, on passe sous la douche, on s’habille, on fait des gestes mécaniques, on se prépare pour la journée, on sort… et tout bascule, on n’est plus transparent. George Frangin va vivre un cauchemar. Il a été sélectionné, on ne sait trop comment, pour être une célébrité. Partout on le reconnaît, on lui demande des autographes, on veut le photographier, on veut lui serrer la main, lui poser des questions, lui taper l’épaule, s’en faire un ami. Il est en couverture des magazines, on parle de lui dans les journaux, à la télé, on le réclame, on l’encense. Il est de l’étoffe des héros… Mais des héros de quoi ? Les questions le hantent. Pourquoi ? Qu’a-t’il fait ? On l’oblige à revêtir un rôle, on lui dit qu’il est passionnant, que son livre (qu’il n’a pas encore écrit) est déjà dans le top 10, qu’il est attendu partout. Il apparaît et on l’applaudit.

George Frangin est pourtant bien ordinaire, d’une petite vie étriquée, quarante-six ans, célibataire, sans enfant. Quand les feux de la renommée l’éclaboussent et le brûlent, il dit ne rien vouloir de tout ça ! Mais l’engrenage est bien huilé, tout est programmé pour le rendre dépendant.
Une attachée de presse, une chambre luxueuse à l’hôtel, un chauffeur, on lui façonne une identité, on lui offre du rêve. Il raconte son aventure qu’il ne maîtrise pas ; des chapitres cocasses, incisifs et fantasques. Mais jusqu’où peut-il aller dans la supercherie ? Est-il prêt à tout accepter ? Et après ?

« – Dites-moi mon cher Frangin, puisque je vous ai sous la main, permettez que j’en profite pour vous demander deux ou trois petites choses.

– Ne comptez pas sur moi pour les éclaircissements.
– Tout de même, il y a un détail que je n’ai pas bien saisi ; vous avez des enfants ?
– Non.
– Pas de femme non plus ?
– Non.
– Vous êtes sûr ?
– …
– Bon. C’est mieux comme ça, beaucoup plus profitable, dans le sens de notre projet s’entend, et du contenu qu’on y veut donner… »

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Fable satirique sur le monde de la télévision, de la surmédiatisation, l’auteur prend pour cobaye un homme ordinaire pour le propulser au devant de la scène. Sur la thématique de la télé-réalité, du showbiz, de notre société consommatrice, Georges est un pantin qu’on actionne en coulisse. Ridicule (sa crédulité, son inexpérience), parfois agressif (surtout dans les premiers temps quand il cherche à comprendre et qu’il ne supporte pas sa notoriété), souvent émouvant (vers la fin), il ne nous laisse pas indifférent. L’histoire est poussée dans l’extrême quand on l’oblige à participer à des émissions télévisées, des rencontres sportives, quand il doit se raconter et extrapoler… Vous n’auriez pas un petit secret à dévoiler ? dites-nous tout ! Vampirisé, on le voit devenir petit à petit accro au système, s’en est pathétique car le zapping est tel, qu’un produit à peine déballé est déjà périmé. Et là, après avoir scénarisé la célébrité, l’auteur imagine le déclin.
Ce livre est presque une dystopie dans sa forme, tirant vers le fantastique, mais le fond est très réel, très ordinaire, montrant la vulgarité de notre monde… « Du pain et des jeux »

Ce roman intéressant, surprenant, cruel, railleur, plume scalpel, a reçu le Prix de l’Humour noir Xavier Forneret en 2005, et a été adapté au cinéma par Xavier Giannoli, avec Kad Merad dans le rôle de Georges. L’acteur ressemble beaucoup au personnage que j’ai imaginé.

Mon prochain livre de Serge Joncour sera « Combien de fois je t’aime »…

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Image extraite du film « Superstar »

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La peur de ma vie

logowalpurgis

La semaine de Walpurgis avec
Hilde, Lou, Marjorie

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la_peur_de_ma_vieLa peur de ma vie
Marie-Aude Murail

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Dans la bande de copains, il y a Serge, le narrateur, Maxime, Alexandre et Frédéric. Frédéric n’étant associé au trio que pour ses bonnes notes.
Mme Fisher, prof de français, veut initier ses élèves à l’art du récit. Après avoir constitué les équipes, vient alors le choix du registre… frissons ou quotidien ou sentiments. Serge et ses amis optent pour une intrigue à donner la chair de poule, laissant les sentiments aux filles !
« Tu as peur de quoi ? » Les réponses à cette question devant orienter le scénario, tous les quatre se mettent d’accord sur les esprits qui reviennent hanter les vivants. Araignées, zombies et vampires font peur, mais faire tourner les tables et convoquer un esprit ça fout vraiment les chocottes ! Convaincus qu’ils ont trouvé leur sujet initial, les étapes suivantes sont le titre et le début de l’histoire. L’histoire… c’est dans un livre de nouvelles sur les revenants que Serge pioche les idées, mais ce qui serait drôlement bien, c’est de trouver un guéridon et d’expérimenter le spiritisme ; « appeler les morts ».
Alors,
à minuit dans un appartement déserté par les parents, Serge, Alexandre, Maxime et Frédéric vont s’atteler à l’écriture… Il ne le savent pas encore mais cette nuit, ils vont découvrir « la peur, la vraie, » .

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C’est fun de se faire peur ! mais lorsqu’on lit un livre ou quand on regarde un film, on se dit que c’est « pour de faux ». L’auteur termine ce roman par « une vraie peur » qui fera réfléchir la bande de copains. Cette fameuse nuit, un évènement va les bouleverser et suite à cela, ils vont se confier leurs véritables tourments. Maxime a peur de la drogue, d’être tenté un jour. Frédéric a peur des attentats ; « Un fou, une poubelle, tu passes, et baoum ! ». Alexandre a peur du chômage, son père n’ayant plus d’emploi. Quant à Serge, il a peur de grandir, de perdre ses amis ; « On ne sera plus tous les quatre comme maintenant ». Comme à son habitude, Marie-Aude Murail raconte avec humour et dignité, les drames de notre société, ceux qu’on peut nommer des « vraies peurs ».
Je recommande ce roman aux enfants, dès l’âge de 9 ans.

« Marie-Aude Murail est née au Havre. Dans sa jeunesse, elle adorait lire des histoires de maisons hantées, d’apparitions et d’enfants possédés, qu’elle trouvait dans la bibliothèque de son père. « J’étais effrayée et fascinée, un peu comme Serge quand il lit sous son drap. »

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Photo prise « ici »

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