Chasseur noir


Octobre, challenge Halloween avec Lou et Hilde
Challenge thriller fantastique avec Sharon

 

Chasseur noir
Michel Honaker

 

En pleine nuit, caméra infrarouge en main, le reporter Haskell est en planque derrière une plateforme de ferrailles pour surprendre le commanditaire du meurtre du maire de New York. Dans ce cimetière de carcasses de voitures, la scène a de quoi ébranler le plus téméraire des hommes. Entouré par des croque-morts, Philozoar Reles, un maître en magie noire, passe un pacte avec un certain Mr. Smith, dans une sorte de représentation macabre. Mais très vite, Haskell découvert, est poursuivi par les croque-morts qui le traquent, non pas sur leurs deux jambes, mais à quatre pattes… dents et griffes sorties.

Ebenezer Graymes, professeur en démonologie et traditions anciennes, est invité à donner des cours à l’université de Columbia. De retour d’un long voyage en Égypte, il revient à New York l’âme encore lestée par la nostalgie du désert. C’est là-bas qu’il a laissé la sépulture de son père spirituel le docteur Neery, un mentor qui a su le maintenir hors des mondes de l’obscur, car Graymes n’est pas seulement télépathe ou psycho-kinésiste, il est aussi la réincarnation de grands magiciens qui connaissaient la Cabale, Les livres de Salomon, Le Florilège des astres perdus, Le Penduleum des nécromanciens…
En bordure de l’East River, dans la vieille maison néogothique de Neery, Graymes se réapproprie les lieux en s’imposant comme seul maître. A un gnome appelé Goffon, employé par Reles, il annonce que bien des choses vont changer et que des règles plus strictes vont être établies. Il semblerait que la ville soit le théâtre de sorcelleries en tout genre et qu’elle mérite vraiment son nom, « ville des impossibles ».

L’inspecteur de la criminelle Trevor Meredith a deux dossier sur les bras ; la mort du maire et celle du reporter Haskell qui a laissé une vidéo dans laquelle il dénonce des affaires hautement démoniaques. Afin de mener à bien son enquête, il se rend à Montague Street où vivait le Dr Neery, un consultant avec qui il avait travaillé au début de sa carrière.
En tapant le heurtoir de la porte d’entrée, ce n’est pas sa vieille connaissance qui le reçoit, mais un nouveau locataire, un homme encore jeune, grand, au visage émacié, blême, et à la longue chevelure couleur corbeau.
Graymes, le Chasseur noir, et son épée, la lame mangeuse de démons, vont aider Meredith à trouver les assassins… et ainsi défier celui qui se considère comme le souverain de New York.

Premier tome d’une trilogie, j’ai passé un très bon moment entre ces pages qui se sont lues beaucoup trop vite. Ces livres sont une version édulcorée pour la jeunesse de la série en dix-sept volumes, « Le Commandeur », qui retrace les enquêtes du professeur Graymes, un justicier sorcier.
Roman fantastique et roman policier, on suit Graymes dans un New York dangereux et maléfique. Sorcellerie, nécromancie, occultisme, envoûtement, démons, pentacles… on en a plein les mirettes !
Une intrigue bien menée, avec un épilogue à la hauteur, je ne vais pas tarder à lire la suite.

A recommander !

 

 

Jackaby – Tome 1

Un livre offert par Babelio et les Éditions Bayard dans le cadre des Masses Critiques
Challenge polars avec Sharon

 

 

Jackaby
William Ritter

 

Nouvelle-Angleterre, 1892,

Abigail Rook, dix-sept ans, a quitté l’Angleterre depuis un an pour fuir la vie que ses parents lui destinaient après ses études. Épouser un homme à la situation déjà établie, porter des tournures et des corsets, avoir des enfants et tenir une maison n’étant pas ses aspirations premières, elle était partie dans les Carpates sur un site de fouilles archéologiques, en quête d’émancipation. Et pour continuer l’aventure, elle avait pris un bateau pour la Nouvelle-Angleterre.

En ce mois de janvier 1892, elle se retrouve sur le port de New Fiddleham, seule et désargentée, à la recherche d’un gite et d’un travail. Courageuse, déterminée et doté d’un bel optimisme, elle répond à une annonce pour un emploi chez un détective privé peu ordinaire, Mr R.F. Jackaby, spécialiste en phénomènes inexpliqués, qui enquête et donne des conseils sur des affaires d’ordre paranormal.
Séduit par l’intelligence et les capacités d’Abigail, Jackaby l’embauche et met à sa disposition une chambre dans sa grande maison, une bâtisse tout aussi étrange que lui, pleine de vieux livres, d’éprouvettes, d’ossements et d’une collection de runes gravées, qu’il partage avec un fantôme, la belle Jenny, et Douglas le canard chargé des archives, qui fut avant sa transformation un charmant jeune homme.

Après avoir accepté le fait qu’un monde surnaturel venu des croyances du vieux continent puisse exister, Abigail est confronté à sa première enquête, la mort d’un journaliste du Chronicle retrouvé dans son lit, vidé de son sang, avec pour seul indice l’empreinte d’une chaussure métallique.
Si Jackaby a la faculté de percevoir l’invisible et le fantastique, Abigail, très observatrice, est capable de voir l’ordinaire, toutes ces petites choses qui mènent à bien une investigation.
Passant outre la colère de l’inspecteur chef Marlowe qui ne voit pas d’un bon œil cette intrusion, Abigail et Jackaby vont rechercher le meurtrier dans l’univers des créatures fantastiques et découvrir qu’une vieille dame, qui est en réalité une banshee, annonce par des pleurs les morts survenues et à venir, car celui qui vient de mourir, Arthur Bragg, ne sera ni le premier ni le dernier cadavre.

Banshees, fantômes, trolls, lutins, métamorphes, leprechauns, Abigail n’est qu’au début de ses surprises…

Ce tome est le premier d’une série, dans laquelle Abigail et Jackaby traquent des assassins qui n’ont rien d’humains. Comme le duo d’Arthur Conan Doyle, Holmes et Watson, elle est l’assistante et la narratrice, lui est un enquêteur hors norme. Si je fais le parallèle avec une autre série, je pense également à la saga de l’Epouvanteur de Joseph Delaney, avec toutes les créatures surnaturelles issues des contes et légendes, l’action et le côté obscur.
L’histoire se lit bien, elle est du genre accrocheuse (suspense, frissons et émotions), et les personnages principaux sont tous attachants avec leur part de mystère et de fragilité.
Je recommande donc ce roman fantastique, aux initiés du genre… Mais je recommande, aussi, aux jeunes lecteurs qui souhaiteraient s’aventurer dans un autre monde.
A suivre !

 

 

Banshee, illustration de W.H. Brooke pour les Fairy Legends and Traditions of the South of Ireland de Thomas Crofton Croker, 1825

 

 

Drame en trois actes

Juin en Angleterre avec Lou et Cryssilda,
Challenge polars avec Sharon
et
une année en Angleterre avec Titine
Une lecture partagée avec Nahe

 

 

Drame en trois actes
Agatha Christie

 

Ce drame en trois actes commence sur les hauteurs du port de Loomouth en Cornouailles, dans la belle maison de Sir Charles Cartwright, Nid de Corneilles. Cette fois-ci, le narrateur n’est point le capitaine Hastings, mais nous suivons l’histoire avec les observations de Mr Satterthwaite, un mécène  fortuné qui fréquente la bonne société et qui se montre curieux de la nature humaine. Il nous présente : une maison, le propriétaire, des invités et un mort, le premier d’un scénario très tortueux.

Sir Charles, acteur de renom à la cinquantaine bien fringante, a invité pour la soirée des amis et des voisins, « des gens du pays ». Dans cette assemblée d’une douzaine de personnes, il y a…
Mr Satterthwaite, riche mécène
Miss Lytton Gore, (Pomme), une jeune fille qui ne laisse pas indifférent Sir Charles,
Lady Mary Lytton Gore, sa mère,
Miss Milray, secrétaire et gouvernante de Sir Charles,
Miss Will, auteur de pièce de théâtre qui se fait appeler Anthony Astor,
Mr Oliver Manders, journaliste,
Mr Dacres, capitaine à la retraite, et Mrs Dacres, modiste et propriétaire de la boutique Ambrosine,
Mrs et Mr le révérend Babbington,
Miss Suttcliffe, comédienne,
Sir Bartholomew Strange, (Tollie), médecin neurologue,
et… Mr Hercule Poirot, détective à la retraite.

Lorsque Sir Charles parle avec Sir Bartholomew Strange et Mr Satterthwaite du petit détective Belge, les trois compères dressent de lui un portrait peu flatteur en le qualifiant de « prétentieux lascar », « égoïste » et « drôle de loustic ». Mr Satterthwaite conclut aussi par… « un individu remarquable ». Et c’est Sir Bartholomew Strange qui, suivant une théorie plus ou moins fumeuse, espère que la soirée ne se terminera pas par un meurtre.

« – (…) En tout cas Charles, j’espère que nous n’aurons pas de crime ce week-end.
– Pourquoi ? Parce que nous avons un détective à la maison ? Tu n’aurais pas un peu tendance à mettre la charrue avant les bœufs, Tollie ?
– Ma foi, ça a toujours été une de mes théories.
– Quelle est cette histoire, docteur ? demanda Mr Satterthwaite.
– Ce sont les évènement qui vont vers les hommes, et non l’inverse. Pourquoi certaines personnes ont-elles une vie exaltante et d’autres pas ? A cause de leur milieu ? Pas du tout ! Untel pourra voyager jusqu’aux confins de la Terre sans qu’il lui arrive rien. Il y aura un massacre une semaine avant son arrivée, un tremblement de terre le lendemain de son départ et le bateau qu’il aura failli prendre fera naufrage. Tel autre qui habite la banlieue de Londres et ne va jamais plus loin que la City, vivra toutes sortes d’aventures. Il sera mêlé à des affaires louches : bandits, chantage, jolies filles, poursuites en voiture, que sais-je ? Il y a des gens qui attirent les naufrages : même s’ils ne prennent le bateau que sur un lac de plaisance, il leur arrivera quelque chose. De la même manière, les hommes comme votre Hercule Poirot n’ont pas besoin de chercher le crime, c’est le crime qui vient à eux. »

Sir Bartholomew Strange ne croit pas si bien dire car une mort survient, non pas à la fin de la soirée mais en son début, à l’heure des cocktails. Le sympathique révérend Babbington meurt en buvant son verre de vermouth. D’après la police locale et le médecin, le décès est certainement dû à une crise cardiaque et n’a pas d’origine meurtrière. Ce constat rassure tout le monde, excepté un petit noyau de personnes qui doute des faits sans pouvoir étayer leur suspicion. Ainsi se termine le premier acte…

Le deuxième acte nous mène à Monte-Carlo quand Mr Satterthwaite apprend par le Daily Mail que son ami Sir Bartholomew Strange vient de mourir dans les mêmes circonstances que le révérend Babbington, en portant à ses lèvres son verre de porto, lors d’une soirée donnée chez lui dans le Yorkshire, avec la plupart des invités qui étaient venus à Nid de Corneille. Mais dans cette nouvelle affaire, l’enquête a conclu que l’honorable Sir Bartholomew Strange est mort empoisonné.
La nouvelle à peine lue, que Sir Charles apparaît pour l’informer du décès et pour lui confier ses craintes. Il semblerait que dans leur entourage, un meurtrier tue ses victimes avec de la nicotine…

Comme dans une représentation théâtrale, les rebondissements s’enchaînent, nous ramenant de la Riviera par le train Bleu, en compagnie de Sir Charles, Mr Sattethwaite et… Mr Hercule Poirot qui quitte sa villégiature pour élucider cette sombre énigme.

Même si nous sentons l’aura d’Hercule Poirot à chaque page tournée, Agatha Christie donne à son héros un rôle « secondaire » car il n’interviendra que dans la troisième partie du livre, dans un chapitre intitulé « Hercule Poirot rentre en scène », pour clore cette tragédie en trois actes. Les investigations qui nous sont racontées sont menées par Sir Charles, Mr Sattethwaite et la délicieuse Miss Lytton Gore. Tous trois vont tuer l’ennui en jouant les détectives et en élaborant un « plan de campagne » pour regrouper les indices susceptibles de faire avancer l’enquête. Puis survient une troisième victime…

Trois morts, trois empoisonnements, et combien de mobiles ? Quels sont les liens qui réunissent les trois affaires ? et qui est le meurtrier ? Pour cette dernière question, nous n’avons que l’embarras du choix dans le vivier des invités et des domestiques.
Ce n’est qu’à la fin quand Hercule Poirot nous convie pour le baisser de rideau, à un sherry-party, que nous découvrons un scénario diabolique, savamment, habilement, orchestré.

Dans la chronologie des livres avec Hercule Poirot, ce roman vient après « Le crime de l’Orient Express ». Le détective a pris sa retraite et profite de l’argent qu’il a gagné. Dans un moment de partage avec Mr Satterthwaite, il se confie et lui parle de son enfance dans une famille pauvre, de ses débuts dans la police en Belgique, et de son arrivée en Angleterre alors qu’il avait été démobilisé pour blessure. Sincère et sans artifice, il avoue également jouer un rôle en se montrant précieux et ridicule afin de mieux tromper « l’ennemi »…

Je vous recommande cette passionnante enquête structurée comme une pièce ; amours, suspense et tragédie. A la fin, nous applaudissons.

 

 

 

 

 

 

La femme de l’ombre

Un livre offert par Babelio et les éditions Métailié dans le cadre des Masses Critiques
Décembre, mois nordique, avec Cryssilda
Challenge Polars de Sharon

 

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La femme de l’ombre
Tome 2
Arnaldur Indridason

 

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Dans certains de ses romans avec l’inspecteur Erlendur, Indridason pioche dans le passé trouble de la seconde guerre mondiale. Avec la trilogie de L’Ombre, il situe son nouveau duo d’enquêteurs, Thorson et Flovent, en plein dans les années 40. Le Danemark et la Norvège sont sous l’occupation allemande, la Suède et la Finlande tentent de rester neutres, et l’Islande, bien malgré elle, voit les troupes britanniques, puis américaines débarquer pour contrer les Allemands.

Le roman débute à Copenhague, par l’arrestation de deux jeunes ressortissants Islandais qui appartenaient à un réseau de résistance. Pris par la Gestapo, Christian et Oswaldur disparaissent. Le chapitre suivant décrit l’inquiétude de la fiancée d’Oswaldur qui ne le voit pas arriver, alors qu’ils avaient rendez-vous ensemble à Petsamo en Finlande, pour prendre le bateau qui les ramènerait chez eux en Islande. Un chapitre après, c’est l’agression d’un jeune homme qui est laissé pour mort devant un café malfamé de Reykjavík… C’est aussi la disparition d’une jeune fille « pas regardante » en quête de rêves, qui aimait fréquenter les soldats Américains… C’est aussi la mort par noyade d’un assureur, qu’on retrouve dans la crique de Nautholsvik.
Il faut vraiment dépasser les cent premières pages pour commencer à spéculer sur les liens qui relieraient ces affaires…

« – Ça fait longtemps que nous envisageons de créer une brigade criminelle au sein de la police militaire, poursuivit le gradé. Vous êtes peut-être au courant. Un service chargé d’enquêter sur les crimes commis dans le rang de l’armée américaine. j’ai l’impression qu’on en a bien besoin. le nombre de soldats présents ici a été multiplié en quelques années, il y a parmi eux des brebis galeuses, et nous n’avons aucun département capable de traiter les crimes les plus sérieux. C’est aussi votre opinion, n’est-ce pas ?
– Oui, je suppose que vous avez raison, convient Thorson… »

A l’hôpital militaire du camp de Laugarnes, Thorson est au chevet d’un jeune homme qu’un soldat a retrouvé gisant devant le bar Piccadilly, dans le quartier miséreux des Polarnir. Sauvagement agressé, le malheureux succombe très vite des coups qu’il a reçus. Affaire militaire du ressort de l’armée américaine, ou affaire civile du ressort de la police criminelle de Reykjavík, la question délicate n’a pas de réponse et c’est à Thorson que l’enquête est remise. De son côté, Flavent, inspecteur de la criminelle de Reykjavik, est en charge de deux enquêtes. La disparition d’une jeune fille, Elly, et le suicide par noyade d’un employé d’une compagnie d’assurance.
Au fil des investigations, les deux policiers et amis vont se retrouver et débattre, pour deux d’entre elles, de leurs enquêtes respectives.
Nous sommes en 1943, depuis deux ans, les forces américaines sont en place et font grincer les dents des Islandais qui n’apprécient pas cette occupation. L’auteur met l’accent sur la cohabitation forcée en soulignant l’antipathie des uns pour les autres, mais aussi sur les alliances malhonnêtes qui génèrent de sombres profits tirés des trafics d’alcool et de prostitution. Le fait que Thorson ait des origines islandaises et qu’il parle couramment la langue, facilite son immersion, mais c’est du côté de l’armée américaine qu’il découvre des obstacles.
Sur une toile de fond historique passionnante, les trames des intrigues parlent de l’intrusion de l’armée américaine, ses abus et sa façon de régler les problèmes internes, de vengeance, de jalousie, de connivences avec les nazies, de prostitution, d’homosexualité et d’une société insulaire un peu rude prise en étau par la guerre.

Déjà sensible à la plume de l’auteur, aux ambiances polaires et à la personnalité attachante de ses inspecteurs, j’ai beaucoup aimé ce roman que je vous recommande. Thorson et Flavent sont des hommes intègres, téméraires et compatissants. Ils mènent leurs enquêtes dans le respect de l’âme humaine.
A suivre !

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D’autres billets chez Aifelle,

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Une photo prise sur le site « Polars des glaces »

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Croquemitaines, livre 1


Halloween à Poudlard avec Hilde et 
Lou
Billet n°4
La BD de ce mercredi est chez Moka

 

 

  Croquemitaines
Livre 1
Scénario de Mathieu Salvia
Dessin et couleur de Djet

 

 

Quand Elliott disait à ses parents qu’un croquemitaine venait la nuit le voir, ils ne le croyaient jamais. « Il y en a un qui vit dans la cave et son gros chien vit dans les murs… ».
A chaque fois, ça se terminait par « Tu lis trop d’histoires qui font peur, ferme ton livre, éteins la lumière et dors ! ».

A présent, Elliott se souvient… C’était une nuit, il pleuvait. Il avait l’âge tendre, ni bébé, ni grand, où il pouvait choisir seul des livres à la bibliothèque et s’endormir avec un doudou.

Ce soir-là, son père l’avait encore surpris, caché sous le drap à lire avec sa lampe de poche, un livre de contes sur les croquemitaines. Le rassurant une énième fois sur le fait qu’ils n’existaient pas et qu’il était en sécurité dans sa chambre, il avait confisqué son livre et sa lampe. Plus tard en pleine nuit, Elliott s’était réveillé et, les yeux plein de sommeil, était descendu à la recherche de ses parents. Dans un premier temps, il avait vu au bas des escaliers son père étendu au sol dans une mare de sang, et dans un second temps, il avait vu la silhouette d’un homme habillé d’un ciré de pluie avec à la main un marteau dégoulinant de sang. Il se rappelle encore de l’odeur fétide. Il était remonté en vitesse dans sa chambre pour se cacher sous le lit, suivi par le meurtrier, et il avait supplié. Ses parents venaient d’être assassinés.

Elliott nous raconte qu’il avait longtemps supplié jusqu’à ce qu’un autre homme vienne le chercher pour le sauver. Cette créature immense accompagnée de son chien est le croquemitaine qu’on appelle Père-la-Mort, un croquemitaine qu’on croyait mort depuis des années et qui avait trouvé refuge dans cette maison.

Nous sommes dans un monde où les croquemitaines hantent les nuits et commettent les pires horreurs. Des bandes de renégats ont voulu supprimer les anciens lors de la grande curée, pour s’affranchir de tout code et agrandir leur puissance en dévorant « les petites sœurs » (Les petites sœurs sont des sortes d’entités qui collectent les frayeurs). Maintenant qu’ils savent que Père-la-Mort est toujours en vie, ils vont le traquer jusqu’à le retrouver et le tuer.

Cet album, prélude à d’autres tomes, reprend la légende des croquemitaines, des êtres maléfiques de la nuit. L’histoire a longtemps muri dans l’esprit de Mathieu Salvia qui dans une interview, raconte que l’idée de ce petit garçon perdu dans la nuit avec un croquemitaine était devenue obsédante. La violence crue du début est là pour « marquer le lecteur ». Elle alterne de manière surprenante avec quelques moments de tendresse.
La lecture n’est pas facilitée par le découpage et les enchevêtrements des vignettes, mais le scénario nous tient captif et nous tremblons pour Elliott. Le personnage de Père-la-Mort s’impose dans le rôle du vieux justicier venu sauver l’orphelin. Il devient avec son chien les éléments fondamentaux de l’histoire, suscitant fascination et compassion.
Quant au graphisme, superbe, il est un attrait capital pour l’album.
Je ne vais pas tarder à lire la suite…

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L’âme du mal

logohallow15dirty-harry-haut23-3620006ixocj_2587Le mois Halloween avec Hilde et Lou
Thriller avec Sharon

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l'âme du malL’âme du mal
Maxime Chattam

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Portland,

Joshua Brolin est un jeune inspecteur qui a fait ses débuts au FBI. Spécialisé dans les pathologies mentales des tueurs en série, mais peu expérimenté, il a intégré la police criminelle de Portland sur les conseils de son mentor.
Sa nouvelle affaire concerne le meurtre d’une jeune femme retrouvée dans la rivière. L’autopsie montre qu’elle n’est pas morte noyée, mais asphyxiée. Elle aurait inhalé un gaz et subi des tortures et des mutilations avant de succomber. Si le modus operandi diffère, la signature est la même pour deux autres crimes.
Grâce à des prélèvements faits sur les corps, Joshua découvre l’antre du meurtrier et sauve Juliette Lafayette, une jeune étudiante en psychologie, prisonnière de Leland Beaumont, un sculpteur fou qui vit reclus dans les bois. Tué par balle, Beaumont ne peut plus raconter sa folie, et seuls les quelques symboles déchiffrés par Joshua sont à rapporter au dossier.

Un an plus tard…
Un jeune garçon découvre dans un coin retiré d’un parc, le corps mutilé d’une jeune femme. L’affaire arrive vite sur le bureau de Joshua car l’autopsie montre un rituel similaire à celui de Beaumont.
Qui essaie de le copier ? Le plus intrigant, c’est que certains indices n’ont jamais été divulgués au public, comme les marques que le meurtrier faisait sur les fronts de ses victimes avant de les effacer à l’acide ; ironiquement, Joshua dit à son ami Salhindro que le meurtrier pourrait bien  être un flic !
Copycat ? Beaumont aurait-il eu des disciples ? Son fantôme ? surtout lorsqu’on apprend que son corps n’est plus dans son cercueil… Suivant le témoignage d’un ancien collègue de travail, Beaumont croyait au vaudou. Fanatique, il aurait dit que la magie noire le protégeait et que même si on lui enfonçait un pieu dans le cœur, il se relèverait de sa tombe.

L’âme du mal rôde à Portland et s’apprête à commettre d’autres atrocités. Très vite, la jeune et jolie Juliette reçoit une lettre du tueur, menaçante et narquoise. Plutôt que d’attendre et de subir, elle propose son aide à Joshua. Tous deux vont essayer alors de « s’immerger complètement dans la psychologie d’un monstre, le comprendre afin de prévoir ses crimes et devenir son double… ».
Juliette va chercher des renseignements chez un riche collectionneur de vieux livres ésotériques et Joshua part en quête d’informations sur Leland. 

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Ce premier tome qui a reçu le Prix Sang d’encre fait partie d’une trilogie. « L’âme du mal », Portland et l’inspecteur Joshua Brolin sont les fils conducteurs qui relient les volumes.

Nous commençons par un prologue qui raconte la disparition d’un enfant en 1980. Quatre pages plus loin ou une vingtaine d’années plus tard, nous entamons le premier chapitre de ce thriller captivant, dans un Portland sombre, automnal, malmené par les orages.
L’enquête est suivie par un jeune inspecteur de trente et un ans, intelligent, séduisant, apprécié par ses collègues et surtout doué pour comprendre les raisonnements des tueurs en série. Assisté de Juliette, il va découvrir que l’univers du tueur est celui des ténèbres et qu’il est inspiré par la Divine Comédie de Dante ; avant d’accéder au Paradis, il faut passer par l’Enfer et le Purgatoire… Ésotérisme, magie noire, horreurs, c’est dans un vieux grimoire qu’ils vont assimiler les premiers indices.
Le suspens va crescendo et la psychologie du tueur, ou des tueurs, se révèle dans la troisième partie du livre. Avant, c’est le jeu du chat et de la souris, une chasse qui émoustille L’âme du mal et qui engourdit les facultés de discernement de Joshua.
J’ai aimé frissonner entre ces pages et j’ai trouvé les personnages qui entourent Joshua sympathiques. Juliette qui surmonte ses traumatismes avec beaucoup de courage, et Larry Salhindro, équipier
de Joshua, plus vieux, plus averti, qui porte sur son collègue un regard admiratif, paternaliste. D’autres seconds rôles comme le médecin légiste, le chef de la police, le jeune Cotland… viennent animer l’histoire. J’aurais plaisir à les retrouver dans les autres opus.
Je vous conseille ce bon thriller, effrois garantis ! A lire sous un plaid (pour se couvrir la tête).

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Illustration de Gustave Doré pour l’Inferno de Dante

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Babylone Dream

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Le mois Halloween avec Hilde et Lou

Thriller avec Sharon

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Babylone_dreamBabylone Dream
Nadine Monfils

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Une mariée démembrée, ou plutôt explosée, et son jeune mari, attaché, poignardé, spectateur de cette mise en scène. La profileuse Nicki Sliver appelée sur les lieux du crime par l’inspecteur Lynch, annonce que le meurtrier recommencera.
Comment peut-on rentrer chez soi après avoir vu ce carnage ? Chacun s’en retourne  en essayant « d’évacuer » l’horreur comme il peut.

Court-circuité dans ses envies par une existence solitaire, Lynch donne rendez-vous à Coco, une prostituée avec qui il assouvit ses fantasmes. Barn, son adjoint, souhaiterait trouver un peu de réconfort auprès de sa femme, mais l’usure de leur couple ne l’aide en rien. Quant à Nicki Sliver, elle est de plus en plus envahie de terreurs nocturnes. Ces cauchemars retracent les scènes de crime comme le ferait un scanner ; chaque détail apparaît dans le rêve. Seul un doudou, un petit éléphant en feutrine rouge qu’elle appelle Babylone, semble veiller sur elle. Symbole d’un passé heureux, souvenir de son père, il est son amulette porte-chance.
Ailleurs, Lorena, la mère de la jeune femme morte, est hospitalisée en psychiatrie. La vision de sa fille ne pourra pas la ramener à la « normalité ». Seul témoin direct de l’après drame, elle réclame dans un leitmotiv « le chat ».

Que raconte ce double assassinat et qu’elle en est la genèse ? La folie meurtrière n’a laissé aucun indice et il est à prévoir que cette théâtralité macabre ainsi agencée est prémices d’une terrifiante série.
Machiavélique, le tueur va manipuler ce microcosme et assouvir une vengeance démente.

Nuit de noces ; Morgane et John se précipitent dans leur chambre, amoureux, heureux. Des rires, des caresses et… une coupure d’électricité. John doit laisser sa tendre épousée pour descendre à la cave et voir ce qui se passe… Il ne remontera plus. Elle, elle succombera après avoir subi le pire.

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Ce thriller est le troisième d’une série où nous retrouvons l’inspecteur Lynch, son adjoint Barn et la profileuse Nicki. De ne pas avoir lu les tomes précédents ne m’a pas perturbé… mais afin de comprendre leurs marasmes personnels, je ne manquerai pas de le faire…
« Babylone dream » est une affaire sanglante, particulièrement abjecte dans les actes meurtriers et je vous avoue que j’ai sauté quelques scènes insoutenables. L’assassin se joue de tous les personnages et devient marionnettiste. Bien renseigné sur l’équipe qui mène l’enquête, il s’immisce dans leur vie privée et oriente leurs pas. L’intrigue est bien construite, angoissante, et le psychopathe dont nous devinons assez rapidement l’identité, mais pas le mobile, est affreux-affreux-affreux… de quoi nous tourmenter un soir de lecture !
Quelques traits d’humour, noir de préférence, font grimacer, genre sourire crispé, et parfois l’écriture est émouvante, genre cœur pincé ; la palette des sentiments n’est pas qu’effrois.
Je vous recommande ce thriller « efficace », fou, redoutable, très bien écrit. Avec ce roman, l’auteur a obtenu le prix Polar de Cognac.

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vénusVénus

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