Un mage en été

Challenge de Bladelor, « En scène ! »

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Equinoxe, la scène de Châteauroux, présentait hier soir un beau spectacle. Si vous avez l’occasion un jour de lire sur une affiche « Un mage en été », réservez votre place et vivez un bel instant de pure poésie et de magie…

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Un mage en été
Texte d’Olivier Cadiot,
Mise en scène par Ludovic Lagarde
Avec Laurent Poitrenaux

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Silhouette blanche sur fond noir, un spectre qui s’annonce mage nous incite à fermer les yeux et à imaginer son récit. « Respirez, expirez… » Nous rentrons dans une condition où les mots portent un tableau, une perception, une odeur, une métamorphose…

Car le mage voit une femme au milieu d’une rivière. Elle est si belle, si aquatique, si primitive dans sa nudité qu’elle pourrait se transformer en libellule. Dans l’onde verte, elle est immergée de moitié. Elle profite de la chaleur de l‘été qui souffle sur son buste offert au soleil et elle jouit de la fraîcheur de l’eau, les pieds enracinés dans les profondeurs.
Le mage l’admire et pour l’approcher il se fait poisson.

« Je me colore : je choisis le rose ancienne n°57, pas assez couleur chair, très bien, j’ai tout un catalogue, je me marbre légèrement, je choisis une carnation Titien mal photocopié. Je m’enroule dans une tapisserie, comme dans un drap plissé sur lequel on projette un film en plein air, je me drape de rivière, ou d’une toile de nymphéa à taille de ruisseau, une tapisserie couleur gué. Je suis ton sur ton. »

Soutenu par des sons d’eau et des petites spirales qui se forment en arrière plan, grandissant en constellation et en un miroitement, le mage évolue et nous raconte son état d’hybride recouvert d’écailles.

Cette composition l’amène vers une citation d’un grand réalisateur… le mage devient pellicule, plan, caméra, prend son envol comme un oiseau le ferait pour piquer dans une descente vertigineuse sur « les atomes » d’une bouche pour un baiser inoubliable.

 Après, il est Friedrich Nietzsche jouant au golf, après il est…

Tour à tour, nous sommes embarqués sur sa nébuleuse dans des fresques surréalistes. Le mage se questionne… De qui tiendrait-il ce don ? Un voyage dans le passé nous fait traverser des siècles, saluant au passage quelques personnages, cherchant un aïeul doué, magicien, devin, alchimiste…

Il devient aussi un paysan qui fauche le blé de l’été toute la journée, il déjeune à l’ombre, il fait une sieste, il rêve… sa bouche est secouée de sons, entre ronflements et songeries. Le soir est tombé, une paisible ambiance au clapotis de la nuit salue la salle, le paysan peut redevenir poisson.

Magique, enchanteur ! Laurent Poitrenaux donne vie dans un monologue au texte d’Olivier Cadiot, superbement. Poétique, sensible, littéraire, un véritable labyrinthe de phrases et d’images, une errance dans l’imaginaire. Nous sommes sur un manège, accélérations, virevoltes, lenteurs lorsque la nacelle s’élève doucement… La gestuelle de l’acteur appuie chaque particule, elle est une danse, elle est l’élégance, elle est une réalité. Il joue avec les sons, la musique, des projections d’arabesques, de portraits… Toujours lyrique, parfois espiègle, l’histoire est une aventure humaine. Lui, tout seul sur la scène, nous en face dans nos sièges, nous voyageons dans un espace aux dimensions toujours repoussées.
 Oui, fermons les yeux et vivons plusieurs vies…

Il me faut découvrir maintenant le livre.

A la fin de sa performance, Laurent Poitrenaux nous a confié que le théâtre Equinoxe avait été construit sur l’emplacement de la maison de son père. Cette soirée, il la lui dédiait, et ce bel hommage fut fait en la présence de sa maman.

Bravo
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