Coup de foudre à Austenland

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Septembre en Amérique
avec Titine
1er billet

 

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coup de foudre à austenlandCoup de foudre à Austenland
Shannon Hale

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Jane, une Américaine célibataire de trente-deux ans, est obsédé par l’histoire d’amour entre Elizabeth Bennet et Fitzwilliam Darcy. C’est à l’âge de seize ans qu’elle a découvert le roman de Jane Austen « Orgueil et préjugés » et qu’elle s’est amourachée du ténébreux Darcy. L’adaptation télévisée de la BBC, avec Colin Firth dans le rôle, n’a fait que renforcer cette toquade, en transformant l’engouement en tourment. Car songez… quel est l’homme qui peut surpasser Colin Firth lorsqu’il sort de l’étang, sa chemise mouillée collant à son torse et quelle est la fille qui n’a pas fantasmé sur cette scène ? Pauvre Jane ! Va-t-elle se languir longtemps ?
On pourrait répondre par l’affirmative car son cas est désespéré, mais ça serait compter sans sa grande-tante Carolyn qui, fine mouche, a su déceler le syndrome obsessionnel de sa petite-nièce en découvrant le coffret vidéo de la série, caché derrière une pile de livres.
Au décès de la vieille dame et à la lecture de son testament, Jane a une surprise. Carolyn ne lui a pas donné un sou de sa fortune mais lui offre un séjour en Angleterre dans le fastueux domaine de Pembrook Park.

Pembrook Park est un parc à thème, un Austenland. Dès qu’on franchit les grilles, on est transporté en 1816. On ne porte pas seulement les costumes de l’époque, on adopte aussi les codes de bienséance… et la directrice, Mrs Wattlesbrook, veille comme un dragon sur le règlement et le scénario qui doit se jouer.
Un cottage dans une verte campagne, une soubrette pour l’assister, une calèche pour la véhiculer et des personnages qu’on croirait sortis du livre pour l’escorter. Elle est Jane Erstwhile qui vient rendre visite à sa tante Saffronia et qui rencontre d’autres convives… Lady Templeton, Miss Charming, le colonel Andrews, Mr Nobley…

Si dans un premier temps Jane essaie de se conformer au décorum et au protocole, très vite, dans un second temps en cachette de tous, elle envoie valser sa timidité et son bonnet dans les allées du parc. Il faut préciser que le jardinier a les muscles d’un quaterback et le visage d’un ange.
Alors… parviendra-t-elle à supporter cette parodie durant les trois semaines de son séjour ? ainsi que tous ces gens qui minaudent et qui se soumettent à un script soigneusement écrit ? Quant à Darcy… saura-t-elle le reconnaître ?

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J’ai lu cette romance austenienne au début de mes vacances et je suis navrée de vous dire que je n’ai pas adhéré. Je ne suis pas très chick-lit. Mon avis s’arrête donc sur ces mots… et les liens qui suivent, car d’autres lectrices ont aimé…

Des billets chez Alice, Fanny,

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Photo du film Austenland

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Le passeur

Le-passeurLe Passeur
Lois Lowry

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Jonas est un jeune garçon de douze ans qui va bientôt célébrer la cérémonie de décembre avec ses amis Asher et Fiona. Dans leur communauté, c’est à cet âge qu’on leur attribue leur véritable fonction qui définira leur vie. L’étape n’est pas sans inquiétude car c’est aussi un adieu à l’insouciance et à l’indépendance des jeunes années.
Dans sa famille, on se demande bien quel statut on va lui attribuer… Son père est nourricier et sa mère a un poste à la justice. Quant à sa sœur Lily, elle est encore bien petite. Ses seules préoccupations sont les études et savoir bien attacher ses cheveux.
Le jour de la célébration, Jonas a la surprise de recevoir la plus haute charge de la communauté. Il sera le dépositaire de la mémoire, un Passeur, car il possède  les quatre qualités requises ; intelligence, intégrité, courage et sagesse.

Le Passeur est l’homme qui détient le savoir du monde ancien, celui qui existait avant le contrôle climatique. Il est le seul car dans le monde actuel, nommé aussi « Identique », personne n’est au courant de cette forme de vie. Ce monde est aseptisé, sans couleurs, sans émotions, divisé en castes, avec des cellules familiales d’un masculin, d’un féminin et de deux enfants, c’est aussi un univers qui ne tolère aucune faiblesse. Lorsqu’on est déficient, lorsqu’on commet une faute impardonnable, on est « élargi » et le terme n’est pas anodin. Tout cela, Jonas le reçoit par le Passeur quand il pose ses mains sur lui. Le fluide passe avec des images et des sensations surprenantes, inconnues, qu’il doit conserver et taire. Il apprend également à dissimuler, il apprend surtout que ses parents sont les premiers à le faire, à mentir.
La complicité avec le Passeur est immédiate. Jonas essaie de le soulager de ses douleurs et des noirceurs qu’il a emmagasinées, mais le vieil homme commence par lui offrir les belles choses des temps passés, la neige, des animaux, des instants heureux en famille, le nom des couleurs, le bonheur, l’amour, la liberté, avant de lui montrer la peur, les guerres, la souffrance et la sauvagerie des hommes. C’est enivrant  et si déchirant !

Alors un jour, lorsque ses parents lui apprennent que Gabriel, l’enfant qu’ils élèvent depuis sa naissance, va être élargi, Jonas s’insurge et décide de fuir leur communauté avec ce frère de cœur. Il va partir à la recherche d’un « Ailleurs »…

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J’ai beaucoup aimé cette dystopie qui révèle un monde sans pitié. La cruauté est dans l’absence des sentiments et le contrôle despotique de la société. Tout bien ordonné, propre, sans faille, avec une petite pilule pour annihiler les émotions, on découvre petit à petit l’inhumanité des programmes et la frigidité de chacun.
Jonas est un enfant différent qui se distingue par ses réflexions et sa sensibilité. Les Sages ont vu juste, il est un esprit brillant et téméraire. Son apprentissage avec le Passeur va stimuler son désir d’émancipation ; vivre un monde vrai et pas seulement le rêver.
Une belle histoire, émouvante, que je vous conseille. Elle est la première d’une série. Il me reste à lire « L’élue », « Messager » et « Le Fils ».

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D’autres billets chez Adalana,

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the giver

Film The giver
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Les Brillants

logo_babeliologosérienoiregallimardUn partenariat avec Babelio et les Editions Gallimard

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les-brillants 1Les Brillants
Marcus Sakey

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Depuis les années 1980, on s’est aperçu qu’une nouvelle génération d’enfants surdoués naissait. On les appelle les Brillants. Dotées de pouvoirs exceptionnels, ils sont placés dans des académies dès l’âge de huit ans afin de les observer et les « éduquer ». Séparés de leurs familles, on leur enlève toute identité, on leur attribue un tuteur et on leur donne tous le nom de Smith. Au fil des ans, les programmes des académies s’affermissent et on leur implante des micro-puces.
Depuis qu’un as de la finance, Erik Epstein, a fait effondrer les marchés boursiers, on sait que les Brillants peuvent être une menace pour l’économie planétaire.
Depuis l’attentat qui a tué soixante-treize personnes, dont un sénateur influent, dans un club proche du sénat, le militant anormal John Smith est l’homme à abattre.
Depuis… le DAR, une agence bien plus subventionnée que la NASA, essaie de maintenir l’ordre en traquant les Brillants qui se distinguent. Son directeur Drew Peters a toutes les libertés pour les réprimer.

Nick Cooper, un agent des Services Équitables, la branche active du DAR, est un Brillant de niveau un qui a la faculté surnaturelle de lire les schémas du langage corporel. Il déchiffre, devine et anticipe tout comportement, réactif ou émotif. Avec son équipe, il pourchasse les Brillants hors la loi et applique sans faillir une justice assez expéditive. Peters dit de lui qu’il est son meilleur inquisiteur, l’homme en qui il a le plus confiance.
Le vœu de Cooper serait que les « surdoués » et les « normaux » vivent en bonne harmonie, qu’il n’y ait plus d’académies-prisons et que John Smith soit arrêté car aux dernières informations, ce terroriste envisagerait de pirater les réseaux informatiques des lignes aériennes et d’y mettre un virus. Les conséquences seraient dramatiques…

L’enquête le lance sur la piste d’Alex Vasquez, une Brillante qui œuvre pour Smith. Mais sur le point d’être arrêtée, la jeune fille préfère se suicider plutôt que d’être embarquée par le DAR pour être interrogée. Juste avant de mourir, elle lui confie qu’un projet d’une grande envergure a été planifié et qu’il y a au sein du DAR quelques infiltrés.

Les évènements s’enchaînent rapidement et modifient les trajectoires ! Joueur d’échecs hors pair, Smith déjoue tous les plans de Cooper et fait exploser des bombes. La dernière tue 1143 personnes dans un centre de Manhattan. Cooper, présent lors de ce drame, comprend que la politique envers les Brillants va être plus répressive et que le monde va se fragmenter en deux clans. Il pense aussitôt à sa fille Kate qui malgré son jeune âge commence à présenter toutes les caractéristiques d’un Brillant de niveau un. Il désire pour ses enfants un monde moins chaotique et certainement pas un monde où les Brillants seraient ostracisés.

Avec l’aval de Peters, et de lui seul, Cooper va brouiller les données en se faisant passer pour un renégat ; c’est le seul stratagème qui s’impose. Juste le temps de dire au revoir à sa famille et le voilà devenu un homme traqué par ses anciens amis du DAR.
Le banni investit le milieu criminel et met tout en marche pour faire sortir John Smith de son antre.
Mission suicide ? Ce qui est sûr, c’est que Cooper découvrira certaines vérités qui seront aussi puissantes qu’un tsunami ou que mille explosifs. Les apparences peuvent être trompeuses.

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Premier tome d’une trilogie et une très bonne lecture !
Sans connaître la plume de l’auteur, juste à la lecture de la 4ème de couverture, j’ai accepté de recevoir ce roman et j’en suis ravie.
J’ai beaucoup apprécié l’histoire, le rythme et les personnages ; le roman mélangeant les genres fantastique, espionnage et thriller. L’écriture est si bien scénarisée et imagée qu’on oublie qu’on tient un livre et qu’on ne regarde pas un film d’action. Les 495 pages se lisent très facilement, captant notre intérêt sans temps de pause. Question intrigue, on devine assez rapidement la trame, mais ça ne m’a pas gêné.
Cooper est un héros intègre, patriote, qui doit faire cavalier seul pour sauver son pays (il a du Jack Bauer !). Sa singularité donne à son personnage séduction et intelligence, ses rapports avec sa famille le montre humain et protecteur. Dans certaines circonstances pour défendre ses valeurs, il peut se montrer très violent et radical. L’auteur va le bousculer en insérant dans l’histoire des conspirations qui ébranleront ses certitudes et sa foi en l’humanité. Il est très intéressant de lire toutes ses ambiguïtés qui le déstabilisent et le cheminement de ses interrogations.
D’autres personnes l’encadrent, toutes aussi sympathiques et attachantes… Natalie son ex-femme, vaillante et déterminée, peut-être toujours amoureuse de lui, Bobby Quinn son ami et coéquipier, fidèle et loyal, et Shannon « La Fille Qui Passe A Travers Les Murs », mystérieuse et inébranlable.

Je vous recommande ce roman qui fut une lecture distrayante. Le prochain tome paraîtra en 2016.

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Philidor, illustration de 1792

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M. Pénombre, libraire ouvert jour et nuit

logoamériquetitinelogo le-nez-dans-les-livresUn livre voyageur de NathChoco
« Septembre en Amérique » de Titine
« Le nez dans les livres » de George

 

 

M. PénombreM. Pénombre, libraire ouvert jour et nuit
Robin Sloan

 

San-Francisco,

Designer, graphiste publicitaire, mais au chômage, Clay Jannon parcourt les petites annonces du journal et y déniche une proposition pour un poste de vendeur dans une librairie sur l’avenue de Broadway, ouverte 24h/24. Lorsqu’il s’y rend pour présenter sa candidature, il découvre des lieux étranges et des conditions de travail bien plus encore…

« Cherchons vendeur
Travail de nuit
Contraintes particulières
Bon appointements »

La librairie est faite de pièces étroites, sombres, avec des rayonnages à l’infini, très hauts. L’échelle est indispensable ! Il y a l’antichambre avec des livres contemporains que le commun des mortels peut acquérir et la chambre, avec ceux aux reliures épaisses, vieilles, rares, que seuls quelques initiés peuvent emprunter.
Alors, tout commence par un contrat qui engage Clay à garder les lieux la nuit, entre 22h et 6h du matin, à tenir un journal de bord dans lequel il détaillera toutes les transactions, mais aussi l’allure physique (jusqu’aux boutons de manchettes) et psychique des « clients ». Le plus important… Clay doit surtout promettre de ne pas consulter les vieux livres de la pièce du fond. Le mystère de ces anciennes parutions n’est accessible qu’aux adhérents du club de lecture.
Si au début le narrateur se plie à toutes les consignes de M. Pénombre, au bout d’un mois, et sous l’influence de son ami d’enfance, il commence à se poser des questions… Ouvrir un livre et découvrir que celui-ci est incompréhensible. En ouvrir un second, et voir qu’il en est tout autant. Puis un troisième, puis… tous les autres. Des hiéroglyphes, un langage codé, l’énigme est entière ! Quels sont ces écrits ? Qui sont ces gens qui viennent la nuit ?
Pour un ancien des jeux de rôles, lecteur passionné de science fantasy et de la trilogie « La ballade de Pern », enfant d’une génération née avec les nouvelles technologies, Clay voit sa curiosité grandir et le pousser à élucider les secrets de M. Pénombre.
Avec ses amis, il va quitter San-Francisco pour aller à New-York et rencontrer une agence très particulière… où il sera question « d’un codex indéchiffrable, d’un génial typographe du XVème siècle et du secret de l’immortalité »…

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Dès la première page on se projette dans des anticipations très fantaisistes. Le narrateur, acteur principal de ce roman, nous prévient des mystères qui l’entourent. Rien n’est dévoilé et tout laisse à suggérer : secte mystique, voyageurs spatiotemporels, arcanes religieuses, mondes parallèles… c’est secret, silencieux, nocturne, poussiéreux, ancien et l’imagination fertile du lecteur vagabonde plaisamment ! Que va-t-il se passer ? La question, je me la suis posée très souvent ! J’ai fait fi du style d’écriture qui me titillait, genre « langue moderne » comme me l’a traduit NathChoco, et j’ai continué pleine d’attente… pour être complétement déconnectée dans la moitié du livre. Quel dommage ! je n’étais pas la bonne lectrice ! Il me semble avoir pris un couloir parallèle et m’être perdue dans… je dirais… des anfractuosités. L’informatique, dans toutes ses versions actuelles, n’est vraiment pas ma tasse de thé ! Alors, certes, l’histoire est intéressante, l’image des vieux grimoires et des écritures codées content des aventures et stimulent les fabulations, mais ce n’était pas pour moi. Je n’ai éprouvé ni exaltation, ni sympathie pour les personnages.
Vous découvrirez sur la blogo des lecteurs d’autres avis dont l’enthousiasme frise le coup de cœur…
NathChoco, Babelio,

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Photo prise « ici »

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Mille et une frasques… le swap !

Swap Mille et une frasques

Le swap Mille et une frasque
de Stéphie

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Stéphie a organisé ce swap dans le cadre de son premier mardi du mois. Pour émoustiller la nouvelle année, la mettre sous une influence sensuelle, nous avions pour mission de préparer du doux, du chaud, du sucré, du torride… en un colis bien enrubanné.

Pour ce swap, je suis en binôme avec Sandy. En décembre 2010, déjà trois ans !, nous avions échangé des présents XMAS MEN, c’était mon premier swap… et j’en garde un souvenir ému (sortez les mouchoirs…).

Voici donc les surprises que Sandy m’a adressées dans de jolis papiers.
« – Oooh !!! aaahhhh !!! Nooon !!! des macarons !!! » et puis… « – OOOh ! qu’elle est belle… que ça sent bon… Un Chicago Staaaars !!!!… » :
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Thé épicé, douceurs macaronées,
Tasse,
pot à thé, plumes rouges,

érotisme, amour, tendresse.

bannswapsandy2

Un colis tout en finesse, harmonieux et suave.
Merci beaucoup Sandy pour toutes ces belles choses
ainsi que cette amitié que nous nous offrons.

Je vous invite à aller voir Stéphie et NouketteAccrobiblio et Lasardine – Solène et Caroline – Liliba et GaléaMartine et Agnès – Sarah et Couette -Fabi et Léna – Gaelle et Sandra – Alex Mots à mots et Lystig – Ada et SabineMarion et Moka

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Demande à la poussière

logo mois americainLe mois américain avec Noctenbule
1er billet

Une lecture commune avec Jérôme, Manu et Nahe

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Bandini, 1er tome
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demande à la poussière Demande à la poussière
John Fante

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Dans l’Amérique de la Grande Dépression,

Arturo Bandini, fils aîné de Svevo et Maria, a laissé son Colorado natal. A vingt-ans, il déambule dans les rues de Los Angeles avec des rêves de gloire plein la tête. Il se dit écrivain et s’imagine des scénarios où sa renommée serait saluée, applaudie. De beaux costumes, de belles voitures, l’hôtel grand luxe et des femmes (estampillées Amérique) toutes énamourées. A la bibliothèque municipale où il passe son temps, il rêve de voir son futur livre côtoyer les plus grands. Lorsqu’on est désargenté et qu’on ne peut rien faire, ce lieu est un bon refuge.
Arturo aurait pu rester dans sa famille et suivre les traces de son père. Là-bas, même si le travail et l’argent font défaut, il y a toujours un plat de pâtes en sauce au centre de la table. Cependant, il aime écrire et sa première nouvelle a été éditée. « Petit chien qui riait » a été le déclencheur de cet envol et la confirmation de ses espérances sur son devenir.

Les doutes sont fréquents quand on a le ventre vide et que le loyer de la chambre reste impayé. Il recherche l’inspiration dans l’apprentissage de la vie, mais partagé entre son éducation religieuse et sa soif d’expérience, il tâtonne sans décrocher d’idées. La liberté n’est pas si facile à acquérir.
Alors que ses incertitudes le démoralisent et qu’il  projette de retourner chez lui, il reçoit de sa mère quelques dollars qui lui permettent de rester encore dans la cité. Ses pas le mèneront vers un bar où Camilla, une jeune mexicaine, travaille comme serveuse.
Elle n’a pas la peau blanche d’une Américaine, elle est trop voluptueuse, mais elle devient sa princesse Maya et l’objet de ses fantasmes.
C’est peut-être à travers elle qu’il trouvera la grâce des mots ou qu’il se perdra.

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J’ai lu précédemment « Bandini », chronique familiale qui mettait en scène les parents d’Arturo. Les personnages avaient le piquant et le charme de leurs origines italiennes. Malgré leurs faiblesses et leurs manquements, j’avais eu de la sympathie pour eux.
Déjà Arturo se détachait du lot et ne m’inspirait que peu d’attirance. Dans cette évolution, je le trouve toujours désagréable, plein de défauts, et pourtant il a cette lumière héritée de ses parents.
Livre semi-autobiographieque, l’auteur se fond en Arturo. De cette époque, il n’avait pas encore son arrogance et ses vices (« jouisseur, menteur, joueur, alcoolique… »). Il avait la passion de l’écriture, une hérédité de conteurs, et un appétit énorme pour les choses de la vie.
Dans une ville touchée par la crise, des quartiers pauvres, des gens nécessiteux, Arturo continue à rêver. Il a la jeunesse et l’inconscience. Sans le sou et dépensier dès qu’il en a, il vit dans l’instant sans jamais s’inquiéter vraiment du lendemain ; folie ou ignorance, naïveté ou simple incapacité à être autonome.
Vingt ans et toute l’instabilité, les angoisses, de son âge, il vacille entre des scrupules dus à son éducation catholique et une grossière insolence. Arturo se montre timoré pour les affaires amoureuses et se comporte bêtement ; macho, goujat, fabulateur…
C’est dans les moments où il trahit une candeur qu’il est le plus attendrissant… quand il veut faire lire ses écrits, lorsqu’il veut séduire…
Avec Camilla, il découvre un univers méconnu. L’amour, la générosité, la bienveillance, embellissent son âme. Elle devient sa muse. Mais la passion a aussi ses failles, violentes et dévastatrices. L’expérience sera inoubliable et amère car si Camilla représente une part de la quintessence qu’il recherche, elle est aussi faite de ténèbres et de mystères. Elle est une jeune femme éphémère…

Une lecture sur l’initiation et la naissance d’un grand écrivain. Sensualité et émotions…
Je vous invite à la lire.

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D’autres billets chez Jérôme, Nahe, Manu, Mango, Gwordia, Morgouille,

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Image du film « Demande à la poussière »
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Bandini

Lecture commune avec Jérôme, Valérie, Emmanuelle, et LilouSoleil

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John Fante

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John Fante se rappelle son enfance dans le Colorado. Il avait saisi ses souvenirs sur des pages. Il dit « Je redoute d’être mis à nu par mes propres œuvres. Je suis certain que les personnages de mes romans ultérieurs trouvent leur origine dans ce texte de jeunesse. »
Une lumière, un son, une fragrance, et c’est la mémoire de sa famille qui apparaît…

Svevo Bandini a quarante ans. Il est né dans les Abruzzes en Italie. Là-bas aussi, il fait froid, il neige l’hiver, et pas plus qu’aujourd’hui, il n’aimait ça. En Amérique, il a choisi le Colorado pour terre d’accueil. Il est maçon. Poseur de briques. Il peut aussi bien ériger un chalet comme un palais, et ce n’est pas n’importe quoi ! La saison ne lui permet pas de travailler, alors si de temps en temps il va jouer au poker à l’Impérial, perdre quelques dix dollars, ou si avec les copains, il va boire un coup… faut pas l’embêter ! Maria, sa femme n’a rien à dire. Qu’elle prie Dieu et ses saints en égrainant son chapelet, qu’elle lui fasse des pâtes, et qu’elle s’occupe des gosses ! Lui, Bandini est un homme qu’on respecte parce que ses yeux peuvent parfois être durs, qu’il est fort et qu’il ne tremble pas devant le petit banquier parce qu’il ne peut pas payer les traites de la maison ; il est pauvre.
Svevo chemine vers son foyer, la tête basse, le regard rivé sur ses godillots percés. S’il pouvait, il irait à reculons. Pourtant, il sait bien que sa Maria va le recevoir avec un doux sourire. Elle va prendre tout le froid contre elle et lui offrir sa chaleur. Maria à la peau blanche, si pieuse, si bonne, si amoureuse de son Svevo… Elle va s’entortiller à lui et le calmer. Dio ! la neige est une saleté.

Elle l’attend. Elle est heureuse parce qu’il va rentrer. Elle prie en se balançant dans le rocking-chair. Les enfants sont couchés. Ils en ont trois. L’aîné se nomme Arturo, ce n’est pas un mauvais bougre. Il est révolté, mais c’est de son âge ; quatorze ans. Il est beau, il ressemble à son père. Même force, même caractère frondeur, même entêtement. Le second est plus calme et réfléchi, il veut être prêtre. Il aime se plonger dans les livres de prières, les images sont belles. Il s’appelle August. Quant au petit dernier, Federico, il est comme un poussin, tendre, affectueux, un petit bonheur. Trois garçons, ça fait du bruit, ça remue, mais ils sont son soleil.
Elle est Italienne. Elle n’a jamais voulu continuer ses études comme ses frères et sœurs car elle se voulait femme et mère. Elle a bravé sa famille qui lui interdisait d’épouser Bandini, elle s’est éloignée d’eux. Alors, d’avoir les mains gercées et crevées par les travaux ménagers, de ne pas être vêtue avec distinction comme les modèles des revues, de ne pas avoir tout le confort moderne, d’aller quémander à M. Craik, l’épicier voisin, de quoi manger, allongeant ainsi la liste des dettes, de ne pas pouvoir payer l’éducation de ses enfants, de meurtrir ses yeux sur le raccommodage, et tout ce qui fait de sa vie du poids bien lourd à porter, tout ça ne sont rien comparer à l’amour qu’elle ressent pour son mari et ses enfants.
Elle n’est pas dupe, elle sait ce que ses hommes pensent. Elle connaît leurs rêves et leurs besoins, elle sait qu’ils se sentent perdus, parfois humiliés, mais elle veille et elle prie. Son amour est si pur et si intense.

Arturo a honte. Pourquoi il ne s’appelle pas John ? Où est le rêve américain ? Il déteste son père et il déteste encore plus sa mère.
« Il détestait l’eau et le savon ; d’ailleurs il n’avait jamais compris pourquoi il fallait se débarbouiller tous les matins. Il détestait la salle de bains parce qu’aucune baignoire n’y était installée. Il détestait la brosse à dents. Il détestait le dentifrice qu’achetait sa mère. Il détestait le peigne familial, toujours empâté de mortier à causes des cheveux de son père, et il détestait ses propres cheveux à cause de leurs épis. Par-dessus tout, il détestait son propre visage parsemé de taches de rousseur comme dix milles pièces de cuivre essaimées sur un tapis. La seule chose qui lui plaisait dans la salle de bains, c’étaient les planches amovibles du coin. Car il y cachait Scarlet Crime et Terror Tales.
« – Arturo ! Tes œufs refroidissent. »
Des œufs. Oh, Seigneur, comme il détestait les œufs… »
Arturo déteste beaucoup de choses. Un cœur révolté, vexé de leur misère, meurtri que Rosa, sa camarade de classe, le considère comme un voleur et un bon à rien, il traîne sa colère et bien souvent s’abandonne à la violence. Lui aussi est un dur. Son émotion, il la réserve pour la salle de cinéma. Il faut dix cents, qu’il dérobe dans les économies de sa mère, pour la séance. Plus tard, il sera Robert Powell. Il se ressemble, non ?

Une lettre ne tarde pas à arriver, annonçant la venue de Donna Toscana, la mère de Maria. Cette femme est une baleine au tempérament de requin. Son plaisir est de rabaisser sa fille et la famille de celle-ci. Elle mortifie les âmes comme si elle les flagellait. Svevo qui ne la supporte pas, en profite pour s’esquiver, laissant une fois de plus sa femme aux prises de l’inquisitrice.
Bientôt c’est Noël, il fait froid, le garde manger est vide, plus d’argent dans le porte-monnaie, et Svevo qui ne revient pas. Maria l’attend, comme toujours, Maria prie, Maria ne veut pas penser que son mari est dans les bras d’une autre…

Chronique amère, John Fante raconte comment le jeune Arturo voit « l’implosion du couple parental ».

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Le récit divise l’histoire en trois voix.
La première est celle de Svevo. Il est le mâle italien qui se veut maître de sa famille. Il a le tempérament latin, fougueux, et témoigne son autorité par la force et les cris. On dit que dans tout homme, il y a la part de l’enfant qui réclame la sécurité maternelle. Svevo la retrouve chez Maria, pourtant il se plaint qu’elle ne songe pas à panser les maux de son âme. Svevo est égocentrique et trop orgueilleux.
La deuxième voix est celle de Maria. Elle est le pilier de la maison. Petite créature fragile, douce et docile, elle est vieillie avant l’âge, usée par tant d’ingratitude. Dieu est son seul confident. Dans ses prières, elle s’évade mieux que dans les rêves. Même la nuit, elle est corvéable à son mari et ses enfants. La plus grande faiblesse de Maria est Svevo. Elle l’aime d’une passion incandescente. Alors, lorsqu’elle le soupçonne d’infidélité, sa vie se détruit.

Le troisième intervenant est Arturo. Ce gamin est le moins excusable. Certes, il est plein d’impatience comme un adolescent, mais son aigreur, son agressivité et ses larcins ne font pas de lui un être sympathique. Il est un détonateur que seul l’amour peut désamorcer. Ni enfant, ni adulte, il fuit le giron maternel, puis le recherche dans ses peines. Il faut dire que sa mère a le pardon facile.
L’histoire des Bandini pourrait être aussi une bribe de vie de plein d’autres familles italiennes, irlandaises, immigrées… Des foyers pauvres, des cœurs insolents, un homme qui travaille dur la pierre, il bâtit, reçoit une maigre rémunération, il boit, joue, reste avec les copains, est tributaire du temps… une femme qui élève les enfants, qui représente le repos, elle est l’intégrité de la famille, sert de jonction avec Dieu… et les enfants, à la fois  héritiers de leurs origines et progénitures américaines. 
Ce roman est écrit avec amour, les sentiments sont dans chaque cri, chaque emportement, chaque douleur. Il est charnel, enflammé, les personnages sont captifs les uns des autres, ils forment LEUR famille.
Un très beau livre que je suis ravie d’avoir lu, grâce à Jérôme…

Je vous le recommande à mon tour.

Billets de la lecture commune de Jérôme, Emmanuelle, Valérie et Lilousoleil
Autres billets sur des œuvres de l’auteur chez Titine,


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John Fante.

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