L’appel de Portobello Road

lappel-de-portobello-roadL’appel de Portobello Road
Jérôme Attal

.

Dès la première page, je rigole. Mister B., près de moi, sourit et confirme : « Tu es atteinte. ». Oui-oui, d’une attalite aiguë.
Il y a des mots ou des petites phrases surréalistes qui s’incrustent toujours dans les récits d’Attal, là où on ne les attend pas, donnant à sa plume originalité et légèreté. Des petits mots et des petites phrases qui prennent notre affection. L’histoire de ce livre commence par un conte japonais. Au XVe siècle, un chevalier s’éprend d’une jeune princesse qu’il entraperçoit derrière les rideaux de son palanquin. Saisi d’amour, il va essayer de la retrouver et de l’approcher… Il ne pense qu’à elle. « Les jours suivants sont des nuits »… On voit alors ce guerrier samouraï arnaché de cuir partir en quête de la si belle princesse. Il traverse des estampes, paysages de rivières, de monts et d’arbres en fleurs… La route est périlleuse, la quête est difficile… Quand il arrive aux portes du palais, il est accueilli par un serviteur qui lui demande de bien vouloir patienter. La princesse est là, mais elle n’est pas en mesure de le recevoir, car c’est l’heure de la cérémonie du thé. La poésie de ce conte est belle, on perçoit le vent dans le jardin, nous ne sommes qu’attente avec le chevalier, et espérance… quand… la fantaisie de l’auteur terrasse le Moyen-Âge et nos rêves :
« Tiraillé par l’impatience, la mine sombre et émaciée par le feu qui embrase son cœur, le chevalier fait les cent pas dans le jardin.
La cérémonie du thé, vous savez, surtout si vous êtes amateur de café en capsule, ça dure des plombes. La tête baissée, les épaules en dedans, il tue, poursuit, déborde le temps, écrase les secondes sous ses pas comme un tas de feuilles mortes… »
« si vous êtes amateur de café en capsule »… j’écris et je rigole… Ne me dites pas que je suis la seule ! Pitié…
Voilà… si je commence ce billet-lecture par cette parenthèse c’est simplement pour vous expliquer comment je perçois Jérôme Attal. C’est un poète-pitre, un doux diablotin. Le livre est ainsi construit, une énigme, une quête, des émotions et une bonne dose d’absurdités à la Kafka.

Ethan Collas est un musicien qui a du mal à percer dans le métier. Il rêve qu’un jour en poussant le charriot des courses dans un grand magasin, l’écho d’une musique ou d’une chanson qu’il aurait écrite le surprenne au détour d’un rayon. Ersatz de sacre suprême !
Après avoir végéter dans différentes facultés, après avoir « tester » plusieurs études, il avait décidé, avec accord parental, de prendre un tout autre chemin ; celui de la musique.
Maintenant, à l’aube de la quarantaine, il se retrouve seul, indécis, dans un petit appartement parisien hérité de ses parents, sans attache amoureuse, obnubilé par la perte de ses cheveux, et bénéficiaire d’une misérable rente, un jingle composé pour la météo d’une chaîne câblée. Son copain Sébastien se plaît à lui dire qu’avec ce pécule, il peut s’offrir une fois par semaine une tartelette aux pommes de chez  Poilâne… ce qu’il fait.
Puis une nuit, le téléphone sonne. S
a mère au bout du fil lui demande comment il va. Il entend aussi son père bougonner comme à son habitude, des mots bourrus, des mots d’amour. Ils appellent d’un endroit inconnu, où la communication va bientôt être interrompue. « Allô, mon chéri ? »… Comment il va ? Il ne faut surtout pas qu’il s’inquiète. Et surtout, il faut qu’il dise à sa sœur que ses parents pensent à elle, tous les jours…
Seulement… Primo, ses parents ne sont plus depuis deux ans. A ce stade de la lecture, nous doutons déjà de ce que nous avons lu et perçu. Ne sont-ils pas morts ? Secundo, il est fils unique. Commence alors ce que la quatrième de couverture dévoile « Un secret de famille tombé du ciel ».
Transposition du conte, le chevalier-Ethan part à la recherche de sa sœur et va tout au long de sa route vivre des épisodes un peu fous. Sur une vieille photo retrouvée, une petite fille pose à ses côtés. Il devait avoir onze ans, elle devait en avoir sept.

« … Des nuits parisiennes et le vacarme de la solitude. Une décision à prendre. Une fille au bout de la route… De la porcelaine anglaise. Comme est la vie. Fragile et robuste à la fois. Et une ode à l’amour au tournant de chaque page. »

Je n’en raconte pas plus, c’est un roman court qui pèse moins lourd que « Les jonquilles de Green Park » (un coups de cœur de 2016). L’équipée d’Ethan, qu’il fera à bord d’une Triumph Spitfire décapotable jaune de 1975, est dans la veine des récits initiatiques. Sur l’itinéraire, il va croiser des personnages extravagants, parfois en marge de la société, qui seront des étapes anecdotiques, pleines de sensibilité et d’humanité. Jérôme Attal parle de filigranes du bonheur et de fêlures, pas nécessairement importantes, juste des petits interstices de la vie que l’on aimerait réparer pour pouvoir avancer.
L’écriture fantasque nous fait prendre un chemin de traverse menant vers différents mondes, différentes dimensions, entre du réel et des chimères. De l’humour, de la poésie, de la délicatesse, tout un bouquet subtil d’émotions, c’est ce que je demandais à ma lecture.
Je vous le recommande.

D’autres billets chez Bianca, Titine, Fanny,

.

24386599bd3f01f414f555e019d930a7Spitfire jaune

.

.

.

Les étourneaux

les étourneauxLes étourneaux
Fanny Salmeron

.
Devant mon écran de télévision, alors que je regarde les informations qui détaillent les attentats du  13 novembre, je me demande si les gens ont pressenti quelque chose juste avant. Puis juste après, dans la fraction qui suit l’horreur. Dans son roman, Fanny Salmeron traduit cet instant par un temps blanc. Je trouve que le blanc représente bien cet intervalle qui précède le chaos.

« La place de l’Opéra attendait l’orage. Surplombées d’un ciel menaçant, les statues brillaient, dorées comme des phares. Il y avait des bus qui faisaient du bruit. Des voitures qui faisaient du bruit. Les gens, pas tellement. Les gens, ils regardaient autour d’eux, perdus pour la plupart ou dans l’attente d’un rendez-vous, énervés par le ciel électrique. On pouvait compter ceux qui sortaient de la grande bouche de métro au milieu de la danse des moteurs. Une île. On pouvait voir disparaître ceux qui y entraient. Envie de leur dire « n’entrez pas ». Mais personne n’a ce pouvoir.
Juste avant il y a eu ce silence d’une demi-seconde. Un silence d’un seul coup, toutes les mesures des bus, des voitures, des gens, coordonnées sur ce temps très bref. Un blanc irréel. Et puis. Le bruit de l’explosion s’est mêlé à celui du premier coup de tonnerre. Personne n’a su quoi en penser avant les premiers cris et la fumée. »

Brune Farrago et ses amis Lodka Place et Ari Saint-Thomas, sans oublier le chien Ferdinand Griffon, ont décidé de quitter la capitale juste après l’attentat. Une petite maison en pierre dans la campagne, un jardin avec des tilleuls, des champs autour et du soleil. Leur frontière les protègera de la fin du monde, des bombes et de l’astéroïde Tarpeia qui file droit sur la Terre.

Brune nous présente son monde.
D’abord son portrait. Blonde, jeune, jolie, encore un peu enfantine, elle se donne à des liaisons d’un soir qu’elle harponne en un clic sur le net. Elle ne veut aucune attache et ne donne pas facilement sa confiance. Longtemps elle a souffert de l’absence de son père décédé alors qu’elle avait trois ans. Son premier amoureux ? Son chat, Olivier, mort lui aussi. Son deuxième amoureux ? Navel Senza, celui qu’elle n’a jamais vu, son correspondant inconnu. Ils se sont rencontrés sur un forum de musique et n’ont jamais osé se voir. Leurs contacts se font par l’écriture, mails, sms, lettres ; elle lui raconte tout. Elle lui racontait tout. Les nuages d’étourneaux, la couleur du ciel, le parfum des glaces… Doit-elle conjuguer Navel au passé ? Depuis quelques temps leur relation se délie, tristement, c’est implacable.
Lorsqu’elle a vu pour la première fois la comédienne Lodka Place sur scène, elle est tombée en amour. Elle a voulu être discrète et elle ne l’a pas du tout été … Lodka lui a présenté Ari, son ami, écrivain et metteur en scène. Les liens se sont soudés comme une fatalité et ils forment à présent un trio d’amis, une famille dit-elle. Un quatuor avec Ferdinand.

Après l’attentat, ils ont voulu faire leur Résistance à l’écart, et maintenant, ils se retrouvent
à l’abri dans se cocon champêtre. Ari écrit, Lodka écoute Bach, Brune fume, et ils arpentent la campagne en friche.
Chaleur, silence, soupirs. Brune pense à Moune sa mère, à son beau-père, à Navel.
Sa mère pense à Brune, sa Noune. Son beau-père pense au temps qui passe et qui le vieillit. Il aime toujours autant Line. Navel pense au message qu’il va envoyer à Brune. Peut-être son dernier. Oui, certainement sa dernière déclaration, « Le désir avant le verbe ».
Puis un jour, il faudra passer le portail et revenir…

.
Des sentiments lourds, exacerbés, égratignés, émouvants et beaucoup de générosité. Une fille fleur qui se découvre et qui fait la paix. Une frontière qui partage deux univers, l’un chaotique comme un enfer, l’autre un véritable éden. Il y a de la musique, de l’écriture, de l’amitié et de l’amour. Des microcosmes qu’on se plaît à observer. Des mots qui nous rappellent des évènements, blessures, morts, Bataclan, métro, anarchie. C’est violent, brut, assourdissant, mais aussi poétique et doux. Fanny écrit « fin du monde », mais ce n’est pas encore l’heure. L’intrigue se tisse et se dévoile sur la fin ; une agression pour un outrage…
C’est un tout petit livre que je vous recommande.

Un autre billet chez Sabine

.

éterneau
Etourneaux-sansonnet

.

.

.

.

La peur de ma vie

logowalpurgis

La semaine de Walpurgis avec
Hilde, Lou, Marjorie

.

.
la_peur_de_ma_vieLa peur de ma vie
Marie-Aude Murail

.

Dans la bande de copains, il y a Serge, le narrateur, Maxime, Alexandre et Frédéric. Frédéric n’étant associé au trio que pour ses bonnes notes.
Mme Fisher, prof de français, veut initier ses élèves à l’art du récit. Après avoir constitué les équipes, vient alors le choix du registre… frissons ou quotidien ou sentiments. Serge et ses amis optent pour une intrigue à donner la chair de poule, laissant les sentiments aux filles !
« Tu as peur de quoi ? » Les réponses à cette question devant orienter le scénario, tous les quatre se mettent d’accord sur les esprits qui reviennent hanter les vivants. Araignées, zombies et vampires font peur, mais faire tourner les tables et convoquer un esprit ça fout vraiment les chocottes ! Convaincus qu’ils ont trouvé leur sujet initial, les étapes suivantes sont le titre et le début de l’histoire. L’histoire… c’est dans un livre de nouvelles sur les revenants que Serge pioche les idées, mais ce qui serait drôlement bien, c’est de trouver un guéridon et d’expérimenter le spiritisme ; « appeler les morts ».
Alors,
à minuit dans un appartement déserté par les parents, Serge, Alexandre, Maxime et Frédéric vont s’atteler à l’écriture… Il ne le savent pas encore mais cette nuit, ils vont découvrir « la peur, la vraie, » .

.
C’est fun de se faire peur ! mais lorsqu’on lit un livre ou quand on regarde un film, on se dit que c’est « pour de faux ». L’auteur termine ce roman par « une vraie peur » qui fera réfléchir la bande de copains. Cette fameuse nuit, un évènement va les bouleverser et suite à cela, ils vont se confier leurs véritables tourments. Maxime a peur de la drogue, d’être tenté un jour. Frédéric a peur des attentats ; « Un fou, une poubelle, tu passes, et baoum ! ». Alexandre a peur du chômage, son père n’ayant plus d’emploi. Quant à Serge, il a peur de grandir, de perdre ses amis ; « On ne sera plus tous les quatre comme maintenant ». Comme à son habitude, Marie-Aude Murail raconte avec humour et dignité, les drames de notre société, ceux qu’on peut nommer des « vraies peurs ».
Je recommande ce roman aux enfants, dès l’âge de 9 ans.

« Marie-Aude Murail est née au Havre. Dans sa jeunesse, elle adorait lire des histoires de maisons hantées, d’apparitions et d’enfants possédés, qu’elle trouvait dans la bibliothèque de son père. « J’étais effrayée et fascinée, un peu comme Serge quand il lit sous son drap. »

.

hu030517

.
Photo prise « ici »

.

.

 

La fille du docteur Baudoin

.

la-fille-du-docteur-baudoin-marie-aude-murailLa fille du docteur Baudoin
Marie-Aude Murail

.

L’élégant docteur Jean Baudoin s’agace de tout, en pleine crise de la cinquantaine. Son travail l’ennuie, son nouvel et jeune associé Vianney Chasseloup, si gentil, si patient, l’exaspère, et ses enfants grignotent ses nerfs. Atteint de sinistrose, il se réfugie le plus souvent dans l’ironie mordante.
« – Sainte Dolto, priez pour nous ! dit-il de ce ton mondain qui lui allait si bien. Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il me refile une moule accrochée au canapé, une gravure de mode et une gardeuse de cochons virtuels ?
– Tu parles de tes enfants ?
– Je préfèrerais que ce soient ceux du voisin.
– Pourquoi tu dis ça ? Quelqu’un t’entendrait, il croirait que tu ne les aimes pas.
– Je les aime… Mais j’aurais quand même mieux fait de les noyer à la naissance. »

Cerise, huit ans, est obsédée par ses élevages, bébé cochon, vache, poussin ninja, dragon, et quand sa cochonne se fait bouffer par un loup, c’est le drame !…
« – Oh, papa ! s’exclama Cerise. Je sais que c’est pas vrai et qu’il y a d’autres raisons de pleurer dans la vie, mais j’avais réussi à gagner deux cochons, et ils allaient faire un bébé en plus ! Mais il y a quelqu’un qui est entré chez moi et il a lâché un loup qui a mangé ma cochonne. Et mon pauvre cochon, il n’a plus de joie de vivre, maintenant… »
Paul-Louis, quinze ans, brillant élève de seconde, compte bien se dévergonder avec son copain Sixte dans les soirées branchées, les rallyes ; il lui faut donc un nouveau costume, c’est in-dis-pen-sable !…
« – Au fait, demanda Paul-Louis à son père, tu pourras me passer ta CB demain ? (…)
– Mais on se fait jeter dans un rallye si on n’a pas de costume !
– Et une cravate, lui rappela Cerise. »
Violaine, si belle, dix-sept ans et future bachelière ; en mode glandouille, se questionne sur son avenir… Et si elle laissait tomber son bac S pour faire un bac L ?
« – Quoi ? s’écria le docteur Baudoin. Mais le bac, c’est à la fin de l’année !
– Je veux faire une école de journalisme, poursuivit Violaine, sans paraître remarquer l’objection de son père. (…)
– Avec un bac S, on peut faire du journalisme scientifique…
– Oui mais non, l’interrompit Violaine de sa voix la plus molle, moi, ce que je veux, c’est faire des reportages comme d’aller filmer le cyclone en Louisiane… »

Il y a des soirs comme celui-ci, où le docteur Baudoin souhaiterait être ailleurs… mais le jour où Violaine lui rend visite à son cabinet pour lui apprendre qu’elle pourrait être enceinte, c’est pire que tout ! Être maître de ses émotions, museler le fauve qui est en lui, donner un test de grossesse, refermer la porte de son bureau et attendre.
Lorsqu’il lui posera la question, Violaine lui dira que c’est négatif…

Or, Violaine a menti à son père. Avec sa meilleure amie Adélaïde, c’est vers le Centre de planification familiale qu’elle va chercher de l’aide. Là-bas, elle aura la surprise de rencontrer Vianney Chasseloup qui tient un cabinet de consultation durant son temps libre…
Le docteur Chasseloup est le contraire du docteur Baudoin. Investi dans son travail, profondément humain, toujours à l’écoute de ses patients, il voue une admiration envers cet associé qui a eu la générosité de le prendre avec lui. Alors, il va prendre soin de Violaine et l’assister du mieux qu’il pourra dans ses démarches.
Est-ce que Violaine va garder le bébé ?

.
J’aime beaucoup les romans de Marie-Aude Murail. Ils apportent toujours de belles émotions. Puis il y a cet humour aux différentes tonalités ; espiègle, radieux, grinçant, noir.
Une belle plume.


Pour faire comme ses copines, pour ne pas être en marge, un soir, Violaine dit oui à son petit ami et se retrouve enceinte. L’histoire du roman raconte sa détresse, son courage et le parcours qu’elle décide de prendre, seule. L’avortement est alors abordé avec tact, intelligence, sans affectation.
La famille, socle branlant, a aussi une belle part. Le docteur Baudoin ne suscite pas une sympathie immédiate tant il est désagréable, cependant il arrive à nous attendrir. Cerise, la petite puce qui semble être obnubilée par sa ménagerie virtuelle, est consciente des états d’âme des uns et des autres. Son regard doux et innocent est un baume. Paul-Louis dit Pilou, qu’on pense égocentrique, n’hésite pas à jouer du poing pour défendre l’honneur de sa sœur aînée. Quant à la mère, Stéphanie, capitaine qui
a subi des houles et des cyclones dans sa vie de femme, continue à faire face à la tempête avec sang-froid. Dans les premières pages, l’union de cette famille ne paraît pas évidente… et pourtant, elle sera du genre « Un pour tous, tous pour un ».
Cette chronique ne serait pas complète si je ne parlais pas du gentil docteur Chasseloup, à l’enfance meurtrie. J’éprouve beaucoup d’empathie pour lui. Il est un médecin comme on en trouve peu. Il répare les corps et les âmes, dévoué, généreux et sensible. Violaine qui le compare à un âne à cause de ses yeux doux, trouvera en lui un soutien loyal et sincère.
Ah… ne pas oublier de vous dire… ce roman est aussi une belle histoire d’amour… Elle aime beaucoup les ânes et son prénom. Il aime son prénom et ses yeux violets.

Une lecture à recommander ++

.

D’autres billets chez Bianca, Nahe, Hilde, Noukette,

.

picasso femme au miroir

Picasso, La fille au miroir

.

.

.

L’âme du mal

logohallow15dirty-harry-haut23-3620006ixocj_2587Le mois Halloween avec Hilde et Lou
Thriller avec Sharon

.

.

l'âme du malL’âme du mal
Maxime Chattam

.

Portland,

Joshua Brolin est un jeune inspecteur qui a fait ses débuts au FBI. Spécialisé dans les pathologies mentales des tueurs en série, mais peu expérimenté, il a intégré la police criminelle de Portland sur les conseils de son mentor.
Sa nouvelle affaire concerne le meurtre d’une jeune femme retrouvée dans la rivière. L’autopsie montre qu’elle n’est pas morte noyée, mais asphyxiée. Elle aurait inhalé un gaz et subi des tortures et des mutilations avant de succomber. Si le modus operandi diffère, la signature est la même pour deux autres crimes.
Grâce à des prélèvements faits sur les corps, Joshua découvre l’antre du meurtrier et sauve Juliette Lafayette, une jeune étudiante en psychologie, prisonnière de Leland Beaumont, un sculpteur fou qui vit reclus dans les bois. Tué par balle, Beaumont ne peut plus raconter sa folie, et seuls les quelques symboles déchiffrés par Joshua sont à rapporter au dossier.

Un an plus tard…
Un jeune garçon découvre dans un coin retiré d’un parc, le corps mutilé d’une jeune femme. L’affaire arrive vite sur le bureau de Joshua car l’autopsie montre un rituel similaire à celui de Beaumont.
Qui essaie de le copier ? Le plus intrigant, c’est que certains indices n’ont jamais été divulgués au public, comme les marques que le meurtrier faisait sur les fronts de ses victimes avant de les effacer à l’acide ; ironiquement, Joshua dit à son ami Salhindro que le meurtrier pourrait bien  être un flic !
Copycat ? Beaumont aurait-il eu des disciples ? Son fantôme ? surtout lorsqu’on apprend que son corps n’est plus dans son cercueil… Suivant le témoignage d’un ancien collègue de travail, Beaumont croyait au vaudou. Fanatique, il aurait dit que la magie noire le protégeait et que même si on lui enfonçait un pieu dans le cœur, il se relèverait de sa tombe.

L’âme du mal rôde à Portland et s’apprête à commettre d’autres atrocités. Très vite, la jeune et jolie Juliette reçoit une lettre du tueur, menaçante et narquoise. Plutôt que d’attendre et de subir, elle propose son aide à Joshua. Tous deux vont essayer alors de « s’immerger complètement dans la psychologie d’un monstre, le comprendre afin de prévoir ses crimes et devenir son double… ».
Juliette va chercher des renseignements chez un riche collectionneur de vieux livres ésotériques et Joshua part en quête d’informations sur Leland. 

.

Ce premier tome qui a reçu le Prix Sang d’encre fait partie d’une trilogie. « L’âme du mal », Portland et l’inspecteur Joshua Brolin sont les fils conducteurs qui relient les volumes.

Nous commençons par un prologue qui raconte la disparition d’un enfant en 1980. Quatre pages plus loin ou une vingtaine d’années plus tard, nous entamons le premier chapitre de ce thriller captivant, dans un Portland sombre, automnal, malmené par les orages.
L’enquête est suivie par un jeune inspecteur de trente et un ans, intelligent, séduisant, apprécié par ses collègues et surtout doué pour comprendre les raisonnements des tueurs en série. Assisté de Juliette, il va découvrir que l’univers du tueur est celui des ténèbres et qu’il est inspiré par la Divine Comédie de Dante ; avant d’accéder au Paradis, il faut passer par l’Enfer et le Purgatoire… Ésotérisme, magie noire, horreurs, c’est dans un vieux grimoire qu’ils vont assimiler les premiers indices.
Le suspens va crescendo et la psychologie du tueur, ou des tueurs, se révèle dans la troisième partie du livre. Avant, c’est le jeu du chat et de la souris, une chasse qui émoustille L’âme du mal et qui engourdit les facultés de discernement de Joshua.
J’ai aimé frissonner entre ces pages et j’ai trouvé les personnages qui entourent Joshua sympathiques. Juliette qui surmonte ses traumatismes avec beaucoup de courage, et Larry Salhindro, équipier
de Joshua, plus vieux, plus averti, qui porte sur son collègue un regard admiratif, paternaliste. D’autres seconds rôles comme le médecin légiste, le chef de la police, le jeune Cotland… viennent animer l’histoire. J’aurais plaisir à les retrouver dans les autres opus.
Je vous conseille ce bon thriller, effrois garantis ! A lire sous un plaid (pour se couvrir la tête).

.

dante-gustave-doré.
Illustration de Gustave Doré pour l’Inferno de Dante

.

.

.

.

Le cachot de la sorcière

logohallow15
Le mois Halloween avec Hilde et Lou
« A year in England » de Titine

.

.

le-cachot-de-la-sorciereLe cachot de la sorcière
Joseph Delaney

.

Billy Calder est un jeune garçon de quinze ans qui habite un orphelinat depuis la mort de ses parents, neuf ans auparavant. En âge de travailler, il a trouvé un apprentissage au château du village et ne songe qu’à s’émanciper de la tutelle de Madame Hendel.
Le travail est pourtant difficile… Tous les soirs, il doit surmonter sa peur et se rendre au château une heure après le coucher du soleil. L’endroit est lugubre, surtout lorsque le moindre petit bout de lune est caché par les nuages. Sur une colline, après avoir dépassé une campagne boisée, l’édifice se dresse, effrayant. Et lorsqu’on entend les plaintes des condamnés, entre hurlements et pleurs, on n’a qu’une envie, c’est de retourner sur ses pas… et fuir !

le cachot de la sorcière 1 Le château est la prison du comté où sont enfermés des meurtriers et des créatures sataniques. Au milieu de la cours, une potence pour les pendaisons où l’on croise parfois des âmes en peine, fantômes des suppliciés. Les sorcières qu’on exécute ne sont pas toujours des femmes mauvaises. Il arrive parfois que la sentence appliquée montre qu’elles étaient d’honnêtes femmes, mais il est alors trop tard pour les sauver. Certaines errent… comme Netty au long cou.
C’est ce qu’on explique à Billy lors de sa formation. Le gardien en chef Adam Colne, un géant qui ressemble aux ogres des contes, lui fait maintes recommandations pour la suite de son travail, en insistant lourdement sur un fait. Il est important de ne jamais laisser une clef dans une serrure. Cette consigne est d’une importance vitale.

Les semaines passent, Billy commence à s’habituer aux lieux et assume correctement son travail. Mais un jour, la peste pourpre fait des ravages en décimant une grande partie du village. Des six gardiens au château, il ne reste que lui de valide pour aller donner la pitance aux prisonniers et pour s’aventurer dans le cachot de la sorcière.
Le cacho
t de la sorcière est la partie la plus reculée du château, un endroit qu’il ne fréquente jamais car il est réservé aux gardiens plus expérimentés.
Qui est cette créature qui avale toutes les nuits des litres de sang et qui broie les os entre ses mâchoires ? Mystérieuse et certainement la plus redoutable des créations du malin… Billy, prends garde à toi !

.
De Joseph Delaney, j’ai lu toute la saga de l’Epouvanteur et on peut dire que j’en suis fan… C’est donc avec un réel plaisir que j’ai choisi ce roman destiné aux enfants de plus de dix ans. Mais il est une précision à faire… Les bibliothécaires ont stipulé sur la couverture « Attention, âme sensible s’abstenir ». Les enfants peuvent être surpris par la rudesse des scènes et par la fin de l’histoire.
Comme dans la série, nous lisons des fantômes et des sorcières (Netty m’a rappelé la Grimalkin car toutes deux ont été séduites par le Malin et ont enfanté des monstres. Billy a un petit air de Tom.). Et  comme dans la série, ce conte est tout aussi angoissant, cruel, sanglant et tragique. D’un format plus petit, il peut être un préambule aux chroniques de Chippenden et ainsi préparer à l’univers fantastique et
particulier de l’auteur qui n’épargne jamais ses jeunes lecteurs.
Imprimé avec des caractères gros et illustré avec des beaux dessins de Philippe Mason, la lecture est très agréable et facile.
Je vous conseille donc ce roman qui serait parfait pour une nuit d’Halloween… parfait pour les frissons… et je tiens à souligner une seconde fois que certains passages sont effrayants.

.
Des billets chez Jérôme, Sharon,

.

le cachot de la sorcière 2

.

.

.

.

Maman a tort

Un partenariat avec Babelio et les Editions Presse de la Cité

.

maman a tortMaman a tort
Michel Bussi

.

Le Havre,

Sur la requête de son amie Angélique, la commandante de police Marianne Augresse reçoit Vasile Dragonman, un psychologue scolaire, qui souhaiterait lui confier le cas d’un petit garçon de trois ans et demi. L’infirmière scolaire lui a demandé d’écouter Malone qui raconte que ses parents ne sont pas vraiment ses parents. Tous les enfants aiment se raconter des fables, mais d’après Vasile, ce n’est pas le cas de Malone. L’affaire est urgente car la mémoire de la petite enfance s’efface rapidement. Déjà les souvenirs de l’enfant commencent à s’effilocher, rien ne peut vraiment soutenir ses « affabulations » et l’intuition fortement ancrée de Vasile, à part quelques dessins sur les pirates et les châteaux. Drôle d’histoire ! Mais Marianne Augresse ne l’écoute que d’une oreille car son attention est plus orientée vers Timo Soler et ses acolytes, de dangereux braqueurs en cavale qu’ils recherchent depuis près d’un an. Toute son équipe est sur le qui-vive, prête à la traque. En solo, elle verra plus tard pour Malone…

Lorsque Maman-da le laisse dans sa chambre, Malone se sent en sécurité et peut parler à Gouti son doudou peluche. L’un relate sa journée, lui abandonne ses peurs, les images qui reviennent dans des flashs, l’autre l’écoute et lui raconte en cachette l’histoire de ses origines. Gouti connaît ses secrets, Gouti lui rappelle son autre vie et le berce de sa douce voix le soir pour l’endormir. Pourtant il l’aime bien, Maman-da…
Maman-da est Amanda, une mère qui ne sait plus comment rassurer son fils fantasque et précoce, ni comment légitimer la parenté. Elle a beau fournir le livret familial et les photos depuis la naissance de Malone, rien ne peut étouffer les doutes de la directrice de l’école primaire, ni ceux du psychologue. Il faut que tout cesse, surtout que son mari ne peux plus endurer cette inquisition… il pourrait même se montrer violent.

Marianne Augresse ne songe pas un instant à lier ces deux enquêtes qu’elle va mener en parallèle, car rien ne peut justifier d’une quelconque correspondance. Pourtant, comme sur un métier à tisser, fil après fil, les évidences se matérialisent et suivent un scénario bien écrit ; hasard ou manipulation ? La violence, des menaces, la mort, vont baliser les différentes pistes qu’elle va suivre.

.
L’auteur débute le roman par une femme et un enfant qui vont prendre l’avion pour la forêt des ogres… Une femme nerveuse, un enfant confiant. Un paragraphe plus loin… on rencontre la commandante Marianne Augresse et sa brigade qui talonnent la femme et l’enfant. Trop tard ! Lorsqu’elle voit passer l’avion, Marianne commence à comprendre (la lectrice que je suis, pas du tout !). Tout se combine…« La fusée, la forêt des ogres, les pirates et leur bateau échoué, l’amnésie d’un rongeur tropical, le trésor, les quatre tours du château, tous ces délires sur lesquels elle et ses hommes bloquaient depuis cinq jours. »
Cinq jours plus tôt, l’histoire distille une atmosphère angoissante.  Un enfant seul dans son monde avec ses cauchemars, on l’imagine un peu autiste, qui répète que ses parents ne le sont pas et qui parle à une peluche, sa seule alliée. Un psychologue qui s’accroche à ses intuitions et part en croisade. Une mère aimante, prise dans un étau. Un père caractériel. Une directrice d’école dépassée qui voudrait bien clore l’affaire… Cette partie du livre est assez anxiogène et débouche sur un autre univers, celui de Marianne, la commandante de police. Marianne dirige son équipe d’hommes avec douceur et fermeté. Toute à son métier, elle n’a pas vu les années passer et se retrouve à trente-neuf ans sans compagnon et sans enfant. Le cas de Malone ne la laisse pas indifférente et c’est plus par empathie que par devoir qu’elle aborde le dossier. Conjointement, elle recherche les braqueurs, dont un est gravement blessé. Entre psychologie et action, les scènes se succèdent et entretiennent un véritable suspens qui se joue de nos nerfs. Les indices que l’auteur veut bien nous communiquer ne sont que supercheries, des appâts pour mieux nous perdre, et ce n’est qu’à la fin qu’on découvre la trame d’un canevas alambiqué depuis longtemps dessiné.

Je vous recommande cette histoire captivante que j’ai appréciée. Je compte pour ma part continuer avec l’auteur avec deux de ses titres : « Nymphéas noirs » et « Un avion sans elle ».

.
D’autres billets chez Albertine, Sharon, Bianca,

.

agoutiAgouti d’Amérique Centrale

.
.
.

.