Le pensionnaire en traitement

 


Challenge Polars de Sharon,
une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le pensionnaire en traitement
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

« – Mais que dois-je faire ?
– Voilà. Je loue une maison. Je la meuble. Je paie les domestiques. Je me charge de toutes les dépenses. Tout ce que vous aurez à faire consistera à être assis sur un fauteuil dans votre cabinet de consultations. Vous aurez de l’argent de poche et tout ce dont vous aurez besoin. Puis, vous me versez les trois quarts de vos honoraires et vous gardez le quatrième quart pour vous… »

Il est difficile pour Watson de rapporter dans le détail les enquêtes de Holmes car il ne voudrait pas que les lecteurs trouvent ses écrits confus. Que mettre en avant dans ses chroniques ? Simplement les faits concrets ou la tortuosité des brillantes analyses du détective ? Bien souvent les deux se combinent, et alors, le dilemme devient épineux.
C’est ce qu’il explique avant d’entamer son récit, une histoire bien surréaliste qui trouve un dénouement beaucoup moins fantaisiste.

Nous sommes en octobre, il fait froid, il pleut, et les deux amis pour passer le temps discourent sur « les pensées exprimées ». L’expression des sourcils peut en dire plus long que les mots avec la langue… En cela, Holmes est champion !
Après s’être dégourdis les jambes dans les ruelles sombres de Londres, à observer et à décrypter la physionomie des passants, ils retournent à Baker Street où ils reçoivent le docteur Perçy Trevelyan, venu sur la requête de son employeur. Le jeune homme, la trentaine un peu défraîchie, commence à raconter nerveusement les raisons de sa présence avant de les prier de l’accompagner à Brook Street…

Sans fortune pour continuer ses études sur les maladies nerveuses, et sans fonds pour ouvrir son propre cabinet, Trevelyan avait accepté la surprenante proposition de Mr. Blessington, une personne étrange mais sympathique, qui lui offrait le gite et le couvert, rémunération comprise, pour s’occuper de lui, en plus de la possibilité d’accueillir une clientèle extérieure. Depuis deux ans, le vieil homme (que Trevelyan appelle le pensionnaire en traitement) et lui avaient instauré une petite routine qui n’avait rien de déplaisante, et le cabinet avait acquis une belle clientèle. Mais ce n’est que récemment que tout s’était grippé lorsque Blessington s’était aperçu qu’un intrus était rentré dans sa chambre. Très nerveux et craignant pour sa vie, il lui avait alors demandé d’aller chercher Sherlock Holmes sur le champ, ce que Trevelyan s’était aussitôt empressé de faire, très décontenancé par sa réaction excessive et inquiet pour sa santé.

Sans perdre de temps, Holmes, Watson et Trevelyan partent retrouver un Blessington toujours stressé mais peu enclin à répondre avec franchise aux questions de Holmes. On pourrait alors penser que Holmes s’est déplacé pour rien, sauf qu’en repartant de chez Blessington, il avait déjà élucidé une partie de l’affaire, une affaire mettant en cause deux Russes, un fils et un père, venus consulter pour un problème de catalepsie. Jusqu’au lendemain matin où Trevelyan le rappelle… Blessington s’était pendu dans sa chambre, dans le courant de la nuit.

« – Je suis dans l’impossibilité de vous conseiller si vous essayer de me mentir, dit-il.
– Mais je vous ai tout dit !
Holmes vira sur ses talons avec un geste de dégoût.
– Bonne nuit, docteur Trevelyan ! fit-il
– Et vous partez sans rien me dire ? s’écria Blessington d’une voix brisée.
– Je n’ai qu’un conseil à vous donner, monsieur : dites la vérité. »

Un suicide ? Bien sûr que non ! et en quelques explications, Holmes dénoue le nœud du problème.

 

(Chers lecteurs qui passaient par là, ne m’en veuillez pas… le billet est presque aussi long que la nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle !)
L’intrigue n’a pas une trame théâtrale, ni une conclusion qui peut sembler un peu simple, mais l’intérêt de cette enquête, qui réside surtout dans son ambiance mystérieuse, son approche et sa progression, n’est pas « qui a tué qui ? », mais « pourquoi ? ». Dans la plupart des histoires, il y a toujours un crédule qui amène l’affaire et un rusé, un malfaiteur, qui la conclut. Celle-ci renvoie les personnages du drame quelques années en arrière, avec pour mobile du crime, la vengeance.
La nouvelle est parue en 1893 et a été éditée dans le recueil des mémoires. Une histoire que je vous recommande… encore !

 


Photo de la série Sherlock Holmes, « The resident Patient »

 

 

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Le tordu

 

 

Challenge Polars de Sharon,  une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le tordu
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

Été 1888,

John Watson, marié depuis quelques mois, reçoit dans sa demeure la visite tardive de son ami Sherlock Holmes qui souhaite avoir son soutien dans le dénouement d’une affaire à Aldershot, dans le comté du Hampshire. Et la réponse ne tarde pas… Si Watson aime sa nouvelle vie, plus régulière et apaisée qu’avant, il est  toujours empreint de ce désir d’aventure que lui procuraient les enquêtes de Holmes.
L’histoire est toute récente et n’a pas encore fait la une des journaux. L’honorable colonel Barclay a été retrouvé mort dans son salon, fermé à clef de l’intérieur, avec sa femme à ses côtés simplement évanouie. Le major Murphy en charge du dossier souhaite clore l’enquête rapidement avec le moins de remous possible, et innocenter l’épouse, Nancy Barclay, qui est la première suspecte.

En regroupant tous les témoignages, ceux des domestiques, des voisins et des amis, il apparaît que ce couple marié depuis trente ans était uni et heureux. Ils s’étaient rencontrés en Inde, dans la garnison de Bhurtee, et s’étaient mariés après la révolte des Cipayes. Le colonel avait eu une carrière militaire exemplaire et son épouse n’était pas seulement une très belle femme, elle était aussi une personne digne, valeureuse et généreuse qui œuvrait dans le cercle de Saint-George en s’occupant des pauvres du quartier. Mais deux dépositions remettent en question l’harmonie du couple. Une soubrette les avait entendus se disputer violemment juste avant la mort du colonel, et Mlle Morrisson, une amie de Nancy Barclay, rapporte un fait marquant qui s’était également passé dans la même soirée. En revenant de leur cercle de bienfaisances, un homme difforme, affublé de guenilles, avait apostrophé Nancy et s’était entretenu  avec elle quelques minutes, à l’écart de toute indiscrétion.

Henry… Qui est cet homme qui avait ému Nancy au point de la métamorphoser en furie ?
A partir de cette information et avant même de rencontrer le vieux vagabond, Holmes dit à Watson : « Pour moi, comme vous le devinez, ce fut la lumière dans la nuit. Tout ce qui était auparavant sans lien commença à s’insérer dans un ordre normal… ».


La nouvelle est une belle histoire, même si le destin s’est montré horriblement cruel pour deux des protagonistes. Une histoire d’amour, avant d’être une intrigue policière, la genèse criminelle prend ses racines en Inde et s’étend sur une trentaine d’années. Quant à l’arme du crime, elle est avant tout un sentiment amer, douloureux et fielleux : la jalousie.
Tirée des mémoires de Sherlock Holmes, et éditée en 1893 dans le mensuel, le Strand Magazine, cette chronique que l’on titre aussi « L’homme estropié » reste l’une de mes préférées et certainement l’une des plus poignantes.
A recommander !

 

 

 

Les propriétaires de Reigate


Challenge Polars de Sharon
et une année en Angleterre avec Titine

 

 

 

Les propriétaires de Reigate
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

En ce printemps de 1887, Sherlock Holmes vient de conclure une affaire qui a duré deux longs mois et dans laquelle il a laissé toute son énergie ; l’enquête de la campagne de Hollande et Sumatra mettant en cause le baron Maupertuis. Pour le remettre en forme, John Watson l’invite à le suivre dans la campagne d’un vieil ami, le colonel Hayter.
Dans le Surrey, et plus précisément à Reigate, l’air ambiant à de quoi stimuler le grand détective lorsqu’on apprend que sur deux jours des voisins ont été cambriolés et qu’on a retrouvé le cadavre du cocher des Cunningham.
Vandalismes, vols et meurtre, il n’en faut pas plus à Holmes qui s’empresse de découvrir le ou les responsables des délits.

Cette nouvelle très courte n’a pas trop d’épaisseur, mais elle a le mérite de nous faire sourire. Holmes bien fatigué inquiète beaucoup Watson et Hayter qui ne le connaît pas le voit déjà à l’aube de sa retraite quand il pense que son illustre invité a l’esprit qui défaille. Pour nous lecteurs, qui savons que Holmes est un roué sacripant, trouvons l’idée très amusante !

Plaisir de lecture à recommander…

 

 

 

le voyageur de Noël


Il éta
it cinq fois Noël de Chicky Poo et Samarian
Challenge Polars de Sharon

 

Le voyageur de Noël
Anne Perry

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Décembre 1850, Les Lacs,

Henry Rathbone revient dans la région des Lacs chez son ami Judah Dreghorn, juge à Penrith, sur la demande de sa femme Antonia qui a de nombreuses choses à lui confier, car son ami Judah est décédé huit jours auparavant. Antonia, qui se trouve être également la filleule d’Henry, le désire à ses côtés pour la soutenir dans son immense peine, mais aussi pour lui faire part de ses doutes sur les circonstances étranges de la mort de Judah qui se serait noyé par accident dans une rivière en voulant passé le gué en pleine nuit.

Pour comprendre ses suspicions, elle lui raconte que depuis sa sortie de prison, Ashton Gower, un homme jugé coupable par Judah de faux en écriture et condamné à onze ans de réclusion, accusait Judah d’avoir ourdi un véritable complot pour le spolier de son héritage. Gower avait hérité de son père d’un domaine, le plus magnifique de la région, qui générait de grands profits. Mais une autre branche de la famille le revendiquait et avait apporté la preuve que Gower avait trafiqué les actes notariés. Après l’emprisonnement de Gower, Judah avait acheté la propriété aux nouveaux héritiers.
Cette propriété dont les revenus permettaient aux frères de Judah de vivre leurs passions et leurs professions aux quatre coins de la planète, était devenue leur terre d’exil lorsqu’ils revenaient en Angleterre. Ce Noël devait tous les rassembler.
Judah avait été l’aîné d’une fratrie de quatre garçons. Benjamin, ancien pasteur, vivait en Palestine où il faisait des recherches en archéologie biblique. Ephraïm était botaniste en Afrique du Sud. Et Nathaniel, mort de maladie, avait été un géologue parti étudier les grands territoires en Amérique. A présent, des Dreghorn, il ne reste que Benjamin, Ephraïm, Naomi, la femme de Nathaniel, Antonia, la femme de Judah, et leur fils Joshua.

Henry qui souhaiterait réhabiliter l’honneur de son ami, un homme intègre et estimable, devra attendre l’arriver de Benjamin et Ephraïm avant d’entamer la moindre enquête. A la demande d’Antonia, c’est lui qui ira les chercher à la gare et qui leur annoncera la mort tragique de leur frère tant aimé…

Dans les contes de Noël d’Anne Perry, devenus un rendez-vous incontournable, ce titre est le deuxième de la série. Il a pour héros Henry Rathbone, le père du brillant avocat Oliver Rathbone qu’on retrouve dans les histoires du détective William Monk. En général, l’intérêt de ces livres se trouve bien plus dans les atmosphères des Noëls victoriens que dans les intrigues policières, sauf pour ce roman. Le cadre enchanteur de la belle région enneigée des Lacs, n’allège en rien l’ambiance lourde du deuil et relègue Noël au dernier plan. Dans un enchevêtrement de témoignages et de vieux papiers, Henry et les frères de Judah font tout pour découvrir le mystère de sa mort et innocenter sa mémoire.
Je vous invite à cette lecture, de l’épaisseur d’une nouvelle, avec un thé et des crumpets…

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Peinture de John Atkinson Grimshaw
Lake District

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Les gâteaux de Noël ont disparu !


Il était cinq fois Noël de Chicky Poo et Samarian
Les samedis du mois sont albums illustrés

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Les gâteaux de Noël ont disparu !
Une histoire de Francesca Bosca
illustrée par Giuliano Ferri

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Dans la famille du pâtissier du village de Saint-Michel, on travaille sans relâche tous les jours pour les fêtes. Même le petit Lucas assiste son papa à la confection des gâteaux qui ont fait la renommée du pâtissier. Une gourmandise au chocolat et aux cerises confites que tout le monde commande pour leur repas de Noël.
Alors, après avoir mis la dernière cerise sur le dernier gâteau, c’est l’étape des livraisons qui se fait la nuit, sur le palier de chaque maison.
Mais le lendemain, les clients ont la terrible surprise de ne pas découvrir les boîtes joliment enrubannées, car quelqu’un les a volées !
Pendant que tout le monde se lamente sur ce fait, Lucas s’aperçoit que le sol enneigé a emprisonné des empreintes de pas. En les suivant, loin aux abords de la forêt, il découvre une chaumière où sont entassées toutes les boîtes ; un véritable trésor !

Qui a commis ce détestable larcin ? C’est le bûcheron Bruno, un gros ours, qui surprend Lucas et l’enferme aussitôt dans une cage ! Il ne veut pas lui faire du mal, il veut seulement manger tous les gâteaux sans que personne ne l’embête… Seulement, la gourmandise poussée à son extrême n’est pas bon pour la santé et Bruno tombe malade.
Pauvre ours ! Pas rancunier, Lucas lui propose de le soigner avec une tisane bien chaude comme le fait sa maman quand il a mangé trop de chocolat.

 

Oui… pauvre ours ! Bruno raconte alors à Lucas pourquoi il a volé les gâteaux…
C’est Noël, tout le monde a droit à une deuxième chance pour se faire pardonner. C’est Noël et tout le monde sera content… C’est Noël, et Lucas, assisté de son apprenti pâtissier Bruno, va refaire tous les gâteaux.

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Une très belle histoire superbement illustrée pour les soirées juste avant Noël. Le partage, la compassion, la générosité et le pardon sont des éléments importants qu’il ne faut pas oublier en cette fin d’année. Paix et joies !

Recette du gâteau donnée par Lucas

280 g de farine – 150 g de beurre – 200 g de sucre – 2 œufs – 100 g de chocolat – 1 verre de lait – 1/2 sachet de levure

Casse le chocolat en morceaux et fais-le fondre dans une casserole au bain-marie. Ajoute le beurre et laisse-le fondre également. Verse ensuite le reste du lait, mélange bien et laisse refroidir le tout. Bats les blancs d’œufs en neige ferme. Mélange les jaunes avec le sucre de façon à obtenir une crème lisse. Incorpore petit à petit à cette crème la moitié de la farine tamisée, le mélange chocolat-beurre-lait refroidi, puis le reste de la farine. Ajoute alors les blancs d’œufs battus en neige et la levure, et mélange jusqu’à obtenir une pâte onctueuse. Verse la pâte dans un moule préalablement beurré et saupoudré de farine, et mets-le au four préchauffé à 180°. Laisse cuire le gâteau 30 minutes environ…
Démoule-le dès la sortie du four et laisse-le refroidir. Décore-le de crème fouettée et de cerises confites.

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La main de la nuit


Challenge thrillers de Sharon
Un mois de sorcellerie pour Halloween avec Hilde et Lou
Billet n°6

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La main de la nuit
Susan Hill

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Perdu dans la campagne alors qu’il se dirigeait vers Londres, Adam Snow rentre dans un domaine à l’abandon pensant trouver une personne qui pourrait l’aider. Le parc et le manoir sont noyés dans les ombres du soir et très vite une angoisse l’étreint. Étonné par ce sentiment démesuré et irrationnel, Adam se répète dans un leitmotiv qu’il devrait partir, lorsque une petite main s’empare de la sienne. La main de l’enfant est douce et ferme ; la main de l’enfant est surtout de l’ordre de l’invisible…
Le lendemain chez lui, mettant cette illusion sur le compte de la fatigue, Adam essaie de reprendre le fil de sa vie d’expert en livres anciens comme si de rien n’était, mais l’idée de la petite main l’obsède.
C’est auprès de Lady Merriman, la femme de son riche client, qu’il obtient des renseignements sur cette demeure délaissée qu’on appelle La maison blanche. Un très vieil article de journal parle du décès tragique du petit-fils de la propriétaire, qu’on aurait trouvé mort noyé dans l’étang du parc. Aujourd’hui, ce parc qui avait été ouvert à des visiteurs extérieurs n’a plus sa splendeur et rend une atmosphère lugubre et fantomatique.
Ce qui va décider Adam à mener une enquête plus investie, c’est la source de ses rêves qui deviennent cauchemars. Tourmenté par des visions de noyades et poussé à commettre des actes imprudents, voire suicidaires, il va demander conseils à son frère Hugo qui avait eu des problèmes psychologiques quelques années auparavant et qui serait à même de le comprendre.
Au fil des jours, la douce main de l’enfant se fait menaçante…

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Je ne connaissais pas Susan Hill, mais j’ai souvent vu passer son nom sur les blogs-lecteurs. Histoires de fantômes dans la veine des romans gothiques du XIXè siècle, ses livres ressuscitent nos phobies d’ensorcellement et de possession.
La trame de l’histoire est intéressante mais si j’ai parfois frissonné en pensant à l’esprit du petit garçon qui cherche vengeance, je vous avouerai que je me suis ennuyée. L’auteur aurait peut-être dû adapter ce roman en nouvelle.
Je ne resterai pas sur un avis mitigé et continuerai à découvrir l’auteur avec ses romans policiers et « La dame en noir » qui a été adapté au cinéma, avec dans le rôle principal Daniel Radcliffe.
A suivre !

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Photo du manoir dans le film de « La dame en noir »

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Ils vont tuer Robert Kennedy

Un livre offert par les Éditions Gallimard dans le cadre des partenariats Babelio

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Ils vont tuer Robert Kennedy
Marc Dugain

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Mark O’Dugain, un professeur universitaire de soixante ans, retourne avec sa jeune compagne sur l’île de Vancouver, dans la maison familiale héritée de ses parents lorsqu’il avait quatorze ans. A travers cette maison, dressée sur une falaise de roches noires face au Pacifique, ce sont les souvenirs d’une enfance tourmentée, ponctuée par des moments heureux et insouciants de sa prime jeunesse et ceux qui ont scarifié le reste de sa vie. Il nous raconte les origines de sa famille, une mère Irlandaise et un père d’ascendance juive qui a quitté la France en 1951 pour s’installer au Canada. Il nous raconte le dévouement inconditionnel de l’une, qui vient à contre-courant du sérieux et de la réserve de l’autre, un éminent psychiatre reconnu pour ses travaux sur l’hypnose et les traumatismes endurés par les survivants des camps de concentration.

Ce retour dans le passé s’articule surtout autour de deux évènements tragiques et traumatisants qui détermineront l’avenir de chacun, car le narrateur lie à la chronologie de son histoire, les assassinats des Kennedy, John (1963) et Robert (1968). Les années soixante dans leurs différentes sphères, citent un répertoire de noms fascinants et dévoilent tous les désordres politiques, les névroses et les passions de l’époque. La base sur laquelle tout repose est chancelante et gangrénée.

Élevé par sa grand-mère Maine après les décès mystérieux et suspects de ses parents (suicide de sa mère en 1967 et accident de la route pour son père en 1968), Mark a orienté ses études sur le clan Kennedy. D’un chapitre à l’autre, il alterne les confidences sur sa famille et les informations collectées pour sa thèse qui retracent le parcours et la personnalité obscure des deux frères. Par des concordances et des suppositions étayées de témoignages indiscutables, il nous fait part de ses recherches et de ses conclusions qui fusionnent petite et grande Histoire, ponctuée par un chapelet de morts singulières. Enquête policière, immersion dans le monde de l’espionnage, entre CIA, IRA et MI6, il doit être vigilant et ne pas dépasser la frontière d’une « paranoïa complotiste », comme le souligne dès le début, Madsen, son directeur de thèse…

Intense, inquiétant, manipulateur, le roman maintient le suspense jusqu’à la dernière page et la fiction s’arrange avec l’Histoire, tout en accentuant et démasquant des faits troublants qu’on s’empresse de vérifier sur le net. Si cet enchevêtrement compliqué ne facilite pas notre lecture, il la rend aussi captivante. Quant à la violence, elle est froide, latente, comme une ombre menaçante.
Mark O’Dugain, Marc Dugain, le jeu des noms place l’auteur dans le rôle du narrateur.

Un livre très intéressant de la rentrée, à noter ! Je vous le recommande…

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