Coup de foudre au poulailler


Une semaine illustrée

4ème billet

 

 

Coup de foudre au poulailler
Christian Jolibois
Christian Heinrich

Avant d’arriver à Paris, la troupe de théâtre du grand Coquelin s’arrête dans la basse-cour des Petites Poules pour donner une représentation. Une jeune poulette en détresse qui refuse le mari qu’on lui destine, un père furieux qui la déshérite, du panache, des cris, des envolées lyriques, la comédie se joue devant un public captivé, et Carmélito, entouré de ses amis, se trouve subjugué par la belle Roxane.

A la fin de la pièce, les comédiens commencent à ranger la scène et les spectateurs retournent à leurs activités. Mais Carmélito ne se sent pas bien ; on dirait qu’il est malade. Lorsque sa petite sœur, Carmen, invite Roxane à patiner avec eux, Carmélito se sent de plus en plus mal. En fait, ce sont les émois de l’Amour…

Comment déclarer sa flamme ? Alors que Carmen et Bélino le conseillent sur ce qu’il doit faire, ailleurs, Coquenpâte, Bangcoq et Molédecoq, trois jaloux, entreprennent de séduire eux aussi Roxane… Influencés par le vieux Cormoran, ils doivent élaborer le philtre de Tristan, une potion magique qui rend amoureux la personne qui la boit.
La recette : 1 cuillère de morve de rat, 1 louche de bouse bien chaude, 2 doigts de vomi de poisson, 1 dé à coudre de pus de crapaud, 1 pet de lapin et 3 poils roux de bébé lynx.

Entre ceux qui partent en quête d’ingrédients peu ragoûtants pour leur potion et celui qui s’est mis en tête de trouver une rose en plein hiver et qui va aller jusqu’au jardin des Mille-Fleurs de la Dame à la Licorne, l’aventure ne va pas être facile…
Qui gagnera la joute ?

C’est toujours un plaisir de lire l’univers du poulailler ! Entre le texte et les illustrations, nous passons un instant de grâce ! Plein d’humour, de détails savoureux et de références artistiques ou littéraires, on ne s’ennuie pas ! Quant à la dernière page de l’histoire, comme dans tous les autres livrets de la série, elle a une chute bien marrante…
Une basse-cour à recommander ++

 


 

 

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Rossignol


Une semaine illustrée
3ème billet

 

 

Rossignol
Illustrations de Benjamin Lacombe
Texte de Sébastien Perez

 

Serait-ce une chasse au trésor ? Les enfants d’une colonie de vacances découvrent des petits morceaux de papier qui, une fois assemblés, délivrent un message très mystérieux signé de la lettre « R ». Ils aimeraient bien enquêter mais l’intendant Monsieur Jacques les force à aller se divertir sur la plage où des jeux les attendent. Le lendemain, un autre message leur parvient… Le premier faisait l’éloge de Hugo, le champion du ballon, et ce second parle de Monsieur Jacques, de son esprit rêveur et bienveillant.
Jour après jour, les enfants sont ainsi « épinglés » à tour de rôle, avec des poèmes de « R » qui racontent en quelques vers leurs personnalités. Puis un jour, une flèche de sable formée sur le sol leur indique une direction à prendre.

« Il y a des mots que l’on doit dire soi-même. Rendez-vous dans le vieux théâtre abandonné »…
Plein de bouts de papier punaisés sur les cabines de plage les invitent au théâtre d’un vieux manoir. Là-bas, découvriront-ils enfin le fantôme-poète qui les observe ?

 

Lorsqu’on pénètre cet album, c’est tout un univers à la Jacques Tati qui s’implante, bande-son comprise ; une atmosphère douce caressée par un petit air léger, bercée par les cris des goélands, parfumée des embruns iodés, teintée des couleurs surannées des années 50, et empreinte de poésie et de bonheurs simples. Sébastien Perez pour les mots, Benjamin Lacombe pour les illustrer, les deux compagnons racontent l’histoire d’un petit garçon très timide, vulnérable, qui rêve d’avoir des amis. « R », pour Rossignol surnom donné par sa maman, cherche à appâter l’intérêt des enfants d’une colonie de vacances avec son jeu de piste. Les petits bouts de papier sont comme des miettes de pain qu’il lancerait aux oiseaux.
Je vous recommande ce beau livre, source d’heureuse mélancolie et de magie.

 

 

 

Il est où Blonk ?

Une semaine illustrée
2ème billet

 

Il est où Blonk ?
Texte de Séverine Vidal
Illustrations de Loïc Méhée

 

Tess a reçu Blonk à sa naissance et elle l’a vite adopté. Si doux, si beau…
Tess fait tout avec Blonk. Ils mangent, ils prennent le bain, ils se trainent par terre. Tess adore le toucher… lui mâchouiller l’oreille. Elle ne peut rien faire sans lui !
Puis arrive le jour où Blonk est vraiment trop sale et puant. Il faut le laver, mais Tess refuse de s’en séparer et toutes les ruses des parents n’y peuvent rien.
Comment faire et qui aura le dernier mot ? La petite fille qui aime son doudou tel qu’il est va se montrer très obstinée, coquine et intraitable !

Ce petit livre drôle n’a pas la morale qu’on lui souhaiterait ! Il faut vous préciser que Tess remporte la joute et que Blonk, le doudou tant aimé, reste sale et malodorant. Attention chers parents… si vous lisez cette histoire à votre chérubin, c’est à vos risques et périls !

Je vous recommande cet album cartonné qui malgré son esprit polisson, reste craquant.

 

 

 

 

Oh, le beau manteau pour Zorro !

Une semaine illustrée
1er billet

 

 

Oh, le beau manteau pour Zorro !
Carter Goodrich

Un matin, la maîtresse de Zorro et Mister Bud leur réserve une belle surprise juste avant leur promenade au parc. Elle a acheté à Zorro un petit manteau qui ressemble à une cape de super héros avec capuche masquée. Sans tenir compte de sa réaction de chien offensé, elle lui enfile l’habit et l’oblige à partir.
Devant les autres chiens et leurs moqueries, Zorro, peu fier, fait profil bas. Et ce ne sont pas les regards menaçants de Mister Bud qui les feront taire !
Triste, apathique, encore plus brocardé par le chat Fil, Zorro n’a pas le cœur à jouer avec Mister Bud qui ne cesse de faire le fou à ses côtés pour lui remonter le moral.

Lorsqu’un petit nouveau arrive… Tricot rayé, bandana rouge autour du cou, il n’a rien de grotesque quand il se lance à la poursuite d’un frisbee et qu’il l’attrape en plein vol !
Alors ? Admiratif devant tant d’agilité et de rapidité, Zorro ne tarde pas à prendre conscience qu’être différent n’amoindrira pas ses capacités et qu’il n’y a point de ridicule à l’être.

Je vous conseille ce petit album pétulant et cocasse qui parle d’amitié, de solidarité et des différences. En les acceptant, on se sent plus fort et plus heureux. On peut aussi changer le regard des autres.
L’auteur a reçu trois prix aux États-Unis (l’album préféré des parents, l’album préféré des éditeurs et le meilleur album de l’année) pour le premier tome « Dis bonjour à Zorro ! ».

 

 

 

L’histoire de Saint Nicolas


Il était cinq fois Noël de Chicky Poo et Samarian

 

 

 

L’histoire de Saint Nicolas
Quentin Gréban

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Connaissez-vous la légende de Saint-Nicolas ? Ce superbe album nous le rappelle…
Il était une fois trois petits enfants qui, pour s’amuser, vont jusque dans la forêt où ils se perdent. Une maison biscornue, rapiécée, leur fait bon accueil. C’est celle du boucher qui aiguise ses couteaux pour préparer sa viande. C’est celle du boucher qui mène directement les enfants au grenier car il veut de la chair fraîche et bien grasse.
Ficelés, tués, les enfants vont remplacer le cochon et remplir un tonneau dans le saloir. Mais chers petits cœurs tendres ne vous inquiétez pas ! Passant par là, Saint-Nicolas va les sauver…


Sur l’air de la chanson, l’auteur retrace ce terrible conte et l’illustre avec de très beaux dessins qui suscitent l’effroi. Il représente le saint dans la tenue que nous lui connaissons, avec une barbe blanche, une crosse d’évêque et un habit rouge.  Dans la région de Lorraine, la vieille légende raconte l’histoire avec trois petits enfants, mais ailleurs, Saint-Nicolas apparaît dans d’autres récits en sauvant un enfant de son bain bouillant, ou en ressuscitant un enfant étranglé par le diable ou en ressuscitant un enfant noyé… Le folklore le fait accompagner du Père Fouettard, un croquemitaine qui se trouve être le boucher de notre histoire, condamné à suivre le patron des enfants.

Un superbe album pour les enfants sages… et pas sages !

 

Ils étaient trois petits enfants
qui s’en allaient glaner aux champs.
S’en furent un soir chez un boucher
– Boucher voudrais-tu nous loger ?
– Entrez, entrez petits enfants,
y’a d’la place assurément.

Ils n’étaient pas sitôt rentrés
que le boucher les a tués.
Les a coupés en petits morceaux,
mis au saloir comme pourceaux.

Saint-Nicolas au bout de sept ans,
vint à passer dedans ce champs,
alla frapper chez le boucher.
– Boucher, voudrais-tu me loger ?

Entrez, entrez Saint-Nicolas,
y’a d’la place, il n’en manque pas.
Il n’était pas sitôt rentré,
qu’il a demandé à souper.

– Voulez vous un morceau de jambon ?
– Je n’en veux pas, il n’est pas bon.
– Voulez vous un morceau de veau ?
– Je n’en veux pas, il n’est pas beau.

– Du petit salé, je veux avoir !
qu’il y a sept ans qu’est dans le saloir.
Quand le boucher entendit cela,
hors de la porte il s’enfuit.

– Boucher, boucher, ne t’enfuis pas !
Repens-toi, Dieu te pardonnera.
Saint-Nicolas alla s’asseoir
dessus le bord du saloir.

– Petits enfants qui dormez là,
je suis le grand Saint-Nicolas !
Et le saint étendit trois doigts,
les petits se levèrent tous les trois.

Le premier dit : – J’ai bien dormi !
Le second dit : – Et moi aussi !
Et le troisième répondit : – Je me croyais au Paradis !

 

 

 

Nils, Barbie et le problème du pistolet


Décembre nordique de Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe

 

 

Nils, Barbie et le problème du pistolet
Texte de Kari Tinnen
Illustrations de Mari Kanstad Johnsen

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Nils a soufflé les cinq bougies de son gâteau d’anniversaire d’un seul coup ! Et pour le récompenser de cet exploit, son papa lui propose d’aller dans un magasin de jouets pour qu’il choisisse le cadeau qu’il voudra.
Le petit garçon est très heureux car il désire depuis longtemps avoir une poupée rose comme sa copine Angelina, mais son papa le mène dans les rayons où s’alignent robots, jeux de construction, dinosaures et autres jouets de garçons.

Quand il lui dit « Tu veux quoi ? », Nils l’entraine vers une boîte rose. Il veut cette magnifique Barbie qui est trop « BEEELLE ! » et ses yeux pétillent… Mais son papa l’oriente de nouveau vers un pistolet, et sa joie retombe comme un soufflé. Il n’en a rien à faire des « Pan ! Pan ! » lui, veut danser comme Barbie, mettre des chaussons roses et des robes de bal. Seulement, il semblerait que son père ne comprenne pas son choix et très vite, du haut de ses cinq ans, Nils devine un malaise ; l’embarras et la honte de son père. C’est cruel et il a envie de pleurer.

Dans la file d’attente de la caisse, lorsqu’ils croisent Bo, un petit dur plus âgé que lui, accompagné de son père, un grand gaillard mal éduqué, c’est une autre comédie. Car décidé à tenir tête à son père, Nils a gardé sa boîte rose.
Mais pour combien de temps ?

Ce sont les stéréotypes fille-garçon qui sont dénoncés dans cet album, à travers les personnages de Nils et son père. Les auteurs les racontent avec humour. Un humour qui génère aussi une poignante émotion et qui excite notre grogne contre la bêtise humaine et contre ce père misérablement lâche. Les politiques et les mentalités actuelles tentent de faire évoluer ce débat, mais les discriminations sexistes, machistes, dominent encore notre société. Concernant les illustrations, elles peuvent déplaire et effrayer les jeunes enfants, car elles expriment bien la violence du thème et la détresse de l’enfant et de l’adulte. Cependant, il est bon et nécessaire de faire circuler ce genre d’histoire et de l’accompagner d’une petite discussion lorsqu’on referme le livre. Si le dénouement semble heureux, il laisse aussi un sentiment amer et triste.

 

 

 

 

La Reine des Neiges

Challenge nordique de Cryssilda, en route avec un auteur Danois
Il était cinq fois Noël de Chicky Poo et Samarian
Une lecture commune avec Nahe et Fondant qui a vu une adaptation animée assez fidèle au conte.

 

 

La reine des Neiges
Hans Christian Andersen
avec des illustrations d’Edmond Dulac

 

Hans Christian Andersen a publié en 1844 ce conte composé de sept parties, dans le recueil « Nouveaux Contes ».

Il raconte l’histoire de deux petits enfants, Kay et Gerda, qui s’aimaient comme frère et sœur. Voisins, ils passaient leurs journées à jouer ensemble, et lorsque le soir tombait et qu’ils rentraient chacun dans leur maison, ils continuaient à se retrouver en se regardant derrière les fenêtres de leur chambre. Leurs familles étaient pauvres, mais les enfants étaient heureux et inséparables. Dans un coin de leur cour, ils avaient créé des petits jardinets dans des bacs. Parmi les fleurs, il y avait de nombreux rosiers car la rose était la fleur préférée de Gerda… L’hiver, la neige recouvrait tout, et le soir, ils s’observaient à travers le givre qui dessinait sur les carreaux de la belle dentelle et d’autres fleurs. D’après la grand-mère de Gerda, c’était la Reine des Neiges qui jetait des flocons de son traineau en survolant la ville.

Mais… Dans son introduction le conteur narre que le diable et ses démons avaient fabriqué un miroir qui avait la faculté de refléter les choses les plus laides et les plus méchantes. Le beau et le bon se déformaient en de vilaines caricatures. Jusqu’au jour où en s’amusant à voler avec le miroir dans le ciel au plus près des anges et des saints pour les narguer, les diablotins le lâchèrent.
Le miroir se cassa et des milliers de débris de la taille d’un grain de sable tombèrent sur le monde en commettant de graves dégâts.
Ainsi commença l’histoire, lorsque Kay reçut un fragment qui s’inséra dans son œil, puis dans son cœur…

De jour en jour, Kay changeait, devenait de plus en plus méchant et ridiculisait tout le monde. Il jouait avec d’autres amis et délaissait Gerda. Un après-midi, alors qu’il venait une fois de plus de la rudoyer, il partit avec son petit traineau vers la grande place où tous les gamins intrépides se réunissaient. Le jeu consistait à attacher leurs traineaux aux charrettes des paysans qui, ainsi, les baladaient autour de la ville. Kay attacha donc le sien à un magnifique traineau blanc qui passait et qui l’emporta vite, très vite, et très loin…

On ne retrouva plus Kay et on l’imagina mort dans les eaux glacées de la rivière. Tout le monde, sauf Gerda qui, sur les dires du Soleil et des hirondelles, avait l’intime certitude qu’il était tenu prisonnier quelque part. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est que son ami avait été emporté par la Reine des Neiges.

A partir de la troisième partie du conte, Gerda part toute seule à l’aventure et, comme dans toutes les quêtes initiatiques, elle fait de nombreuses rencontres !

Elle cherche Kay dans la rivière, où elle jette ses petits souliers rouges en guise d’offrande. Elle monte dans une barque qui la mène chez une vieille dame gentille qui l’accueille.  Mais en fait la vieille dame est une magicienne qui souhaite avoir à ses côtés une belle enfant comme elle et qui l’ensorcelle tous les jours en lui peignant les cheveux. Elle retrouve sa liberté grâce à une rose qui lui rappelle Kay.


La quatrième partie la transporte dans un royaume où une corneille pensant, à tort, savoir où se trouve Kay, la mène vers une princesse et son prince. Attristés par l’histoire de Gerda, tous deux lui donnent des habits, de la nourriture et un carrosse pour continuer son voyage…

La cinquième partie retrace sa rencontre avec la fille d’un brigand.
En voyant passer le luxueux carrosse et à son bord une belle enfant richement parée, une bande de brigands l’arrête pour la détrousser et tue le cocher.

Avant qu’elle ne soit tuée à son tour, la fille du brigand la réclame pour qu’elle soit sa prisonnière et sa compagne de jeux. Capricieuse et déterminée, elle lui impose de rester tout le temps avec elle. C’est durant la nuit que Gerda commence à lui confier le but de ce voyage vers un pays du grand nord, la Laponie. Car elle a appris par les ramiers de la forêt où se trouvait Kay.
Sensible à ce qu’elle lui dit, la fille du brigand la pousse à reprendre le chemin et lui offre un renne pour la transporter.
Le renne qui était en captivité se montre ravi de retourner chez lui…


La sixième partie la conduit chez une vieille Laponne à qui Gerda demande la route qui la mènera vers le palais de la Reine des Neiges. Mais celle-ci ne sait rien et elle la recommande à une amie qui habite en Finlande.

A partir d’un grimoire, la Finnoise, un peu sorcière, lui dévoile ce qui est arrivé à Kay ; de l’éclat de verre enfuit dans son cœur jusqu’à sa disparition. Pour la dernière partie de sa tâche, elle lui dit comment sortir Kay de sa transe et comment vaincre l’emprise de la Reine des Neiges.

Le chemin a été long et de nombreuses années se sont écoulées.
Gerda prendra conscience de ce fait, bien après avoir découvert Kay, lorsque tous deux retourneront chez eux où la grand-mère les attend. Bien des étés et des hivers sont passés, et elle a toujours gardé espoir de revoir les enfants. Le conte se termine par…

« Les roses fleurissent et se fanent.
Nous verrons bientôt l’enfant Jésus. »

Ce conte est un des plus jolis contes d’Andersen, poétique, fantastique et épique. Gerda s’aventure en toute innocence sur un chemin bien périlleux, mais les embuches s’effacent devant son courage et son cœur pur.
Les sept parties sont des petits épisodes qui peuvent se lire chaque soir de la semaine. J’ai choisi cette vieille parution pour les illustrations d’Edmond Dulac, mais il y en avait bien d’autres aussi tentatrices, comme celles d’Arthur Rackham.

 

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