Le livre de Kells

 

le livre de KellsLe livre de Kells
Une introduction illustrée au manuscrit
du Trinity College, Dublin
Bernard Meehan

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Le Livre de Kells, Grand Évangéliaire de Saint Colomban, a été réalisé par des moines celtes vers l’an 820. De nos jours, il est exposé à la bibliothèque du Trinity College de Dublin, en Irlande.

Dans le secret de l’art, fait de pigments organiques et minéraux, d’encres, de formules mathématiques… le Livre de Kells retrace en latin les Évangiles. Magnifiquement orné, il a était exécuté du VIIe au IXe siècle. A cette époque la culture et l’Art Irlandais étaient « en plein essor ». Le christianisme progressait et s’affirmait.

L’auteur de ce livret, qui répertorie de nombreuses illustrations du Livre de Kells, dit qu’il est difficile de le décrire « comme s’il s’agissait d’un ouvrage issu d’un autre monde ». Et, l’historien du XIIIe siècle, Gerald de Bary disait « non l’œuvre des hommes, mais celle des anges ».

Les enluminures sont des symboles, le symbolisme eucharistique. Des médaillons d’entrelacs représentent des hommes, des anges, des animaux tels que l’aigle, le lion, le poisson, le serpent… et embellissent les textes. Le Christ, la Vierge et la croix sont souvent figurés.

Les couleurs sont superbes ; ocres, bruns, vert émeraude, turquoise, mauves, bleus lapis-lazuli, jaune or, rouges… des teintes cernées de noir qui mettent en relief les dessins.

« Le livre de Kells fut un temps « l’objet de plus précieux d’Occident ». C’était à l’époque où les moines irlandais partaient évangéliser le reste de l’Europe. Il tire son nom de la petite ville de Kells, au monastère de laquelle remonte son origine obscure, à la fin du premier millénaire… Chef-d’œuvre de l’enluminure médiévale, cette version des quatre Évangiles reste un vibrant hommage au génie irlandais, avec ses représentations du Christ, de la Vierge et des évangélistes entremêlées de plaisantes figures animales, loutres, phalènes, et souris décoratives… »

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le livre de kells.

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Cher pays de notre enfance

logo priceministerUn album lu dans le cadre de « la BD fait son festival » de PriceMinister
Ma note : 20/20

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cher-pays-de-notre-enfance-benoit-collombat-et-etienne-davodeauCher pays de notre enfance
Enquête sur les années de plomb de la Ve République
Étienne Davodeau
Benoît Collombat

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Ce livre est difficile à résumer. Pour le comprendre, il faut relever toutes les arcanes des quatre parties. J’écris donc ce billet pour vous, amis lecteurs, mais aussi pour moi, pour mieux me rappeler…

En introduction, je reprends les mots de Roberto Scarpinato, lus dans l’épilogue de l’album. Roberto Scarpinato, procureur général de Palerme, vit depuis plus de vingt-cinq ans sous protection policière…

« – Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne, puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des évènement, une histoire honteuse.-
Cette phrase d’Honoré de Balzac m’est souvent revenue à l’esprit au cours de ma longue carrière de magistrat en Italie lorsque, enquêtant sur des assassinats politiques, des attentats, des complicités entre dirigeants des institutions et mafieux, sur le blanchiment international, j’ai compris que derrière tous ces crimes se cachait ce que mon ami Giovanni Falcone, juge assassiné par la Mafia en 1992, appelait « le grand jeu du pouvoir »…
… En lisant le livre de Benoît Collombat et d’Étienne Davodeau, je me suis rendu compte que ces entrelacs secrets entre crime et pouvoir ne font pas seulement partie de l’histoire italienne, mais aussi de l’histoire française… »

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L’un est dessinateur et scénariste, c’est Étienne Davodeau. L’autre, c’est Benoît Collombat, il est grand reporter, journaliste radio à France Inter, auteur du livre « Un homme à abattre », une contre-enquête sur la mort de Robert Boulin. Tous deux nous présentent à travers cet album graphique, une enquête sur les années dites « de plomb » de la Ve République. Un reportage construit comme un roman policier, en plusieurs parties, qui révèle la noirceur d’une époque et les secrets d’état qu’on laisse dans les tiroirs… « Ne pas remuer la boue ! ». Sobriété dans les dessins, portraits très bien esquissés, tout est rapporté avec beaucoup de finesse, de dynamisme et de véracité. Chose surprenante, on peut sourire dans cette lecture !

Davodeau et Collombat commencent par l’affaire du juge Renaud… et finiront par l’affaire de l’assassinat (un suicide simulé) de Robert Boulin, un homme politique qui a été secrétaire d’État et ministre sous les présidences de de Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing.
Témoignages, coupures de presse, rapports, les pièces d’un puzzle s’ordonnent petit à petit.

Lyon, le 3 juillet 1975 dans la montée de l’Observance, en pleine nuit, le juge François Renaud a été assassiné devant chez lui. Trente-huit ans plus tard, Davaudeau et Collombat retournent sur les lieux pour débuter leur enquête.

On dit de Lyon que c’est « Chicago-sur-Rhône », on surnomme l’incorruptible juge Renaud le « Shériff ». Cet épisode se situe après la seconde guerre mondiale, après la guerre froide, après la guerre d’Algérie, après le putsch d’Alger. Lyon est bouillonnante, les affaires criminelles, prostitution, corruption, règlements de compte et autres, se confondent.
Le juge Renaud qui se distingue par ses manières et son allure, différentes de celles des autres magistrats bien plus classiques, doit gérer le dossier du braquage de l’hôtel des Postes de Strasbourg. C’est Robert Daranc, quatre-vingts ans aujourd’hui, journaliste et ancien correspondant de RTL à Lyon, qui raconte l’histoire à nos auteurs… Ayant bien connu Renaud, il explique l’arrestation en 1974 d’Edmond Vidal du Gang des Lyonnais, une bande de braqueurs inculpée pour le hold-up de Strasbourg, et les hypothèses émises par le juge sur l’origine du casse. Une partie de l’argent volé aurait été remise à un parti politique…
« – Le juge Renaud m’a laissé entendre que l’argent du hold-up de Strasbourg avait dû être rapatrié au profit d’un parti politique, l’UDR. (L’ancêtre du RPR et de l’UMP).
– Il vous l’a dit aussi clairement que ça ?
– Ah oui ! Il avait réussi à savoir que l’avion d’un des patrons du SAC de Lyon, Jean Schnaebelé, s’était posé à Strasbourg ce jour-là. Il a fait le rapprochement entre le passager de cet avion et le fait que le gang des Lyonnais passait à travers tous les barrages de police et de gendarmerie déployés après chaque hold-up… »

L’affaire prend du poids, lorsque le juge reçoit la visite de deux responsables du SAC. La visite est loin d’être courtoise… et fait suite à de nombreuses menaces de mort. Daranc parle alors de ce service de police privée très puissant, le Service d’Action Civique.
Officiellement, c’est un service d’ordre qui a été créé en 1960 pour soutenir le général de Gaulle dans sa présidence, mais officieusement, ce service se comporte plus comme une organisation mafieuse. Des militants gaullistes ont été sélectionnés dans la police, la gendarmerie et l’armée pour maintenir l’ordre. Certains adhérents avaient été résistants mais d’autres étaient des criminels bien connus. L’histoire du SAC est terrible car sous couvert de la carte tricolore, ils ont commis d’atroces actions. Là où il y a du désordre, ils arrivent… taper du communiste, des grévistes, intimider… assassiner… c’étaient des missions.

Après les souvenirs de Daranc, c’est auprès de Nicole Renck l’ancienne greffière du juge Renaud, que les auteurs vont chercher des informations. Puis auprès de Pierre Richard, patron de la SRPJ qui raconte ses souvenirs en Algérie avec les fellaghas, l’OAS, toute l’horreur de la guerre… et des gens qu’il retrouve dans l’équipe du SAC, d’anciens truands et des tortionnaires… L’enquête s’étoffe avec les témoignages des gens qui ont bien connu Renaud, des gens pour la plus part à la retraite… François Colombet, magistrat bardé de titres, Marie-Françoise Mirot sa meilleure amie rencontrée sur les bancs de la fac de droit de Lyon, Yves Boisset le réalisateur du film « Le Sheriff » qui est une adaptation de l’histoire du juge Renaud… le fils, Francis Renaud qui avait vingt ans à l’époque…

Je ne vais pas reprendre tous les noms des intervenants. Ils sont trop nombreux…

D’une histoire à une autre (le chemin est long mais pas si tortueux que ça…), un dénominateur commun, le SAC qui administre à sa manière les affaires d’état dans « une violence légitime ». Deuxième partie de l’album, cette pieuvre tend ses tentacules partout.

Policiers, hommes politiques, magistrats, journalistes, famille, tous apportent leur déposition à l’investigation et plombent un peu plus cette Ve République. Mais dans les hautes sphères de la politique et du gouvernement, d’autres hommes essaient de se disculper et de minimiser le pouvoir de cette milice. Beaucoup de non-lieux closent les dossiers. Si ce n’était pas aussi tragique, cela serait risible.

Le 18 juillet 1981, Jacques Massié, responsable du SAC marseillais, soupçonné par ses collègues de détournement de fonds et de vouloir donner des dossiers compromettants au gouvernement de gauche, est assassiné avec sa famille dans sa maison à Auriol. Épouse, fils, beaux-parents et beau-frère ; six personnes. Ce drame n’a pu être étouffé et fut très médiatisé. Ce fut alors le début de la fin, le SAC est dissout par le président François Mitterrand le 3 août 1982.
Gilbert Collard, secrétaire général du parti « Rassemblement Bleu Marine » revient sur cette affaire et sur le financement du SAC (blanchiment d’argent par les trafics d’armes et de drogue). Lors du procès, il a été l’avocat de la sœur de Jacques Massié et a eu entre les mains des informations capitales et « fracassantes »… Informations qui bien entendu ont été archivées et n’ont jamais été utilisées…
« – 2000 noms d’adhérents au SAC. Dont 600 très intéressants ! Des noms de haut niveau… niveau chef de sûreté, président de tribunal administratif ou de commerce, commissaire divisionnaire, directeur de la sécurité sociale ! De quoi faire exploser la structure administrative du pays ! »

La troisième partie relate les syndicats ouvriers. On met en place un syndicat patronal pour « maintenir la paix sociale » et « contrer l’influence de la CGT ou de la CFDT jugées trop gauchistes ». Le SAC joue de l’intimidation et du poing. Trois syndicalistes de la CGT, maintenant retraités, sont interviewés et se rappellent « les années SAC »… A l’époque, avant 68, on rentrait « clandestinement » à la CGT car on risquait de perdre son travail (et pas que…) ! On apprend que les membres du SAC étaient surnommés les « Nervis » et que cette unité spéciale n’était composée que de gros bras spécialisés dans la baston, et parfois plus… Les souvenirs affluent… Temps sombres, mais oh combien fascinants !

La quatrième et dernière partie est destinée à Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979. L’enquête conclut à un suicide, pourtant tout laisse entendre que ce fut un assassinat. C’est Collombat qui connaît bien l’histoire pour l’avoir racontée dans un livre, qui renseigne Davodeau.
Les gendarmes interrompus dans leurs premiers constats, une enquête court-circuitée, de fausses informations et une campagne de dénigrement sur Boulin… mais personne n’est dupe car Boulin était un homme intègre. Cette affaire fait remonter des dossiers sur la Françafrique, ELF, le Gabon, des comptes en Suisse… des documents qui furent jetés dans une fausse et détruits après la mort de Boulin. Là encore, dans les témoignages, le SAC revient… avec des avertissements… jusqu’à cette gerbe déposée sur la tombe de Boulin lors de son enterrement : « A notre regretté ami Robert Boulin. Le SAC de Gironde. »
Eric Burgeat, proche collaborateur de Boulin et gendre, rapporte…
« – Trois semaines avant la mort de Robert, il se passe ceci : Jean Lipkowski, membre du RPR et proche de Chrirac, reçoit des industriels Français et des hommes d’affaires du Moyen-Orient… Tout ce beau monde papote avant de signer les contrats. Et soudain devant ses invités interloqués, Lipkowski déclare que , concernant Boulin, « Le problème sera bientôt réglé et qu’on entendra plus parler. » Après quoi, il débouche le champagne. »

« Douce France… » mais dans quel monde sommes- nous ?
Je vous recommande ce roman graphique lourd, captivant et très bien documenté. Davodeau-Collombat forment une belle unité pour cette enquête aboutie qui nous laisse triste et amer.
Petites histoires de notre Histoire. La Ve République est éclaboussée.

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Un autre billet chez Le Bibliocosme, Didi,

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Cher pays de mon enfance

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Le marquis d’Anaon, La bête – Tome 4

Logo BD Mango NoirUn rendez-vous de Mango and Co.

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L’île de Brac, tome I
La Vierge Noire, tome II
La Providence, tome III

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la bêteLe marquis d’Anaon
La bête, Tome IV
Scénario de Fabien Wehlmann
Dessin de Matthieu Bonhomme

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Le XVIIIè siècle entre lumières et ombres… en Isère,

La bête était là, les traces sont encore fraîches… Ils la pistent depuis longtemps. De saccages en charniers, elle mène une troupe des dragons du roi dans un petit village à l’orée de la forêt. La bête est venue et a massacré une famille de fermiers, terrorisant tous les villageois qui se sont enfermés dans l’église. La bête, ils l’ont vue ! Elle dépassait la cime des arbres, elle était monstrueuse, entre loup-garou et  grizzli, enragée, vicieuse et satanique…
Le capitaine des dragons écoute les témoignages. A la vue des traces, elle aurait quitté leur juridiction et dépassé la frontière France-Savoie. Pour les soldats, là devrait s’arrêter leur traque, mais tous en font une affaire d’honneur et décident de mener la chasse à titre personnel.
« Qui est prêt à suivre ? »… Tous ! « Un bon dragon ne doit avoir peur de rien ! ».

Jean-Baptiste Poulain, le marquis d’Anaon, accompagne son cousin dans cette poursuite. Taiseux et en retrait, il n’en est pas moins vigilant et curieux des événements. Cette affaire le sort d’un enfer, souvenirs d’un naufrage traumatisant, qui le maintenait cloîtré chez ses parents. Pour capturer la bête, il faudra plus que de l’acharnement, de l’habileté à la gâchette et du courage… Il va falloir se surpasser car le duel sera féroce.
Pour le marquis des âmes en peine, c’est une rédemption inespérée.

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Quatrième tome de la série, nous continuons avec les histoires obscures et les démons qui les peuplent. Après l’ogre, les sorcelleries, les damnations et la légende du Hollandais Volant, nous découvrons une histoire qui rappelle la bête du Gévaudan.
La créature dépeinte comme un monstre va mener Jean-Baptiste et son cousin sur son territoire. La lutte qui sera menée sera une des plus périlleuses pour les chasseurs.
Les auteurs nous présentent un album riche en péripéties et paysages. On traverse une forêt, des marécages, des alpages, on monte une montagne jusqu’aux sommets enneigées… on rencontre des contrebandiers, on piste la bête qui sème des cadavres.
Quant à Jean-Baptiste, on le voit progresser, devenir « homme » et retrouver la confiance qu’il avait perdue dans le précédent opus.

Je continue la série avec « la chambre de Khéops ».


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Beta… civilisations – Volume I

T0xYY8YPAaqOhIkNItneF3SkQCE@375x135La BD fait son festival avec PriceMinister
un partenariat avec les éditions Actes Sud – L’An 2

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9782330028183Beta… civilisations
Volume I
Jens Harder

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Une introduction personnelle s’impose ! Lorsqu’il a fallu choisir une BD de la sélection, j’ai été attirée par la couverture de « Beta… civilisation ». Je fabulais sur le titre et je me voyais déjà paléontologue ou paléoanthropologue en herbe. Sottement, j’imaginais retrouver les frises murales qu’il y avait dans mes classes primaires et qui représentaient l’évolution de la vie sur la Terre. Des schémas simples, colorés, et de belles illustrations.
L’aventure est autre ! certes, ce livre est illustré, mais il n’est rien de ce que je pouvais concevoir…

L’album fait suite au titre « Alpha… directions » qui a eu le Prix de l’audace au festival d’Angoulême en 2010 et qui retrace quatorze milliards d’années, du Big Bang à l’apparition des hominidés. Beta relate la continuité avec l’évolution des hommes sur quatre millions d’années.
(« Audace » dans l’originalité, la singularité, le travail… le tout est très surprenant.)
Ce livre, 1kg750, 367 pages, est divisé en deux grandes parties, Tertiaire et Protohistoire, qui ont plusieurs chapitres…

Paléolithique inférieur
Paléolithique moyen
Paléolithique supérieur
Mésolithique
Néolithique – Age de pierre
Antiquité – Premières grandes civilisations – Age de cuivre et Age de bronze
Haute Antiquité – Époque des premiers empires – Age de fer

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L’auteur commence par présenter la disparition des dinosaures et l’extinction de toute vie sur la Terre. Enfin, ce n’est pas tout à fait exact car certains mammifères survivent et engendrent d’autres espèces qui se développent… La transformation est importante et donne « un être d’un genre nouveau disposé à conquérir un continent entier  : l’australopithèque… ».

On retient notre souffle et on repart en arrière pour détailler le graphisme très riche en planches anatomiques, enluminures médiévales et iconographies bibliques. Car ce livre, ou cette « bible », est ainsi construit… Jens Harder mêle à ces mutations et à la progression des civilisations, tout un patchwork d’images puisées dans le vivier de la littérature, le cinéma, les sports, l’industrialisation, les religions… les mondes fusionnent. Sont côte à côte, des primates, Elvis Presley et Superman. Il ne faut point chercher l’erreur, mais plutôt un fil conducteur, et ça rend le parcours ludique. Lorsque l’homme préhistorique taille la pierre, Harder l’associe à Obélix taillant son menhir.
La chronologie nous fait avancer vers des postures et des traits plus humains. Il y a dans les regards des émotions troublantes et les gestes sont les nôtres. La chasse, le combat, les jeux, les mouvements ont une même origine. Aussitôt une analogie est esquissée.
Tout est dense, trop peut-être…, mais les illustrations sont superbes et on ne peut que saluer l’incroyable travail, même si on se perd dans ce labyrinthe.
Les âges défilent, pierre, cuivre, bronze, fer, la nature progresse jusqu’à l’Antiquité, jusqu’au règne de Caligula, jusqu’en Palestine où la naissance d’un petit garçon annonce une autre ère, celle qui sera racontée dans le deuxième volume.

L’humanité ainsi symbolisée, synthétisée, nous offre quelque chose de fabuleux, d’abondant, et surtout une approche atypique. Dorée, mordorée, bronze, argentée, métallique, la couleur change en fonction des chapitres et amène du minéral, du faste.
Vous ne resterez pas insensible…

Je vous recommande ce livre, mais avant je vous conseille de le feuilleter car il peut surprendre. Il n’est pas facile à aborder.

Dans le cadre du jeu PriceMinister, il faut que j’attribue une note. Je donne un 18 tout en pensant qu’il dépasse largement le plafond réducteur des notations dans son cadre « hors normes ».

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Champignon Bonaparte

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« Je lis aussi des albums » avec Hérisson.

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champignon bonaparteChampignon Bonaparte
Gilles Bachelet

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En août 1769 sur l’Île de Beauté, toute la famille se réunit autour d’un couffin pour admirer Champignon, un bébé braillard. Déjà, le caractère s’affirmait !
A l’âge des couches… et plus tard, Champignon découvre son monde et cherche son indépendance… des velléités aux autres, aussi !
Encore plus tard, lorsqu’on lui offre un sabre, Champignon s’exerce à son maniement en trucidant toute chose qui croise sa route. Doué, le Champignon ! On va donc l’inscrire dans une école militaire.
Et puis… Champignon grandit, devient un maître de guerre, un grand stratège… se marie, se fait couronner… bat la campagne, investit des pays… jusqu’au jour où… « à trop vouloir en faire, on lasse son entourage. »… il se retrouve tout seul sur un îlot…

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Gilles Bachelet revisite l’Histoire avec un Bonaparte Champignon assez antipathique, dans le genre fable avec morale. L’humour est toujours aussi aiguisé, caustique, et les pinceaux toujours aussi généreux, tant dans les expressions que dans la profusion des détails.
On voit l’évolution de ce Napoléon, un bébé adulé par sa mère, et on s’achemine vers sa découverte du monde militaire. Les grandes lignes sont représentées… sa campagne en Égypte, sa rencontre avec Joséphine, son sacre, la défaite de Russie…
Comme dans ses autres albums, l’auteur réétudie à sa sauce des tableaux célèbres. Ici, c’est celui de Jacques-Louis David pour le « Sacre de l’empereur Napoléon Ier et le couronnement de l’impératrice Joséphine ». En dernière page, il fait un clin d’œil à la peinture de Napoléon à Sainte-Hélène regardant la mer.
Tous les personnages sont chapeautés et avec quelques connaissances en mycologie, on peut s’amuser à désigner leurs espèces. Il me semble que ce Bonaparte est un beau cèpe…

Je vous recommande ce livre qui est une source inépuisable de découvertes. Chaque fois que je le feuillette, je déniche des nouveautés.

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Indulgences

Un livre en partenariat avec Babelio et HC Editions

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Jean-Pierre Bours

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« Dans une Allemagne entre Moyen-Âge et Renaissance,… »

L’an de grâce 1500,
Eva fuit avec son bébé ceux qui la traquent et qui l’accusent de pactiser avec le Diable. Pour un temps, elle a pu détourner la meute des chiens qui la piste, mais elle sait que bientôt, elle devra abandonner sa fille. C’est dans une église, sur son autel, qu’elle la laissera…

L’an 1516,
Gretchen (Marguerite), seize ans, vit avec ses parents, son frère et sa sœur, dans une ferme. On voudrait la marier à un jeune voisin qui s’est engagé dans l’armée de Guillaume et qui reviendra bientôt s’occuper du domaine mitoyen, mais ce n’est pas l’avenir qu’elle désire. Vive, intelligente et curieuse de tout ce qui concerne la médecine, elle voudrait assister son amie Freia, la sage femme de Coswig, une petite ville de Saxe dans le district de Dresde. La mort de son jeune frère Jakob est un élément qui motive ce vœu. C’est avec l’appui du prêtre, qui veille sur elle comme un père, qu’elle parvient à obtenir un sursis… Deux autres facteurs essentiels qui la confortent sur cette voie rebelle, vont la façonner et la mener ailleurs qu’à Coswig. Le premier survient de manière brutale. En se chamaillant avec son frère aîné, elle apprend qu’elle est une enfant adoptée. Si la révélation tombe comme un couperet, Gretchen n’aura qu’une obsession en tête, s’affranchir d’une condition de soumise et aller à Wittenberg pour se renseigner sur ses parents naturels. Le deuxième facteur, elle le rencontre en la personne du docteur Faust, alors que la peste décime les villes et les campagnes. D’abord attirée par sa science et la nouvelle médecine qu’il applique, Gretchen est irrémédiablement séduite lorsqu’il lui parle des mystères de l’univers. De grands changements sont amorcés depuis le siècle dernier et continuent à se développer. D’une voix douce et grave, il l’entretient sans barrière, d’astronomie, des voyages et des découvertes de Christophe Colomb, des artistes Italiens du quattrocento comme Léonard de Vinci, et des artistes Allemands comme Dürer et Cranach.

Une fenêtre s’ouvre sur l’extérieur pour Gretchen et une autre se ferme pour Eva.

L’histoire est rythmée par les vies de ces deux femmes courageuses, intelligentes, avides de connaissances. Eva la mère et Gretchen la fille. Eva Mathis qui en 1500 a été arrêtée, emprisonnée, menacée d’être soumise à la question par l’inquisition, et Gretchen qui voudra découvrir sa filiation, approcher une société fascinante dans l’entourage de Cranach et revoir l’étrange docteur Faust.

« … dans un monde que se disputent la peste et la lèpre, la famine et la guerre, une mère et sa fille doivent braver leur destin pour tenter de se retrouver. »

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Par une note, l’auteur nous raconte sa passion pour le mythe de Goethe, « Faust ». Il a voulu réécrire l’histoire de Johann Faust et Margerete. Entre la réalité et sa fiction, la légende se romance et garde une empreinte surnaturelle et diabolique. Pour le compte du Diable, un des princes de l’enfer, Méphisto, est en quête perpétuelle d’âmes à acheter. Il se fait tentateur, tortionnaire ou parfois simple observateur. Tout au long de la lecture, sa silhouette et ses yeux vairons angoissent !
A travers Gretchen, Eva et les autres personnages du roman, on pénètre dans le début du XVIème siècle par une petite porte et nous découvrons dans la première partie de l’histoire la chasse aux sorcières et l’inquisition (procès, tortures, fanatisme), la ruralité (Coswig, le clergé, les marchés), le monde paysan (le travail, les taxes, leurs statuts), les maladies (typhus, peste, lèpre, administration des soins, préparation des remèdes, grimoires), les guerres, les soldats déserteurs, une armée qui créait des mercenaires (trafics, pillages, viols, prostitution)…
Dans la deuxième partie, Gretchen nous conduit à Wittenberg. La ville est « prospère et célèbre. Frédéric III le Sage avait fait rénover le château, bâtir la Schlosskirche et fondé l’université. Le couvent des Augustins, édifié près de l’entrée est de la ville, comptait parmi ses premiers occupant un certain Martin Luther. Et, dès 1505, était venu s’installer au cœur de la ville un peintre du nom de Lucas Cranach. »  Elle vit chez un imprimeur, le frère de Freia, qui publie les thèses de Luther qui s’est mis à mal avec la papauté en s’attaquant, entre autres, à la pratique des Indulgences. Un autre univers se développe ; la théologie avec Luther et les arts avec Cranach qui la prend pour modèle. Sont également cités Durër et Matthias Grünewald.

La lecture est sans ennui, la grande Histoire est intéressante, abordée dans un style délié, intelligent, bien documenté, et la petite histoire a de quoi captiver le lecteur. Je n’ai abordé qu’une infime part du livre car en dehors du contexte historique, il y a la vie d’Eva face à ses bourreaux et toute son histoire qui explique son emprisonnement, il y a la déchéance de la sœur de lait de Gretchen et la vengeance démente d’un homme éconduit. Quant à ce docteur Faust, si séduisant et si secret, si absent aussi, il est comme une ombre, un peu à l’image de Méphisto.
J’ai aimé la première partie du livre et en particulier un passage sur les marchés. C’était détaillé, coloré, vivant. J’ai lu la deuxième partie avec un un peu plus de distance. Certaines scènes ne m’ont pas convaincue, mais je ne m’étendrai pas car dans l’ensemble c’était une belle lecture.

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D’autres billets chez Les Sorcières, Bianca, Lystig,
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Vierge à l’enfant de Lucas Cranach

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Le manoir de Tyneford

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« Le mois anglais » avec Titine, Lou et Cryssilda
2ème billet

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.le manoir de tynefordLe manoir de Tyneford
Natasha Solomons

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Avec le vieil âge, la mémoire immédiate s’efface, laissant place à la mémoire lointaine. Et certains souvenirs, les plus anciens, les plus troublants, sont enracinés viscéralement. Le domaine de Tyneford est un de ceux-là. Elise se rappelle… elle a dix-neuf ans dans l’Autriche de 1938 et ses parents veulent l’envoyer en Angleterre.

Elise Landau est d’origine juive. Anna, sa mère, est une célèbre cantatrice et Julian, son père, un écrivain reconnu. A Vienne, ils font partie d’une élite et la vie leur est plus que plaisante dans les fastes de la bonne société. 1938, Hitler unifie l’Allemagne à l’Autriche par un coup d’état. Le régime nazi a déjà laissé une empreinte et la terreur se répand comme une nappe de brouillard qui grignote petit à petit les libertés. Les parents d’Elise, conscients des menaces, ont décidé de quitter leur pays pour l’Amérique, mais n’ayant pu avoir de visa pour leur benjamine, ils se voient obligés de l’exiler en Angleterre pour une année. Là-bas, dans une riche famille du Dorset, un poste de domestique lui est proposé.
Avec les précieuses perles de sa mère, des bijoux cousus dans la doublure de ses vêtements, et le vieil alto de son père dans lequel il a glissé son dernier manuscrit, un roman autobiographique, Elise part s’installer chez Mr. Rivers en faisant promettre à ses parents et sa sœur Margot, de ne pas l’oublier…

Lorsqu’elle arrive à Tyneford, la beauté du domaine la surprend et on peut penser qu’elle en tombe amoureuse dès ce premier jour. Le manoir d’allure gothique a de belles pierres et la propriété s’étend jusqu’à la mer. Accueillie par la gouvernante Mrs. Ellsworth et le majordome Mr. Wrexham, tous deux très solennels, on lui confie aussitôt son costume de domestique, on lui attribue une petite chambre dans les combles et on lui ordonne de couper ses longs cheveux. Une servante doit se rendre invisible et n’avoir aucune coquetterie. Invisible… celui qui souhaiterait qu’Elise se fonde dans le décor ne connaît pas du tout le personnage ! Tout son être brille d’intelligence et de curiosité. Un caractère avide de tout, émotif, parfois théâtral, attentionné et très chaleureux.
Les premiers jours sont durs car sa famille lui manque énormément. Ce n’est pas tant les travaux qu’elle doit exécuter sans rechigner qui lui pèsent, mais plus la frontière qu’on lui impose. Il y a le monde des domestiques et celui des patrons, un univers nouveau dans lequel elle devra s’adapter sans commettre d’impairs. En réponses aux lettres de Margot, elle envoie des courriers enjoués en cachant sa tristesse et en les pimentant de ses frasques. Les extravagances d’Elise agacent beaucoup mais en font sourire d’autres, comme le vieux Art, le palefrenier, et Mr. Rivers, un homme particulièrement taciturne, conscient de son rang et de sa charge. Tyneford est un héritage lourd.

« Vous avez de la chance, Elise. Mr. Rivers appartient à une très bonne famille qui, sans être aristocratique, est néanmoins très ancienne. Vous devez essayer de ne pas décevoir la confiance qu’il place en vous, ajouta-t-elle d’un ton qui indiquait clairement qu’elle jugeait cela impossible. Je ne veux pas vous revoir ici dans une ou deux semaines parce que vous avez trouvé ce travail trop dur. Il y a un mois, une femme qui se disait comtesse, ou quelque chose de ce genre, m’a confié qu’elle n’avait jamais mis ses bas toute seule. Sans la pénurie de domestiques que nous connaissons, je l’aurais envoyée paître. Mais ce matin j’ai reçu un mot de Mrs. Forde m’assurant qu’elle n’avait jamais eu une aussi bonne femme de ménage que cette comtesse. »

Passer inaperçue, ne pas faire de bruit, ne pas manifester son avis et récurer cette bâtisse sombre et vide, ne faire que ça, jusqu’au soir où elle s’écroule et s’endort bercée par les eaux… Il y a de quoi réciter tout un chapelet de jurons en allemand et en anglais… et Elise ne s’en prive pas. Face à la mer, elle peut tout crier. Et c’est ainsi, sur une salve de mauvaise humeur qu’elle rencontre pour la première fois Kit, le fils de Mr. Rivers. Kit fait des études à Cambridge et revient chez lui pour fêter ses vingt ans. Le manoir va recevoir des invités pour l’occasion et connaître une animation très vive avec cette bouffée de jeunesse délurée. Tyneford assoupi, se réveille.

La guerre est très proche, les journaux annoncent de mauvaises nouvelles, Anna et Julian sont toujours à Vienne prisonniers d’une bureaucratie devenue exigeante et profiteuse, Margot a pu partir en Amérique avec son mari, et à Tyneford chacun se prépare à des temps obscurs. A travers le regard d’Elise empreint encore d’ingénuité, nous sommes témoin de cette nouvelle ère et du déclin de l’ancienne. Elle raconte Kit, leur amitié, leurs rêves, l’amour, sa vie à Tyneford, les sentiments qui la bousculent, la mer, les gens qu’elle a appris à connaître et à aimer, la présence protectrice de Mr. Rivers, son soutien indéfectible… l’attente, ses espoirs et ses désespoirs… Elle se dévoile, fière et courageuse, honnête et fidèle à l’éducation qu’elle a reçue, aimante et libre.
Les souvenirs d’une vieille dame parcourent ce tronçon de vie ; la guerre, Tyneford et deux amours… « On peut vivre plus d’une vie et aimer plus d’une fois. »

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Je vous conseille ce beau roman qui est le deuxième livre de l’auteur.
Elle situe son histoire dans le Dorset, une région qu’elle habite et qu’elle aime. Tyneford est Tyneham, un village qui a été évacué et annexé lors de la Seconde Guerre mondiale, par les armées britanniques et américaines pour implanter leur camp d’entraînement. D’un charmant village, sauvage et préservé, il est devenu un village fantôme peuplé de ruines. Avec ce livre, elle fait renaître une époque et rend hommage aux pierres du manoir élisabéthain…
« …l’un des plus beaux d’Angleterre : une exquise demeure en pierre dorée du Purbeck. »
Ce livre est aussi l’histoire de sa famille qu’elle évoque avec Elise et tous les autres réfugiés. Sa grand-tante Gabi Landau fut une de ces jeunes filles qui ont fui l’Europe et qui sont venues travailler en Angleterre avec un « visa d’employée de maison ». Gabi avait une sœur Gerda qu’elle aimait tendrement… l’une en Angleterre, l’autre en Amérique.
Témoignages, romance, Natasha Solomons décrit de belles façons les émotions et les décors. Dés le début, elle nous invite à faire corps avec la campagne qui s’étire vers la mer. Et comme Elise, nous sommes conquis.
Les personnages qui entourent notre héroïne ont tous des personnalités affirmées. On a plaisir à les lire et on se prend d’affection pour eux. Leurs natures sont franches, originales dans la fantaisie comme dans l’austérité, et offrent à Elise la famille qu’elle a perdue.

La nostalgie a ses bonheurs et ses peines, idéaliste et concrète, les amours sont beaux, passionnés, juvéniles et matures, Elise donne un message positif, plein de force.

A la lecture, on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements avec d’autres images… celles d’un magnifique roman d’Eva Ibbotson « Les matins d’émeraude » et celles de la passionnante série télévisée de la BBC « Downton Abbey ».

Une lecture que je vous conseille…