Quand j’étais Jane Eyre

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Mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda,
10ème billet

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Quand-jétais-Jane-EyreQuand j’étais Jane Eyre
Sheila Kohler

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Manchester, 1846,

Charlotte crayonne dans un petit coin de la chambre « … sur une ottomane basse, près de la cheminée en marbre, et elle écrit dans le silence et la semi-obscurité du jour naissant. » Elle surveille la respiration de son père le révérend Brontë qui vient de subir une intervention chirurgicale pour ses yeux. Sensible à ses grimaces, ses suppliques, ses angoisses, elle dit qu’elle sera toujours là pour lui. Au creux de ces temps interminables, Charlotte se sent bien seule, loin de sa fratrie. Elle se réfugie alors dans l’écriture et invente une personne proche. La frontière est ténue entre elle et la petite orpheline qui commence à immerger de son imaginaire. On lui avait dit que son premier livre « Le professeur » manquait de ressort, avec cette nouvelle histoire, elle mettra toute la passion qui la brûle.
La petite a dix ans, toute frêle, une brindille, un regard perçant, noir, une intelligence vive. Sans le sou, elle est livrée à la tutelle des Reed et subit de la part de sa tante et de son cousin, humiliations et châtiments. Charlotte puise dans son vécu et dans ses connaissances certains traits de caractères pour ses personnages. Elle songe à sa tante, à sa solitude, à son insignifiance, à son avenir si son père devait partir. Il n’y aurait pour elle que deux alternatives, institutrice ou gouvernante… Elle pense aussi à son ancien professeur de littérature à Bruxelles pour qui elle a longtemps ressenti une ardeur amoureuse ; le Cygne noir.
Elle se nommera Jane. Jane Eyre. Et Jane va la sauver de sa mélancolie…

Son père est réceptif à tous les sons ; à l’affut des résonances qui lui rappellent sa campagne, son presbytère à Haworth, son chien, la couleur des bruyères, ses enfants, sa femme décédée, la lumière… Il aime aussi écouter sa voix, sentir sa présence et sa chaleur. Elle l’aide du mieux qu’elle peut, essayant de lui communiquer cette patience qui lui manque. Ils sont si différents ! Lui, toujours entreprenant et empressé, elle, si pondérée.
Elle écrit et profite de « ce luxe de pouvoir rester là, pendant des heures dans la lumière voilée et le silence de la ville ! Elle écrit toute la journée, ne s’interrompant que lorsque son père murmure une requête ou que l’infirmière lui apporte un repas léger. »… elle y passerait ses nuits.
Qu’ils sont amers et déchirants ses souvenirs ! Elle se revoit avec sa sœur Emily arrivant dans le pensionnat de Madame Héger à Bruxelles où elle y séjournera un temps comme élève et un autre comme enseignante. Elle le revoit, lui, Constantin Héger, l’amour secret, interdit…

Et la lectrice captivée que je suis dévore cette biographie romancée. L’auteur, Sheila Kohler, peint ce début dans un clair-obscur, à la manière de de La Tour. Le silence entoure Charlotte, mais j’ai associé du baroque aux mots, avec la viole de Monsieur de Sainte-Colombe.

L’aînée des Brontë cache ses sentiments et donne une image équilibrée, moins impulsive que ses sœurs et son frère. Pourtant lorsque l’auteur aborde ses passions, on comprend qu’elle avait autant d’appétit que les autres. Donc, on apprend quelques lignes de sa vie à Bruxelles, comment elle a commencé Jane Eyre, son espoir dans la parution, ses lettres à cet éditeur qui ne connaît rien d’elle, même pas son vrai nom. Elle mêle à la réalité sa fiction. D’une petite chambre à l’air vicié, nous passons dans les jardins de Thornfield aux côtés de Monsieur Rochester. La douce et effacée Charlotte fait parler Jane l’audacieuse… « Je ne pense pas, Monsieur, que vous ayez le droit de me donner des ordres simplement parce que vous êtes mon aîné et que vous connaissez mieux le monde que moi ; votre supériorité dépend de l’usage que vous avez fait de votre temps et de votre expérience. » Comme elle aurait aimé balancer ces mots à Héger !

C’est à Haworth qu’elle termine ses écrits et nous entamons la deuxième partie du livre de 1846 à 1848, plus petite que la première mais tout aussi riche et intéressante. On lit la famille, son enfance, les fantaisies et les troubles de chacun, surtout leur talent qui semble être inhérent à la fratrie, sa place, les rancœurs et les petites jalousies, « l’attente », Branwell, ce frère impossible à dompter, malade… Jane Eyre édité… Charlotte est Currer Bell un auteur qui connaît le succès… et Londres ! Sa vie n’est plus en suspension et surtout, elle aime de nouveau et espère. On l’invite, on s’intéresse à elle, elle en devient belle. De 1848 à 1853, elle vit des moments les plus heureux et les plus enthousiasmants de son existence, mais aussi les plus horribles. Branwell meurt en 1848, suivi d’Emily qui ne peut résister au deuil de ce frère tant aimé, et Anne en 1849. Le drame s’attache à la famille et l’éteint petit à petit. Quant à l’amour, il est aussi désespéré que le premier.

L’épilogue narre la fin de sa vie. Charlotte a épousé le vicaire de son père. Cet épisode est romanesque ! Son père était contre le mariage, le vicaire a tenu bon… Elle semble vraiment heureuse. Elle peut alors penser que le malheur ne va plus franchir les portes de sa maison. Elle meurt à trente-huit ans, en 1855. Elle attendait un enfant.

J’ai trouvé un beau style à l’écriture de Sheila Kohler, avec une intuition fine et pleine d’émotions. Les images de la première partie sont belles lorsqu’elle décrit cette apesanteur faite de langueur et d’espoir et lorsqu’elle narre les sentiments filiaux et paternels. J’ai lu Jane Eyre un nombre incalculable de fois, il a été des années dans un tiroir de mon chevet, et j’ai aimé voir Charlotte l’écrire.

Je vous conseille ce roman. 

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D’autres billets chez Titine, Fondantauchocolat, L’Or, Ys, Céline, Kheira,

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Charlotte Brontë, gravure de George Richmond

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Indulgences

Un livre en partenariat avec Babelio et HC Editions

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indulgencesIndulgences
Jean-Pierre Bours

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« Dans une Allemagne entre Moyen-Âge et Renaissance,… »

L’an de grâce 1500,
Eva fuit avec son bébé ceux qui la traquent et qui l’accusent de pactiser avec le Diable. Pour un temps, elle a pu détourner la meute des chiens qui la piste, mais elle sait que bientôt, elle devra abandonner sa fille. C’est dans une église, sur son autel, qu’elle la laissera…

L’an 1516,
Gretchen (Marguerite), seize ans, vit avec ses parents, son frère et sa sœur, dans une ferme. On voudrait la marier à un jeune voisin qui s’est engagé dans l’armée de Guillaume et qui reviendra bientôt s’occuper du domaine mitoyen, mais ce n’est pas l’avenir qu’elle désire. Vive, intelligente et curieuse de tout ce qui concerne la médecine, elle voudrait assister son amie Freia, la sage femme de Coswig, une petite ville de Saxe dans le district de Dresde. La mort de son jeune frère Jakob est un élément qui motive ce vœu. C’est avec l’appui du prêtre, qui veille sur elle comme un père, qu’elle parvient à obtenir un sursis… Deux autres facteurs essentiels qui la confortent sur cette voie rebelle, vont la façonner et la mener ailleurs qu’à Coswig. Le premier survient de manière brutale. En se chamaillant avec son frère aîné, elle apprend qu’elle est une enfant adoptée. Si la révélation tombe comme un couperet, Gretchen n’aura qu’une obsession en tête, s’affranchir d’une condition de soumise et aller à Wittenberg pour se renseigner sur ses parents naturels. Le deuxième facteur, elle le rencontre en la personne du docteur Faust, alors que la peste décime les villes et les campagnes. D’abord attirée par sa science et la nouvelle médecine qu’il applique, Gretchen est irrémédiablement séduite lorsqu’il lui parle des mystères de l’univers. De grands changements sont amorcés depuis le siècle dernier et continuent à se développer. D’une voix douce et grave, il l’entretient sans barrière, d’astronomie, des voyages et des découvertes de Christophe Colomb, des artistes Italiens du quattrocento comme Léonard de Vinci, et des artistes Allemands comme Dürer et Cranach.

Une fenêtre s’ouvre sur l’extérieur pour Gretchen et une autre se ferme pour Eva.

L’histoire est rythmée par les vies de ces deux femmes courageuses, intelligentes, avides de connaissances. Eva la mère et Gretchen la fille. Eva Mathis qui en 1500 a été arrêtée, emprisonnée, menacée d’être soumise à la question par l’inquisition, et Gretchen qui voudra découvrir sa filiation, approcher une société fascinante dans l’entourage de Cranach et revoir l’étrange docteur Faust.

« … dans un monde que se disputent la peste et la lèpre, la famine et la guerre, une mère et sa fille doivent braver leur destin pour tenter de se retrouver. »

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Par une note, l’auteur nous raconte sa passion pour le mythe de Goethe, « Faust ». Il a voulu réécrire l’histoire de Johann Faust et Margerete. Entre la réalité et sa fiction, la légende se romance et garde une empreinte surnaturelle et diabolique. Pour le compte du Diable, un des princes de l’enfer, Méphisto, est en quête perpétuelle d’âmes à acheter. Il se fait tentateur, tortionnaire ou parfois simple observateur. Tout au long de la lecture, sa silhouette et ses yeux vairons angoissent !
A travers Gretchen, Eva et les autres personnages du roman, on pénètre dans le début du XVIème siècle par une petite porte et nous découvrons dans la première partie de l’histoire la chasse aux sorcières et l’inquisition (procès, tortures, fanatisme), la ruralité (Coswig, le clergé, les marchés), le monde paysan (le travail, les taxes, leurs statuts), les maladies (typhus, peste, lèpre, administration des soins, préparation des remèdes, grimoires), les guerres, les soldats déserteurs, une armée qui créait des mercenaires (trafics, pillages, viols, prostitution)…
Dans la deuxième partie, Gretchen nous conduit à Wittenberg. La ville est « prospère et célèbre. Frédéric III le Sage avait fait rénover le château, bâtir la Schlosskirche et fondé l’université. Le couvent des Augustins, édifié près de l’entrée est de la ville, comptait parmi ses premiers occupant un certain Martin Luther. Et, dès 1505, était venu s’installer au cœur de la ville un peintre du nom de Lucas Cranach. »  Elle vit chez un imprimeur, le frère de Freia, qui publie les thèses de Luther qui s’est mis à mal avec la papauté en s’attaquant, entre autres, à la pratique des Indulgences. Un autre univers se développe ; la théologie avec Luther et les arts avec Cranach qui la prend pour modèle. Sont également cités Durër et Matthias Grünewald.

La lecture est sans ennui, la grande Histoire est intéressante, abordée dans un style délié, intelligent, bien documenté, et la petite histoire a de quoi captiver le lecteur. Je n’ai abordé qu’une infime part du livre car en dehors du contexte historique, il y a la vie d’Eva face à ses bourreaux et toute son histoire qui explique son emprisonnement, il y a la déchéance de la sœur de lait de Gretchen et la vengeance démente d’un homme éconduit. Quant à ce docteur Faust, si séduisant et si secret, si absent aussi, il est comme une ombre, un peu à l’image de Méphisto.
J’ai aimé la première partie du livre et en particulier un passage sur les marchés. C’était détaillé, coloré, vivant. J’ai lu la deuxième partie avec un un peu plus de distance. Certaines scènes ne m’ont pas convaincue, mais je ne m’étendrai pas car dans l’ensemble c’était une belle lecture.

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D’autres billets chez Les Sorcières, Bianca, Lystig,
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Vierge à l’enfant de Lucas Cranach

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L’arche de Noël et autres contes

logonoëllogo XIXème 2« Il était une fois Noël » avec Chicky Poo, Samarian et Petit Spéculoos, 11ème billet
« XIX siècle » de Fanny et Kheira

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Roman Sardou

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Londres, septembre 1856,

Amory Bolton est un orphelin de huit ans. Pour se sortir de la fange de l’East End, il travaille tous les matins à remplir les abreuvoirs des riches quartiers du West End, à Colevandish Square. Il nettoie, apporte l’eau, et bientôt en cette fin d’année, cassera la glace. Ironiquement, il dit que les chevaux sont mieux traités que les humains. Après cette corvée, il récolte quelques sous en étant garçon de courses pour les maîtres d’hôtel et les gouvernantes des grandes maisons. Sa persévérance, son courage, ses traits réguliers, son beau sourire, sont des atouts qui inspirent la sympathie et la confiance.
Malin et observateur, il sait tout.
Un jour, il est surpris de voir défiler discrètement et prestement les membres du Pougheepsie Club. Pour habiter clandestinement les combles de cet illustre cercle, il connaît les coutumes de chacun et trouve étrange cette rencontre qui ne devrait pas avoir lieu. Du haut de la coupole, il scrute cette assemblée huppée. Ayant déjà participer secrètement à leurs débats, il sait que les sujets abordés sont souvent de l’ordre de l’originalité, du surnaturel, et que ses adhérents sont considérés comme des « originaux séniles ».
Mais cette réunion en urgence que peut-elle augurer ?
C’est le président Sir Pagnell qui ouvre la séance. Ils vont recevoir un invité… Eliot Doe, un conteur exceptionnel. Depuis 1852, est apparu un nouveau personnage dans les contes et légendes… le Père Noël. Mais avant lui, qu’elle est l’histoire ?
« – Il y a un peu moins de mille ans, en l’an de grâce 858, il était une fois, dans le royaume de Wessex, un roi nommé Ethelwulf qui gouvernait conjointement avec son fils Ethelbald… »

Amory écoute et vit les mots du conteur. La magie opère aussi sur l’assemblée. Il est histoire d’un jeune garçon, d’un elfe, d’un dragon, d’un cromlech, d’un royaume féérique qui partage la Terre avec les humains, d’un Grand Départ et du Grand Retour…
Et comme dans toutes les magies, on se pose la question : qu’elle est la part de l’imaginaire et celle du réel ?

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Ce petit livre de Romain Sardou regroupe quatre histoires sur le thème de Noël ; « L’arche de Noël », « Les petites espérances de Duane Reilly », « Noël à Coldbath Fiefds », « La fessée du Père Noël ». L’ambiance est celle des livres de Dickens, des contes qui révèlent le merveilleux et qui séduisent les petits comme les grands.
Cette première a été ma préférée. Elle met une lumière sur un monde fantastique et nous renvoie aux légendes antiques et fascinantes de la féerie.
Le Père Noël est un mythe et chaque pays a son conte. « L’arche de noël » se passe dans l’Angleterre victorienne et « La fessée du Père Noël », dans un petit village du nord de l’Allemagne, en 1853. Saint-Nicolas et le Père Fouettard sont de l’histoire…

Ce livre est à lire en ce mois de décembre. C’est la première fois que je lis Romain Sardou et j’ai apprécié.
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Cranford

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Challenges
« Elizabeth Gaskell » de Jellydragon, « God save the livre » d’Antoni, « Victorien » d’Aymeline et « Classique » de Stéphie
Lecture commune avec George, Lou, Virgule, Valou, Céline, Emma, Solenn, Sharon, Alexandra, Paulana, Emily, Titine, Plumetis Joli, Anis
, ClaudiaLucia,

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CranfordCranford
Elizabeth Gaskell

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Vers 1840,

Cranford est un village de femmes célibataires ou veuves. On se l’imagine niché précieusement dans une campagne anglaise verte et vallonnée, entre pâturages et bois, déconnecté du monde environnant.  La narratrice, Miss Mary Smith, dit qu’il est habité par des amazones. Très peu d’hommes y sont présents. Soit ils sont décédés, soit ils sont ailleurs… La ville la plus proche est Drumble. Elle ressemble à ces villes industrielles traversées par les rails, affairées, grises et impersonnelles. Ni trop près, ni trop perdu, Cranford est « à vingt miles seulement par le chemin de fer » de cette métropole.

Miss Mary est une jeune femme célibataire qui vit avec son père à Drumble. Lorsqu’elle rend visite à ses amies de Cranford, elle élit résidence chez les soeurs Jenkins, Deborah et Matty. Durant son séjour, elle s’adapte au rythme des vieilles demoiselles et avec beaucoup de complaisance, elle offre toute son attention aux dames de la paroisse. Dans ses chroniques, elle écrit leur quotidien, les potins colportés par Miss Pole, leurs après-midi thé, leurs soirées animées de jeux, les personnes qui traversent un temps Cranford, les jours, les saisons, ses séjours d’année en année… et ses correspondances.
Cette ruralité n’est pas rustaude, elle est faite des meilleures manières de l’Angleterre. Sans être titrée, la noblesse qui caractérise cette communauté féminine est faite de certaines particularités, comme si Cranford était un monde à part dans le monde. Un microcosme protégé, exempté de misères et régi par l’étiquette de la bonne société. La fortune est petite, voire parfois inexistante, mais chacune s’ingénie à ne rien laisser paraître, à aller la tête haute, le sourire en façade, la tournure bien mise. Nul n’est dupe, mais il est de bon ton de dissimuler la pauvreté et de faire comme les Spartiates, « une élégante économie domestique ».
« Aucune de nous ne parlait d’argent, car le sujet avait quelque chose de mercantile ; or, même si certaines d’entre nous étaient pauvres, nous appartenions toutes au meilleur monde… »

Un jour, juste avant la fin de son séjour à Cranford, Miss Mary vit arriver Mr Brown. Ce capitaine à la retraite, délégué à un travail dans le comté par les chemins de fer, vint s’installer avec ses deux filles dans une petite maison. L’évènement capital fait sourciller toutes les bonnes dames car l’homme est rustre et sans discrétion. Son bavardage est presque indécent car il clame à qui veut l’entendre qu’il est pécuniairement fort modeste. Cette engeance masculine est à esquiver, il n’est pas satisfaisant de le rencontrer et encore moins de l’inviter… Même s’il est à plaindre… si sa deuxième fille de trente ans est une beauté souriante, douce et heureuse comme une enfant, son aînée, dix ans de plus, a le teint et la silhouette d’une grande malade… C’est donc sur cette impression négative que Miss Mary s’en retourne chez elle.
Presque une année plus tard, elle retrouve Cranford. De ses relations épistolaires, elle sait déjà que l’impopularité du capitaine Brown n’est plus et que le cher homme a toute la sympathie des dames. Le suffrage est à l’unanimité. Il est vrai qu’il sait y faire et que même ses plaisantes boutades sont prises au sérieux. Suite à un petit accident, Miss Baker a suivi scrupuleusement un conseil et a vêtu sa vache d’Aurigny de flanelle grise, pour qu’elle n’ait pas froid dans les prés.
Et c’est ainsi que les villégiatures dans cet éden s’espacent et se ponctuent dans des écrits, le temps de quelques mois, de quelques saisons. Il est bien innocent de croire que Cranford peut être épargné par les peines. Même en jouant à faire semblant, on n’évite rien des tragiques destins de la vie. Mais…

… à Cranford, l’air doit sentir les scones grillés et le thé noir (le thé vert d’après Miss Matty n’est pas bon pour la santé !), on voit passer une vache habillée, ces dames ont des parapluies rouges pour aller à l’église, on revendique le droit et le plaisir d’être vieille fille, on est excentrique sans le savoir, on a des amies sincères et solidaires, on a l’âme élégante… lorsqu’on oublie d’être mesquines, cancanières et précieuses… Comme il doit être bon d’y vivre !

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Cette lecture est le deuxième livre d’Elisabeth Gaskell que je lis. Si je fais un parallèle avec « Nord et sud », je retrouve deux sujets abordés : La confrontation de la ville industrielle qui prend de l’ampleur contre la campagne, écrin encore protégé et enchanteur. L’opposition de la bonne société distinguée, détentrice du raffinement, au mercantile, vulgaire et bourgeois.
Ce roman a été publié en feuilleton dans le magazine de Charles Dickens en 1851. L’auteur s’est amusée à décrire un village tenu socialement par une majorité de femmes. Cette société a distribué les rôles et aucune n’empiète sur l’autre. Elles paraissent aux premiers sentiments, peu sympathiques et ridicules. Leur rigidité, leur ostracisme, n’ont rien de charitable, mais, de petites bagatelles colportées en histoires plus intimes et plus graves, on découvre que les « amazones » de Cranford sont des femmes sensibles, avides de tendresse et loyales. Satire, l’ironie est mordante et drôle. L’humour des situations sentencieuses pimente les récits et ne manque pas de faire sourire. La narratrice garde une neutralité, elle paraît en ce sens moins pédante que ses amies, mais aussi plus terne. De tous les personnages, ce n’est pas celui que j’ai préféré. La douce Miss Matty avec sa domestique Martha sont des femmes qui m’ont séduite.
J’ai beaucoup aimé cette lecture. C’est un roman simple dans la première partie, à raconter le quotidien, implanter le décor, faire connaissance avec Cranford, et dans sa deuxième partie, plus secret, plus émouvant.
Un livre que je vous conseille… avec une tasse de thé et une tranche de pudding grillée.

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Des billets de la LC chez George, Lou, Virgule, Valou, Céline, Emma, Solenn, Sharon, Alexandra, Paulana, Emily, Titine, Plumetis Joli, Anis, ClaudiaLucia,

D’autres chez Eliza, Alice, Karine, Adalana,

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Cranford
Cranford, série de la BBC

De gauche à droite : 1. Miss Octavia Pole – 2. Mrs. Jamieson – 3. – 4. Miss Deborah Jenkyns – 5. Miss Matty Jenkyns – 6. Miss Mary Smith 7. Mrs. Forrester
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Les enfants de la terre, Le clan de l’Ours des Caverne , Tome I

Défi de Mia, Challenge Animaux du monde de Sharon
Lecture commune avec Cécile et Rose

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Les enfants de la Terre
Le clan de l’ours des cavernes
– Tome 1
Jean M. Auel

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Au temps de la Préhistoire, une enfant se retrouve seule après un tremblement de terre. Le séisme a pris sa famille dans ses entrailles.
Seule rescapée, elle erre et se trouve bien vite confrontée au froid, à la faim et au danger. Elle essaie de se nourrir de baies, de racines, mais n’assouvit pas son appétit. Des obstacles se dressent sur son passage, des troncs d’arbres, des fissures qui crèvent la terre, une rivière, la pluie, la boue et bientôt elle devient la proie d’un lion qui la pourchasse jusqu’à la blesser gravement. Dans l’entaille d’une roche, elle arrive à se faufiler, se tapir, et échappe ainsi au chasseur. Une douleur tenaille son petit ventre et sa profonde blessure la plonge dans des hallucinations et un délire fiévreux.

C’est la guérisseuse, Iza, du clan de l’Ours des Cavernes qui la découvre. Petit corps tout chiffonné, abandonné aux carnassiers, la petite fille est proche de partir dans un autre monde. Le groupe, qui passait près d’elle à la recherche d’une nouvelle caverne, appartient au peuple Néandertalien. Les « Têtes plates » ont pour chef Brun, le frère d’Iza et de Creb, le sorcier, le Mog-ur.
Avant de prendre sous sa protection la petite fille, Iza demande la permission à Brun. L’enfant est différent d’eux. Laide, blonde, aux yeux couleur du ciel, une petite brindille, elle est une « Autre », du peuple des Homo Sapiens. Ils les ont déjà vus, croisés, mais sans oser une promiscuité ou une union.
Brun accepte d’intégrer provisoirement au clan, le petit être chétif et mourant pour faire plaisir à sa soeur. Iza est enceinte de son premier bébé et veuve. Son mari était brutal avec elle et elle s’est toujours comportée avec obéissance et respect de leurs lois.
Calée sur sa hanche ou dans son dos, le petite fille chemine avec Iza et retrouve petit à petit ses forces, jusqu’à guérir. Sans crainte, elle essaye de communiquer avec sa bienfaitrice et le Mog-ur, Creb. Celui-ci est né difforme et ses disgrâces ne répugnent pas l’enfant qui au contraire, recherche à être câlinée par le puissant sorcier. Creb s’intéresse à elle, ému par la douceur et la confiance qu’elle leur témoigne.
Elle s’appelle Ayla et a la corpulence d’une fillette de cinq ans.

« La douce caresse de la petite fille émut profondément ce vieux coeur solitaire. Il désira communiquer avec elle et se demanda un instant comment y parvenir.
– Creb, dit-il en se désignant du doigt.
Iza les regardait tranquillement en attendant que ses fleurs infusent. Elle était heureuse de l’intérêt que son frère portait à l’enfant.
– Creb, répéta-t-il en se frappant la poitrine.
La fillette tendit le visage en avant, essayant de comprendre ce qu’il attendait d’elle. Creb répéta son nom pour la troisième fois. Soudain son regard s’éclaira, et elle se redressa en souriant.
– Grub ? répondit-elle en roulant les r comme lui. (…)
Il se frappa la poitrine en disant son nom, puis frappa celle de la fillette. Le large sourire de compréhension qui illumina l’enfant fit à Creb l’effet d’une grimace, et quant au mot polysyllabique qui tomba de ses lèvres, il était non seulement imprononçable, mais quasiment incompréhensible (…)
– Ay-rr, répéta-t-il, hésitant. Ay-lla, Ayla ? »

Le langage est une des différences entre les deux sociétés. Les Néandertaliens s’expriment avec des sons gutturaux, des gestes, des mimes, quant aux Homo Sapiens, ils parlent, rient, pleurent, forment des phrases…

Leur voyage s’achève lorsqu’ils découvrent une caverne spacieuse qui pourrait abriter la tribu. Cet antre est l’ancienne demeure d’un ours, animal protecteur du clan. En fait, c’est Ayla qui la repère et ce signe heureux jouera en sa faveur lorsque le problème de son intégration se posera.
Ayla est une enfant très intelligente. Elle apprend vite les codes qui régissent cette communauté. Certes, parfois elle commet des impairs sans le vouloir, mais ses tuteurs se montrent indulgents et très patients avec elle. Ses professeurs sont Iza et Creb. Tous deux sont devenus ses parents adoptifs avec l’accord de Brun,suite à son baptême. Comme chaque être, les esprits lui ont attribué un animal pour totem. Ayla est le lion des cavernes, un animal puissant et encore jamais attribué.

Avide de s’intégrer et de plaire à sa nouvelle famille, Ayla réfrène son impulsivité et sa curiosité. La vie du clan étant une cohabitation très mitoyenne, il n’est pas apprécié de regarder ce qui se passe chez le voisin, de les dévisager ou de montrer son affection. Avec Creb, elle apprend les règles, avec Iza, elle assimile le rôle de la femme qu’elle sera bientôt. C’est en voulant sauver un petit lapin blessé, que la décision de faire d’elle une future guérisseuse, s’impose à Iza. Ayla est devenue sa fille, il est donc légitime qu’elle lui transmette sa puissance et son savoir. Avec beaucoup d’espérance et de foi, elle l’initie aux secrets des plantes, de la médecine.

La petite Ayla a trouvé un père et une mère qui lui vouent beaucoup d’admiration et d’amour. Mais les sentiments du groupe sont animés d’un rejet, d’une discrimination, d’une défiance. Perceptions qui sont simplement dues à la peur de « l’autre », à leur dissemblance et peut-être aussi à une prémonition. L’homme du Neandertal est sur le déclin.
Un gamin, fils de la compagne de Brun, se montre souvent cruel envers Ayla. Ce garçon s’appelle Broud et sera désigné, un jour, pour succéder au chef du clan actuel. Très vite, la petite fille reconnaît l’ennemi en lui et s’en méfie.

Les lunes forment les cycles et voient grandir la petite Ayla. Fille de Creb et Iza, elle est aussi celle du lion ; déterminée, puissante, fière, presque invincible, une guerrière.
L’histoire d’Ayla prend ses racines dans cette caverne, proche de la mer, et débute un magnifique récit, l’aventure d’une femme, belle, courageuse, moderne…
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« Le clan de l’ours des cavernes » est le premier livre de la saga « Les enfants de la Terre » écrit par une américaine d’origine finlandaise. Jean Auel se documente un jour sur la Préhistoire. Vite passionnée par cette période, elle décide d’écrire un premier livre pour mettre ses nouvelles connaissances en pages… cela sera une histoire romancée, avec pour héroïne une petite fille, Ayla. Elle racontera aussi la fin de l’ére Néandertalienne et la progression de l’Homo Sapiens.
Dans une région en bordure de la Mer Noire, j’ai grandi avec Ayla et j’ai été spectatrice de son évolution. Dans le clan, on parle avec les mains, le corps, les expressions du visage, on émet des cris et les sentiments sont très bien exprimés ; colère, chagrin, haine, amour, tendresse, convoitise, jalousie, soumission, peur, fierté… Par contre, ce peuple Néandertalien ne connaît ni les larmes, ni le sourire et encore moins le rire. Des passages émouvants font sourire, lorsque la petite chagrinée verse quelques larmes. Ses parents adoptifs pensent aussitôt qu’elle a une poussière dans l’oeil. La relation commence avec l’apprentissage d’un dialecte gestuel pour se poursuivre dans le quotidien des devoirs de la femme… (cueillette, cuisine…). L’homme va chasser, ramène la viande dans son foyer, il est protecteur, élève les enfants de sa compagne, participe aux décisions du clan, vote, avant que le chef ne donne son avis définitif et se comporte en maître.
Ayla est une bonne élève, elle absorbe avec rapidité toutes les connaissances qui lui sont transmises et bien plus encore. Petite curieuse, elle assimile même l’enseignement donné aux garçons, même si la chose est défendue et qu’elle le fait en cachette.
Tout cela rend la lecture plus que captivante !!! M’associant à elle, j’ai ramassé des plantes pour préparer des médecines, j’ai écouté attentivement Creb lui parler des esprits et des souvenirs du clan, je me suis entraînée à me servir d’une fronde… je ne me suis pas ennuyée ! Et tout cela grâce à deux personnages nobles, majestueux et si aimants, Iza et Creb. L’émotion, lorsqu’on pense à eux, est intense. Ils sont les ancêtres que nous aurions aimés avoir. Lorsque je songe aux autres personnages, tous ont eu un rôle initiatique, attentionné, indulgent, tous sauf un… celui qui sera l’écharde puis le pieu dans le coeur d’Ayla.

Un livre que je vous conseille vivement ! Vous ferez un voyage captivant.

Je lirai la suite bientôt avec Rose et Cécile… et je remercie Aymeline qui m’a incitée à le lire.

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Image du film « Le clan de la caverne de l’ours »

Billets chez Rose, Cécile, Aymeline, Kincaid,
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Les piliers de la Terre

Lecture commune avec Miss Alfie, Mazel
Challenge Summer PAL de Bleue et VioletteChallenge Moyen-Age de Hérisson
Challenge God save the livre d’Antoni Défi des 1000 pages de Fattorius


Le 11 septembre :
J’ai décidé de commencer ce livre pour la lecture commune du 15 prochain, certes un peu tardivement. Il est 17h47. Il me semble tenir une bible. Il faut que je mette mes lunettes.
Le début est prometteur. Je pense à Cécile qui m’a conseillée ce livre. Je m’installe confortablement sur la méridienne, un coussin sur les genoux, le livre reposant dessus. Je suis allée peser les 1050 pages sur la balance qui a servi à peser les fruits pour la confiture… il fait 500 grammes.
Commençons…

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les_piliers_de_la_terre1Les piliers de la Terre
Ken Follett


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Angleterre, nous sommes en 1123, mais l’histoire débute bien avant, en 1120, sur un bateau Le Vaisseau Blanc, un océan… un naufrage…« 140 hauts barons et dix-huit femmes de haute naissance, filles, sœurs, nièces ou épouses de rois et de comtes à son bord, parmi lesquels l’héritier du trône d’Angleterre, le prince Guillaume Adelin, fils du roi Henri Ier Beauclerc. »

Ellen.

Un jeune homme va être pendu sur la place du marché. On le dit voleur. L’attraction amène la foule. Il est hué, malmené, humilié. Une jeune fille d’une quinzaine d’année est présente. Elle est enceinte et l’homme qu’elle voit mener à la potence est son compagnon.
Elle se projette sur le devant de la scène, lorsqu’elle l’entend chanter une complainte douce. Des paroles d’un trouvère français, mélodieuses, émouvantes… toutes à elle.

« Une alouette, prise au filet d’un chasseur,
Chantait alors plus doucement que jamais,
Comme si les doux accents jaillis de son coeur
Pouvaient libérer l’aile du filet.
A la tombée du jour le chasseur prit sa proie,
Jamais l’alouette ne retrouva sa liberté.
Les oiseaux et les hommes sont assurés de mourir,
Mais les chansons peuvent vivre à jamais. »

La corde est passée autour du cou et dans un claquement de fouet, les boeufs avancent…
La fille, à genoux dans une supplique, une prière silencieuse, lève les yeux sur l’être aimé, puis se retourne vers les geôliers ; un chevalier, un prêtre et un moine. Ses yeux dorés les toisent et elle les maudit publiquement, faisant gicler le sang d’un poulet égorgé sur leurs tuniques.
« Je vous maudis par la maladie et le chagrin, par la faim et la douleur ; votre maison sera consumée par le feu et vos enfants périront sur l’échafaud ; vos ennemis prospéreront et vous vieillirez dans la tristesse et le regret pour mourir dans l’horreur et l’angoisee… » 

1135, douze ans après…

Tom.
Tom le Bâtisseur est maître d’oeuvre pour la construction d’une maison destinée à un jeune couple. Le jeune William Hamleigh, dix-neuf ans, fils d’un seigneur, doit épouser la fille du comte de Shiring, Aliena, quatorze ans.
Assisté de quelques manoeuvres et de son fils Alfred, quatorze ans, Tom a de beaux projets pour cette demeure. Son ambition est de participer à l’édification d’une cathédrale, mais pour le bien-être de sa famille, il met en suspens ce rêve et se voue à d’autres desseins.
Alors qu’il est heureux de voir sa famille s’épanouir sereinement, un jour, arrive le jeune William sur son destrier. Sa fougue est coléreuse, il serait prêt à piétiner n’importe quelle personne pour assouvir sa haine (cela sera l’avenir, la destinée du Bâtisseur qu’il va fouler). Il donne l’ordre d’arrêter les travaux immédiatement et jette une petite bourse pour dédommager Tom et son équipe. La maison ne sera jamais construite car il n’y aura point de mariage. Lady Aliena a refusé sa demande et ce n’est pas par coquetterie. La demoiselle est catégorique et son père, le comte, plus par amour et sa confiance en sa fille que par faiblesse, accepte cette décision.
Les temps sont durs. Après avoir fait les moissons, les récoltes durant les beaux jours, Tom se retrouve sans travail aux premiers prémices de l’hiver. Avec sa femme enceinte, Agnes, et ses deux enfants, Alfred et Martha, il part vers la ville proposer ses services. En chemin, dans la forêt, il rencontre une jeune sauvageonne, Ellen, aux yeux jaunes, dorés, avec son fils Jack. Cette femme ressemble à une sorcière, elle est étrange mais se confie très facilement à Tom qui est sensible à sa personnalité, à son mystère. Ellen
était fille de chevalier ; elle est cultivée, elle sait lire, compter, parler latin et bien d’autres langues. Tom est curieux et très admiratif, mais c’est avec quelques regrets qu’ils se séparent. Chacun devant cheminer vers des directions différentes.
A Salisbury, Tom ne se fait pas embaucher ; les équipes des différents corps de métier sont complètes. Et les villes vont défiler… Shaftesbury, Sherborne, Welles, Bath… Windsor… Les réponses à ses requêtes sont toujours négatives. La famine est partout sur le territoire, il fait froid et Tom erre avec sa famille, le ventre creux.
Lors d’une nuit, dans un bois, Agnes accouche et meurt d’une hémorragie entre ses bras. Un soupir, une dernière phrase : « J’espère que tu bâtiras ta cathédrale… bâtis pour moi une belle cathédrale » et les fortifications de sa vie s’écroulent. Ce malheur le tétanise et le fait déraisonner. Il perce la terre gelée pour enterrer sa femme, abandonne toutes ses forces et ses facultés dans l’effort. Quant au bébé, un magnifique petit garçon, il est déposé sur la tombe, encore vivant et gesticulant dans de vieux linges. Cet enfant ne peut survivre. Sourd aux cris du bébé, Tom s’enfuit avec Alfred et Martha. L’image insoutenable de son enfant dévoré par les loups ou autres charognards le fera retourner sur ses pas, mais cela sera trop tard. L’enfant a disparu.
Pleurer, geindre, se morfondre ne sert à rien. Il est un homme fort. Il a promi à sa femme une cathédrale, il l’érigera, ici ou ailleurs.

Philip.
Philip, le prieur de Kingsbridge, a ramené au monastère un nourrisson qu’il a trouvé dans la forêt. Il le confie à un moine Johnny Huit Pence qui a la douceur d’une mère. Cet enfant est un cadeau divin, un don à l’église, il l’appellera Jonathan, « Dieu a donné ».

Philip a un but dans son existence et lorsqu’il rencontre Tom le Bâtisseur, leurs idées se rejoignent… Une cathédrale à Kingsbridge serait un défi grandiose mais aussi le voeu d’un désir exaucé.

Un jour, il reçoit la visite de son frère Francis qui est le secrétaire du comte de Gloucester. Les intrigues politiques foisonnent et la royauté est vacillante. Francis souhaiterait que Philip fasse intervenir l’évêque de Kingsbridge qui a la sympathie du roi Stephen pour arrêter les drames qui se préparent. L’impératrice Maud, fille d’Henri I, commence à rassembler une armée pour s’emparer du trône, sa place légitime. Philip a une semaine pour déstabiliser l’échiquier. Mais la diplomatie et les belles paroles sont condamnées. Des personnes malveillantes et arrivistes ont écho des trames tissées en sourdine et les détournent à leurs profits… L’archidiacre Waleran Bigod et Sir Percy Hamleigh.

Waleran Bigod et les Hamleigh.
L’occasion est trop belle pour la laisser passer. Sir Percy Hamleigh, encouragé par sa femme, accuse le comte Bartholomew de Shiring, de traîtrise. Aussitôt, le roi Stephen fait incarcérer ce dernier, le soumettre à la torture et le destitue de ses biens. Le comté est offert à Sir Percy et son fils William, un être vil, sournois et ambitieux, a enfin l’opportunité de plier Aliena à ses plaisirs. Sa vengeance sera cruelle et déshonorante.
Pour Waleran Bigod, les hautes sphères ecclésiastiques sont enfin à sa portée.

Aliena.
Jeune fille très intelligente et d’une beauté peu commune, Aliena ne pouvait se résoudre à épouser un homme fat, ignorant et qui avait parfois des comportements scélérats. Passionnée de lectures, elle vit bien assez tôt que son promis ne comprenait rien à la poésie et que sa réceptivité à l’art était proche du néant. Ce constat fut rédhibitoire.
A l’emprisonnement de son père, elle ne comprend pas dans l’immédiat, l’enjeu et le piège qui se sont ourdis. Avec son petit frère Richard, héritier du titre, elle garde avec vaillance le château, pensant au retour de leur père, bientôt. Lorsqu’elle reçoit la visite de William « le conquérant », ses espoirs meurent sur les dalles glacées de sa chambre. Le jeune homme est sans pitié et partage son butin avec son valet et comparse dans le crime, Walter.
Dès le repos « des guerriers »,
fiers de leur sacrilège et assommés de vinasse, Alièna s’enfuit avec son frère. Sans le sou, en guenilles, ils pensent trouver la grâce du roi, mais, après ses espérances se sont ses illusions qui s’évaporent.
Tout est à construire.

Les vies de ces personnages sont liées pour les années à venir, presque des siècles. Certains vont bâtir des édifices dont la grandeur atteindra la spiritualité, d’autres construiront leurs destinées dans des matériaux nobles et solides, un héritage pour les générations futures… Ce sont les rêves des hommes et des femmes valeureux, courageux, loyaux et généreux qui cimenteront les murs et les voûtes. Puis… une poignée de mécréants détruiront. Pour eux, aucune bâtisse, aucun lieu, aucune idéologie n’est sacré. Ils sont les démolisseurs de l’âme.
La guerre dans une fratrie royale va ravager le pays, mais le peuple de Kingsbridge continuera à progresser, dans la boue, la faim, la sueur, les sacrifices, le feu, les calomnies, et vaincra. Les piliers de la Terre ont des fondations très profondes. Une pierre tombe, deux sont élevées.
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J’ai adoré.
Tout d’abord, il faut que je vous précise que j’ai eu beaucoup de difficulté à écrire ce billet. Lorsque je lis un livre, je note systématiquement le déroulement de l’histoire avec les caractéristiques des personnages. Mes notes, par la suite me servent à rédiger ma petite chronique. Dans ce cas là, j’ai fait fi de mes habitudes. J’ai pénétré dans le XIIème siècle et j’ai repoussé mon présent. J’ai lu ce pavé en deux petits jours, profitant d’une solitude retrouvée, accordée par la fin des vacances. Vous en conviendrez, c’était presque un marathon ! En fait, cette lecture intensive n’a pas été un gros challenge… elle a été si passionnante et si légère que je n’ai pas été attentive au
petit carnet refermé sur mon stylo, ni au fil du temps. Alors… lorsqu’il a fallu que je retrace en quelques mots cette histoire, je me suis trouvée bien embarrassée ! Je devais vous parler d’Ellen, une femme moderne, courageuse, fière, aimante, un très beau portrait, et d’Aliena, une jeune fille qui fait honneur à la gent féminine. Je souligne : L’auteur leur a donné un beau rôle. Des femmes fortes, presque invincibles. Elles sont des piliers. Je devais aussi vous entretenir des hommes de ce récit. Tom l’intègre, le travailleur, le Maître, le père, l’amoureux. Philip, le moine honnête, vigilant, curieux, soucieux de ses brebis. Jack, le fils d’Ellen, un enfant surprenant et très intelligent qui sera plus tard l’élève le plus talentueux de Tom et qui prendra sa suite ; un féru et un pionnier des lignes architecturales. William, Alfred… et tous les autres qui contribuent à rendre cette lecture captivante. Ce livre est un témoignage romancé d’une époque fragile et le dénouement du naufrage de la Blanche-Nef (Vaisseau Blanc) qui laissa à l’Angleterre un roi sans héritier ; en arrière plan, deux clans royaux s’affrontent, Maud contre Stephen. L’auteur a distribué a chaque caste des personnages qui joueront dans cette intrigue la rivalité, des bons contre les méchants. Mais les principaux thèmes sont la construction et l’amour. Les hommes se rassemblent pour bâtir un projet commun, une cathédrale et l’amour les confortent dans leurs visions ; l’amour pour une femme, l’amour pour un Dieu. Seule la haine est improductive et elle dessert pitoyablement ses protagonistes.
La part de l’art est aussi bien traitée ; les pierres, les vitraux, les sculptures… Elle sera une transmission à la descendance des bâtisseurs.
Vous l’aurez compris !!! Je vous le recommande.
La suite est dans « Un monde sans fin ». Je me la réserve pour les mois prochains.
Je me retourne vers mes compagnes de lectures, qui je pense ont elles aussi apprécié leur lecture… Miss Alfie et Mazel

Merci Cécile, pour m’avoir incitée à lire ce livre !
Merci aussi à celles qui m’ont encouragée… Trop sympa !
PS : Je viens de relire mon billet. Je le trouve fade. Le livre est superbe !

Des billets chez Miss Alfie, Mazel, Mélodie, Evilysangel, Jainaxf, Didi,
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Miel et vin

Lecture commune avec Adalana et Challenges
Vie de château de Cécile, Pimpi et Mlle Pointillés
Summer PAL de Bleue et Violette, Challenge amoureux de L’Irrégulière

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Miel et vin
Myriam Chirousse

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« Au château, l’enfant « maudit » cause incendies, maladies et accidents mortels autour de lui. Rien ni personne ne lui résiste. Ce bâtard finira pourtant par devenir Charles de l’Eperay, l’héritier en titre. Non loin de là, une enfant est abandonnée dans la forêt. Recueillie par une famille noble, elle grandit sous le nom de Judith de Monterlant. Les destinées de ces deux êtres vont se croiser : ils s’attirent irrésistiblement et s’égarent dans les méandres d’une passion dévorante. Pourtant Judith se marie avec un autre homme.
1789 : le monde bascule et les nobles sont aux abois. Charles, malgré son rang, épouse la cause révolutionnaire. Que va-t-il advenir des amants ? »

Un très beau livre historique… Une lecture passionnante, un voyage dans le temps, un coup de coeur !

De l’insouciance, l’audace, la fougue de Judith, une fillette trouvée sur les bords de la Dordogne à l’âge de trois ans par Guillaume de Salerac un matin de mai 1773, à l’âme naufragée et torturée de Charles de l’Eperay, bâtard maudit du comte de l’Eperay, marquis des Beaux et de Cajeac, seigneur de Vaillac, de Vouvres et de la Roque-Esteron…
Deux êtres qui se rencontrent, se reconnaissent, s’aiment, se perdent, se retrouvent dans le Paris de 1789, se déchirent et se fuient…

Les Etats généraux, la prise de la Bastille, les émeutes, la fin de la monarchie, la guillotine, les cocardes tricolores, la Terreur, la Guerre de Vendée, les insurrections… nous traversons la Révolution française à travers une passion puissante, vitale mais aussi destructrice.

La jeune Judith suit à Paris son mari, un député qui prend une part très active à la réunion des Etats généraux. Elle est curieuse de la vie citadine et s’émerveille de toute cette exubérance. Dans la journée, bien souvent solitaire, elle part incognito, travestie en jeune marchande, dans les rues, à l’affût des ambiances, de la vie et des prémices de la nouvelle ère. Charles est avec le marquis de La Fayette et s’implique dans la structure militaire, il est un capitaine noble, estimé et écouté, malgré son statut illégitime.
Tous les deux, enfants du Périgord, amants d’une unique étreinte inoubliable, une journée d’été de 1788, se retrouvent et sombrent aveuglément dans une relation secrète, impétueuse et avide. Lui pour elle, est l’unique, son souffle, sa chair, son nectar. Elle pour lui, est la lumière, sa délivrance, la douceur, son miel.
Mais les temps sont changeants et ténébreux. Charles, toujours tourmenté par son enfance, tenaillé par la vengeance, côtoiera d’autres personnages tel que Robespierre et Judith, marionnette du destin, essaiera avec beaucoup de courage et de force de survivre et de continuer à tracer son chemin avec fierté.

Une très belle histoire d’amour, des mystères, des ombres du passé, de la vaillance, des doutes, un esprit possédé, des personnages magnifiques, altruistes, arrogants, des mondes qui s’affrontent… un livre pour l’été. J’ai été captive le temps du roman, égarée dans un autre siècle.

Billet de la lecture commune d’Adalana

Le déclenchement de la Révolution française, le 14 juillet 1789 : après la prise victorieuse de la Bastille, le gouverneur et les gardes sont faits prisonniers et emmenés par une foule en colère.

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(tableau anonyme)

D’autres billets chez Bladelor, Sandy, Cécile,
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