Un jardin économe en eau

 

Un livre offert par Babelio et les Editions Massin dans le cadre de l’opération Masses Critiques

 

 

Un jardin économe en eau
Les bons gestes et les plantes adaptées
Olivier de Vleeschouwer

 

Sécheresse, réchauffement climatique, préservation de la planète, respect de l’environnement, restriction d’eau… ces mots clefs introduisent des réflexions sur les changements climatiques que l’on observe d’année en année.
Sans s’étendre sur les menaces que l’on présage et qui vont tourmenter notre planète, à l’échelle de nos jardins, l’auteur nous invite à modifier notre regard sur nos plantations, à changer de mode de vie, et à acquérir un peu plus de sagesse. Il est indispensable de comprendre qu’avant de planter, il faut analyser les lieux (sol-climat), s’adapter et préparer un bon drainage.

Des pluies qui ne nourrissent pas, une sécheresse qui va jusqu’en Normandie, les plantes ont soif, et l’arrosage automatique n’est pas la meilleure solution car il rend les plantes trop dépendantes, sans parler du rationnement de l’eau l’été dans certaines régions. Dans la première partie du livre, les conseils nous aident à « planter comme il faut » ; comment préparer la terre, l’enrichir, choisir les bons végétaux et les couvre-sol, disposer un paillis à la bonne période de l’année, avoir les bons gestes, et dessiner son jardin en fonction de son cadre, éléments environnementaux et climatiques.
Dans la seconde partie, nous avons à notre disposition tout un catalogue de plantes, des petites aux arbustes. Se décline alors un panel de vivaces aux différentes teintes, aux différentes hauteurs, qui harmoniseront un massif, une allée ou une rocaille. Bleues, jaunes, argentées, blanches…, des graminées, des racines, des bulbes…, elles sont aromatiques, généreuses, pérennes, élégantes, rustiques, peu exigeantes, et toujours résistantes.


Avec un vocabulaire simple et une approche initiatique facile, « Un jardin économe en eau » souhaite nous responsabiliser, sans jamais nous faire culpabiliser. Il nous incite à réaménager quelques parcelles de terre démunies et miséreuses à la sortie de l’hiver, et à donner un certain équilibre à notre jardin, tout en accord avec la nature…
Livre riche de conseils et d’idées pour « des gestes simples et efficaces », avec de nombreuses photos et plus de 120 variétés de plantes, il devient un outil très intéressant pour ce printemps !

 

Couvre-sol : Euphorbe, lierre, liriope, lamier, céanothe, pervenche, géranium vivace, thym…
Plantes pour les terres caillouteuses : Spirée, lavande, ciste, romarin, iris, valériane, sauge, buddleia, genévrier…
Plantes pour remplacer le gazon : Graminées
Plantes basses : Gazon d’Espagne, centaurée, œillets, pâquerette, gypsophile, origan, crocus, hyacinthe…

 

 

 

Mes terrariums déco


Challenge Chlorophylle

 

Mes terrariums déco
Flore Palix

 

L’auteur dit que les plantes disposées un peu partout dans la maison sont « des petits bonheurs intérieurs »… De nos jours, on découvre dans nos jardineries de plus en plus de jardins miniatures agencés dans des contenants en verre. La mode n’est pas nouvelle car l’engouement de ces mini-serres date de plusieurs siècles en arrière. Dès le XVe siècle, des botanistes et des explorateurs ont ramené des plants potagers et horticoles, cultivés et sauvages, qui ont enrichi notre monde végétal. Puis au XIXe siècle à l’époque victorienne, il était de bon goût de collectionner les plantes. On s’entichait d’orchidées, de fougères, de plantes exotiques, et on les présentait dans des pièces appelées jardins d’hiver, sous globes en verre, dans des boîtes ouvragées et d’autres réceptacles précieux…

Exprimer notre créativité en composant des terrariums peut être une activité ludique qui nous apporte de la sérénité et qui développe le sens de l’esthétisme. Avec un peu de substrat (terre, sable de rivière, tourbe, sphaigne, copeaux, fibres…), de rocailles (coquillages, pierres, gravier, pouzzolane (roche volcanique)), un habitacle (bocal à confiture, photophore, vase, bonbonnière, aquarium, théière, grandes éprouvettes…) et des plantes rustiques qui ne demandent pas trop de soins (achetées dans les jardineries ou prélevées dans la nature), on peut réaliser de belles compositions décoratives, poétiques et scéniques, aux formes et aux couleurs très variées.

Un pas à pas pour la base commune à tous les terrariums, certains ouverts et d’autres fermés, précède trente six compositions photographiées qui nous sont présentées avec les consignes pour le matériel et la préparation. Les idées vont du flamboyant au feng shu, de l’aérien à la jungle, et du bucolique pastoral aux coraux qui rappellent les fonds marins. Avec ce livre, vous trouverez assurément votre style !

 

Je vous recommande ce beau livre et vous invite à la création… Ouvrez vos placards, chinez, redonnez vie à de vieux contenants et laissez courir votre imagination ! Regardez dans votre jardin, une petite plante vous attend, prisonnière entre deux pierres…

 

 

 

Plantes turbo


Un livre offert par Babelio et l’éditeur Nature, Delachaux et Niestlé
dans le cadre des Masses Critiques « non fiction »

 

Plantes turbo
Des solutions spectaculaires
pour vos jardins, balcons et terrasses

Till Hägele

 

Qu’est-ce qu’une plante turbo ?
Till Hägele, ingénieur en horticulture, titre ce chapitre par le terme de « colonisation rapide ». Dans le jardin, sur un balcon, une terrasse, la façade d’un mur, il y a toujours des endroits qui nous résistent, impossibles à domestiquer ou difficiles à arranger.
Pour cacher leur misère ou pour les agrémenter, il y a les plantes turbo dont la croissance rapide satisfait pleinement le jardinier. Si Till emploie souvent le mot « spectaculaire », il ne faut point s’attendre à une pousse magique et il est demandé un minimum de patience, même si certaines plantes peuvent aller jusqu’à 8 mètre de haut en 1 an.

« L’Akébie à cinq feuilles pour pergolas ou pavillons… »

Ce que nous retenons de ce livret et des 70 plantes qui nous sont présentées, la plante turbo a donc une croissance rapide, elle est rustique, robuste, peu exigeante, pas capricieuse, elle empêche les mauvaises herbes de pousser, elle remplit les surfaces nues, mellifère elle a un rôle écologique car elle attire les abeilles, elle n’est pas un effet de mode, elle est massif, arbuste, arbre, verte ou fleurie, elle ne brûle pas l’été, elle résiste au froid de l’hiver, elle donne de l’ombre, elle apporte de la couleur…

De manière nette et concise, les 70 plantes sont classées en fonction de leur utilité et de leur emplacement, et sont détaillées en 3 parties ; une description, une utilisation et des conseils. Suivi d’une partie pratique qui dit comment préparer les sols et les bacs, les couches de drainages, la plantation, et comment les protéger, les fertiliser et les tailler.

Livre de plus de 90 pages, avec de belles photographies, la lecture est plaisante et instructive. Il nous embarque directement dans le jardin… en quête d’un petit endroit à fleurir !
Un livre très intéressant.

 

 

 

Kilts et tartans


Le mois Kiltissime de Cryssilda

Un livre offert par Nahe

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Kilts et tartans
Sylvie Lagorce
Photographies de l’agence Scottish Viewpoint à Édimbourg

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A l’évocation du kilt, dans un premier temps, l’auteur parle en images ; jupe pour homme, hautes chaussettes de laine, tissus écossais.
Et vous ? En ce qui me concerne, ça ravive une curiosité plus espiègle. Une question à laquelle elle répond dans un chapitre intitulé « Et sous le kilt ? » : « La tradition précise qu’il est exclu de porter quoi que ce soit sous le kilt. »… (D’accord !…)

« Que porte un Écossais sous son kilt ?
… Sa fierté d’Écossais ! »

De la collection « Bibliothèque du costume » des éditions du Rouergue, ce livre nous rapporte une part historique, anecdotique et technique, du kilt et du tartan.

Joueur de cornemuse Écossais

Le kilt est le vêtement traditionnel des Highlanders (Écossais des Hautes Terres), mais on peut le retrouver également en Irlande, au pays de Galles, en Bretagne, en Normandie… Imposé à la fin du XVIIIe siècle comme symbole identitaire, son origine, très ancienne, serait soit scandinave, soit danoise. Les Pictes portaient une tunique grossière en lin, une couverture drapée comme une toge à la façon des Romains et des Grecs, une ceinture et une fibule. Suite à la bataille de Culloden en 1746, les Anglais imposent un autre style vestimentaire, mais en 1782, l’abrogation est levée et les clans revendiquent leurs couleurs. Au XIXe siècle, la classe aristocratique, au contraire des classes ouvrières et paysannes, s’enthousiasme pour cette « jupe » représentative de la culture celtique et la remet à l’honneur.
Il est important de souligner que ce n’est pas une simple « jupe plissée » ! Tout est calculé dans un savoir-faire ancestral, aussi bien le métrage (entre 7 et 8 mètres) du tissu que son poids et sa qualité. Seul l’homme porte le kilt. La femme peut éventuellement le porter, mais sans le sporran (petite sacoche).

Collection d’échantillons de tartans
Un clan peut posséder plusieurs tartans.

Des tartans aux couleurs bigarrées, aux lignes entrecroisées, et des clans ; avant, les teintes se faisaient avec des végétaux (racines, lichen, feuilles) et des minéraux (fer, alun, cuivre), quant à la technique du tissage, elle est très spécifique (« Un fil de couleur passe sous deux autres fils d’une autre couleur, puis sur deux fil d’une autre couleur, etc… »). Les gammes infinies définissent les appartenances aux clans (Bruce, Buchanan, Douglas, Farguharson… Les Stewart ont un tartan rouge, vert, sur fond blanc, avec des filets noirs et rouges).
En France, au XIXe siècle, cette étoffe nouvelle, originale, à la connotation romantique, connaît un bel engouement. Après quelques réticences, L’Almanach des Modes et Le Journal des Dames flattent ce style et on retrouve des tissus dits « écossais » partout… « On veut de l’écossais partout, sur le col, en sautoir, sur les épaules, la poitrine et le dos, en écharpe, sur la tête, en turbans, en chiffons, en chapeau demi-habillés, enfin en robes et en manteaux… »  .

Participants au Highland Games

De nos jours en plus du Highland Games où l’on peut admirer une multitude de kilts, il y a le 6 avril, le Tarta Day. Cette fête célèbre « les liens historiques entre l’Écosse et les descendants d’émigrés Écossais en Amérique du Nord », à l’occasion de  l’anniversaire de la déclaration d’Arbroath (guerres d’indépendance). L’enthousiasme pour cette fête est si forte, qu’en Amérique elle dure une semaine ; c’est la Tarta Week !
Dans la dernière partie du livre, l’auteur place le tartan dans la vie quotidienne. Étoffe et vêtement sont toujours à la mode. Les créateurs ont su les sublimer, les adapter et les transformer même s’il est surprenant de voir un kilt  aux motifs fleuris ou un kilt en plastique.

Kilts et tartans est un ouvrage qui donne assurément l’envie de partir… et de rencontrer quelques spécimens… Un excellent livre bien documenté et bien illustré !!!

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« Les bijoux celtes et les ceintures cloutées, les bagues et les bracelets ethniques, le blouson de cuir et les épingles de kilt accrochées par grappes ne sont pas incompatibles avec le sporran le plus traditionnel et le tartan le plus classique, dans un look très étudié,
à mi-chemin entre Braveheart et Mad Max… »

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Henry Caro-Delvaille

logo_babelioUn livre offert dans le cadre des Masses Critiques Babelio avec le partenariat des Éditions Faton

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henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille
Peintre de la Belle Époque, de Paris à New York
Christine Gouzi

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Il est difficile de résister aux livres d’art ! surtout lorsqu’on vous les offre… N’ayant jamais été déçue par les publications des Éditions Faton, j’ai opté pour ce choix lors des Masses Critiques Babelio, séduite avant tout par la couverture et le sous-titre « Peintre de la Belle Époque ». Fin XIXe siècle, début XXe, c’est une période riche, fourmillante, élégante, prometteuse ; l’industrie, les sciences, les arts sont en plein essor.

Pour son doctorat d’histoire, encouragée par l’historien d’art Jacques Thuillier, Christine Gouzi a pris pour sujet le peintre Henry Caro-Delvaille. Elle livre à travers ce magnifique livre, vingt ans de recherches et plus d’une centaine de tableaux. La plupart de ses œuvres ont disparu. Né en 1876 à Bayonne dans les Basses-Pyrénées, fils d’un riche banquier Juif, son avenir était déjà établi dans la banque paternelle, mais ses ambitions étaient autres. Certainement peu sûr de lui, encore trop jeune, ce n’est pas vers ses sensibilités artistiques (danse et peinture) qu’il s’oriente, mais vers l’armée, chez les hussards. Cependant, après un accident de cheval, il est obligé de faire autre chose et se dirige vers la peinture. Dans un premier temps à l’École des Beaux-Arts de Bayonne où il obtient un prix en 1897, puis dans un second temps à Paris où il devient l’élève de Léon Bonnat. Indépendant, il ne se sentira jamais un disciple du maître, aspirant à se sentir « libre ». Libre comme le vent ? Il se plaisait à dire qu’il avait des origines gitanes. Ses cheveux, sa carnation, son regard noir et sa passion pour le flamenco devaient en attester !
Suite à l’avant-propos, l’auteur nous offre un passionnant entretien mené sur plusieurs années, de 1992 à 2005, avec le célèbre ethnologue Claude Lévi-Strauss qui fut le neveu du peintre. Les souvenirs sont riches, la conversation informelle ; le peintre, la famille, l’art et ses différents mouvements, Paris, la société artistique… le témoignage est captivant.


leon-bonnat-et-ses-eleves-de-marie-garayTableau de Marie Garay, « Léon Bonnat et ses élèves »
Huile sur toile, 2,16 x 2,59 m, 1914, Bayonne, musée Bonnat-Helleu
(Henry Caro-Delvaille est placé au bord du cadre.)

Ni de l’impressionnisme, ni du nabisme, rejetant le cubisme et le dadaïsme, sa peinture dite figurative et intimiste, raconte des histoires de son époque, rendant ainsi ses compositions attrayantes auprès du public. Les chapitres « Peinture mondaine et peinture du monde », « L’intimisme », « Les portraits mondains », découvrent les rituels d’une vie bourgeoise ou demi-mondaine (chez la modiste, une partie de cartes, au jardin public, un thé l’après-midi…) et célèbrent l’élégance de la femme qui rayonne aussi dans son rôle de mère. On retrouve ses modèles dans différentes scènes du quotidien qu’il aime peindre. Sa femme et ses belles-sœurs sont souvent représentées. L’auteur dit « des instantanés de vie ».

portrait-de-madame-landry-henry-caro-delvailleDétail du portrait de Madame Landry et de sa fille Hélène
Huile sur toile, 1,21 x 1,61 m, 1902, Amiens, Collection du musée de Picardie


Les commandes pour les portraits affluent. Il pare ses modèles de grâce et de douceur en gommant certaines imperfections. Il n’en délaisse pourtant pas le nu… Dans ce chapitre, l’auteur dit qu’il a commencé tôt à être attir
é par cette étude, influencé par les artistes Grecs. Ses nus ne sont pas statiques, ils accaparent l’espace ; le mouvement en rapport avec la danse (Isadora Duncan, dont il a été l’amant, a été portraiturée nue sous un voile grec en 1917).

la-robe-mouchetee-caro-delvaille« La robe mouchetée »
Huile sur carton, 0,755 x 0,515 m, Paris, Petit Palais

La deuxième partie raconte la communauté juive de Bayonne et les racines de sa famille. Il épouse, en 1900, Aline Lévy, fille aînée du rabbin Émile Lévy… Les trois filles du rabbin ont épousé des artistes peintres ; se joignent à Caro-Delvaille, Gabriel Roby et Raymond Lévi-Strauss (petit-fils du compositeur et chef d’orchestre Isaac Strauss et père de Claude).
En troisième partie ce sont ses voyages en Amérique et son installation. La guerre fait des ravages, traumatise et annihile tout élan. Réformé, il peut honorer des contrats en Amérique et part en 1916 où il reste seul durant un an. Sa femme et ses deux enfants le retrouvent en 1917. Là-bas, il fait des portraits pour renflouer les caisses, mais ce qu’il préfère peindre ce sont des fresques murales… Le succès est moindre, les critiques sont parfois assassinent, les temps changent et l’art célèbre d’autres genres beaucoup moins « classiques ».

henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille dans son appartement de l’avenue Mozart avec La femme à l’hortensia au-dessus de la cheminée et sur le mur à gauche Groupe païen
Photo de Maurice Louis Branger, 1910

En fin de livre, une chronologie reprend les lignes essentielles de son existence jusqu’en 1928, l’année de sa mort. Je ne m’étendrais pas sur la période à New York, très intéressante, plus moderne, moins idéalisée, car elle compte l’autre moitié du livre… je vous la laisse découvrir.
D’après l’auteur, ce peintre appartient à une génération perdue. Pourtant primé, médaillé, exposé dans les plus grandes villes, et ami des plus grands, l’engouement pour ses œuvres n’aura duré qu’un laps de temps. Elle sous-titre son introduction par « Une gloire déboulonnée ».
J’aime beaucoup les peintures qui illustrent cet ouvrage de qualité. Outre les toilettes élégantes avec manches gigot, mousseline blanche et autres falbalas de la Belle Époque, ce sont les postures des modèles, et leurs regards, qui me charment. L’innocence se mêle à la volupté. Il y a un peu de Proust…
Je vous recommande ce livre et vous convie à rencontrer cet artiste méconnu…

 

caro-delvaille-henry-women-reading-1910-1911Devant la maison blanche
Huile sur toile, 0,66 x 0,813 m, 1910-1911

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Les frères Le Nain

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Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques Babelio

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les-freres-le-nain-les-ecrits-de-jacques-thuillierLes frères Le Nain
Jacques Thuillier

(Le Nain… Savez-vous qu’ils étaient trois ? C’est seulement en parcourant ce magnifique livre que j’en prends véritablement conscience !)

Ce volume réunit les écrits du professeur et historien de l’art Jacques Thuillier à propos de peintres du XVIIe, les frères Le Nain. Ce professeur avait déjà travaillé sur ces artistes dans le cadre de sa thèse, mais c’est en 1957 qu’il publie un premier article sur les peintres lorsqu’il identifie un retable de l’église Saint-Pierre de Nevers. Il rassemble alors tous les documents connus et cherche dans les archives de nouveaux éléments pouvant éclairer l’œuvre de ces trois frères : Antoine, Louis et Mathieu.

Il organise au Grand Palais une grande exposition en 1978-79 qui permet de faire découvrir les œuvres à plus de 300 000 visiteurs. Thuillier ne cherche pas à attribuer les tableaux à l’un des frères, apposant la désignation collective « Le Nain ». En effet, il lui paraît difficile sinon impossible de distinguer le style de chacun comme s’ils avaient voulu « mêler leurs mains de façon indissociable ». Depuis la fin de ces années 70, une seule exposition consacrée aux trois frères fut organisée. Elle se déroule en ce moment et est itinérante ; débutant aux États-Unis et s’achevant au printemps 2017 au Louvre-Lens.
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Le Nain 2Le Nain – Le concert

On retrouve dans ce livre les principales études de Jacques Thuillier, dont celle du catalogue de l’exposition du Grand Palais. L’influence baroque, et plus particulièrement du Caravage, est parfois évidente. Mais cependant, on trouve de nombreuses scènes où tout semble figé. Il est surtout question des regards, regards d’enfants, de vieillards sans oublier celui du spectateur.

Jacques Thuillier présente une biographie détaillée des peintres, mettant en doute leur date précise de naissance, préférant la situer entre 1600 et 1610. A partir de 1632, on commence à parler à Paris de ces trois peintres natifs de Laon. Il a retrouvé de nombreux documents, mais ils sont souvent parcellaires et ne permettent pas d’offrir une vision explicite des événements de leurs vies. Comme pour le peintre Georges de la Tour, on est parfois obligé de faire des suppositions tant les lacunes à propos du déroulement de leurs existences sont importantes. Louis et Antoine meurent en même temps, certainement d’une maladie contagieuse en 1648. Mathieu ne décède que bien plus tard en 1677, mais à partir de cette date on ne retrouve plus de peinture signée de sa main.

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Antoine_Le_Nain_-_Trois_jeunes_musiciensLe Nain – Les trois musiciens

Les frères Le Nain furent d’abord des « peintres d’histoire » pratiquant « la grande peinture » toute leur vie, cherchant à s’imposer à Paris. Mais beaucoup de leurs décors et tableaux ont disparus ou ont été détruits. Jacques Thuillier retrace l’histoire de tableaux réapparus soudainement sur le marché, ou mal attribués.

C’est à la peinture de genre que les frères Le Nain doivent une grande partie de leur gloire. En cela, ils obéissent au goût de l’époque. En effet, la scène de genre connaît un essor spectaculaire au XVIIe siècle. On peut classer les œuvres des trois frères en plusieurs grands thèmes : tableaux d’enfants (jeux, danse, musique), tableaux d’extérieur (peu nombreux) et les tableaux de paysans. Ainsi la peinture la plus célèbre aujourd’hui « Famille de paysans » n’apparaît qu’à la veille de la guerre de 1914 lors d’une vente à Drouot. On peut rapprocher de ce chef-d’œuvre un autre tableau « Repas de Paysans », lui aussi exposé au musée du Louvre, mais celui-ci fut connu et célèbre très tôt en raison des nombreuses copies qu’on a retrouvées. Sur les deux œuvres, on a une organisation presque similaire avec des personnages disposés autour d’une nappe blanche.

Les frères étaient aussi connus à leur époque par leur talent de portraitiste, des portraits réalisés avec simplicité et une touche franche et aérée. Il s’agit le plus souvent de portraits de groupe.

Je suis heureuse d’avoir reçu ce très beau livre à la riche iconographie. Les illustrations sont de très bonne qualité, souvent imprimées en grand format avec sur l’autre page des vignettes présentant des détails, et la mise en page est séduisante. J’ai eu beaucoup de plaisir à le feuilleter, le lire, et découvrir de nouvelles œuvres… Il est certain que la prochaine fois au Louvre, je ferai une pause plus marquée devant La famille de paysans et peut-être irai-je à Lens en 2017…

Je vous recommande ce bel ouvrage

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Louis_Le_Nain_la_ForgeLe Nain – « La Forge »
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Cher pays de notre enfance

logo priceministerUn album lu dans le cadre de « la BD fait son festival » de PriceMinister
Ma note : 20/20

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cher-pays-de-notre-enfance-benoit-collombat-et-etienne-davodeauCher pays de notre enfance
Enquête sur les années de plomb de la Ve République
Étienne Davodeau
Benoît Collombat

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Ce livre est difficile à résumer. Pour le comprendre, il faut relever toutes les arcanes des quatre parties. J’écris donc ce billet pour vous, amis lecteurs, mais aussi pour moi, pour mieux me rappeler…

En introduction, je reprends les mots de Roberto Scarpinato, lus dans l’épilogue de l’album. Roberto Scarpinato, procureur général de Palerme, vit depuis plus de vingt-cinq ans sous protection policière…

« – Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne, puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des évènement, une histoire honteuse.-
Cette phrase d’Honoré de Balzac m’est souvent revenue à l’esprit au cours de ma longue carrière de magistrat en Italie lorsque, enquêtant sur des assassinats politiques, des attentats, des complicités entre dirigeants des institutions et mafieux, sur le blanchiment international, j’ai compris que derrière tous ces crimes se cachait ce que mon ami Giovanni Falcone, juge assassiné par la Mafia en 1992, appelait « le grand jeu du pouvoir »…
… En lisant le livre de Benoît Collombat et d’Étienne Davodeau, je me suis rendu compte que ces entrelacs secrets entre crime et pouvoir ne font pas seulement partie de l’histoire italienne, mais aussi de l’histoire française… »

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L’un est dessinateur et scénariste, c’est Étienne Davodeau. L’autre, c’est Benoît Collombat, il est grand reporter, journaliste radio à France Inter, auteur du livre « Un homme à abattre », une contre-enquête sur la mort de Robert Boulin. Tous deux nous présentent à travers cet album graphique, une enquête sur les années dites « de plomb » de la Ve République. Un reportage construit comme un roman policier, en plusieurs parties, qui révèle la noirceur d’une époque et les secrets d’état qu’on laisse dans les tiroirs… « Ne pas remuer la boue ! ». Sobriété dans les dessins, portraits très bien esquissés, tout est rapporté avec beaucoup de finesse, de dynamisme et de véracité. Chose surprenante, on peut sourire dans cette lecture !

Davodeau et Collombat commencent par l’affaire du juge Renaud… et finiront par l’affaire de l’assassinat (un suicide simulé) de Robert Boulin, un homme politique qui a été secrétaire d’État et ministre sous les présidences de de Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing.
Témoignages, coupures de presse, rapports, les pièces d’un puzzle s’ordonnent petit à petit.

Lyon, le 3 juillet 1975 dans la montée de l’Observance, en pleine nuit, le juge François Renaud a été assassiné devant chez lui. Trente-huit ans plus tard, Davaudeau et Collombat retournent sur les lieux pour débuter leur enquête.

On dit de Lyon que c’est « Chicago-sur-Rhône », on surnomme l’incorruptible juge Renaud le « Shériff ». Cet épisode se situe après la seconde guerre mondiale, après la guerre froide, après la guerre d’Algérie, après le putsch d’Alger. Lyon est bouillonnante, les affaires criminelles, prostitution, corruption, règlements de compte et autres, se confondent.
Le juge Renaud qui se distingue par ses manières et son allure, différentes de celles des autres magistrats bien plus classiques, doit gérer le dossier du braquage de l’hôtel des Postes de Strasbourg. C’est Robert Daranc, quatre-vingts ans aujourd’hui, journaliste et ancien correspondant de RTL à Lyon, qui raconte l’histoire à nos auteurs… Ayant bien connu Renaud, il explique l’arrestation en 1974 d’Edmond Vidal du Gang des Lyonnais, une bande de braqueurs inculpée pour le hold-up de Strasbourg, et les hypothèses émises par le juge sur l’origine du casse. Une partie de l’argent volé aurait été remise à un parti politique…
« – Le juge Renaud m’a laissé entendre que l’argent du hold-up de Strasbourg avait dû être rapatrié au profit d’un parti politique, l’UDR. (L’ancêtre du RPR et de l’UMP).
– Il vous l’a dit aussi clairement que ça ?
– Ah oui ! Il avait réussi à savoir que l’avion d’un des patrons du SAC de Lyon, Jean Schnaebelé, s’était posé à Strasbourg ce jour-là. Il a fait le rapprochement entre le passager de cet avion et le fait que le gang des Lyonnais passait à travers tous les barrages de police et de gendarmerie déployés après chaque hold-up… »

L’affaire prend du poids, lorsque le juge reçoit la visite de deux responsables du SAC. La visite est loin d’être courtoise… et fait suite à de nombreuses menaces de mort. Daranc parle alors de ce service de police privée très puissant, le Service d’Action Civique.
Officiellement, c’est un service d’ordre qui a été créé en 1960 pour soutenir le général de Gaulle dans sa présidence, mais officieusement, ce service se comporte plus comme une organisation mafieuse. Des militants gaullistes ont été sélectionnés dans la police, la gendarmerie et l’armée pour maintenir l’ordre. Certains adhérents avaient été résistants mais d’autres étaient des criminels bien connus. L’histoire du SAC est terrible car sous couvert de la carte tricolore, ils ont commis d’atroces actions. Là où il y a du désordre, ils arrivent… taper du communiste, des grévistes, intimider… assassiner… c’étaient des missions.

Après les souvenirs de Daranc, c’est auprès de Nicole Renck l’ancienne greffière du juge Renaud, que les auteurs vont chercher des informations. Puis auprès de Pierre Richard, patron de la SRPJ qui raconte ses souvenirs en Algérie avec les fellaghas, l’OAS, toute l’horreur de la guerre… et des gens qu’il retrouve dans l’équipe du SAC, d’anciens truands et des tortionnaires… L’enquête s’étoffe avec les témoignages des gens qui ont bien connu Renaud, des gens pour la plus part à la retraite… François Colombet, magistrat bardé de titres, Marie-Françoise Mirot sa meilleure amie rencontrée sur les bancs de la fac de droit de Lyon, Yves Boisset le réalisateur du film « Le Sheriff » qui est une adaptation de l’histoire du juge Renaud… le fils, Francis Renaud qui avait vingt ans à l’époque…

Je ne vais pas reprendre tous les noms des intervenants. Ils sont trop nombreux…

D’une histoire à une autre (le chemin est long mais pas si tortueux que ça…), un dénominateur commun, le SAC qui administre à sa manière les affaires d’état dans « une violence légitime ». Deuxième partie de l’album, cette pieuvre tend ses tentacules partout.

Policiers, hommes politiques, magistrats, journalistes, famille, tous apportent leur déposition à l’investigation et plombent un peu plus cette Ve République. Mais dans les hautes sphères de la politique et du gouvernement, d’autres hommes essaient de se disculper et de minimiser le pouvoir de cette milice. Beaucoup de non-lieux closent les dossiers. Si ce n’était pas aussi tragique, cela serait risible.

Le 18 juillet 1981, Jacques Massié, responsable du SAC marseillais, soupçonné par ses collègues de détournement de fonds et de vouloir donner des dossiers compromettants au gouvernement de gauche, est assassiné avec sa famille dans sa maison à Auriol. Épouse, fils, beaux-parents et beau-frère ; six personnes. Ce drame n’a pu être étouffé et fut très médiatisé. Ce fut alors le début de la fin, le SAC est dissout par le président François Mitterrand le 3 août 1982.
Gilbert Collard, secrétaire général du parti « Rassemblement Bleu Marine » revient sur cette affaire et sur le financement du SAC (blanchiment d’argent par les trafics d’armes et de drogue). Lors du procès, il a été l’avocat de la sœur de Jacques Massié et a eu entre les mains des informations capitales et « fracassantes »… Informations qui bien entendu ont été archivées et n’ont jamais été utilisées…
« – 2000 noms d’adhérents au SAC. Dont 600 très intéressants ! Des noms de haut niveau… niveau chef de sûreté, président de tribunal administratif ou de commerce, commissaire divisionnaire, directeur de la sécurité sociale ! De quoi faire exploser la structure administrative du pays ! »

La troisième partie relate les syndicats ouvriers. On met en place un syndicat patronal pour « maintenir la paix sociale » et « contrer l’influence de la CGT ou de la CFDT jugées trop gauchistes ». Le SAC joue de l’intimidation et du poing. Trois syndicalistes de la CGT, maintenant retraités, sont interviewés et se rappellent « les années SAC »… A l’époque, avant 68, on rentrait « clandestinement » à la CGT car on risquait de perdre son travail (et pas que…) ! On apprend que les membres du SAC étaient surnommés les « Nervis » et que cette unité spéciale n’était composée que de gros bras spécialisés dans la baston, et parfois plus… Les souvenirs affluent… Temps sombres, mais oh combien fascinants !

La quatrième et dernière partie est destinée à Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979. L’enquête conclut à un suicide, pourtant tout laisse entendre que ce fut un assassinat. C’est Collombat qui connaît bien l’histoire pour l’avoir racontée dans un livre, qui renseigne Davodeau.
Les gendarmes interrompus dans leurs premiers constats, une enquête court-circuitée, de fausses informations et une campagne de dénigrement sur Boulin… mais personne n’est dupe car Boulin était un homme intègre. Cette affaire fait remonter des dossiers sur la Françafrique, ELF, le Gabon, des comptes en Suisse… des documents qui furent jetés dans une fausse et détruits après la mort de Boulin. Là encore, dans les témoignages, le SAC revient… avec des avertissements… jusqu’à cette gerbe déposée sur la tombe de Boulin lors de son enterrement : « A notre regretté ami Robert Boulin. Le SAC de Gironde. »
Eric Burgeat, proche collaborateur de Boulin et gendre, rapporte…
« – Trois semaines avant la mort de Robert, il se passe ceci : Jean Lipkowski, membre du RPR et proche de Chrirac, reçoit des industriels Français et des hommes d’affaires du Moyen-Orient… Tout ce beau monde papote avant de signer les contrats. Et soudain devant ses invités interloqués, Lipkowski déclare que , concernant Boulin, « Le problème sera bientôt réglé et qu’on entendra plus parler. » Après quoi, il débouche le champagne. »

« Douce France… » mais dans quel monde sommes- nous ?
Je vous recommande ce roman graphique lourd, captivant et très bien documenté. Davodeau-Collombat forment une belle unité pour cette enquête aboutie qui nous laisse triste et amer.
Petites histoires de notre Histoire. La Ve République est éclaboussée.

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Un autre billet chez Le Bibliocosme, Didi,

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Cher pays de mon enfance

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