Les vieux fourneaux, Ceux qui restent

Un album offert dans le cadre :
La BD fait son festival avec Rakuten #1Blog1BD
Les BD du concours

 

Les vieux fourneaux
1. Ceux qui restent
Scénario de Wilfrid Lupano
Dessins et couleurs de Paul Cauuet

 

Ils étaient trois copains dans cette campagne qui les voyait jouer, pêcher, rêvasser et grandir. Ils étaient trois copains qui se sont retrouvés à travailler pour la même entreprise, un grand laboratoire pharmaceutique niché dans cette même campagne. Ils étaient trois copains qui un jour, après de très longues années, se sont retrouvés pour la crémation de Lucette, la femme de l’un des trois.

Antoine, Pierrot et Mimile sont vieux et en ce jour bien triste, sont heureux de se revoir. La vigueur n’est plus, les os craquent, mais les tempéraments sont les mêmes avec la truculence, l’irrespect et les bons souvenirs de l’époque. Anarchistes, révolutionnaires, militants pour les classes ouvrières, syndicalistes, c’étaient les années 60 un peu sauvages, folles et tellement libératrices.

Ils se remémorent Lucette, une femme à l’humeur vive, une sacrée nana qui avait démissionné de son travail de comptable pour devenir une marionnettiste itinérante. Antoine s’abandonne un instant et confie qu’il aimerait la rejoindre là où elle est, mais il y a sa petite-fille qu’il aime et qui a besoin de lui car Sophie, enceinte de sept mois, est seule et n’a pas de compagnon pour élever son futur bébé. Forte de caractère, indépendante et courageuse, elle ressemble tant à sa grand-mère !

Le lendemain matin, Pierrot et Mimile qui sont restés avec Antoine pour le soutenir dans son deuil jouent aux boules alors que ce dernier s’en va chez le notaire pour mettre à jour quelques papiers. Mais à son retour, rien ne va plus ! Sans une explication, Antoine rentre chez lui pour aller prendre un fusil et s’en retourne à la voiture pour repartir. Un petit voyage dit-il… Ses deux camarades qui n’y comprennent absolument rien, vont aussitôt demander des comptes au notaire qui leur concède, sous la menace, quelque chose de stupéfiant. Dans une lettre, Lucette avoue à son mari qu’elle a eu une liaison avec leur ancien patron. Ils devinent alors qu’Antoine est parti en Italie pour tuer le vieux Garan-Servier qui passe sa retraite en Toscane.

Sans perdre une minute, Pierrot et Mimile vont voir Sophie pour lui annoncer les aspirations criminelles de son grand-père et décident d’un commun accord de partir tous les trois à sa poursuite.
Une épopée à bord de la vieille camionnette de Lucette se met en route ! Arriveront-ils à temps pour empêcher Antoine de commettre le pire ?

Qu’ils sont attachants ces trois compères de la génération baby-boomer ! Insolents jusqu’à l’incivilité et parfois l’immoralité, ils en deviennent drôles et émouvants. Incontrôlables, dotés d’une jouvencelle « fraîcheur » qui semblerait être éternelle chez eux malgré les misères de la vieillesse, sinoques, excessifs, ils nous embarquent dans la camionnette rouge pour un voyage dont l’extravagance est un enchantement. Il y a les pages qui nous racontent ce périple routier, puis leur arrivée en Toscane qui va être le théâtre de bien des surprises et d’autres, aux teintes monochromes, qui retracent les conflits de 68 à l’usine. L’occupation illégale de l’entreprise, les banderoles syndicalistes avec les slogans « Vive la classe ouvrière », « Nos 40h sinon rien », « Tous unis pour la garantie de l’emploi »… les barricades, les feux, les fourgons des CRS… et en figure de proue, Lucette pour insuffler de la force à ses camarades. Ils ont tous des souvenirs qui la concernent et ce voyage leur offre une incursion dans leur jeunesse.
Sophie est la digne descendante de cette lignée de gauchistes. Elle nous raccorde au temps présent. L’amour qu’elle voue à ses grands-parents la lie à Mimile et Pierrot dans un grand élan de tendresse. Dans une scène assez cocasse et pleine d’ardeur, « chatouillée » par ses hormones de femme enceinte, elle s’adresse à un petit groupe de retraitées et donne un aperçu de ce que les prochains tomes peuvent donner, un plaidoyer écologique…
« – Quoi, c’est vrai ! Vous autres les vieux, vous êtes toujours là à vous extasier devant les enfants ! « Et qu’il est mignon, et gnagnagna ! » Vous feriez mieux de vous excuser, ouais !
Regardez autour de vous ! Vous nous laissez un monde tout pourri, vous avez tout salopé, et ensuite vous venez souhaiter bon courage aux locataires suivants ! Vous manquez pas d’air !…
– Mais qu’est-ce qu’on vous a fait ?
– Vous m’avez fait, ma petite dame, que votre génération est à l’origine de tous les fléaux du monde moderne ! La mondialisation, l’ultralibéralisme, la pollution, la surexploitation, l’agriculture intensive, les paradis fiscaux, la communication ! Tout ! Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde et les gens crèvent de faim ! Historiquement, VOUS ÊTES LA PIRE GENERATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMMANITE ! Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez HYPER vieux !… »

 

La construction du récit et les dialogues sont bâtis sur ce modèle, verts, dynamiques, plein de vie. Quant aux dessins, ils sont expressifs et ont la particularité de coller parfaitement au scénario et aux personnages.
Je vous incite, si vous ne l’avez pas encore fait, à lire ce premier album, une très jolie histoire sur l’amitié et l’amour, qui se termine par un sympathique pied de nez à Garan-Servier qui est atteint de la maladie d’Alzheimer…
A recommander ++ !

 

 

 

 

Parfum de glace

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

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Parfum de glace
Yôko Ogawa

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Hiroyuki était un créateur de parfums. Talentueux, il arrivait à définir toutes les senteurs et à recréer des essences sur des ambiances et des émotions. Ses études que l’on retrouve dans son bureau, sont poétiques comme des haïkus. Deux ou trois phrases expriment des instants fugitifs et des émois ; ces petites choses qui s’accrochent à nos souvenirs et qui nous font les revivre. « Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. », « Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. », « Frasil sur un lac à l’aube. », « Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. », « Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »
Pour sa compagne, il avait inventé « Source de mémoire » ; notes de fougère, forêt, jasmin, rosée et des fragrances d’après la pluie.
Hiroyuki s’est suicidé dans son atelier en buvant de l’éthanol anhydre, le lendemain de ce merveilleux présent, et aux services des urgences de l’hôpital, Ryoko, la femme avec qui il vivait depuis un an, a bien du mal à comprendre ce geste.

Elle se souvient de sa douceur et de son affection… Pourquoi a-t-il voulu partir ? Pourquoi lui a-t-il menti sur son identité ? Elle découvre qu’il a un frère et une mère, alors qu’il lui avait dit qu’il n’avait plus de famille. Elle découvre qu’il était un surdoué en mathématiques et lauréat de nombreux prix. Elle découvre un autre homme, un excellent patineur sur glace.
Dans une première phase, avec l’aide d’Akira le frère de Hiroyuki, Ryoko retracera l’enfance de l’homme qu’elle aimait. Puis l’étape suivante la mènera à Prague où elle essaiera de déceler l’origine de ses blessures du temps de son adolescence, juste avant la cassure.

L’auteur laisse à Ryoko la narration de l’histoire, et les chapitres se construisent en un jeu de piste, en mêlant les deux étapes de ses investigations. Les souvenirs redéfinissent le portrait de Hiroyuki et aident la jeune femme dans son deuil. Elle n’aura jamais été aussi proche de lui que dans cette quête qui s’ancre entre deux mondes ; « entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient ». Tout en délicatesse et poésie, le drame qui est en substance de fond s’articule autour de toutes ses évocations collectées et de certaines scènes imaginées, comme si le fantôme de Rooky (surnom de Hiroyuki) embarquait Ryoko dans ses rêves secrets. C’était un homme d’exception à multiples facettes, multiples parfums, il était ombre et lumière.
Je vous recommande ce très beau livre captivant, hypnotique. L’écriture a la particularité, le parfum, des plumes nippones ; onirisme, pudeur et chimères.

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Joyeux Noël ! Histoires à lire au pied du sapin

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Un chalet à Noël avec Chicky Poo, Petit Spéculoos et Samarian

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Joyeux Noël histoires à lire

Joyeux Noël !
Histoires à lire au pied du sapin
Collectif
Clément Marot, Charles Dickens, Sylvain Tesson, Jules Laforgue, F.S. Fitzgerald,
Anton Tchekhov, Marvel Aymé, Guillaume Apollinaire, Guy de Maupassant,
Truman Capote, Blaise Cendrars

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Trois poèmes et huit histoires qui racontent la période de Noël. Si je ne m’attarde pas sur les poèmes, je tiens à vous parler de chaque nouvelle car elles sont toutes différentes… l’esprit, le style, l’époque, les lieux. Je les lis et je vous raconte en direct…

A la vue d’un arbre de Noël, Charles Dickens est fasciné par les décorations, des guirlandes d’objets scintillants, un vrai bric à broc. « Il y avait de tout, et même davantage. » Il sombre alors dans ses souvenirs et crée des délires fantastiques dignes des Contes des Mille et une nuits ou dignes d’une parade de cirque avec chanteurs, fanfare et acrobates. Les images s’enchaînent par association, toutes bizarres et hétéroclites. Nous sommes dans une réalité fantasmée, presque cauchemardesque. Il se rappelle les arbres de son enfance… et les redécore de tout ce passé qui s’y bouscule ; le culbuteur menaçant, la tabatière d’où jaillissait un diablotin, le pantin qui gesticulait quand on tirait la ficelle, tous des êtres inquiétants, effrayants…
Plus qu’une nouvelle sur Noël, c’est une sorte d’exorcisme !

Sylvain Tesson nous régale avec l’histoire d’un repas de Noël. Ils sont en Bretagne et ses mots sont beaux quand il la décrit tourmentée par le temps… « La Bretagne était un oursin mauve et blanc, hérissé de glace. La houle torturait l’océan. Le vent sifflait, coupé par les aiguilles des pins. Les rafales froissaient la lande, battaient au carreau. Le ciel ? En haillons. Des cavaleries de nuages chargeaient devant la lune… ». C’est un auteur que je lis et relis toujours avec beaucoup de bonheur, juste pour la musique de ses mots… « La ferme était bâtie au bord d’un talus surplombant la plage de Lostmac’h. Sur le côté du chemin, un menhir montait la garde depuis six mile ans. Le jour, la mer emplissait les fenêtres percées vers l’ouest. La nuit, il faisait bon écouter le ressac à l’abri des murs de granit. La satisfaction de contempler la tempête par la fenêtre, assis auprès d’un poêle, est le sentiment qui caractérise le mieux l’homme sédentaire, qui a renoncé à ses rêves. Au-dessus de la porte, l’aphorisme de Pétrarque gravé dans le linteau renseignait le visiteur sur notre idée du bonheur : Si quis tota die currens, pervenit ad vesperam, sais est. »
Autour de la table, ils sont dix, tous, sauf un, racontent des anecdotes sur le monde des fées. C’est un soir où la magie s’installe légitimement. Il y a l’histoire des ombres des fées, les histoires sur ces bateaux qui en pleine tempête sont guidés par des lumières qu’on appelle le « halo des fées », l’histoire de ce pauvre fou à Plouharnel qui le soir du réveillon va jouer du violon dans la lande pour elles, l’histoire du curé qui… une lampée d’armagnac, une deuxième… Et Pierre, l’ami, le voisin, qui crie pitié pour ne plus entendre ces idioties ! Le monde de Merlin c’est foutaises et contes pour enfants. Il n’y croit pas et ça l’énerve !…
La nouvelle de Sylvain Tesson continue sur le lendemain. Lorsqu’il se réveille chez lui, Pierre est très perturbé et téléphone à ses amis pour qu’ils viennent. Il sait maintenant qu’il y a des choses qu’on ne pourra jamais expliquer, il y a des choses qui remettent tout en question…
Une excellente nouvelle parfaite pour être lue le soir de Noël. J’ai beaucoup aimé.

Francis Scott Fitzgerald nous transporte à Hollywood, dans l’industrie cinématographique. Ce n’est pas vers le rêve qu’il nous mène, mais vers un océan peuplé de requins. Le soir de Noël, Pat Hobby reçoit l’ordre de réécrire un script. Il sait que ce travail est sa dernière chance pour être titularisé et que le siège sur lequel il est assis est du genre éjectable. Une secrétaire qu’il ne connait pas vient taper son texte… Bien qu’elle soit jeune, il apprend qu’elle travaille depuis dix-huit ans pour le studio. Et à bien la regarder, belle mais prématurément vieillie, il devine toute la rancœur qu’elle a accumulée. Ce soir là, les bureaux sont vides et leurs solitudes, leurs désillusions, se rencontrent. Sous le sceau de la confidence, elle lui raconte un secret terrible concernant un homme puissant, qui pourrait faire trembler les fondations du studio. Un secret qui pourrait aussi leur ouvrir les portes de leurs rêves.
Le rêve de Patt ? Devenir producteur. Alors, est-ce que le Père Noël, Harry Gooddorf en l’occurrence, va accomplir ce souhait ?
Monde cruel ! et quelle avarice ! cette nouvelle a une triste morale. Mr. Scrooge me semble plus sympathique que ces hommes…

Anton Tchekhov raconte l’histoire de Vassilissa, une petite mère qui n’a pas vu sa fille depuis des années. Les lettres se font rares. A Igor l’aubergiste qui rédige sa lettre sous sa dictée, elle raconte le pays, elle lui envoie sa bénédiction et ses prières au Seigneur roi des Cieux. Que devient Iéfimia ? Mariée, a-t-elle maintenant des enfants ? Est-elle toujours à la ville ?…
Malheureuse histoire ! Je me demande pourquoi Tchekhov l’a écrite pour un conte de Noël. Iéfimia n’a pas oublié ses parents, elle ne peut simplement pas les revoir. Mais en cachette de son mari, elle raconte à ses trois enfants, ses parents, sa terre, la neige… en priant la Reine des Cieux, Mère Protectrice, de les emmener un jour là-bas.

Marcel Aymé envoie l’ange de Noël dans une garnison d’infanterie pour qu’il laisse les bonnes pensées sur la couche des soldats. L’adjudant Constantin va l’aider le temps de sa ronde et lui confier un présent pour la douce amie d’un soldat qu’il a fait mettre en prison pour insubordination.
Une nouvelle teintée de mélancolie, de féérie et d’un peu de bonheur.
« L’enfant de Noël prit de la hauteur, mais avant de filer dans le grand huit, il plongea la main dans sa hotte et fit neiger des fleurs du paradis sur le képi de l’adjudant Constantin qui se mit à rire dans le mois de décembre. »

Guy de Maupassant fait parler le docteur Bonenfant pour un souvenir de Noël. Après réflexion, il a un souvenir à narrer, mais pas le genre de souvenir qu’on s’attendrait à écouter ! Médecin de campagne, il fuit tout ce qui est obscurantisme et superstition, pourtant, un jour, il a vu un miracle la nuit de Noël.
Sur la route enneigée, le père Vatinel découvre un œuf étrange. Il le ramène à sa femme qui décide de se le préparer pour le repas. A peine l’œuf englouti que la pauvre femme est prise de contractions et de vomissements. Et toute la nuit, elle se débat et hurle de douleur, sans que le médecin puisse la calmer. C’est alors que le curé du village fait son entrée avec ses prières d’exorcisme… Mais rien n’apaise ses souffrances.
Prêtre et médecin se posent la question… et si on amenait la mère Vatinel à la messe le soir de Noël ?
Une nouvelle qui se lirait bien le soir d’Halloween !

Truman Capote a écrit un joli conte pour ce souvenir de Noël. L’histoire d’un petit garçon de sept ans qui suit la fantaisie de son amie… Ils décident de faire une trentaine de cake aux raisins, imbibés au whisky, et de les offrir aux personnes qu’ils aiment. Même Mr Roosevelt aura son gâteau ! A travers le regard de ce petit garçon, les scènes les plus extravagantes paraissent normales.
C’est beau, c’est magique et heureux, lorsqu’on est ce petit garçon… Le bonheur et la beauté de notre monde, seulement pour les enfants et les faibles d’esprit ? J’espère que non !

Blaise Cendrars fête Noël à Rio. C’est l’exotisme !
Je n’ai pas aimé cette nouvelle. Elle vient juste après celle de Truman Capote, et j’étais encore imprégnée de douceur et de tristesse. Rio, je me le destine pour une autre fois !

Je vous recommande ce petit livre pour décembre. Comme je vous le dis précédemment, j’ai beaucoup aimé l’écriture de Sylvain Tesson et celle de Truman Capote. Leurs histoires sont vraiment dans l’ambiance Noël !

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Une enfance heureuse

Albertine m’a offert le tag de l’enfance, et comme je suis du genre « nostalgie heureuse », c’est avec plaisir que je me retourne sur mes premières années.
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Tag Enfance

« Sur le modèle du « Je me souviens » de Georges Pérec, je vous invite à revenir en arrière, à vos premières années et à vous rappeler qui vous étiez alors…
Si vous acceptez ce retour en enfance, confiez-nous une photo de cette époque, répondez comme moi aux questions et taguez trois autres personnes (ou plus !) »

Je me souviens

1) Un lieu
Calenzana, la maison de ma grand-mère. J’aime à me rappeler les soirs lorsque je l’attendais dans son lit. Je la voyais défaire son chignon, je la trouvais belle. Elle venait me rejoindre, le lit basculait de son côté, et nous récitions le Notre Père.

2) Une personne
Ma grand-mère, elle sentait la crème Nivéa et la brillantine Roja. C’était une princesse ; port altier, cœur pur, généreuse et très douce.

3) Un événement
La naissance de mon petit frère. J’avais cinq ans. Toute la journée j’ai senti que quelque chose allait se passer. Mémé était venue pour me garder. Souvenir fugace d’un grand mystère. A l’école c’était carnaval, on m’avait costumée en Provençale.

4) Une classe
Le CE2 lorsque je suis arrivée dans l’école qui m’a gardée jusqu’à la 3ème. C’était une école familiale où j’ai vécu heureuse. Je me souviens de ce premier jour, on était par rang dans la cour. Je ne connaissais personne. Si je regarde la photo de classe, je peux encore donner les noms de toutes mes camarades… Fabienne, Sophie, Nathalie, Françoise, Chantal, Véronique, Maryline, Nathalie, Roxane, Sophie, Laurence, Valérie, Anne-Marie, Carole, Rachel, Magali et Sophie.

5) Un objet
La machine à coudre de ma mère. Elle faisait des merveilles avec des coupons de tissus ordinaires.

6) Une boisson
Parfois j’avais droit au fond d’un petit verre de liqueur de myrte ou de mandarine. C’était du bonbon !

7) Une friandise
Les bonbons que j’achetais à la sortie de la messe, tous les dimanches.

8) Un jouet
Mes poupées. Choukie, Caroline… que ma mère garde précieusement.

9) Une camarade
Ma meilleure amie Laurence que j’ai rencontrée au CE2. C’était ma sœur de cœur comme le dirait Anne de La Maison aux Pignons Verts.

10) Un livre
« Tistou les pouces verts » de Maurice Druon et « les Exploits de Fantômette » de Georges Chaulet, mes premiers livres de grande.
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Je tague Noukette, Asphodèle, Sharon et Belette.

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Paul a un travail d’été

logoquebec14logo asphoLogo BD Mango NoirSeptembre, mois québécois, avec Karine et YueYin
« A tous prix » d’Asphodèle

Mercredi BD chez Mango

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Paul au parc – Tome VII

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paul-a-un-travail-d'étéPaul a un travail d’été
Tome II
Michel Rabagliati

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Neuf ans ont passé… c’est l’été 79.

Paul est apprenti dans une imprimerie de Montréal. Il a quitté l’école et il se retrouve maintenant à effectuer un boulot de typographe, qu’il déteste ! Ses gestes sont désordonnés, il n’a pas le goût du travail mécanique ;  cette monotonie ne le fait guère rêver. Le petit Paul qui s’imaginait écrire et dessiner des bandes dessinées, a perdu ses illusions. Triste, désemparé, inquiet sur son avenir, il en vient à mal se comporter et à être désagréable avec ses parents…
Un matin, son ami Guy Cayer l’appelle pour lui proposer un job. Il manque un animateur à son camp de vacances et Paul pourrait très bien le remplacer. Aussitôt proposé, aussitôt accepté ! et voilà que Paul embrasse chaleureusement ses parents, prend sa guitare, son barda, et pars rejoindre sa nouvelle résidence pour l’été. Les souvenirs reviennent, le temps des scouts, des stages de survie et d’une belle fraternité.

Guy, Johnny, Sylvie, Jean, Steve, Michelle, Hélène, Annie, les moustiques, la tente qui pue le moisi, les nuits noires et terrifiantes, un putois, un serpent… des animaux de la forêt petits et grands… des cauchemars, des parois à escalader pour une première fois, un camp à préparer et… et… les enfants qui débarquent une semaine trop tôt !!!

Les enfants sont de familles dites défavorisées. Dès le premier jour, la liberté qui leur est offerte leur donne des ailes… et Paul (Gros Sourcils) s’époumone ! De plus, la cohabitation avec Annie, une animatrice, tourne au vinaigre. Mais que va-t-il se passer durant ces deux semaines ?
Dix-huit ans, les nerfs bouillonnants, à des années lumières de toute expérience, Paul va vivre quelques uns des meilleurs moments de sa vie.

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Pour continuer la saga, j’ai pioché sur les étagères et j’ai choisi ce « Paul »… différent du précédent mais tout aussi tendre et gai.
Paul a grandi, mais les affres de l’adolescence l’asticotent toujours. Dans cette colonie de vacances, après quelques difficultés, il rencontre toute une palette de sentiments qui vont de l’amitié, à la tendresse, à l’admiration, à l’amour.
C’est la forêt, un lac, une petite montagne (en forme de fesses), les activités qui vont avec, les rassemblements autour des feux de camps le soir, les blagues potaches, les émois amoureux, les enfants qui débordent d’inventivités et de tendresse… les expressions québécoises… Ces aventures font sourire et apportent une belle émotion.
Ce tome est en fait un retour sur cette époque car Paul est adulte, marié et père. Ce n’est qu’à la fin de ses souvenirs qu’on le retrouve dans son présent. Et même trentenaire, ce gamin n’arrête pas de grandir !
L’auteur a reçu de nombreux prix pour cet album et le dédicace à ses compagnons de l’été 1979.

Bédélys Québec 2002 – Média 2002 – Bande dessinée québécoise de l’année
Festival de la bande dessinée francophone de Québec 2003 – Prix Réal-Fillion
Prix BD Québec – Meilleur album de l’année 2002

Je pense lire prochainement « Paul à Québec ». Je vous recommande la série. Ne vous arrêtez pas aux graphismes épurés, sans coloration. C’est vraiment un bel univers.

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Des billets chez Karine,

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Hyacinthe et Rose

logo un_bouquet_des_pivoines_par_pierre_joseph_redouteIl y a des livres qui se classent dans la catégorie « Je ne suis pas facile à ranger, mais je le vaux bien ! » et ce livre en est. Il m’a été offert par Somaja qui connaît si bien mon goût pour les belles illustrations et les fleurs.

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Hyacinthe et RoseHyacinthe et Rose
Texte de François Morel
Illustrations de Martin Jarrie

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C’est l’histoire d’un petit-fils devenu grand qui porte un regard attendri et nostalgique sur ses grands-parents. Rose et Hyacinthe, beaucoup de choses les séparent, on pourrait même dire « tout », mais, en dehors de leur famille, il est un sujet qui les passionne et qui les réunit… les fleurs.

« C’est bien simple : Rose et Hyacinthe, mariés depuis quarante-cinq ans, ensemble depuis toujours, ne s’entendaient sur rien. Hyacinthe était coco, Rose était catho. Hyacinthe aimait boire, Rose aimait manger. Hyacinthe aimait la bicyclette, la pêche à la ligne, le vin rouge, la belote et les chants révolutionnaires. Rose préférait les mots croisés, le tricot, l’eau de mélisse, les dominos et les cantiques. Hyacinthe aimait traîner… à table, au lit, au bistrot, avec les copains, sur un banc, dans un champ, sur les talus, à observer les nuages… « Tu n’es qu’un Traînard », lui disait Rose qui était toujours la première debout, la première couchée, la première assise à table, la première levée de table, le repas à peine terminé déjà devant l’évier à nettoyer la vaisselle. « Madame Gonzales » l’avait surnommée Hyacinthe. En souvenir de Speedy.
Ils avaient dû s’aimer mais c’était il y a longtemps.
Il est même probable qu’ils aient pu faire l’amour. L’existence d’une descendance de douze enfants, de neuf petits-enfants le laisserait fortement supposer… »

dahliaLe narrateur, sous la plume de François Morel, se revoit enfant lorsqu’il passait des séjours à la campagne. Ses images respirent notre vécu dans ses compositions, ses odeurs, ses goûts… toutes les perceptions qui se sont incrustées dans nos mémoires et qui rappellent un jadis bien heureux sous la tutelle des aïeux. Rien n’est altéré, ça sent peut-être un peu le fané mais l’odeur est délicieuse.
L’album est composé de trente-sept portraits de fleurs qui illustrent les textes.
La marguerite rappelle un cliché qui terrorisait le petit garçon. Au moment de la photo, le taquin Hyacinthe avait caché son visage derrière un bouquet de marguerites. Ainsi le grand-père semblait avoir été décapité.
Le dahlia fait résonance avec le prêche admiratif du jeune curé qui arpente les allées du jardin en le comparant à l’éden… suivi des mots que le grand-père agacé marmonne entre ses dents… « Si c’est des fleurs gratuites qu’il espère pour son église, il peut toujours courir… ».
La tulipe, l’œillet, la rose… elles fleurissent dans le livre d’Hippolyte Langlois auteur d’un livre régulièrement consulté, « Le Nouveau Jardinier fleuriste », dans les chansons, sur les blouses de la grand-mère, sur les étagères de la cuisine dans des verres à moutarde, elles sont à l’honneur dans le concours du plus beau bouquet organisé par le cousin Jean-Pierre, dans les deuils, les joyeux moments… elles sont partout, elles sont les vacances et la mémoire de tant d’histoires… et elles se mangent aussi, au plus grand désespoir de Mamie Rose qui crie à l’hérésie  !
« Des coquelicots, des pissenlits, des fleurs de rien, des fleurs de peu… »
 Chez les grands-parents, le petit garçon apprend le langage des fleurs, leur harmonie. Il les dessine, les compose, les imagine, les admire. Le jardin est un tableau, il est aussi le lieu de toutes les philosophies.

Sept ans, quatorze ans, dix-sept ans… l’enfant grandit et les fleurs sont un berceau pour les sentiments, un ornement à l’amour, un baume aux angoisses ; penser à l’amour sous un ciel d’épines en fleur…
Et vint un été où Rose s’en est allée… et, dans la même journée, où Hyacinthe l’a accompagnée…

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Par l’intermédiaire des fleurs, des petites anecdotes retracent avec humour et tendresse la vie des grands-parents. On ne sait si c’est l’enfance de François Morel, acteur, écrivain et chroniqueur sur France Inter, ou si c’est une enfance fictive.
Hyacinthe et Rose sont des personnages aux caractères bien affirmés, peut-être un peu rigides dans leurs convictions, mais foncièrement sympathiques, attachants et bons. L’amour ? ils se le disent à leur manière et dès le début du récit nous ne sommes pas dupes de leur indifférence. Après tant de vécu, ils pensent s’affranchir chacun à leur manière, mais continuent à se séduire. La meilleure façon de le faire ? Avec les fleurs.
J’ai découvert Martin Jarrie avec un autre album qui illustre les légumes avec gourmandise : « Une cuisine grande comme un jardin ». Ici, les peintures sont toutes aussi belles et rendent du velouté aux fleurs. Il contraste ses couleurs pour donner du relief à ses sujets qui sont présentés en gros plan.
Les mots et les illustrations se mêlent à merveille !

Je vous recommande ce livre pour l’histoire et la beauté des dessins. Vous découvrirez des variétés de tulipe, marguerite, dahlia, pavot, œillet, bégonia, anémone, rose, arum, lys, fritillaires, coquelicot, tournesol, iris, narcisse, jacinthe… et des fleurs imaginaires.

Un autre billet chez Louise

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La nostalgie heureuse

La-Nostalgie-heureuseLa nostalgie heureuse
Amélie Nothomb

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« Tout ce que l’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me gênèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête. »

Pour certains, la nostalgie s’accompagne de mélancolie et de tristesse, pour d’autres, elle est heureuse même si l’émotion fait verser des larmes.
Amélie Nothomb retourne au Japon qu’elle a quitté en 1996 et amène dans ses bagages une équipe de télévision de France 5 qui va la filmer tout au long de cette « renaissance ». Les souvenirs se confondent et laissent une empreinte indéfinie. Une image, une odeur, une perception, contribuent à scénariser ses réminiscences. C’est fou comme un petit rien peut rappeler beaucoup ! Pour Amélie, c’est un trottoir, un portique dans une école, des cerisiers en fleurs.
Bien avant, elle annonce sa venue et reprend contact avec deux personnes de ce passé. Ce début est cocasse (je souris encore) car elle n’a plus les coordonnées de l’une ; un nom, un pays, une ville… l’investigation s’effiloche jusqu’au secrétariat de l’ambassade de Belgique à Tokyo.
« – Bonjour. Je cherche un numéro à Tokyo, mais j’ai seulement le nom de la personne.
– Dites toujours, répondit l’homme qui ne semblait pas conscient de l’énormité de ma question – l’agglomération de Tokyo comptant vingt-six millions d’habitants.
– Le patronyme est Mizuno, le prénom Rinri.
J’épelai, moment pénible, car je n’ai jamais retenu les classiques, et je dis des choses comme « M de Macédoine, R de Rossinante », et au bout du fil je sens qu’on m’en veut. »
Sa nounou à Kobé, Nishio-San, une vieille femme qu’elle découvrira solitaire et abandonnée de sa famille, et son ex-fiancé, Rinri, un homme d’une gentillesse infinie qu’elle a fui.

Sur les pas de son enfance, tout a changé depuis le tremblement de terre de 1995 et il est bien difficile pour elle de retrouver les souvenirs. Seuls des images fugaces, des sensations, reviennent. A-t-elle vraiment vécu ici ? Une photo d’école attestera de cette vie, de ce passé « indicible ».

Amélie est fantasque et fragile ; elle émeut son équipe. Les sentiments sont difficiles à endiguer, ils affluent comme une lame de fond. Elle est un héron à l’orée des chemins, craintif et curieux. C’est ainsi que j’aime l’auteur, dans ses récits personnels qui content le temps du Japon. En ce sens, ce livre fut un plaisir de lecture, une réconciliation.

Lorsqu’elle rencontre Rinri, leur tête à tête n’aboutit qu’à de pâles retrouvailles. Amélie est tétanisée de voir son ancien fiancé si sûr de lui, si confortablement installé dans sa vie professionnelle et familiale. Son intelligence la déserte, ses réparties font des plats, un vide s’installe progressivement en elle. Quel est le poète qu’elle préfère ? cette petite question devient une obsession… elle ne sait plus ! Elle, la lettrée.
Trop tard, elle se le rappellera… c’est Gérard de Nerval.

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

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Je vous le recommande.

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Lien du reportage « Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux »
D’autres billets chez Argali, Hérisson, Mango
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Hiroshige
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