Un pique-nique presque parfait

Juin en Angleterre avec Lou et Titine
Challenge polars avec Sharon

Un livre offert par les Editions Harper Collins dans le cadre des Masses Critiques de Babelio

 

Un pique-nique presque parfait
Une enquête de Loveday et Ryder

Faith Martin

 

Oxford, été 1960,
Le cadavre d’un étudiant prisonnier des racines d’un saule sur les rives de la Tamise va réunir pour la seconde fois Trudy Loveday, une jeunette de dix-neuf ans agent de police stagiaire, et le Dr Clément Ryder, le coroner de la ville d’Oxford âgé de cinquante-sept ans. Lors de la précédente affaire, « Le corbeau d’Oxford », il y avait eu entre eux une bonne alchimie et c’est donc sans hésitation que le duo se reforme à la demande de Ryder.
Les résultats de l’enquête qui ont été relatés au tribunal n’ont pas donné un verdict concluant et une investigation plus approfondie devrait dire si cette noyade est un suicide, un accident ou un meurtre.

Juste avant la découverte du corps de Derek Chadworth, un étudiant de St Bede’s, un collège d’Oxford, le tableau qui est présenté est charmant. La campagne sous le soleil est animée par les rires insouciants des étudiants qui fêtent la fin de leurs examens dans des barques en simulant des joutes. Il y a des pêcheurs qui attendent patiemment une bonne prise, des jeunes gens qui installent des piques-niques et des promeneurs qui cheminent paisiblement le long des berges. Mais lors des témoignages des amis de Derek présents sur les lieux du drame, tout sonne faux et met à mal cette belle ambiance. Entre les mines crispées et les dépositions qui se contredisent, le Dr Ryder qui a un siège à la cour, perçoit intuitivement qu’il y a un malaise et imagine que la personnalité du défunt n’était pas aussi bonne que tout le monde le prétend.

L’enquête prend une autre tournure avec l’aide de Trudy qui va quitter l’habit de policier pour ceux d’une jeune étudiante afin de mieux se mêler à la vie de St Bede’s College. Très vite, elle apprend que Derek faisait partie d’un cercle très sélect et sulfureux, le Marquis Club, tenu par Jeremy Little John, le fils cadet d’un duc. Tous deux semblaient être inséparables et à l’origine de nombreuses extravagances et d’activités coupables.

Qui était vraiment Derek, boursier d’origine modeste qui fréquentait les jeunes aristocrates et d’où venait l’argent qui lui assurait son train de vie princier ? Voici les deux premières questions qui débuteront l’enquête de Trudy et de son mentor le Dr Ryder…

« Un pique-nique presque parfait » est le deuxième tome d’une série qui regroupe deux enquêteurs bien sympathiques, la jeune stagiaire de police prometteuse qui sort de son nid et qui a tout à apprendre et le brillant chirurgien atteint de la maladie de Parkinson qui est contraint de se reconvertir dans la médecine légale. Leur complicité très agréable à lire est l’un des atouts majeurs de l’histoire qui me semble un peu faible au niveau de l’intrigue policière.
L’intérêt du roman réside également dans cette époque au charme vintage
avec les souvenirs de la pop-culture et les us conformistes de la société anglaise qui était pleine d’inégalités, de discriminations et de préjugés ; misogynie, structures hiérarchiques des classes, conservatisme…
Je vous recommande donc cette bonne lecture qui vous ouvre les portes d’un lieu séculaire et prestigieux, Oxford. Je lirai la suite avec grand plaisir…

D’autres billets chez Belette, Hilde, Sharon, Titine,

 

 

 

Mr Brown


Juin en Angleterre avec Lou et Titine
Challenge polars avec Sharon

 

 

Mr Brown
Agatha Christie

 

Le 7 mai 1915, lors de la Première Guerre mondiale, le paquebot transatlantique britannique Lusitania est torpillé par un sous-marin allemand. A son bord, alors que les femmes et les enfants sont évacués en premier, une jeune fille est accostée par un inconnu qui lui confie une enveloppe en toile cirée. Ces documents secrets sont de la plus haute importance pour l’Angleterre et il ne faut surtout pas qu’ils tombent entre des mains ennemies. L’homme voit en elle une personne de confiance et lui promet, s’il survit au naufrage, de la recontacter par le biais d’une annonce dans le Times…
« – Je prendrai contact avec vous en faisant passer dans le Times une petite annonce qui commencera ainsi « Compagnon de voyage désire renouer contact avec… ». Si au bout de trois jours, vous n’avez pas de mes nouvelles, eh bien… c’est que j’aurai eu de sérieux ennuis. Alors vous porterez ce paquet à l’ambassade des Etats-Unis. Et vous le remettrez à l’ambassadeur en mains propres. C’est clair ?
– Très clair. »

Deux mois après la fin de la guerre, Thomas Beresford (Tommy) et Prudence Cowley (Tuppence), des amis d’enfance, se retrouvent après leur démobilisation, désargentés et à la recherche d’un travail. Jeunes et avides d’aventures, ils décident de s’associer pour créer leur petite entreprise, une affaire qui exploiterait leur goût du risque et qui serait aux services de tout bon payeur. Dans un salon de thé, entre une gorgée de thé et une bouchée de buns, leur jeune insouciance galope vers un horizon aléatoire et dangereux.

L’idée à peine ébauchée, qu’une première proposition ne tarde pas à pointer son nez en la personne d’Edward Whittington, un homme d’affaires de la City témoin du désarroi des jeunes gens. Il demande à Tuppence de partir à Paris pour une période de trois mois dans un pensionnat de jeunes filles et de se faire passer pour sa pupille. Est-ce tout ? Apparemment, oui ! Mais lorsque Mr Whittington lui demande son nom, Tuppence jette en pâture le premier patronyme qui lui passe par la tête, à savoir Jane Finn. Aussitôt, la réaction volcanique de son futur employeur la plonge dans une grande stupeur. En vitupérant des menaces, il la somme de lui dire qui l’envoie et pour qu’elle organisation elle travaille. La situation en devient burlesque et Tuppence donne quelques explications oiseuses tirées par les cheveux… Mr Whittington qui s’imagine avoir été trahi et dupé est prêt à débourser une liasse de billets pour connaître le fin mot de l’histoire, quant à Tuppence, jeune irréfléchie encore naïve, elle est bien déterminée à lui soutirer le moindre sou, quitte à mettre un pied dans la plus obscure des entreprises. Mais, dérangé par son secrétaire, Mr Brown, Mr Whittington reporte leur conversation au lendemain et laisse Tuppence repartir avec un portefeuille bien garni.
C’est en rapportant l’incroyable entrevue à Tommy que Tuppence prend conscience de la gravité de l’affaire. Son ami, bien plus sensé qu’elle, lui enjoint de faire très attention et d’en apprendre un peu plus sur cette rocambolesque histoire avant d’en être complice.
Mais l
e lendemain, le mystère s’épaissit quand Tuppence découvre que Mr  Whittington a disparu en ayant déménagé tous ses bureaux.

La curiosité étant la plus forte, Tuppence et Tommy font passer un message dans le journal : « Recherche tous renseignements concernant Jane Finn. ». Dès lors, l’engrenage s’enclenche et des personnages très inquiétants font leur apparition. Les services secrets britanniques et américains recherchent la mystérieuse jeune femme car elle serait en possession de documents très convoités par un redoutable criminel Anglais, pro-Allemand, Mr Brown. En usurpant l’identité de Jane Finn, Tuppence devient la cible d’une faction qui regroupe plusieurs assassins qui fomentent une révolution pour renverser les gouvernements en place.

Où est Miss Finn ? Qui est Mr Brown ? Voilà deux questions que le duo Tuppence-Tommy devra découvrir en s’infiltrant dans le réseau terroriste.

« Mr Brown » est le premier tome d’une série de quatre romans, de deux recueils de nouvelles, et le second livre écrit par Agatha Christie qu’elle fit éditer en 1922 ; deux ans auparavant, elle présentait le célèbre Hercule Poirot dans « La mystérieuse affaire de Styles ». Avec le couple Tommy et Tuppence Beresford, la romancière nous mène dans les méandres des affaires d’espionnage après la Première Guerre mondiale. J‘ai trouvé que sa plume changeait, qu’elle se faisait parodique, plus théâtrale et exubérante. Une intrigue assez alambiquée et une pléthore de personnages aux multiples identités ont de quoi perdre le lecteur s’il n’est pas attentif à tous les rebondissements de l’histoire. Il faut se laisser surprendre par le style expressif, excessif, se laisser charmer par l’humour anglais qui est toujours savoureux et spirituel, puis s’habituer à nos charmants héros qui n’ont peut être pas le charisme et l’envergure d’Hercule Poirot mais qui n’en sont pas moins plein de charme.
PS : L’auteur fait un petit clin d’œil bien sympathique en intégrant quelques instants un personnage bien connu… l’inspecteur Japp de Scotland Yard, un grand ami d’Hercule Poirot.
A suivre…

 

 

 

Rendez-vous avec le mal


Mois anglais avec Lou et Titine
Challenges Policiers historiques avec Sharon
Un livre offert par les Éditions Robert Laffont

 

Rendez-vous avec le mal
Une enquête de Samson et Delilah,
les détectives du Yorkshire
Julia Chapman

 

A Bruncliffe, petite ville du Yorkshire, nous retrouvons Samson O’Brien et Delilah Metcalfe pour un rendez-vous avec le mal. Ça débute à quelques jours de Noël où tout le monde se lance dans des festivités…

Delilah semble avoir pardonné à Samson d’être parti durant quatorze années, et suite au dénouement de la précédente affaire, elle ne voit plus d’un mauvais œil le fait qu’il ait annexé ses bureaux pour créer son agence de détective privé. En partageant les locaux, l’ingérence professionnelle chez l’un et chez l’autre se fait inévitablement et une certaine complicité commence à se développer entre eux.
Après avoir mené à bien sa dernière enquête, Samson doit maintenir sa nouvelle popularité et accepter tous les contrats qui lui sont proposés, même si les affaires n’ont pas une once d’intérêt ! C’est donc très embarrassé qu’il reçoit Alice Shepherd, une gentille vieille dame octogénaire qui se dit être en danger, et le fermier Clives Knowles qui a perdu son bélier, un précieux reproducteur qui vaut de l’or.
De son côté, Delilah doit composer avec tout un maelstrom d’ennuis ; ses dettes, son ex-mari qui veut une garde alternée pour leur chien Calimero (qui souffre d’anxiété), son agence matrimoniale qui vivote, son frère Will qui se montre inquisiteur et… l’afflux de ses souvenirs heureux du temps où elle était une gamine qui essayait de suivre partout ses aînés, Samson et Ryan, son autre frère décédé en Afghanistan. Alors, pour échapper à tout cela, rien de mieux que de proposer son aide à son colocataire…

N’ayant pas pris au sérieux les craintes d’Alice, Samson décide de partir à la recherche de Ralph le fugueur avec Delilah, tout en pensant revoir plus tard la vieille dame pour la rassurer. Mais quand il va à la maison de retraite de Fellside Court où elle réside, il arrive trop tard. Alice vient de mourir… Mort naturelle ou meurtre ?
Toujours assisté de Delilah qui commence à prendre goût aux enquêtes, Samson voit une sacrée équipe de séniors l’entourer. Confidents d’Alice et témoins de ses dernières heures, ils veulent tous mener l’affaire et découvrir le meurtrier.
Dans ces tristes circonstances, Samson va se rapprocher de son père qui habite également la résidence, et les vieilles rancunes s’effacent pour laisser place à de meilleurs sentiments.

Un être foncièrement méchant hante Fellside Court car après Alice, d’autres tentatives d’assassinat vont être commises. Samson va devoir arrêter le plus vite possible les desseins de ce croquemitaine…

Pour ce deuxième tome, on nous invite à passer les fêtes de Noël à Bruncliffe, mais pas pour admirer des décorations lumineuses… Une quête dans la lande à la recherche d’un bélier et les évènements tragiques à la maison de retraite vont pimenter les jours de l’Avent. Écrit avec humour, sur un tempo dynamique et un scénario parfois angoissant, ce roman est à classer dans les « cosy mystery », suspense, légèreté, avec une pointe de romance. Si dans sa construction l’intrigue policière n’est pas transcendante, elle a le mérite d’être distrayante et de nous présenter du pittoresque et des personnages bien sympathiques que nous retrouverons par la suite dans d’autres tomes.
A Bruncliffe, tout le monde se connaît et se mêle des affaires de tout le monde, mais parfois certains secrets restent impénétrables. Le fil d’Ariane qui relie les tomes entre eux semble être lié à Samson, car derrière la toile de fond, l’auteur tisse une autre histoire sur la vie qu’il menait avant de revenir et sur les intimidations qu’il reçoit et qui font planer mystères et dangers.
Une série à continuer, et à recommander !

Vous trouverez d’autres billets chez Keisha, Belette, Bianca, Fanny, Titine,

 

 

 

Remède de cheval

Mois anglais avec Lou et Titine
Challenge Policiers historiques avec Sharon

Petit Bac avec Enna

 

Remède de cheval
Agatha Raisin enquête.
M.C. Beaton

 

Ancienne directrice de son entreprise de relations publiques, Agatha Raisin s’ennuie depuis sa retraite anticipée dans le petit village qu’elle a toujours souhaité habiter, à Carsely. Du bon air, un cottage traditionnel en pierre, un jardin agrémenté de roses, une campagne verdoyante, des fermes, des habitants en tweed, des fêtes pastorales, un charmant voisin (James Lacey colonel de l’armée récemment reconverti en écrivain), puis un meurtre (celui d’un notable qui fut assassiné et qui égaya son arrivée en lui donnant le goût des enquêtes)… tout semble idyllique et pourtant, Agatha sombre dans une « langueur monotone ».
Alors, pour donner du sel à son existence, elle décide d’aller dans les Bahamas à la poursuite de James parti en voyage. Mais la traque reste vaine car sur place, elle apprend que le cher homme a changé d’idée pour une autre destination… le Caire ! Elle rentre donc à Carsely, bronzée et amère, prête à dédaigner le malotru, lorsqu’on lui annonce qu’un nouveau vétérinaire est venu s’installer dans le secteur. La quarantaine fringante, ce célibataire d’une sociabilité à toute épreuve attire son attention et supplante dans son cœur de midinette, James. Avec son chat Hodge sous le bras, Agatha s’empresse d’aller le rencontrer et reçoit, à sa grande surprise, une invitation à dîner.

Ce rencart, même s’il ne mène qu’à de futiles badinages, met un baume à son amour-propre égratigné. Il aurait pu être le premier d’une belle aventure, mais peu de temps après, on découvre dans les écuries de lord Pendlebury, le cadavre du vétérinaire décédé par une injection d’étorphine. La police émet aussitôt l’hypothèse d’une mort par accident, mais lorsque le lieutenant Will Wong interroge Agatha, elle lui dit carrément son idée : c’est un meurtre !

Agatha qui avait le désir de laisser la campagne pour retourner travailler à Londres, trouve avec cette mort suspecte un dérivatif à son désœuvrement et décide de mener quelques petites investigations pour aider son jeune ami Will Wong. La tâche ne sera que des plus agréables car James se propose de l’assister dans son enquête.

L’image d’Épinal de Carsely, un petit village pittoresque calme et enchanteur, devient tout à coup plus punk ! et Agatha a toutes les aptitudes pour l’animer…

Ce roman est le deuxième tome d’une longue série que l’on range dans le genre cosy mystery. Agatha Raisin est un personnage fantasque et déroutant. A plus de cinquante ans, sous des airs frondeurs et aguerris, elle est encore une jeune fille romantique et sensible. Cette particularité adoucit son rôle et la rend plus sympathique. Mais… au contraire de mes copines-lectrices qui adorent cette série, je suis navrée de dire qu’elle n’est pas pour moi ! Le premier tome ne m’avait guère captivée et ce fut pareil avec celui-ci. J’aurais aimé un peu plus de finesse dans l’humour et les gags, ainsi qu’une intrigue un peu plus élaborée. Il m’a semblé lire un script de téléfilm et non un roman.
Je regrette tant !

 

 

 

Un Noël plein d’espoir

Lecture de Noël
Challenge polars de Sharon
Challenge British Mysteries de Lou
Lecture commune pour un livre de l’auteur avec
Lou, Corinne, Bianca, Sharon,

 

 

Un Noël plein d’espoir
Anne Perry

Noël 1883,
Londres, dans l’East End,

Très bientôt c’est Noël… Dans les rues ça sent les marrons chauds, les vitrines sont décorées de branches de houx, et les étals sont bien garnis. Mais un vent glacial annonce la neige et il n’est pas bon de rester longtemps dehors. La jeune Gracie Phipps fait des courses pour sa grand-mère, de maigres commissions pour une potée de chou et trois pommes de terre, juste à peine de quoi caler l’estomac de ses frères, car pour célébrer dignement la fête, il leur faut faire en ce moment des repas frugaux pour économiser. Elle en est donc à se hâter, son châle bien serré autour de ses épaules, lorsqu’elle rencontre une fillette en détresse.
Plus jeune qu’elle et plus frêle, Minnie Maude Mudway lui confie sa détresse dans un souffle… Son oncle Alf vient de mourir et Charlie a disparu. Charlie est l’âne qui tirait la charrette de son oncle, un chiffonnier. Il s’est enfui lors de l’accident et Minnie qui l’imagine perdu, frigorifié et affamé, s’est mis en tête de le ramener. L’histoire qu’elle raconte est décousue, mais ce que Gracie retient c’est qu’il y a un doute sur le décès de l’oncle qui serait mort assassiné pour une boîte dorée, certainement une boîte en or…

Sensible à ce désespoir et à la misère de Minnie, Gracie décide de l’aider à retrouver Charlie. En quadrillant dans un premier temps le périmètre de l’accident et en se renseignant auprès des témoins peu bavards, elle va, dans un deuxième temps, demander l’assistance d’un commerçant un peu mystérieux, Monsieur Balthasar le propriétaire d’une boutique très exotique de Whitechapel Road.
Téméraires, déterminées et inconscientes du danger qu’elles encourent, Gracie et Minnie vont devoir faire face à de dangereux criminels avant de fêter dignement Noël et de bénéficier de sa féerie.

Dans la série « Histoires de Noël », le roman met à l’honneur la jeune Gracie Phipps que l’on retrouve domestique dans la saga des Charlotte et Thomas Pitt. L’auteur nous mène dans les rues pauvres de Londres à l’époque de Noël, et à travers les regards innocents de nos héroïnes, nous dévoile la trame de ce conte policier de petite facture. L’histoire réside plus dans son ambiance et le caractère singulier des personnages que dans son enquête qui se révèle assez décevante et simpliste dans son épilogue.
Comme à mon habitude avec cette série de Noël, j’en ressors mitigée mais toujours présente à ces rendez-vous de fin d’année…

 

 

 

 

 

 

 

Drame en trois actes

Juin en Angleterre avec Lou et Cryssilda,
Challenge polars avec Sharon
et
une année en Angleterre avec Titine
Une lecture partagée avec Nahe

 

 

Drame en trois actes
Agatha Christie

 

Ce drame en trois actes commence sur les hauteurs du port de Loomouth en Cornouailles, dans la belle maison de Sir Charles Cartwright, Nid de Corneilles. Cette fois-ci, le narrateur n’est point le capitaine Hastings, mais nous suivons l’histoire avec les observations de Mr Satterthwaite, un mécène  fortuné qui fréquente la bonne société et qui se montre curieux de la nature humaine. Il nous présente : une maison, le propriétaire, des invités et un mort, le premier d’un scénario très tortueux.

Sir Charles, acteur de renom à la cinquantaine bien fringante, a invité pour la soirée des amis et des voisins, « des gens du pays ». Dans cette assemblée d’une douzaine de personnes, il y a…
Mr Satterthwaite, riche mécène
Miss Lytton Gore, (Pomme), une jeune fille qui ne laisse pas indifférent Sir Charles,
Lady Mary Lytton Gore, sa mère,
Miss Milray, secrétaire et gouvernante de Sir Charles,
Miss Will, auteur de pièce de théâtre qui se fait appeler Anthony Astor,
Mr Oliver Manders, journaliste,
Mr Dacres, capitaine à la retraite, et Mrs Dacres, modiste et propriétaire de la boutique Ambrosine,
Mrs et Mr le révérend Babbington,
Miss Suttcliffe, comédienne,
Sir Bartholomew Strange, (Tollie), médecin neurologue,
et… Mr Hercule Poirot, détective à la retraite.

Lorsque Sir Charles parle avec Sir Bartholomew Strange et Mr Satterthwaite du petit détective Belge, les trois compères dressent de lui un portrait peu flatteur en le qualifiant de « prétentieux lascar », « égoïste » et « drôle de loustic ». Mr Satterthwaite conclut aussi par… « un individu remarquable ». Et c’est Sir Bartholomew Strange qui, suivant une théorie plus ou moins fumeuse, espère que la soirée ne se terminera pas par un meurtre.

« – (…) En tout cas Charles, j’espère que nous n’aurons pas de crime ce week-end.
– Pourquoi ? Parce que nous avons un détective à la maison ? Tu n’aurais pas un peu tendance à mettre la charrue avant les bœufs, Tollie ?
– Ma foi, ça a toujours été une de mes théories.
– Quelle est cette histoire, docteur ? demanda Mr Satterthwaite.
– Ce sont les évènement qui vont vers les hommes, et non l’inverse. Pourquoi certaines personnes ont-elles une vie exaltante et d’autres pas ? A cause de leur milieu ? Pas du tout ! Untel pourra voyager jusqu’aux confins de la Terre sans qu’il lui arrive rien. Il y aura un massacre une semaine avant son arrivée, un tremblement de terre le lendemain de son départ et le bateau qu’il aura failli prendre fera naufrage. Tel autre qui habite la banlieue de Londres et ne va jamais plus loin que la City, vivra toutes sortes d’aventures. Il sera mêlé à des affaires louches : bandits, chantage, jolies filles, poursuites en voiture, que sais-je ? Il y a des gens qui attirent les naufrages : même s’ils ne prennent le bateau que sur un lac de plaisance, il leur arrivera quelque chose. De la même manière, les hommes comme votre Hercule Poirot n’ont pas besoin de chercher le crime, c’est le crime qui vient à eux. »

Sir Bartholomew Strange ne croit pas si bien dire car une mort survient, non pas à la fin de la soirée mais en son début, à l’heure des cocktails. Le sympathique révérend Babbington meurt en buvant son verre de vermouth. D’après la police locale et le médecin, le décès est certainement dû à une crise cardiaque et n’a pas d’origine meurtrière. Ce constat rassure tout le monde, excepté un petit noyau de personnes qui doute des faits sans pouvoir étayer leur suspicion. Ainsi se termine le premier acte…

Le deuxième acte nous mène à Monte-Carlo quand Mr Satterthwaite apprend par le Daily Mail que son ami Sir Bartholomew Strange vient de mourir dans les mêmes circonstances que le révérend Babbington, en portant à ses lèvres son verre de porto, lors d’une soirée donnée chez lui dans le Yorkshire, avec la plupart des invités qui étaient venus à Nid de Corneille. Mais dans cette nouvelle affaire, l’enquête a conclu que l’honorable Sir Bartholomew Strange est mort empoisonné.
La nouvelle à peine lue, que Sir Charles apparaît pour l’informer du décès et pour lui confier ses craintes. Il semblerait que dans leur entourage, un meurtrier tue ses victimes avec de la nicotine…

Comme dans une représentation théâtrale, les rebondissements s’enchaînent, nous ramenant de la Riviera par le train Bleu, en compagnie de Sir Charles, Mr Sattethwaite et… Mr Hercule Poirot qui quitte sa villégiature pour élucider cette sombre énigme.

Même si nous sentons l’aura d’Hercule Poirot à chaque page tournée, Agatha Christie donne à son héros un rôle « secondaire » car il n’interviendra que dans la troisième partie du livre, dans un chapitre intitulé « Hercule Poirot rentre en scène », pour clore cette tragédie en trois actes. Les investigations qui nous sont racontées sont menées par Sir Charles, Mr Sattethwaite et la délicieuse Miss Lytton Gore. Tous trois vont tuer l’ennui en jouant les détectives et en élaborant un « plan de campagne » pour regrouper les indices susceptibles de faire avancer l’enquête. Puis survient une troisième victime…

Trois morts, trois empoisonnements, et combien de mobiles ? Quels sont les liens qui réunissent les trois affaires ? et qui est le meurtrier ? Pour cette dernière question, nous n’avons que l’embarras du choix dans le vivier des invités et des domestiques.
Ce n’est qu’à la fin quand Hercule Poirot nous convie pour le baisser de rideau, à un sherry-party, que nous découvrons un scénario diabolique, savamment, habilement, orchestré.

Dans la chronologie des livres avec Hercule Poirot, ce roman vient après « Le crime de l’Orient Express ». Le détective a pris sa retraite et profite de l’argent qu’il a gagné. Dans un moment de partage avec Mr Satterthwaite, il se confie et lui parle de son enfance dans une famille pauvre, de ses débuts dans la police en Belgique, et de son arrivée en Angleterre alors qu’il avait été démobilisé pour blessure. Sincère et sans artifice, il avoue également jouer un rôle en se montrant précieux et ridicule afin de mieux tromper « l’ennemi »…

Je vous recommande cette passionnante enquête structurée comme une pièce ; amours, suspense et tragédie. A la fin, nous applaudissons.

 

 

 

 

 

 

A l’aveuglette


Juin en Angleterre avec Lou et Cryssilda
et
une année en Angleterre avec Titine

 

A l’aveuglette
Patricia Wentworth

 

Pour rendre service à son amie Ivy Hodge, Flossie Palmer accepte de se faire passer pour elle durant un mois chez Miss Rowland, où elle travaillera comme domestique. Dès le premier jour, la cuisinière l’informe des us draconiens de la maison, car toutes les tâches sont orchestrées à heures fixes et les rituels sont immuables. Miss Rowland étant malade et alitée, rien ne doit venir la perturber. Seule son infirmière personnelle fera le lien entre elle et la domesticité.
Le soir même, après avoir apporté le chocolat chaud, Flossie s’aventure dans un salon où elle admire tout le décorum. Les tentures en velours, les objets, le piano et l’immense miroir à l’encadrement surchargé de dorure.  Mais en poussant sa visite dans les profondeurs de la pièce, elle s’aperçoit que le miroir a fait place à un trou béant et que de cette bouche noire en sort un homme à la tête ensanglantée et au regard cruel. L’épouvante est telle que Flossie s’enfuie de la maison en courant…

Miles Clayton se retrouve sans argent après s’être fait voler juste avant d’arriver à Londres. Secrétaire particulier et homme de confiance d’un riche homme d’affaire New-yorkais, Mr. Macintyre, il a été mandaté pour rechercher une jeune fille de dix-neuf ans dont il ne connaît ni le nom, ni le prénom. Nièce et future héritière de son employeur, il n’a pour s’orienter qu’un vieux courrier, une adresse et le nom de la personne qui les hébergeait, elle et sa mère, vingt ans auparavant.

En pleine nuit, Flossie et Miles se retrouvent prisonniers d’un épais brouillard, incapables de faire un pas de plus. A l’abri dans l’embrasure d’une stèle, tous deux vont lier connaissance ; Flossie racontant le pourquoi de sa fugue et Miles expliquant sa mission. Miles la sermonnant d’être partie sans chercher une explication sur la fantasque apparition et Flossie se moquant de son impossible affaire qui s’annonce pire que de chercher une aiguille dans une meule de foin.
Rapprochement éphémère, au lendemain matin chacun s’en retourne à sa vie sans songer qu’un jour ils se reverront. Et c’est lors d’un dîner que tous deux auront la surprise de se rencontrer à nouveau ;
l’un en tant que convive, l’autre en tant que serveuse…

Pris en charge par un vieil ami, Ian Gilmore, agent au ministère des Affaires étrangères, Miles commence son enquête en mettant des annonces dans les journaux et Flossie qui a réintégré la maison de sa tante qui l’a élevée, apprend que son amie Ivy est entre la vie et la mort depuis qu’on a repêché son corps dans la Tamise. En retrouvant Miles, Flossie n’hésite pas à lui en parler...

Chez Miss Rowland, une nouvelle domestique a pris la place. Kay Moore, une jeune orpheline, semble tout aussi aventureuse et émotive que Flossie car en voyant la vieille dame pour la première fois, un malaise s’empare d’elle, et lorsque la nuit  d’étranges bruits la réveillent, elle ne manque pas d’aller fureter dans les couloirs. Elle découvre alors que les communs où logent les domestiques sont fermés à clef et qu’il lui est impossible de circuler ailleurs.

Flossie, Kay, Miles et une pléthore d’autres personnages sont pris dans une toile qui les mène tous vers une même histoire et un collier de perles noires. Des chassés-croisés providentiels, telles des synapses, les mettent en relation dès les premiers paragraphes et donnent un rythme impétueux, mais aussi théâtral et alambiqué. Ce n’est que dans la dernière partie que les intrigues prennent du sens, lorsque les mystères se dévoilent.
Qui est Miss Rowland ? Qui est l’homme passe-miroir ? Où est l’héritière ? et tant d’autres questions que l’on se ressasse…
Pour ce roman, Patricia Wentworth a été publiée en 1935. Elle plonge le lecteur dans une ambiance très anglaise du début du XXè siècle et décrit une classe ouvrière qui se montre moins timorée avec la bourgeoisie, plus impertinente. Un peu de romance et de noirceur gothique étoffent une intrigue policière assez plaisante. Il me plairait donc bien de lire d’autres livres de l’auteur…
A suivre !

Tableau de Albert Braitou-Sala

 

 

Rendez-vous avec le crime

Un livre offert par Babelio et les Éditions Robert Laffont
Une année en Angleterre avec Titine
Challenge polars avec Sharon

 

 

Rendez-vous avec le crime
Une enquête de Samson et Delilah,
les détectives du Yorkshire
Julia Chapman

 

De retour dans sa petite ville natale après quatorze ans d’absence, Samson O’Brien redécouvre Bruncliffe ; les vallons, la campagne bordée de murets en pierre, les falaises crayeuses, les manufactures abandonnées et l’animosité des habitants. Au premier coup d’œil, il semblerait que peu de choses aient changé, sauf que son père a vendu la vieille ferme pour habiter une résidence pour le 3ème âge et qu’il ne reverra pas son meilleur ami Ryan mort au combat en Afghanistan.
Lorsqu’il pénètre le pub, un uppercut l’accueille et le laisse inconscient quelques petites minutes. C’est un direct droit de Delilah Metcalfe, la petite sœur de Ryan, qui ne lui a pas pardonné de les avoir abandonnés sans une explication et de ne pas avoir donné de nouvelles durant toutes ces années. (La liste des rancœurs qu’elle partage avec le reste des Metcalfe est longue !)
Depuis son divorce, Delilah essaie de maintenir son agence de rencontre que la banque risque de saisir. Ensevelie sous les dettes de son ex-mari et pratiquement ruinée par le rachat de ses hypothèques, elle se voit obliger de louer une pièce de ses bureaux pour renflouer la caisse. La surprise est totale, lorsqu’elle apprend par son banquier que son nouveau locataire n’est autre que Samson qui souhaite ouvrir une agence de détective… A.R.V. l’agence de rencontre des Vallons, devient aussi l’agence de recherche des Vallons.

Leur cohabitation fait taire pour quelques temps tout un passif de reproches et de secrets. Si Samson n’est pas le bienvenu à Bruncliffe, il est quand même sollicité pour mener une enquête. On a découvert le cadavre de Richard Hargreaves. La police locale annonce un suicide, mais la mère du défunt est persuadée qu’il s’agit d’un crime.
Ancien flic de Londres, aux intuitions acérées, Samson relève immédiatement les incohérences des premières investigations et le doute n’est plus permis quand on lui annonce une deuxième mort… Tom Alderson meurt tragiquement écrasé par son quad. Un suicide, un accident, Samson ne tarde pas à lier les deux morts qui le mènent à l’agence de rencontre de Delilah, car les deux hommes venaient de participer à une soirée de speed-dating organisée par la jeune femme.
De son côté, Delilah, qui a fait le parallèle, ressort les dossiers de ses clients et commence à chercher le moindre petit indice.

Après des retrouvailles houleuses, Samson et Delilah s’associent le temps de l’enquête, et leur complicité renaît. Deux morts suspectes et bientôt une troisième… le meurtrier n’a pas l’air de vouloir s’arrêter ! La petite ville de Bruncliffe n’a rien à envier aux grosses métropoles ; on ne s’ennuie guère. En arpentant la campagne sur sa Royal Enfield, Samson va vite le reconnaître !

Premier tome d’une série, je découvre avec plaisir un duo de nouveaux enquêteurs qui officieront dans la campagne du Yorkshire. Suspense, humour, action, amitié sont les composants d’un sympathique roman policier, auxquels pourrait bien se greffer de la romance… Avec des personnages attachants, aux caractères bien affirmés (Samson, Dalilah, les habitants de Bruncliffe, Calimero le chien) et le sombre passé de Samson dans son rôle de flic intégré dans la mafia, l’intrigue bien amenée et dynamique nous tient captif. Dans ce premier épisode, l’auteur qui prend le temps d’implanter le décor, l’ambiance et la société typiquement anglaise, nous laisse présager à la fin que la suite des aventures sera pleine de tempérament.
Je vous recommande donc ce roman qui j’espère tiendra ses promesses…

Vous trouverez d’autres avis chez Hilde, Sharon, Bianca, Alex

 

Une image prise « ici »

 

 

Le couteau sur la nuque


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Challenge Polars de Sharon

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Le couteau sur la nuque
Agatha Christie

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Cette fois-ci, le capitaine Hastings nous rapporte une affaire bien retorse dont le dénouement avait donné beaucoup de mal à Hercule Poirot. « Le petit détective Belge » s’était fourvoyé dans ses déductions et avait orienté l’inspecteur Japp de Scotland Yard sur de mauvaises pistes. La tragédie mettant en scène de grands noms de l’aristocratie et du monde du théâtre, l’intérêt du public avait été maintenu par les nombreux actes qui avaient ponctué l’histoire ; trois meurtres et une pendaison…

Je vais juste vous raconter les premières pages et vous situer dans la chronologie. Hastings est revenu d’Argentine pour quelques temps et Poirot semble un peu s’ennuyer. L’histoire se passe au début de l’été, à Londres, mais il est aussi question de la France et de l’Amérique au fil de l’enquête.

Tout commença au théâtre où Poirot et Hastings étaient venus voir Carlotta Adams, une actrice Américaine à la carrière prometteuse. Ses multiples talents allaient du comique à la tragédie, en passant par des imitations. Parmi tous les portraits qu’elle proposait avec plus ou moins de mordant, il y avait la caricature d’une célèbre comédienne, Jane Wilkinson. La jeune femme en question avait quitté momentanément la scène pour épouser le baron Edgware et, après trois ans d’une union houleuse faite de séparations, elle s’apprêtait à le quitter, clamant à tout le monde qu’elle aimerait en être débarrassée. Ce soir d’avant-dernière représentation, elle était dans la salle à rire des pitreries de Carlotta et à saluer son intelligence et sa finesse.
C’est plus tard dans la soirée au restaurant de l’hôtel du Savoy que Poirot et Hastings rencontrèrent Jane, Lady Edgware, qui était à une table voisine de la leur. Invités à la suivre dans sa suite, elle leur fit part d’une requête en réitérant son vœux le plus cher : « Se débarrasser » définitivement de son mari qui lui refusait toute rupture. Lorsque Poirot avait sursauté en lui faisant la remarque que le terme « débarrasser » définissait une suppression bien plus radicale qu’un divorce, Jane avait répondu en riant qu’elle en avait tout à fait conscience…
La demande voulait que Poirot intercède auprès de son mari pour qu’il lui accorde le divorce le plus rapidement possible car elle était amoureuse du duc de Merton qui était prêt à l’épouser.

Pour les beaux yeux de Jane, pour la sympathie qu’elle suscitait, pour l’extravagance de la mission, ou tout simplement pour se divertir, Poirot accepta et prit rendez-vous avec Lord Edgware qui ne tarda pas à le convier.
De cette rencontre, il en était reparti satisfait et troublé par tant de facilité, car Lord Edgware avait lui aussi émis le souhait d’une séparation définitive et avait parlé d’une lettre qu’il aurait envoyée à sa femme, six mois auparavant à Hollywood, pour lui confirmer son accord. La lettre se serait-elle égarée ?
Cette lettre disparue qui avait dès le début intrigué Poirot, avait été l’un des nombreux points à élucider.

Une enquête ? Le lendemain de l’entrevue, Poirot était sollicité par l’inspecteur Japp pour l’assister dans une enquête. On venait de découvrir Lord Edgware assassiné, un coup de poignard dans la nuque. Ainsi commence l’affaire…

Si les soupçons des policiers désignent la frivole et infidèle Jane, très vite, ils doivent lister d’autres suspects car Jane a une pléthore de témoins irréprochables qui lui servent d’alibi. A qui profite le crime ? Il faut préciser que le défunt était détestable ! Manipulateur et sadique, il était haï par toutes les personnes qui l’entouraient. Sa fille, son neveu héritier du titre et des biens, sa secrétaire, son majordome, l’amant de sa femme ? Il y a de quoi faire ! jusqu’à imaginer la comédienne Carlotta Adams dans le rôle de l’assassin et peut-être même, son ami le comédien Bryan Martin.
Les petites cellules grise d’Hercule Poirot vont beaucoup réfléchir au machiavélisme de l’affaire, le capitaine Hastings essaiera de suivre ses raisonnements et l’inspecteur Japp va en perdre son latin, surtout qu’un deuxième et un troisième meurtres suivront.

Japp désespéré de la tournure de l’enquête se plaint à Hastings du comportement de Poirot :
« – Je l’ai toujours trouvé un peu bizarre, dit Japp. Il a une façon très particulière et très étrange d’envisager les choses. C’est une espèce de génie, je le reconnais, mais on dit bien que le génie se situe à la frontière de la folie et qu’il est susceptible d’y basculer à tout moment. Il a toujours aimé les choses compliquées. Une affaire simple ne le satisfait jamais. Non, il faut qu’elle soit tortueuse. Il n’adhère plus à la réalité. Il joue son propre jeu. Comme une vieille dame qui fait des patiences. Si elle ne réussit pas, elle triche. Lui, il triche au contraire si cela vient trop facilement pour rendre les choses plus difficiles. C’est ainsi que je le vois… »

Ce roman publié en 1933  est la huitième des enquêtes d’Hercule Poirot dont les lectures sont de réels plaisirs ! L’intrigue passionnante est relatée par Hastings et sa personnalité franche, ingénue, bonne et fidèle, donne le ton. Lorsque John Watson rapporte les déconvenues de Sherlock Holmes, il le fait avec beaucoup moins d’indulgence. Hastings vénère Poirot et n’hésite pas à nous le témoigner.
Le dénouement surprend moins que la trame qui est tissée de façon à nous perdre. Il est difficile de sonder les personnages car les apparences sont toujours trompeuses.
Une histoire de plus à recommander !

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La quiche fatale


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Policier avec Sharon

 

La quiche fatale
Agatha Raisin enquête.
M.C. Beaton

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Nous sommes à Carsely, un charmant petit village dans les Midlands de l’Angleterre. Tout y est comme sur les cartes postales, très pittoresque et préservé : des cottages en pierre avec des toits en chaume et des jardins fleuris, une belle campagne vallonnée, des sentiers ombragés, des vieilles églises et quelques châteaux à visiter… Ce coin paradisiaque, un peu suranné, a depuis longtemps séduit notre héroïne Miss Agatha Raisin qui l’estampille de trois critères : « beauté-tranquillité-sécurité ».

A cinquante-trois ans, Agatha Raisin a décidé de vendre son agence de relations publiques et de prendre une retraite anticipée dans ce coin paisible des Cotswolds, loin de l’hyperactivité de Londres. Un cottage remis à neuf par un décorateur, dans un style bucolique et romantique, une bicyclette pour entretenir la forme et une panoplie de sourires et d’amabilités pour sympathiser avec les « autochtones », elle s’imaginait être en totale harmonie avec l’ambiance. Mais au bout d’une semaine, après avoir échoué dans ses approches amicales et écumé tous les sites touristiques de la région, elle plonge dans un profond ennui. Que lui ont-ils souhaité à l’agence le jour de son départ ? Ah oui ! qu’elle se dégote « un gentil fermier » pour passer le temps. Seulement ce n’est pas facile à trouver et l’espèce masculine agglutinée au pub n’est guère encourageante.

C’est en faisant ses courses à l’épicerie-bureau de poste du village et en lisant une affichette punaisée au mur que l’idée lui vient. Elle pourrait avoir une certaine reconnaissance si elle remportait le concours de quiches organisé par le village ! Le fait de ne pas savoir cuisiner n’étant pas un problème essentiel pour elle, Agatha part acheter chez un traiteur réputé de Londres une magnifique quiche aux épinards qu’elle arrange pour faire croire qu’elle est de sa composition. Seulement, il va y avoir comme un petit ennui… L’honorable major Cummings-Browne, chargé d’attribuer le prix, meurt le soir même après avoir pris une collation avec les restes de la quiche aux épinards d’Agatha.
Empoisonnement à la ciguë aquatique, plus communément appelée le persil des marais, elle est accusée de meurtre le temps des prémices de l’enquête menée par un jeune lieutenant de police, Bill Wong, qui l’innocente très vite.

Donc, comme le dirait Hercule Poirot dans une de ses histoires, si ce n’est pas elle qui a tué le major, qui l’a tué ? Malgré les objections de Bill Wong, Agatha s’investit dans l’enquête et fait craqueler le vernis bien lisse de ses nouveaux voisins.
« Beauté-tranquillité-sécurité » ?

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Agatha Raisin n’est pas une Miss Marple. Elle est une femme non conventionnelle, massive, très directe, qui inspire peu la sympathie à son voisinage. Pourtant sous cette carapace qu’elle s’est façonnée depuis son enfance, elle a un cœur marshmallow recouvert de liberty. Ce petit village dans lequel elle veut se retirer, elle l’a rêvé. Fille de la ville, elle recherche dans cette campagne des racines terriennes et le label racé qui lui fait défaut. Bien entendu, rien ne se passe comme prévu (surtout lorsqu’on n’est pas un natif du coin) et le roman raconte aussi bien ses mésaventures sociétales que ses investigations sur le meurtre commis.
Une trame classique pour ce premier tome de la série, peut-être trop, sans dénouement spectaculaire, et une kyrielle de personnages qu’il est parfois difficile de restituer dans l’histoire lorsque notre attention papillonne, ce livre reste quand même une lecture agréable qui ne se refuse pas. Il a le mérite de me donner envie de lire un Agatha Christie et de faire une quiche aux épinards…
Je lirai certainement la suite.

 

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Agatha Raisin, série télévisée

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