La cycliste solitaire

Mois anglais avec Lou et Titine
Challenges Policiers historiques avec Sharon et Petit Bac avec Enna

 

 

La cycliste solitaire
Le retour de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

John Watson nous rapporte cette fois-ci une histoire qui ne tire son intérêt que dans sa mise-en-scène et son humour pince-sans-rire. Sans grande envergure, il arrive toutefois à nous la rendre particulière car il joue de son rôle de narrateur en nous dépeignant des actions ridicules où tout le monde en prend pour son grade… La lecture est alors très visuelle et s’aligne plus sur la commedia dell’arte que sur la trame habituelle d’une chronique criminelle.
Il commence par nous dire que dans ses écrits, il y a différentes affaires. Celles qui sont complexes, sanglantes, et qui plaisent au public et puis d’autres qui n’ont rien de spectaculaire, sauf qu’elles ont une cocasserie pétillante.

Londres 1895,
Mlle Violet Smith est une jeune femme impétueuse qui sait se faire entendre. Elle arrive un jour au domicile de Sherlock Holmes en lui proposant de se pencher sur un fait bien étrange… Elle s’impose presque, face à un détective déjà accaparé par une enquête et un peu agacé de voir une demoiselle aussi « énergique ». Tel est l’adjectif qu’il utilise pour la décrire. Sans cérémonie, il la fait taire et lui prend d’office sa main pour l’étudier, montrant ainsi ses capacités d’analyste. Dans la texture de la peau, il voit que c’est une sportive et une musicienne. Et en effet, Mlle Violet est professeur de musique et fait du vélo…

Elle raconte qu’à la mort de son père, elle s’était retrouvée avec sa mère sans argent en quête d’un emploi. De condition plus que modeste, elle avait accepté de donner des leçons de musique particulières à la fille d’un ami de son vieil oncle parti en Afrique du Sud pour faire fortune. Le pauvre homme était mort dans la misère en s’inquiétant de sa parenté en Angleterre et avait chargé deux de ses connaissances d’aller rendre visite à cette nièce qu’il ne connaissait pas et qui était la seule descendante de la famille.
C’est ainsi qu’elle avait rencontré Messieurs Carruthers et Woodley. En se rendant compte de sa pauvreté, le premier avait proposé de l’embaucher. Charmant, très gentleman, il était la figure contraire du second, un homme rustre et concupiscent.

Dans la maison de Mr Carruthers, Violet s’y sent bien et son élève est une jeune fille délicieuse. Perdue dans la campagne de Charlington, la propriété est loin de la gare la plus proche et c’est donc à bicyclette que tous les samedis, elle s’y rend pour prendre le train de Londres où elle retrouve sa mère. Un travail agréable, une petite rentrée d’argent, un fiancé ingénieur qui bâtit sa carrière dans l’électricité, tout serait idyllique si Mr Woodley ne venait pas aussi souvent la voir. Son comportement et ses regards déplaisants incitent alors Violet à envisager de démissionner de son poste.
Le point inquiétant, dans le genre « icing on the cake », survient tous les samedis lorsqu’elle se retrouve seule à pédaler sur le chemin qui la mène à la gare. Un homme, également sur un vélo, nanti d’une barbe noire très fournie et coiffé d’un chapeau, la suit sur le même rythme qu’elle, à une distance telle qu’elle ne peut voir les traits de son visage. Lorsqu’elle ralentit, il ralentit, lorsqu’elle s’arrête, il s’arrête. La singularité et le comique de la situation n’enlèvent toutefois pas l’impression de menace qu’elle perçoit.

C’est à Watson que Holmes confie les prémices de l’enquête. Il sera ses oreilles et ses yeux. Mais pas tout le monde peut se considérer détective et Holmes, déçu par les qualités de son ami, reprendra l’affaire en faisant une petite incursion dans la campagne de Charlington pour récolter informations et… quelques ecchymoses !
Qui est ce mystérieux cycliste, qui sont réellement Carruthers et Woodley, et Violet doit-elle craindre pour sa vie ? Le rideau est tiré…

Les histoires de Sherlock Holmes sont très différentes les unes des autres. Conan Doyle arrive à donner de la nouveauté dans chacune. Comme Watson nous le confie au début de la nouvelle, il y a celles qui font peur et celles qui font sourire. Le dénouement est heureux, mais il s’en est fallu de peu qu’il vire au tragique…
Une lecture plaisante et bucolique qu’il vous faut lire !

 

 

 

L’interprète Grec

Challenge Polars de Sharon,
une année en Angleterre avec Titine, et le
Mois anglais avec Lou et Cryssilda.

 

 

L’interprète Grec
Les mémoires de Sherlock Holmes

Arthur Conan Doyle

 

« J’en étais arrivé à croire qu’il était orphelin et sans famille, mais un jour je fus tout étonné qu’il se mit à me parler de son frère. »

Un soir d’été, John Watson apprend que son ami Sherlock Holmes a un frère plus doué que lui pour l’observation, et qu’il est peut-être encore plus froid, secret et insociable. A la suite de cette révélation, tous deux partent pour le club Diogène où Mycroft les attend avec son voisin, Monsieur Melas, un interprète Grec qui doit leur relater une étrange histoire.
Embauché par un certain Harold Latimer qui se montre rapidement menaçant quand il lui intime la plus grande discrétion sur cette affaire, Melas est chargé de traduire une conversation entre trois hommes ; Latimer, un comparse à lui et un homme qui semblerait être tenu prisonnier, le visage caché par des bandelettes. Melas, entre les questions des uns et les réponses de l’autre, comprend que l’homme est en fait Paul Kratidès, un Grec venu d’Athène pour voir sa sœur Sophie. Pourquoi le séquestre-t’on ? et qui sont ses geôliers ?
Renvoyé à Londres après qu’un incident ait interrompu la traduction, Melas ne tarde pas à confier à Mycroft les faits qui continuent à le bouleverser et à le maintenir dans l’angoisse.

Pour Watson, Holmes et Mycroft, les déductions vont bon train et toutes les mènent vers la même conclusion. Paul Kratidès court un grand danger ! et peut-être bien que Melas, aussi…

Cette petite nouvelle extraite des mémoires de Sherlock Holmes donne la part belle à John Watson et Mycroft Holmes. Elle n’est pas une histoire très passionnante, même si le dénouement se montre cruel pour l’un des personnages. On ne retiendra que le début lorsqu’on découvre que Holmes a un frère aîné qui est aussi intelligent que lui et bien plus bourru. Il voue à son égard de l’admiration et dit franchement que ses facultés d’observation sont supérieures aux siennes. Cependant, Mycroft est beaucoup moins intrépide que son cadet et moins réactif. Leurs caractères se sont forgés dès leurs enfances, dans une famille conservatrice de petits propriétaires de campagne. A leur arbre généalogique, ils comptent une grand-mère française qui fut la sœur du peintre Vernet.
A travers les chroniques et l’intimité rapportée, il est intéressant de dresser petit à petit le portrait de Sherlock Holmes. Le cher détective prend alors une dimension plus humaine…

Des enquêtes à lire et à relire !

 


Scène extraite de la série télévisée Sherlock Holmes – Granada Télévision

 

 

La figure jaune


Challenge polars avec Sharon

40 nouvelles pour mars, avec Aymeline
Et mois Kiltissime de Cryssilda
Mes lectures avec Sherlock…

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La figure jaune
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

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« Norbury »… Le train mène Holmes et Watson vers cette ville du sud de Londres pour enquêter sur une affaire annoncée « délicate ». Le client Grant Munro, un prospère marchand de houblon, pense que sa jeune épouse pourrait être victime d’un chantage manigancé par son nouveau voisin, un homme secret qu’il n’a jamais vu et qu’elle rencontre en cachette. Depuis quelques jours, malgré le caractère enjoué et aimant de sa femme, une aura de mystères l’assombrit et émousse leur relation qui était jusqu’à présent idyllique.
Chantage ou infidélité, Munro souhaite que Holmes lui donne sa vision de l’histoire.

Watson débute cette chronique en précisant qu’il a toujours voulu se montrer honnête dans ses écrits et que sur la douzaine d’enquêtes où son ami s’est montré moins brillant qu’à son habitude, celle-ci en faisait partie.
Lorsque Munro se rend au 21 Baker Street, Holmes est dans une phase d’ennui profond où toute intrigue est bonne à prendre. Ce n’est pas la banale histoire d’un adultère qui émoustillera sa curiosité, mais un fait étrange, suffisamment curieux pour attirer son attention et le faire se déplacer… En approchant de la maison de son voisin, Munro a vu un personnage terrifiant derrière l’une des fenêtres. Le terme exact qu’il emploie est : « inhumain ». L’énigme prend alors une dimension bien ténébreuse…
Je vous laisse le plaisir de découvrir le fin mot de l’histoire qui est comme toujours, étonnant sur bien des points, surtout dans cette Angleterre très conservatrice. Vous partagerez alors la surprise avec Holmes et Watson !

« – Watson, si jamais vous avez l’impression que je me fie un peu trop à mes facultés, ou que j’accorde à une affaire moins d’intérêt qu’elle ne le mérite, alors ayez la bonté de me chuchoter à l’oreille : « Norbury ! » Je vous en serai toujours infiniment reconnaissant. »

Des nouvelles à recommander…

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Flamme d’argent

Challenge polars avec Sharon
40 nouvelles pour mars, avec Aymeline
Et mois Kiltissime de Cryssilda
Mes lectures avec Sherlock…

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Les mémoires de Sherlock Holmes
Flamme d’argent, Silver Blaze
Arthur Conan Doyle

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Dans les mémoires, le docteur John Watson continue à nous rapporter les enquêtes de son ami détective Sherlock Holmes. Cette première nouvelle, issue d’un recueil qui en compte douze, raconte la disparition du cheval Silver Blaze et la mort de son entraîneur John Straker.
Dans les landes rugueuses du Dartmoor, les indices mènent à accuser Fitzroy Simpson, un bookmaker qui aurait parié gros sur la course du Wessex Cup. Mais Holmes n’est pas d’accord avec les conclusions de l’inspecteur Gregory et partage ses doutes auprès de Watson. Invités sur place, il en faut peu pour que des suppositions étayent un tout autre scénario.
Le mystère est absolu, on ne sait vers qui se diriger, et le paysage est lugubre ; Watson écrit « un horizon monotone », mais beau. Fougères, marécages, ronces, cailloux, c’est la même terre que nous lirons plus tard dans le roman « Le chien des Baskerville ».
Le propriétaire, le colonel Ross ? Madame Straker ? L’entraîneur Silas Brown ? ou des bohémiens ? Ce sont les empreintes des sabots de Silver Blaze qui vont renseigner Holmes sur le caractère surprenant de l’affaire.

« Surprenant » est vraiment le mot car, je suis certaine que le dénouement déconcertera tout amateur d’intrigue ! L’originalité de l’histoire ne réside par dans un suspense haletant, ni dans l’ingéniosité criminelle, mais plus dans un sort du destin, une vengeance fatale…
Je vous recommande toutes les enquêtes de Sherlock Holmes !
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Joyeux Noël ! Histoires à lire au pied du sapin

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Un chalet à Noël avec Chicky Poo, Petit Spéculoos et Samarian

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Joyeux Noël histoires à lire

Joyeux Noël !
Histoires à lire au pied du sapin
Collectif
Clément Marot, Charles Dickens, Sylvain Tesson, Jules Laforgue, F.S. Fitzgerald,
Anton Tchekhov, Marvel Aymé, Guillaume Apollinaire, Guy de Maupassant,
Truman Capote, Blaise Cendrars

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Trois poèmes et huit histoires qui racontent la période de Noël. Si je ne m’attarde pas sur les poèmes, je tiens à vous parler de chaque nouvelle car elles sont toutes différentes… l’esprit, le style, l’époque, les lieux. Je les lis et je vous raconte en direct…

A la vue d’un arbre de Noël, Charles Dickens est fasciné par les décorations, des guirlandes d’objets scintillants, un vrai bric à broc. « Il y avait de tout, et même davantage. » Il sombre alors dans ses souvenirs et crée des délires fantastiques dignes des Contes des Mille et une nuits ou dignes d’une parade de cirque avec chanteurs, fanfare et acrobates. Les images s’enchaînent par association, toutes bizarres et hétéroclites. Nous sommes dans une réalité fantasmée, presque cauchemardesque. Il se rappelle les arbres de son enfance… et les redécore de tout ce passé qui s’y bouscule ; le culbuteur menaçant, la tabatière d’où jaillissait un diablotin, le pantin qui gesticulait quand on tirait la ficelle, tous des êtres inquiétants, effrayants…
Plus qu’une nouvelle sur Noël, c’est une sorte d’exorcisme !

Sylvain Tesson nous régale avec l’histoire d’un repas de Noël. Ils sont en Bretagne et ses mots sont beaux quand il la décrit tourmentée par le temps… « La Bretagne était un oursin mauve et blanc, hérissé de glace. La houle torturait l’océan. Le vent sifflait, coupé par les aiguilles des pins. Les rafales froissaient la lande, battaient au carreau. Le ciel ? En haillons. Des cavaleries de nuages chargeaient devant la lune… ». C’est un auteur que je lis et relis toujours avec beaucoup de bonheur, juste pour la musique de ses mots… « La ferme était bâtie au bord d’un talus surplombant la plage de Lostmac’h. Sur le côté du chemin, un menhir montait la garde depuis six mile ans. Le jour, la mer emplissait les fenêtres percées vers l’ouest. La nuit, il faisait bon écouter le ressac à l’abri des murs de granit. La satisfaction de contempler la tempête par la fenêtre, assis auprès d’un poêle, est le sentiment qui caractérise le mieux l’homme sédentaire, qui a renoncé à ses rêves. Au-dessus de la porte, l’aphorisme de Pétrarque gravé dans le linteau renseignait le visiteur sur notre idée du bonheur : Si quis tota die currens, pervenit ad vesperam, sais est. »
Autour de la table, ils sont dix, tous, sauf un, racontent des anecdotes sur le monde des fées. C’est un soir où la magie s’installe légitimement. Il y a l’histoire des ombres des fées, les histoires sur ces bateaux qui en pleine tempête sont guidés par des lumières qu’on appelle le « halo des fées », l’histoire de ce pauvre fou à Plouharnel qui le soir du réveillon va jouer du violon dans la lande pour elles, l’histoire du curé qui… une lampée d’armagnac, une deuxième… Et Pierre, l’ami, le voisin, qui crie pitié pour ne plus entendre ces idioties ! Le monde de Merlin c’est foutaises et contes pour enfants. Il n’y croit pas et ça l’énerve !…
La nouvelle de Sylvain Tesson continue sur le lendemain. Lorsqu’il se réveille chez lui, Pierre est très perturbé et téléphone à ses amis pour qu’ils viennent. Il sait maintenant qu’il y a des choses qu’on ne pourra jamais expliquer, il y a des choses qui remettent tout en question…
Une excellente nouvelle parfaite pour être lue le soir de Noël. J’ai beaucoup aimé.

Francis Scott Fitzgerald nous transporte à Hollywood, dans l’industrie cinématographique. Ce n’est pas vers le rêve qu’il nous mène, mais vers un océan peuplé de requins. Le soir de Noël, Pat Hobby reçoit l’ordre de réécrire un script. Il sait que ce travail est sa dernière chance pour être titularisé et que le siège sur lequel il est assis est du genre éjectable. Une secrétaire qu’il ne connait pas vient taper son texte… Bien qu’elle soit jeune, il apprend qu’elle travaille depuis dix-huit ans pour le studio. Et à bien la regarder, belle mais prématurément vieillie, il devine toute la rancœur qu’elle a accumulée. Ce soir là, les bureaux sont vides et leurs solitudes, leurs désillusions, se rencontrent. Sous le sceau de la confidence, elle lui raconte un secret terrible concernant un homme puissant, qui pourrait faire trembler les fondations du studio. Un secret qui pourrait aussi leur ouvrir les portes de leurs rêves.
Le rêve de Patt ? Devenir producteur. Alors, est-ce que le Père Noël, Harry Gooddorf en l’occurrence, va accomplir ce souhait ?
Monde cruel ! et quelle avarice ! cette nouvelle a une triste morale. Mr. Scrooge me semble plus sympathique que ces hommes…

Anton Tchekhov raconte l’histoire de Vassilissa, une petite mère qui n’a pas vu sa fille depuis des années. Les lettres se font rares. A Igor l’aubergiste qui rédige sa lettre sous sa dictée, elle raconte le pays, elle lui envoie sa bénédiction et ses prières au Seigneur roi des Cieux. Que devient Iéfimia ? Mariée, a-t-elle maintenant des enfants ? Est-elle toujours à la ville ?…
Malheureuse histoire ! Je me demande pourquoi Tchekhov l’a écrite pour un conte de Noël. Iéfimia n’a pas oublié ses parents, elle ne peut simplement pas les revoir. Mais en cachette de son mari, elle raconte à ses trois enfants, ses parents, sa terre, la neige… en priant la Reine des Cieux, Mère Protectrice, de les emmener un jour là-bas.

Marcel Aymé envoie l’ange de Noël dans une garnison d’infanterie pour qu’il laisse les bonnes pensées sur la couche des soldats. L’adjudant Constantin va l’aider le temps de sa ronde et lui confier un présent pour la douce amie d’un soldat qu’il a fait mettre en prison pour insubordination.
Une nouvelle teintée de mélancolie, de féérie et d’un peu de bonheur.
« L’enfant de Noël prit de la hauteur, mais avant de filer dans le grand huit, il plongea la main dans sa hotte et fit neiger des fleurs du paradis sur le képi de l’adjudant Constantin qui se mit à rire dans le mois de décembre. »

Guy de Maupassant fait parler le docteur Bonenfant pour un souvenir de Noël. Après réflexion, il a un souvenir à narrer, mais pas le genre de souvenir qu’on s’attendrait à écouter ! Médecin de campagne, il fuit tout ce qui est obscurantisme et superstition, pourtant, un jour, il a vu un miracle la nuit de Noël.
Sur la route enneigée, le père Vatinel découvre un œuf étrange. Il le ramène à sa femme qui décide de se le préparer pour le repas. A peine l’œuf englouti que la pauvre femme est prise de contractions et de vomissements. Et toute la nuit, elle se débat et hurle de douleur, sans que le médecin puisse la calmer. C’est alors que le curé du village fait son entrée avec ses prières d’exorcisme… Mais rien n’apaise ses souffrances.
Prêtre et médecin se posent la question… et si on amenait la mère Vatinel à la messe le soir de Noël ?
Une nouvelle qui se lirait bien le soir d’Halloween !

Truman Capote a écrit un joli conte pour ce souvenir de Noël. L’histoire d’un petit garçon de sept ans qui suit la fantaisie de son amie… Ils décident de faire une trentaine de cake aux raisins, imbibés au whisky, et de les offrir aux personnes qu’ils aiment. Même Mr Roosevelt aura son gâteau ! A travers le regard de ce petit garçon, les scènes les plus extravagantes paraissent normales.
C’est beau, c’est magique et heureux, lorsqu’on est ce petit garçon… Le bonheur et la beauté de notre monde, seulement pour les enfants et les faibles d’esprit ? J’espère que non !

Blaise Cendrars fête Noël à Rio. C’est l’exotisme !
Je n’ai pas aimé cette nouvelle. Elle vient juste après celle de Truman Capote, et j’étais encore imprégnée de douceur et de tristesse. Rio, je me le destine pour une autre fois !

Je vous recommande ce petit livre pour décembre. Comme je vous le dis précédemment, j’ai beaucoup aimé l’écriture de Sylvain Tesson et celle de Truman Capote. Leurs histoires sont vraiment dans l’ambiance Noël !

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Les cinq pépins d’orange

logomoisanglais15logo british mysterieslogo XIXème 2«XIXème siècle» de Fanny
«British Mysteries» de Lou et Titine

Mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda, 1er billet

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les cinq pépins d'orangeLes cinq pépins d’orange
Les aventures de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

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Londres, septembre 1887,

John Watson rassemble ses notes. Il regrette de ne pas avoir retranscrit toutes les enquêtes de son ami Sherlock Holmes même si celles qu’il a racontées sont des plus passionnantes. Certaines ont été faciles à résoudre, d’autres plus ardues. Certaines n’ont pas eu de dénouement et d’autres l’ont rempli d’amertume… comme celle des cinq pépins d’orange.

Septembre est venteux, froid, il n’incite pas à baguenauder dans les rues. Holmes n’attend personne, mais la clochette annonce une visite. C’est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui demande conseil pour une affaire étrange (toutes les affaires sont étranges !), Scotland Yard n’ayant pas voulu le prendre au sérieux.
Son oncle Elias Openshaw qui était parti en Amérique et qui avait combattu dans l’armée sudiste aux côtés du général Lee lors de la guerre de Sécession, est revenu en Angleterre avec une belle fortune. N’ayant aucun héritier, c’est vers son neveu John qu’il s’est retourné, lui demandant de venir le rejoindre dans sa demeure pour faire plus ample connaissance. John découvre alors un homme taciturne, secret et peu sociable, mais s’en accommode très bien les années passant… C’est juste avant la mort d’Elias que John prend mesure de tous les mystères qui l’entouraient. Celui-ci a reçu une lettre avec cinq pépins d’orange. Une phrase sibylline signée KKK et cinq pépins d’orange qui l’ont épouvanté et fait brûler des papiers qu’il tenait cachés.

« Mettez les papiers sur le cadran solaire. »

A ce stade de l’histoire, Watson ne sait que penser et Holmes dodeline de la tête, attentif aux moindres faits… A la mort d’Élias, survenue très rapidement après la missive, l’héritage est allé au père de John, qui moins de deux ans après, reçoit à son tour le même courrier contenant les cinq pépins d’orange… Fatalement, la menace qui fut prise comme une plaisanterie mena le cher homme à sa mort.
John étant le dernier successeur, c’est à présent à lui que la missive est adressée.

Holmes renvoie le jeune homme chez lui et entreprend son enquête sans plus tarder. Mais… mais il est déjà trop tard pour John Openshaw car le KKK va encore frapper. Quelles sont ces trois initiales et quelle est la signification des cinq pépins d’orange ?

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Nouvelle extraite des Aventures de Sherlock Holmes, l’enquête est d’abord sortie dans le Strand Magazine en 1891.
Cette triste affaire relate l’assassinat de trois Openshaw et un dénouement bien affligeant qui restera dans les annales comme un échec cuisant. En effet, même si Holmes élucide le mystère rapidement, il n’a pas su protéger John et n’a pas pu appréhender les criminels. Justice sera faite, mais le châtiment ne sera pas rendu par les hommes.
Ce dernier point chagrine Holmes, plus peut-être que la mort de son client. Watson nous le montre affligé, suspendu entre deux émotions, l’orgueil et la contrition : « Je souffre dans mon orgueil, Watson ! C’est un sentiment mesquin, peut-être, mais je souffre dans mon orgueil. J’en fais à partir de maintenant une affaire personnelle ; si Dieu le veut, je liquiderai ce gang. Dire qu’il est venu pour que je l’aide, et que je l’ai envoyé à la mort !… »

Un plaisir de lecture !

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D’autres billets chez Belette,

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sherlock4.

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Si tu manges un citron sans faire de grimaces

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Le mois espagnol de Sharon
Challenge à tous prix d’Asphodèle

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si tu manges le citron sans faire de grimacesSi tu manges un citron sans faire de grimaces
Sergi Pàmies

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Un titre et une couverture qui font sourire. Pourtant, les nouvelles de Sergi Pàmies ne sont pas marrantes. Un citron, c’est acide, ça pique.
Dans ce petit recueil, il raconte vingt histoires d’inégales longueurs. Brèves ou un peu plus denses, elles n’ont de lien commun que les maux de notre époque. Pris dans un étau, les personnages survivent et expriment leurs anxiétés et leurs désamours. Poétiques ou très concrètes mais proches de la démesure, donnant une vision abstraites et fantasmée, les histoires s’implantent dans les familles et effilochent les liens.

Il y a cet homme qui abandonne sa vie en se suicidant et qui contemple sa famille de son « autre vie ». Le constat est amer car après les larmes de circonstance, tous paraissent plus libres, plus joyeux. Étrangement, il en éprouve du bonheur pour eux. Il n’y a aucune rancœur dans cette nouvelle.
Il y a cet écrivain qui mêle à sa fiction de carnages, des affaires personnelles. Des écrits plein de digressions ; il intègre son père dans « Notre guerre ».
Puis les gouttes d’eau… un joint mal mis, érodé, un robinet qui fuit… symbolique d’une famille ou du temps qui passe.
Le monospace. Le regard des voisins, l’envie, le jugement, l’amour propre et l’absurde. Lorsque les relations humaines passent par la représentation, le matériel.

Chaque nouvelle distille ses métaphores, au lecteur de les reconnaître et de les chercher dans sa propre vie. Certaines font mouche, d’autres sont plus languissantes… Il est dit sur la quatrième de couverture que ce livre regroupe les nouvelles les plus noires du registre de l’auteur. Les « héros » sont désabusés, la « vanité » est égratignée.

Sergi Pàmies est journaliste à El Pais, écrivain et traducteur. Pour ce huitième livre écrit en catalan, il a reçu le prix Premi Setenil en 2007. Sur mon chevet j’ai également « Le dernier livre », un recueil de nouvelles plus drôles mais toutes aussi cruelles…
A suivre !

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sergi pamies

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Une affaire d’identité

logo XIXème 2logo british mysteriesUne lecture commune avec Caro, Shelbylee et Aymeline « Challenge XIXème siècle » de Fanny
« Challenge British Mysteries » de Lou et Titine

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une-affaire-d-identiteUne affaire d’identité
Les aventures de Sherlock Holmes
Conan Doyle

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« – La vie, mon cher, est infiniment plus étrange que tout ce que l’esprit humain pourrait inventer ! Il y a certaines choses que nous n’oserions pas concevoir, et qui sont pourtant de simples banalités de l’existence… »

Quand Holmes parle de ces « choses » à son ami Watson, il ne pouvait pas trouver mieux pour justifier ses dires que l’affaire qu’on allait lui proposer… banale et tortueuse.
Mary Sutherland, une jeune femme désespérée, souhaite retrouver son fiancé Hosmer Angel qui a disparu juste avant le mariage, en lui faisant promettre fidélité… quoi qu’il devait arriver. La promesse ne fut pas difficile à donner car Mary voit en Hosmer le preux chevalier de ses rêves. Habitant toujours sous le même toit que sa mère et son beau-père, James Windibank, un homme très sévère qui lui interdit les sorties, elle n’avait jusqu’à présent jamais eu l’opportunité d’être vraiment courtisée. Encouragée par sa mère lors des absences de ce dernier, Mary put mener à bien cette idylle qui devait aller jusqu’aux noces.
Watson se doute bien que tout commence à s’imbriquer dans l’esprit de son ami qui résoudra l’affaire très rapidement… le lendemain.

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Troisième nouvelle des Aventures de Sherlock Holmes, « Une affaire d’identité » est comme les précédentes, courte et machiavélique. Les supercheries, toutes bêtes, médiocres soient-elles, sont le début des affaires criminelles les plus importantes. Le scélérat qui se joue des sentiments de Mary est promu à un avenir des plus noirs. C’est le constat prononcé par Holmes à la fin de l’intrigue.
Si cette affaire n’a pas de panache, elle souligne une fois de plus du formidable raisonnement de notre détective ! Le plus petit indice raconte une histoire… On découvre également dans cette enquête qu’il est prêt à déclarer forfait par compassion. Il ne veut surtout pas révéler la vérité à Mary pour ne pas la peiner davantage.

Toujours aussi séduites par le personnage, enchantées par cette époque, nous continuons notre lecture commune avec « Le mystère du Val Boscombe »… avec Caro, Shelbylee et Aymeline.

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Tangente vers l’est

Un livre offert par Lou
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Maylis de Kerangal

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De Moscou à Vladivostok, 9 288 kilomètres.

Aliocha est un jeune conscrit d’une vingtaine d’années qui doit effectuer son service militaire en Sibérie, le pays du goulag. Le nez écrasé contre la vitre du Transsibérien, à l’écart de ses camarades, il voit défiler le paysage. Plein de peur et de colère, il songe à sa désertion. Tout, sauf la Sibérie ! Le voyage est long, violent, les étapes dans les stations sont peu fréquentes et surtout surveillées par Letchov, le garde chiourme. Il est impossible de s’évader.
Hélène est une française d’une trentaine d’années qui fuit Anton, l’homme qu’elle aime. Elle abdique car elle ne le reconnait plus, elle ne veut plus de cette vie, de cette Russie qu’elle avait idéalisée. Elle part vers l’est, par ce train qui n’en finit pas d’avaler les distances.
Aliocha et Hélène vont se rencontrer dans le couloir du Transsibérien. Deux solitudes qui s’accostent, très peu de mots dans la fumée de leurs cigarettes, des présentations primitives, Moi Aliocha, Moi Hélène, des sourires timides, le regard maternel et sensible de la femme, le regard fiévreux et violent de l’homme-enfant. La nuit s’étire, très longue, pesante et chaloupée.
Aliocha ne se trompe pas lorsqu’il retient fermement Hélène. Il sait qu’elle peut lui venir en aide. Elle est son seul recours. Le message passe dans des mots aboyés, essoufflés, gutturaux. Si elle ne les comprend pas, elle en devine l’intensité. Elle aurait pu se débattre, crier, mais elle l’invite à se cacher dans son compartiment de première classe, touchée par son angoisse, séduite par sa fierté. Ne fuit-elle pas, elle aussi ?!
Il n’y a aucune ambiguïté à ce geste. Peut-être le regrettera-t-elle, peut-être que non.

« Le paysage défile maintenant par les ouvertures de la cellule grise qu’ils ont occupée ensemble, à touche-touche, unis dans les mêmes soubresauts, dans les mêmes accélérations et les mêmes ralentissements, où ils ont mélangé la fumée de leurs clopes et la chaleur de leurs souffles. Aliocha retient sa respiration, il n’est pas suppliant, il n’est pas une victime, il est comme elle, il s’enfuit, c’est tout. La femme pose ses yeux dans ceux du garçon – une clairière se lève dans le petit jour sale, très verte -, se mords les lèvres, suis-moi. »

Le voyage est sans fin jusqu’à la limite, Vladivostok. Bientôt Irkoutsk, le lac Baïkal, d’autres gares… et Tchita, la caserne, « la ville des exilés ». Arriveront-ils à la dépasser ? Plus loin, il y a la mer et leurs libertés.

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« Tangente vers l’est » est une superbe histoire qui raconte l’aventure de deux âmes perdues, un train mythique et un pays vaste et acéré. C’est le mystère russe, son romantisme et ses ambivalences, c’est un suspens qui compresse le souffle et qui ralentit le rythme de la lecture, ce sont des mots poètes, des mots-images, des mots passionnés, c’est une amitié, un amour, une reconnaissance, un sauvetage, une folie alliée à du courage et du tempérament. L’histoire est d’aujourd’hui, mais elle aurait pu être d’une autre époque. Le roman est court avec de belles phrases, sans vrais dialogues, à deux voix, à deux sensibilités, deux nationalités.
Entre Aliocha et Hélène, les gestes sont beaux, attentifs et prévenants, ils sont ceux d’une mère avec son enfant, d’une femme qui mate son futur amant, ceux aussi d’un garçon qui cherche protection et d’un homme captivé qui vibre… C’est sensuel, pudique et intrigant.

J’ai beaucoup aimé et je vous le recommande.

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D’autres billets chez Sharon, Mango, Philisine,

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On ne va pas se raconter d’histoires

Logo_BabelioUn livre offert par les Éditions Stock dans le cadre des Masses Critiques Babelio.
Avec mes remerciements…

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on ne va pas se raconter d'histoiresOn ne va pas se raconter d’histoires
David Thomas

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« Sort-on jamais de nos montagnes ? ». Nous pouvons passer toute une vie, la tête enfouie, à parcourir des galeries souterraines, à rechercher le moindre petit faisceau de lumière. On peut se perdre, mais il faut toujours continuer à avancer…
Doute,
fébrilité,
quête…
« C’est le travail de toute une vie ».

Une vie, deux vies… « Ma femme me laisse avoir deux vies. Une le jour et une la nuit. Elle se couche toujours plus tôt que moi, mais elle ne dit rien quand je reste encore éveillée trois ou quatre heures. Elle sait que c’est pendant ces moments-là que j’écris le plus et le mieux. Mais parfois, elle me demande de venir me coucher en même temps qu’elle, pour m’avoir à ses côtés quand elle s’évanouit dans le sommeil. Alors je le fais. Une fois qu’elle est endormie, je reste à côté d’elle, même si mon ordinateur me siffle de venir le nourrir de ce qui me passe par la tête. Quelque chose me dit que je suis plus utile contre son dos. »
Confidence,
d
élicatesse,

tendresse,
ou simplement le pur amour.

Les histoires sont courtes comme un paragraphe, comme deux pages ou quatre pour la plus longue, et racontent avec humour,
légèreté,
fantaisie,
fragilité
et causticité, des instants de vie d’hommes et de femmes.

Ils sont jeunes, vieux, seuls, en couple, bien ou mal accompagnés, en décomposition, en analyse, en expectative, heureux, déconfits, désireux de poursuivre, las d’un quotidien sinistré ou fade, et s’attardent dans ces « instantanés ». Leurs réflexions sont les nôtres. Nous avons tous vécu
leurs petits bonheurs,

leurs solitudes,
leurs vides,
leurs souvenirs d’enfance,
leurs désenchantements,
leurs déclarations d’amour,
leurs évidences…

Il est doux de voir à travers une nouvelle, un homme se réfugier dans son cache-nez pour retrouver sa mère, comme s’il se lovait sur sa poitrine… Il est rentré dans une parfumerie, a demandé à la vendeuse de vaporiser son écharpe d’un parfum spécial, il s’est trouvé un square tranquille, s’est assis, a attendu, a fermé les yeux, s’est enseveli dans l’écharpe et s’est rappelé. Besoin de sécurité, d’amour… Maman, j’ai mal à l’âme, tu me manques…

Il y a aussi l’histoire de cette vieille dame qui a connu les horreurs de la guerre, la déportation, deux veuvages, qui a élevé seule ses enfants… toute une vie à trimer… Ils la voient vieille, elle est désormais sur le banc de touche. « Pour un dimanche d’octobre il fait encore beau et doux, ils se disputent pour une histoire de projet de loi concernant une taxe à 1,3% sur l’épargne. Ils disent tous les trois qu’ils ont peur de l’avenir. Je les ai toujours entendus dire ça. Sans doute estiment-ils que je suis trop vieille pour me demander ce que j’en pense, alors je leur propose de se resservir une tasse de thé. » Une vision juste de notre monde, de la peine et beaucoup d’élégance.

Et cette femme qui tombe de vélo et qui se retrouve aux urgences… Son mari est fort, un roc, il garde son calme alors qu’elle pisse le sang. En fait ? et elle ne s’en doute pas … il s’en fout. Tout simplement, il s’en fout. Il est « insensible ».

Un repas entre amis qui s’étire, et, au « digestifs + digestifs + digestifs », qui prend des voies impudiques et lascives.

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C’est impitoyable, intelligent, très bien raconté, précis, si sensible et criant. C’est parfois mélancolique, désabusé, mais souvent drôle. L’éventail déployé nous offre tant de sentiments et d’expériences mâtures et infantiles ! Les histoires se succèdent toutes différentes, on les pénètre, on les reconnaît car elles sont des images de notre société, notre entourage, nos maisons. Ce recueil de nouvelles est délicieux !

Un livre que j’ai plaisir à vous recommander…

D’autres billets chez Jérôme, Noukette, Moka,

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hopperEdward Hopper

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