La figure jaune


Challenge polars avec Sharon

40 nouvelles pour mars, avec Aymeline
Et mois Kiltissime de Cryssilda
Mes lectures avec Sherlock…

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La figure jaune
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

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« Norbury »… Le train mène Holmes et Watson vers cette ville du sud de Londres pour enquêter sur une affaire annoncée « délicate ». Le client Grant Munro, un prospère marchand de houblon, pense que sa jeune épouse pourrait être victime d’un chantage manigancé par son nouveau voisin, un homme secret qu’il n’a jamais vu et qu’elle rencontre en cachette. Depuis quelques jours, malgré le caractère enjoué et aimant de sa femme, une aura de mystères l’assombrit et émousse leur relation qui était jusqu’à présent idyllique.
Chantage ou infidélité, Munro souhaite que Holmes lui donne sa vision de l’histoire.

Watson débute cette chronique en précisant qu’il a toujours voulu se montrer honnête dans ses écrits et que sur la douzaine d’enquêtes où son ami s’est montré moins brillant qu’à son habitude, celle-ci en faisait partie.
Lorsque Munro se rend au 21 Baker Street, Holmes est dans une phase d’ennui profond où toute intrigue est bonne à prendre. Ce n’est pas la banale histoire d’un adultère qui émoustillera sa curiosité, mais un fait étrange, suffisamment curieux pour attirer son attention et le faire se déplacer… En approchant de la maison de son voisin, Munro a vu un personnage terrifiant derrière l’une des fenêtres. Le terme exact qu’il emploie est : « inhumain ». L’énigme prend alors une dimension bien ténébreuse…
Je vous laisse le plaisir de découvrir le fin mot de l’histoire qui est comme toujours, étonnant sur bien des points, surtout dans cette Angleterre très conservatrice. Vous partagerez alors la surprise avec Holmes et Watson !

« – Watson, si jamais vous avez l’impression que je me fie un peu trop à mes facultés, ou que j’accorde à une affaire moins d’intérêt qu’elle ne le mérite, alors ayez la bonté de me chuchoter à l’oreille : « Norbury ! » Je vous en serai toujours infiniment reconnaissant. »

Des nouvelles à recommander…

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L’inconnue de Queen’s Gate

Il était quatre fois Noël avec Chicky Poo et Samarian
Challenge polars chez Sharon

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Une enquête de Beth Huntly
Anne Beddingfeld

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L’auteur Anne Beddingfeld est connue aussi sous le nom de plume d’Anne Martinetti qui a écrit de nombreux livres de recettes (« Crèmes et châtiments », « La sauce était presque parfaite », « Alimentaire, mon cher Watson »…). Dans cette série, elle met en scène Beth Huntly, qui se voit du jour au lendemain promue au rang de cuisinière lorsque celle qui occupait ce poste, dans l’honorable famille des Hewes, se retrouve à l’hôpital de Saint-Bartholomew’s…

1899, Londres,

A un mois de Noël, la jeune Beth se doit de remplacer Mme Hudson derrière les fourneaux. Cette opportunité est à saisir et elle va tout faire pour conserver la place. Une cuisine un peu plus moderne, des plats aux consonances françaises, une créativité audacieuse, elle saura se montrer à la hauteur de la tâche et séduire ses patrons.
Mais un soir, alors qu’elle s’est retirée dans le jardin pour fumer un cigare, la tête pleine de ces idées gourmandes qu’elle voudrait cuisiner pour les fête, elle découvre le cadavre d’une femme.
Aux premiers rapports et sur les lieux du crime, le superintendant établit que la victime, malgré ses beaux atouts, devait être une prostituée ; un tatouage, des bottines rouges et une forte odeur d’alcool  le laissent supposer. Le deuxième constat considère l’arme avec laquelle le meurtrier l’a tuée. Un kriss malais désigne très vite un suspect. Lord Hewes a pour valet un Indien, Rajiv, qui en était le propriétaire avant qu’il ne le lui offre. Mais cette dernière précision ne rentre pas en compte dans ce jugement hâtif et Rajiv est envoyé en prison.
En peu de temps, les rêves de Beth s’évaporent. Si c’est Lord Hewes le coupable, elle peut se chercher une place ailleurs et oublier ses ambitions. Et si c’est Rajiv… ça ne peut l’être ! Rajiv est son amant, l’homme le plus doux qu’elle connaisse, le plus envoutant aussi. Alors, sans trop réfléchir, elle décide de mener son enquête en parallèle de celle des policiers. Ses investigations la mèneront sur les traces d’une vieille affaire de prostitution enfantine qui n’a jamais pu être jugée et qui mettait en cause des personnalités de la haute société.
Elizabeth Huntly, fille de cuisine fraîchement promue cuisinière et enquêtrice, nous raconte…

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Lectrice-groupie des histoires policières d’Anne Perry, je n’ai pas trouvé dans ce roman les mêmes élans d’intérêts. Je laisse à d’autres cette série.

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Cuisines du Carlton du temps de Mr. Escoffier
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Le condamné de Noël

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Il était quatre fois Noël avec Chicky Poo et Samarian

Challenge polars avec Sharon
Challenge Anne Perry

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Anne Perry

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Au grand dam de son mari, Claudine Burroughs n’a jamais pu rentrer dans le cercle conformiste de la haute société. D’un caractère plus libre que la plupart de ses congénères, elle s’est progressivement affranchie des codes jusqu’à proposer ses services à la clinique tenue par Hester Monk, où elle s’occupe des malades, gens du peuple et femmes de mauvaise vie. Les œuvres de charité qui donnent bonne conscience aux ladys et les sortent de leur morosité, ne sont pas pour elle.
A quelques jours de Noël, les réceptions rythment les soirées et c’est chez les Gifford que le drame de cette histoire se déroule.
Alors que Claudine traîne son ennui en essayant d’être aimable avec les uns et les autres pour complaire à son mari, elle s’accorde un sursis en s’isolant sur la terrasse. Mais seule, elle ne l’est point ! Un drôle d’énergumen, tapi dans un coin, semble compter les étoiles. Les présentations se font de manières peu protocolaires, très fantaisistes. Il est Dai Tregarron, « poète, philosophe et grand buveur de vie », un être sulfureux que toute cette bonne société victorienne aime inviter pour se donner des vapeurs et animer leurs soirées.
Sa poésie aux airs chantant du pays de Galles, son charme de chenapan, sont des atouts qui séduisent les femmes. Avant même qu’elle dise son nom, il la rebaptise Olwen. Elle est pour lui, en ce fugace instant, Olwen issue de la mythologie gaélique. Si Claudine lui trouve une certaine grâce malgré son ivresse, elle ne doit pas rester en sa compagnie et doit le quitter…
Ce n’est qu’une heure plus tard qu’elle le reverra, en de tristes circonstances, accusé du meurtre d’une prostituée, Winnie Briggs.
Winnie aurait été introduite dans un des salons de la demeure par Tragarron, pour égayer trois jeunes hommes ; Cecil Crostwick, Creighton Foxley et Ernest Halvergate. Mais rien ne se serait passé comme prévu et, suite à une dispute, il l’aurait rouée de coups sous les regards consternés des trois témoins qui n’ont pu le maîtriser. Présents, Cécil, Creighton et Ernest témoignent de l’horrible acte, quant au jeune poète, il est obligé de fuir.
Recherché par la police, coupable, menacé par la pendaison, sa destiné semble être écrite, mais ça serait sans compter Claudine qui a une sincère conviction… Elle pense que Dai Tragarron est innocent.
Avec l’aide de Squeaky Robinson, le comptable de la clinique d’Hester, un homme au passé tourmenté, fin connaisseur de la misère humaine, elle va essayer de dénouer la trame du drame en ébranlant les figurants d’une bonne société très hypocrite.

Pour la fin, gardons l’esprit de Noël !

Comme à son habitude, Anne Perry nous fait vivre le XIXe siècle à travers une enquête et donne encore de beaux rôles aux protagonistes de la gente féminine. Certes, cette histoire est moins ciselée que ses autres romans, mais nous avons toujours plaisir à la lire. Il ne faut pas s’attendre à une grande énigme, ni à un suspense haletant, ni à des retournements spectaculaires, il faut simplement se laisser porter par l’ambiance et le charisme des personnages principaux, à savoir Claudine et Squeaky.
Elle égratigne encore une fois la bonne société de l’époque en pointant les us et parades, les impostures des gens « biens nés », le paraître, l’hypocrisie qui est comme une gangrène qui cyanose l’élite.
Claudine ressemble à Hester. Elles ont en commun des convictions honnêtes, droites, elles défendent l’injustice, elles sont des femmes modernes, trop pour l’époque, et elles font fi des préjugés.
Un roman policier sympathique, parfait pour décembre… une petite parenthèse entre les préparatifs qui occupent les journées de l’Avent.

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Les Hêtres Rouges

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Les Hêtres Rouges

Arthur Conan Doyle

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Les avis de Sherlock Holmes s’accordent avec les nôtres lorsqu’il dit que certaines de ses enquêtes sont moins captivantes que d’autres et que c’est la plume de Watson qui les pare de sensationnel et de romance. Cette petite réflexion a de quoi égratigner la susceptibilité du narrateur qui ne se prive pas de terminer sa nouvelle en disant que son ami Holmes l’a déçu dans le dénouement de son enquête. Ce ne sont pas les brillantes déductions du détective qui sont mises en cause, mais plus sa compassion et sa bienveillance…

La dernière nouvelle du recueil « Les aventures de Sherlock Holmes » raconte l’histoire d’une jeune gouvernante, Violet Hunter, à qui on propose un poste très bien rémunéré si elle se faisait couper les cheveux. L’offre est irrésistible mais elle n’en est pas moins très étrange. Décidée à l’accepter, malgré les réticences du détective, elle promet de donner de ses nouvelles.
Quinze jours après, un télégramme de la demoiselle parvient à Holmes, dans lequel elle demande son aide…
« Veuillez être à Hôtel Cygne-Noir à Winchester demain à midi. Je suis à bout. »

Une campagne dans le Hampshire, une maison « Les Hêtres Rouges », un jeune garçon de six ans et ses parents, les Rucastle, des gens très intrigants, l’histoire s’enveloppe d’une aura mystérieuse digne des romans gothiques lorsque la jeune gouvernante qui doit s’occuper du fils est invitée à jouer un rôle pour distraire sa patronne. Pas de crime, pas de violence physique, le forfait a une autre densité immorale.
Cette douzième affaire devait être la dernière de Sherlock Holmes, mais encouragé par ses groupies, Conan Doyle poursuivra les aventures avec les mémoires. « Flamme d’argent » étant le prochain tome à lire…
A suivre !

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Sherlock lecteur

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Un aristocrate célibataire

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Un aristocrate célibataire
Arthur Conan Doyle

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Je continue dans leur chronologie les nouvelles des aventures de Sherlock Holmes. Elles ne sont pas toutes égales mais elles méritent de figurer au palmarès du détective, comme le précise invariablement John Watson. Interlude à d’autres histoires plus passionnantes, celle-ci raconte l’affront subit par un pair du royaume le matin de ses noces. Les scandales sont des petits fours que la bonne société adore déguster. Si l’affaire fut étalée dans les journaux et commentée dans les meilleurs salons, elle a vite disparu au profit d’autres cancans. Mais le mystère demeure et c’est à Holmes de découvrir le fin mot de l’histoire.

Lord Saint-Simon, fils cadet du duc de Balmoral, demande à Holmes de découvrir ce qui est arrivé à sa femme, Mlle Hatty Doran, une riche héritière Américaine. Disparue juste après le mariage qui fut célébré en petit comité à Saint-George, on craint qu’elle ait été kidnappée et peut-être même tuée. Si l’inspecteur Lestrade est bien décidé à suivre les soupçons de Lord Saint-Simon qui accuse son ancienne maîtresse, Holmes s’attache à un indice, retrouvé dans les vêtements de la jeune épousée ; un petit mot et des initiales.

Lord Saint-Simon relate à Holmes et Watson la cérémonie de son mariage. La mariée était radieuse jusqu’au moment où elle a eu un vertige et fait tomber son bouquet. Elle semblait perturbée d’avoir pu l’abîmer, mais un gentleman le lui a rendu et les fleurs n’étaient  pas meurtries. Donc ce n’est pas ça qui aurait pu la chagriner… Cependant ?

Holmes commence à comprendre et le mystère revêt alors une tournure moins dramatique.

La nouvelle est brève, mais l’histoire nous fait partir loin vers la conquête de l’ouest, la ruée vers l’or, les indiens… Loin des meurtres habituels et des machinations criminelles, Watson rapporte une belle histoire d’amour.

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Agnès Grey

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Anne Brontë

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Pour mieux apprécier ce roman, il faut d’abord se pencher sur la vie de l’auteur. Dans cette histoire, elle est Anne-Agnès qui confie au lecteur des morceaux de son journal mis en scène. Si elle agrémente ses écrits d’une romance fantasmée, bien des passages de ce livre racontent son vécu.
Anne est la cadette de la famille Brontë. A l’âge de dix-neuf ans, elle travaille déjà comme gouvernante ; dans son premier poste, elle n’y restera pas plus de deux trimestres et dans son second, elle y restera quatre ans. Orpheline de mère à un an, elle a vu partir au cours de sa jeune existence, ses sœurs et son frère, morts de la tuberculose. Elle mourra également de cette maladie en 1849, à vingt-neuf ans. Ces décès doivent être précisés car ils ont façonné son esprit. Deuxième point important à souligner, à Haworth, lorsque son père le vicaire Brontë s’est retrouvé seul, il a fait venir sa belle-sœur Elizabeth Branwell pour s’occuper des enfants. Femme aimante, attentionnée, elle avait aussi toute la rigueur et la morale d’une méthodiste. Sévère, elle voulait donner une éducation basée sur « l’effort et l’étude ». De la fratrie, on dit qu’Anne a été la plus sensible à cette pédagogie et on le perçoit bien dans « Agnès Grey » où elle y parle principalement de religion, valeurs et abnégation. Ça peut sembler ennuyeux, mais c’était sa vie, à replacer dans le contexte, époque-lieux-société.
Jeune fille humble et réservée, voire même austère, elle a dû dans le secret de sa solitude, rêver… beaucoup rêver.

Même si Agnès est heureuse avec ses parents et sa sœur Mary, son aînée, elle désire quitter sa maison et devenir indépendante. Pour les femmes de son rang, il n’y a alors que trois emplois qui sont admis par la bonne société, dame de compagnie, institutrice et gouvernante, et c’est sur ce dernier que son choix s’est porté. Gouvernante…
D’abord chez de riches commerçants, les Bloomfield, où elle n’y passe pas une année. La famille entière est pleine de suffisance et de mépris à son égard ; les enfants se montrant la plupart du temps désobéissants, cruels et capricieux. Agnès constate que cette vulgarité et ce pédantisme sont tout simplement un manque d’éducation. De plus, ce n’est pas auprès des domestiques qu’elle peut rechercher du réconfort car elle décèle une discrimination même chez eux. Elle n’appartient ni à l’aristocratie, ni à la bourgeoisie, ni aux classes dites inférieures.
Elle trouve une autre place chez les Murray où elle doit s’occuper de trois jeunes filles. Elle y restera plus longtemps. Autre milieu, autre ambiance, elle apprend à composer, à être transparente, avec ces frivoles superficielles et peu cultivées. C’est dans ces pages qu’Anne exprime la piété et sa spiritualité. Agnès fréquente l’église le dimanche et a de quoi dire sur le recteur Hatfield, un homme infatué et peu sympathique. Jusqu’au jour où un vicaire arrive pour le seconder, Edward Weston…

Dans la première partie du livre, Agnès fait le dur apprentissage de l’enseignement. Elle apprend beaucoup au contact de cette famille de boutiquiers et ce qui aurait pu la blesser ou la décourager, ne fait qu’entériner son émancipation. La deuxième partie raconte son arrivée à Horton-Lodge. C’est plus léger car il y a l’entrée dans le monde de l’aînée des Murray et un bal. Il s’en dégage également de la tristesse, Agnès ne connaîtra jamais cette aisance et cette insouciance. On discerne dans ce faste, une parade factice et très raisonnée. S’en suit des passages sur l’église, la campagne environnante, les balades, le voisinage et les relations amicales, puis l’arrivée du jeune vicaire. Agnès est une personne effacée, peu sûre d’elle. Quand elle rencontre Edward Weston, elle ressent une attirance qui se renforcera par la suite, mais elle ne fera aucun pas vers lui, acceptera tout juste un bouquet de primevères… On peut dire qu’Edward est le rayon de soleil de ce roman bien taciturne ! En troisième partie, proche de l’épilogue, le père d’Agnès décède et elle doit quitter les Murray pour retourner vivre avec sa mère. Elles commencent une autre vie sur la côte, face à l’océan, et ouvrent une école pour jeunes filles. C’est vivifiant et plein de promesses pour Agnès, surtout lorsqu’elle revoit Edward qui a obtenu une paroisse près d’elle…
Anne voyait-elle son futur ainsi ? C’est une confession douloureuse et amère car dans ses rêves, elle ne semble pas résignée.

« Agnès Grey » est fidèle à Anne, sans emphase, modeste, simple, jusque dans la fin où elle termine par « Et maintenant, je pense en avoir dit assez ». Cette petite phrase en dit long sur sa modération, sa retenue. Son livre n’a pas la passion du roman d’Emily, le mystère du roman de Charlotte, ou l’ironie mordante de Jane Austen, mais il est intéressant car il témoigne de la condition des gouvernantes en ce temps et de la société victorienne. Elle livre également une réflexion sur le rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants.
A lire, pour lui rendre hommage…

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D’autres billets chez
Mind, MissPendergast, Nathalie, ClaudiaLucia, Lou,

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L’infortune de Kitty Grey

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Le mois Halloween avec Hilde et Lou
« A year in England » de Titine

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KittyPlat1.inddL’infortune de Kitty Grey
Mary Hooper

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1813, Le Devon… Londres,

Kitty Grey, une jeune fille courageuse et honnête, travaille à la laiterie du manoir de Bridgeford dans le Devon. La famille qui l’emploie l’estime, les demoiselles de la maison, Miss Alice et Miss Sophia se montrent toujours aimables et la gouvernante Mrs Bonny a pour elle de gentilles attentions.

Kitty est heureuse et elle se verrait bien vivre dans cette campagne avec Will, son amoureux secret… Depuis quelques années, ils se rencontrent en cachette une ou deux fois dans la semaine. Des instants brefs, des petites bulles hors du temps où ils se jurent un bel avenir et se disent de doux sentiments. Will, un pauvre orphelin, vit dans une cabane en bois qui n’a rien de confortable. A la mort de son père, il a hérité de sa barque et de son travail de batelier. Bon passeur et apprécié de tout le monde, il estime qu’il n’est pas encore prêt pour demander la permission de fréquenter Kitty. En charge de sa petite sœur Betsy qui habite chez leur aînée, il voudrait d’abord amasser des économies pour débuter sur de bonnes bases. Le mieux serait qu’il parte à Londres car là-bas les bateliers de la Tamise gagnent beaucoup plus. Cet avenir citadin, il voudrait le partager avec Kitty. A la capitale, il y a aussi des vaches, lui dit-il…

Mais un jour, tous les beaux rêves que Kitty échafaudait s’effondrent. Will a disparu sans laisser de message, laissant Betsy seule et sans famille pour la recueillir car leur sœur Kate ne peut plus la loger.
Partagée entre la colère et l’inquiétude, Kitty attend quelques mois pour réagir, quand l’opportunité d’aller à Londres à la recherche de Will, lui est offerte par Miss Lucie qui souhaite avoir le dernier livre de Jane Austen, « Orgueil et Préjugés », une parution en trois volumes qui va s’arracher ! Alors, avec une liste de bons conseils, une adresse respectable pour son hébergement, une bourse pour son séjour, son sac de voyage et accompagnée de Betsy, Kitty prend la diligence pour Londres.

A son arrivée, la belle aventure qu’elle envisageait se transforme vite en cauchemar. Malgré toutes les mises en garde sur les dangers de la ville dont elle a été instruite, Kitty se fait voler et se retrouve démunie, perdue dans une faune sauvage… Inconsciente, naïve, elle va vite déchanter. C’est Newgate et une déportation à la colonie de Botany Bay en Australie qui se profilent à l’horizon…

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Ayant lu et aimé « Waterloo Necropolis », j’ai fouillé les étagères de la bibliothèque municipale à la recherche de « La messagère de l’au-delà » de Mary Hooper, et je suis tombée sur « L’infortune de Kitty Grey ». Dans ce roman, rien de fantastique, à part peut-être la fin, un épilogue un peu trop invraisemblable, un peu trop féerique…

Avec Kitty, l’auteur retrace une époque victorienne bien sombre à la Dickens, et comme dans tous ses livres, les malheurs s’enchaînent et précipitent les héroïnes dans des histoires misérables. Courageuses et perspicaces, ces jeunes filles affrontent leurs déconvenues avec beaucoup de dignité et de résistance.

Le livre est scindé en deux parties, deux mondes différents ; Kitty vient d’une campagne où la vie semble plus paisible, plus heureuse malgré les déboires liés à la pauvreté et au servage, et part pour la ville, une vraie ratière où tout le monde se bouffe le nez. La structure de l’époque n’épargne pas les pauvres gens. Dans les notes de l’auteur, on apprend que la Metropolitan Police ne fut créée qu’en 1829.
Une histoire dramatique sur un fond historique… On lit, on vit… la prison de Newgate, les exécutions publiques et les spectacles qu’elles occasionnaient, les détenus incarcérés dans des conditions horribles, les jugements hâtifs et tronqués, la criminalité, les voleurs, les arnaqueurs… la déportation et les bateaux (le Lady Julian) de véritables mouroirs (Il fallait peupler Botany Bay et les femmes étaient demandées.)… les enrôlements forcés pour la Royal Navy… Le scénario est basé sur des faits réels.
Plume intelligente, une documentation riche sur le XIXe siècle, les romans de Mary Hooper sont toujours de bonnes factures. Cependant, je trouve que la construction des histoires se ressemblent un peu trop. J’aimerais un jour la lire dans une histoire moins mélodramatique, dans un genre nouveau mais toujours dans cette époque victorienne qu’elle semble bien connaître.
Un roman jeunesse à conseiller.

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