Tu tueras l’ange

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Challenge polars avec Sharon

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Tu tueras l’ange
Sandrone Dazieri

Suite de « Tu tueras le père » – (fiche lecture)

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Dans ce second tome où l’on retrouve la commissaire adjointe Colomba Caselli et Dante Torre, il y a un avant et un après. Le début de l’histoire introduit le lecteur dans un lieu qu’on appelle « cube ». Ce lieu sans fenêtre est l’antichambre des enfers où les prisonniers sont condamnés à ne plus voir la lumière du jour.
« L’après » raconte un attentat dans un train que les autorités imputent immédiatement à Daesh. Une substance toxique a empoisonné un compartiment en tuant tous les passagers. Gaz, anthrax, sarin, cyanure… seules les analyses pourront définir la cause des décès.
Colomba qui doit réagir sans perdre de temps, oriente ses troupes dans un quartier islamique pour découvrir un foyer de terroristes. Mais rien ne se passe comme prévu dans la mosquée et l’opération tourne mal ; l’imam meurt sous les assauts des forces spéciales. Consciente qu’il y a une discordance dans les faits et sensible aux aveux de l’imam juste avant sa mort, elle décide de reprendre contact avec Dante Torre en qui elle a une absolue confiance. Depuis le dénouement de l’affaire du « Père », leur relation s’est distendue, et leur complicité s’est effacée sous le poids de leurs angoisses. Colomba ressasse toujours le drame qu’elle a vécu dans un restaurant parisien et Dante est toujours sous l’emprise des médicaments et de ses psychoses.
A l’appel de Colomba, Dante répond présent et résout en peu de temps un premier indice qui les mène sur la piste d’un mystérieux tueur.

Les chapitres enchaînent alternativement « avant » et « après » et dévoilent petit à petit le profil démoniaque d’une femme qu’on appelle Giltiné, la déesse de la mort.

On retrouve dans ce second volume certaines arcanes du premier tome, dont celles très fortes de l’incarcération et des manipulations psychologiques. Retrouver également Dante, Colomba et d’autres personnages récurrents ont été un atout majeur à cette lecture que j’ai appréciée. Toutefois, je n’ai pas été follement captivée comme pour le précédent car j’avais parfois la sensation pesante d’avoir envie de prendre des chemins de traverse pour éviter des passages un peu longs et trop violents.
L’histoire ne dévoile aucun des mystères qui entourent Dante. Bien au contraire, elle attise encore plus notre intérêt d’en savoir plus. La fin de ce roman est… diabolique !

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« La mort et la femme », tableau de Schiele

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Mrs Creasy a disparu

Un livre offert par Babelio et les éditions Harper Collins

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Mrs Creasy a disparu
Joanna Cannon

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1976,
Mrs Creasy a disparu, envolée, par un beau matin d’été,
sans laisser de message et sans avertir personne. Dans la rue où habite Grace, une gamine de neuf ans, tous les voisins s’interrogent et guettent les faits et gestes de M. Creasy qui erre partout à sa recherche, étourdi, comme un peu sonné par un uppercut.
En écoutant les sous-entendus des adultes, Grace soupçonne le pire. Elle confie à sa copine Tilly que la gentille dame qui les recevait souvent chez elle, pourrait être morte, assassinée.

Il fait très chaud, les jours s’étirent avec langueur, ce sont les vacances ; limonade aux pissenlits, Borg gagne tous ses matchs à Wimbledon et Abba chante « Dancing Queen »… Sous le couvert du scoutisme et de vouloir commettre de bonnes actions, Grace et Tilly vont enquêter dans chaque maison du quartier, devançant ainsi les pas de la police ; un numéro de maison par chapitre. Elles découvrent que Mrs Creasy était une personne très bavarde, mais aussi très à l’écoute de ses voisins qui lui glissaient à son oreille leurs déconvenues, leurs angoisses et parfois leurs secrets les plus intimes.
Une rue, des voisins, des commérages, des aigreurs, des jalousies, des souvenirs, des photos jaunies qu’on relègue en haut des placards, et très rapidement, un drame vieux de neuf ans qui concerne le n° 11, revient à la surface. Alors si elle ne devait pas revenir, égoïstement, chacun se plaît à penser qu’après tout, ça ne serait pas si mal !
Les deux enfants vont également chercher Dieu. Où est-il ? S’il existe, peut-il apparaître pour les aider et réconcilier tout le monde ? D’après le pasteur, il est partout… (même dans une gouttière).

Les numéros des maisons se succèdent et les histoires se délient, entre passé et présent. Celles des hommes qui se retrouvent au pub et celles de leurs femmes qui essaient de maintenir un semblant de normalité.
A travers le regard candide et fantasque de Grace et Tilly, nous rencontrons une société faible, haineuse, confite dans ses préjugés, qui, derrière un apprêt vernissé, cache plein de fantômes et un dénominateur commun. Le roman raconté avec ce filtre d’innocence donne une lecture plus légère, plus souriante, sans toutefois perdre de sa gravité et de son cynisme. Car l’auteur, en donnant à ce microcosme sociétal un panel de névroses, aborde plusieurs thématiques : alcoolisme… illettrisme… dépression, maladie, mort… faillite… religion…
« Mrs Creasy a disparu » est un livre qui se lit d’une traite, qui appâte le lecteur avec ses mystères et qui le retient avec Grace et Tilly, deux gamines intrépides et adorables. C’est par elles que l’émotion passe.

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D’autres billets chez Albertine,

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L’ombre au tableau

Un mois de sorcellerie pour Halloween avec Hilde et Lou
Billet n° 20

 

 

L’ombre au tableau
Susan Hill

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Oliver, le narrateur, rend souvent visite à son ancien tuteur de Cambridge qui malgré son âge avancé, a gardé toute sa vivacité d’esprit et son humour. En cette nuit d’hiver, tous deux se réconfortent avec un excellent whisky, un bon feu dans la cheminée et des anecdotes croustillantes, lorsque le vieux professeur souhaite confier au jeune homme une étrange histoire. Mais avant d’entamer son récit, il lui demande d’aller chercher dans la pièce, un tableau qui représente une scène d’un carnaval à Venise, avec des personnages masqués en bordure du grand canal.

C’est sa tante qui l’a initié tout jeune à l’art et qui plus tard, lui a offert les premières peintures de sa collection. Il raconte la fois où il avait vu ce tableau, l’émoi qu’il avait ressenti lorsqu’il avait surenchéri sur les offres d’un homme qui s’entêtait à le vouloir et qui lui avait proposé une somme exorbitante pour le lui racheter. Il raconte aussi la lettre reçue quelques années après, l’invitant dans le Yorkshire dans le magnifique château de la comtesse d’Hawdon. Il raconte surtout l’incroyable maléfice qui le rattache à elle.

Un personnage de la toile qu’on ne distingue pas au premier abord, semble se mouvoir, jusqu’à pénétrer le monde réel. Et Oliver, désormais dépositaire du secret, se voit contraint de rentrer dans une farandole maudite.

C’est le deuxième livre de l’auteur que je lis et j’ai trouvé dans ce roman un peu plus de ce que je recherchais dans le précédent, angoisse, frissons et ambiance gothique. Toujours de l’ordre de la nouvelle, l’histoire commence comme une énigme à la Arthur Conan Doyle, lorsque Watson écoute son ami Holmes lui raconter une enquête, pour terminer de façon fantastique comme les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe.
Dans l’ensemble ce fut une lecture sympa, mais pas assez pour m’inciter à lire un autre titre de Susan Hill. Peut-être pour me protéger, je suis restée en dehors du tableau…

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Peinture de Pietro Longhi

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Le rituel

Halloween à Poudlard avec Hilde et  Lou
Billet n°10

 

 

Le rituel
Adam Nevill

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La trentaine passée, Luke, Dom, Phil et Hutch, quatre amis de longue date, ont décidé de se retrouver pour une randonnée de trois jours dans la vallée de Maskoskarsa, en Suède. Mais dans la forêt dense et sombre, sous une pluie drue, le dynamisme enjoué et potache qui était le leur au début du périple, se gâte rapidement lorsque Dom et Phil se blessent. Moins sportifs et plus massifs que les deux autres, ils contraignent Luke, élu chef du quatuor, à modifier leur itinéraire et à abréger leur équipée.
Le nouveau chemin qu’ils empruntent étant aussi rude, sinon plus, et la pluie ne facilitant pas leur avancée, l’ambiance entre eux devient électrique et la forêt, véritable forteresse, se présente de plus en plus inhospitalière. A la tension cauchemardesque qui se profile, s’ajoute des années d’amertume et d’aigreur pour chacun d’entre eux. C’est en cheminant misérablement vers la nuit à la recherche d’un coin pour planter leurs tentes, qu’ils découvrent au dessus de leurs têtes, suspendue à une branche, la grande carcasse d’un animal dépouillé de ses chairs. L’horrible scène est saisissante et leste un peu plus le moral de la troupe qui s’oblige à avancer. Perdus et ne pouvant plus faire demi-tour, les amis continuent malgré la terrible image qui les hante et les questions qu’ils ne cessent de se poser. Qu’elle était cette créature et qui a fait ça ?
L’angoisse monte crescendo quand ils perçoivent à tour de rôle, une forme qui semble les suivre et les surveiller. Lorsqu’ils voient au bout du chemin une petite maison abandonnée, les avis sont une fois de plus divisés ; Luke réticent ne souhaite pas rentrer et les trois autres se bousculent pour se mettre à l’abri sans se préoccuper de l’effraction. Mais qu’auraient-ils pu faire d’autre ?

A l’intérieur c’est noir, très noir, plein d’inscriptions runiques et sataniques, de crânes d’animaux et de crucifix. A l’étage dans le grenier, un autel ou un cercueil, des squelettes et un monstrueux bouc momifié.
A l’extérieur c’est noir aussi et derrière les échos de l’orage, des cris perçants annoncent que leur aventure ne fait que commencer. « La folie guette ceux qui font désormais partis du Rituel »…

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« Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas, si le loup y était, il nous mangerait… ». L’auteur qui s’est spécialisé dans les romans d’horreur, a divisé en deux parties son histoire en lui donnant une part fantastique et une part plus concrète. L’une et l’autre suscitent l’effroi et content les vieilles croyances païennes des Vikings et les adorateurs de Satan.
Violent et angoissant, le récit s’implante dans un paysage sauvage et grandiose. On s’écarte du chemin balisé pour pénétrer dans un territoire indompté. La nuit et la pluie accentuent l’hostilité de la nature. La fatigue intensifie les ressentiments et les jalousies des quatre amis. Sur le parcours, les runes antiques gravées dans les pierres délimitent les frontières. Et des charniers exposent toute la monstruosité du scénario. Ainsi la première partie introduit l’histoire qui va s’étendre sur une deuxième partie plus délirante, schizophrène et sanglante. On encaisse et on ne réfléchit plus !

J’ai bien aimé cette lecture, et éventuellement je pourrais la suggérer pour une nuit d’Halloween, mais je reste réservée sur la deuxième partie qui est un peu assommante et poussive.
Ce roman a eu le Prix British Fantasy du meilleur roman d’horreur en 2012.

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Parc national de Muddus

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Recherche sorcière désespérément


Un mois de sorcellerie pour Halloween avec Hilde et Lou
Les lundis sont romans jeunesse
Billet n°2

Recherche sorcière désespérément
Eva Ibbotson

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A Todcaster, le très beau et grand sorcier du Nord ami de Belzébuth, Arriman l’Affreux, s’ennuie dans son manoir des Brumes.
« Lester, je suis fatigué. Je suis las. Je m’ennuie. »
Ne pouvant le sortir de sa morosité, Lester son valet (un ogre) et M. Ledbetter son secrétaire (un homme avec une petite queue comme un chien) désespèrent de le voir ainsi. Pour le divertir, ils décident alors de présenter à Arriman la voyante Esméralda qui lui prédit qu’un petit sorcier viendra prendre la relève, le déchargeant ainsi de ses responsabilités. Cette prophétie l’ayant enchanté, Arriman prend enfin son mal en patience et… attend… Il attend, longtemps… créant pour l’occasion un superbe lion, le Sorci-Sentinel, qui surveillera des vigiles, les têtes des quatre points cardinaux.

Pour patienter, entre deux tourments qu’il inflige au monde, Arriman se donne l’objectif de rentrer en contact avec le fantôme du manoir, le chevalier Simon Montpelier qui a tué ses sept femmes. De jour et de nuit, l’âme pénitente erre dans la demeure en gémissant et en se tapant le front, incapable de communiquer avec les autres. Pourtant, il aurait tant à dire en régalant son auditoire de ses frasques assassines ! Il serait alors un très bon convive, un très bon ami… Seulement, livres de nécromancie et magie noire ne sont d’aucune aide.

Puis un jour, en se regardant dans le miroir, Arriman voit son premier cheveu blanc. Et c’est la catastrophe ! Toujours point de petit sorcier à l’horizon et il vieillit ! Et si la voyante avait menti ? se chuchotent entre elles les têtes postées sur le domaine.
Pour éviter un drame,
Lester et M. Ledbetter lui proposent d’organiser durant la semaine d’Halloween un concours pour lui trouver une épouse. Évidemment, elle sera une sorcière féroce, une sorcière noire à qui rien ne pourrait résister !
Un mariage… l’idée est séduisante ! Concevoir un bébé… Mais les sorcières de Todcaster sont hideuses ! Affublées de furoncles, d’écailles et autres disgrâces, elles ne sont intéressantes que pour leurs pouvoirs ! Bref,
qu’il en soit ainsi ! Arriman se pliera bon gré mal gré aux désidératas de ses serviteurs. Il va prendre femme !

La nuit du Sabbat, les sorcières célibataires, jeunes et vieilles, se donnent rendez-vous. Toutes ont la particularité d’appartenir à la force noire, toutes, sauf une… Belladonna est ce qu’on appelle le vilain petit canard de la bassecour car elle dépend de la magie blanche. En elle, rien n’est noir et tout est bon, délicat et aimable. Elle soigne, elle embellit, elle offre du bonheur.
Émus par cette blonde sorcière, Lester et M. Ledbetter se persuadent de lui donner sa chance. Elle aura donc une semaine pour se découvrir des pouvoirs mauvais et s’entrainer à changer une machine à écrire en un nid de vipères.

C’est dans la forêt du domaine des Brumes, que Belladonna rencontre un petit garçon solitaire qui pleure Rex, son meilleur ami qui se meurt. Rex est un ver de terre et Terence Tronch est un orphelin qui habite le foyer des enfants trouvés. Entre la jeune sorcière rejetée par sa confrérie et le jeune orphelin trop laid pour être adopté, un lien d’affection se tisse de suite. L’une va lui donner sa protection et sauver Rex, l’autre va l’aider dans ses exercices de sorcellerie. Il faut qu’elle obtienne la meilleure note car Belladonna est amoureuse du grand sorcier.
Tout semble se dérouler comme il se doit avec les mesquineries et les bassesses des candidates aux épousailles, quand une fée enchanteresse du nom de Olympia arrive. Plus noir qu’elle, tu meurs !

Pour le tournoi donné dans le parc du manoir, entrent en lice les sorcières, les sirènes, et les fées hurlantes, avec leurs épouvantables incantations et leurs démons. Qui des sept sorcières subjuguera le maître et aura l’extrême honneur de l’épouser ?

Je vous recommande cette belle histoire qui parodie certains contes en les tournant en dérision et qui allie au fantastique beaucoup d’humour, d’extravagances et d’émotions. Dans ce monde, Eva Ibbotson ne craint pas de louer les plus viles pensées et les actes les moins honorables, mais comme dans tout conte qui se respecte c’est pour mieux glorifier les sentiments les plus beaux. La morale est sauve !
Vous trouverez dans cet univers burlesque des personnages charmants et d’autres beaucoup moins, de l’amitié, de la tendresse et de l’amouuurrr…

« – Arry chéri… ?
– Oui, mon trésor… »

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Illustration de Gianni de Conno

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Le couteau sur la nuque


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Policier avec Sharon

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Le couteau sur la nuque
Agatha Christie

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Cette fois-ci, le capitaine Hastings nous rapporte une affaire bien retorse dont le dénouement avait donné beaucoup de mal à Hercule Poirot. « Le petit détective Belge » s’était fourvoyé dans ses déductions et avait orienté l’inspecteur Japp de Scotland Yard sur de mauvaises pistes. La tragédie mettant en scène de grands noms de l’aristocratie et du monde du théâtre, l’intérêt du public avait été maintenu par les nombreux actes qui avaient ponctué l’histoire ; trois meurtres et une pendaison…

Je vais juste vous raconter les premières pages et vous situer dans la chronologie. Hastings est revenu d’Argentine pour quelques temps et Poirot semble un peu s’ennuyer. L’histoire se passe au début de l’été, à Londres, mais il est aussi question de la France et de l’Amérique au fil de l’enquête.

Tout commença au théâtre où Poirot et Hastings étaient venus voir Carlotta Adams, une actrice Américaine à la carrière prometteuse. Ses multiples talents allaient du comique à la tragédie, en passant par des imitations. Parmi tous les portraits qu’elle proposait avec plus ou moins de mordant, il y avait la caricature d’une célèbre comédienne, Jane Wilkinson. La jeune femme en question avait quitté momentanément la scène pour épouser le baron Edgware et, après trois ans d’une union houleuse faite de séparations, elle s’apprêtait à le quitter, clamant à tout le monde qu’elle aimerait en être débarrassée. Ce soir d’avant-dernière représentation, elle était dans la salle à rire des pitreries de Carlotta et à saluer son intelligence et sa finesse.
C’est plus tard dans la soirée au restaurant de l’hôtel du Savoy que Poirot et Hastings rencontrèrent Jane, Lady Edgware, qui était à une table voisine de la leur. Invités à la suivre dans sa suite, elle leur fit part d’une requête en réitérant son vœux le plus cher : « Se débarrasser » définitivement de son mari qui lui refusait toute rupture. Lorsque Poirot avait sursauté en lui faisant la remarque que le terme « débarrasser » définissait une suppression bien plus radicale qu’un divorce, Jane avait répondu en riant qu’elle en avait tout à fait conscience…
La demande voulait que Poirot intercède auprès de son mari pour qu’il lui accorde le divorce le plus rapidement possible car elle était amoureuse du duc de Merton qui était prêt à l’épouser.

Pour les beaux yeux de Jane, pour la sympathie qu’elle suscitait, pour l’extravagance de la mission, ou tout simplement pour se divertir, Poirot accepta et prit rendez-vous avec Lord Edgware qui ne tarda pas à le convier.
De cette rencontre, il en était reparti satisfait et troublé par tant de facilité, car Lord Edgware avait lui aussi émis le souhait d’une séparation définitive et avait parlé d’une lettre qu’il aurait envoyée à sa femme, six mois auparavant à Hollywood, pour lui confirmer son accord. La lettre se serait-elle égarée ?
Cette lettre disparue qui avait dès le début intrigué Poirot, avait été l’un des nombreux points à élucider.

Une enquête ? Le lendemain de l’entrevue, Poirot était sollicité par l’inspecteur Japp pour l’assister dans une enquête. On venait de découvrir Lord Edgware assassiné, un coup de poignard dans la nuque. Ainsi commence l’affaire…

Si les soupçons des policiers désignent la frivole et infidèle Jane, très vite, ils doivent lister d’autres suspects car Jane a une pléthore de témoins irréprochables qui lui servent d’alibi. A qui profite le crime ? Il faut préciser que le défunt était détestable ! Manipulateur et sadique, il était haï par toutes les personnes qui l’entouraient. Sa fille, son neveu héritier du titre et des biens, sa secrétaire, son majordome, l’amant de sa femme ? Il y a de quoi faire ! jusqu’à imaginer la comédienne Carlotta Adams dans le rôle de l’assassin et peut-être même, son ami le comédien Bryan Martin.
Les petites cellules grise d’Hercule Poirot vont beaucoup réfléchir au machiavélisme de l’affaire, le capitaine Hastings essaiera de suivre ses raisonnements et l’inspecteur Japp va en perdre son latin, surtout qu’un deuxième et un troisième meurtres suivront.

Japp désespéré de la tournure de l’enquête se plaint à Hastings du comportement de Poirot :
« – Je l’ai toujours trouvé un peu bizarre, dit Japp. Il a une façon très particulière et très étrange d’envisager les choses. C’est une espèce de génie, je le reconnais, mais on dit bien que le génie se situe à la frontière de la folie et qu’il est susceptible d’y basculer à tout moment. Il a toujours aimé les choses compliquées. Une affaire simple ne le satisfait jamais. Non, il faut qu’elle soit tortueuse. Il n’adhère plus à la réalité. Il joue son propre jeu. Comme une vieille dame qui fait des patiences. Si elle ne réussit pas, elle triche. Lui, il triche au contraire si cela vient trop facilement pour rendre les choses plus difficiles. C’est ainsi que je le vois… »

Ce roman publié en 1933  est la huitième des enquêtes d’Hercule Poirot dont les lectures sont de réels plaisirs ! L’intrigue passionnante est relatée par Hastings et sa personnalité franche, ingénue, bonne et fidèle, donne le ton. Lorsque John Watson rapporte les déconvenues de Sherlock Holmes, il le fait avec beaucoup moins d’indulgence. Hastings vénère Poirot et n’hésite pas à nous le témoigner.
Le dénouement surprend moins que la trame qui est tissée de façon à nous perdre. Il est difficile de sonder les personnages car les apparences sont toujours trompeuses.
Une histoire de plus à recommander !

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La quiche fatale


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Policier avec Sharon

 

La quiche fatale
Agatha Raisin enquête.
M.C. Beaton

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Nous sommes à Carsely, un charmant petit village dans les Midlands de l’Angleterre. Tout y est comme sur les cartes postales, très pittoresque et préservé : des cottages en pierre avec des toits en chaume et des jardins fleuris, une belle campagne vallonnée, des sentiers ombragés, des vieilles églises et quelques châteaux à visiter… Ce coin paradisiaque, un peu suranné, a depuis longtemps séduit notre héroïne Miss Agatha Raisin qui l’estampille de trois critères : « beauté-tranquillité-sécurité ».

A cinquante-trois ans, Agatha Raisin a décidé de vendre son agence de relations publiques et de prendre une retraite anticipée dans ce coin paisible des Cotswolds, loin de l’hyperactivité de Londres. Un cottage remis à neuf par un décorateur, dans un style bucolique et romantique, une bicyclette pour entretenir la forme et une panoplie de sourires et d’amabilités pour sympathiser avec les « autochtones », elle s’imaginait être en totale harmonie avec l’ambiance. Mais au bout d’une semaine, après avoir échoué dans ses approches amicales et écumé tous les sites touristiques de la région, elle plonge dans un profond ennui. Que lui ont-ils souhaité à l’agence le jour de son départ ? Ah oui ! qu’elle se dégote « un gentil fermier » pour passer le temps. Seulement ce n’est pas facile à trouver et l’espèce masculine agglutinée au pub n’est guère encourageante.

C’est en faisant ses courses à l’épicerie-bureau de poste du village et en lisant une affichette punaisée au mur que l’idée lui vient. Elle pourrait avoir une certaine reconnaissance si elle remportait le concours de quiches organisé par le village ! Le fait de ne pas savoir cuisiner n’étant pas un problème essentiel pour elle, Agatha part acheter chez un traiteur réputé de Londres une magnifique quiche aux épinards qu’elle arrange pour faire croire qu’elle est de sa composition. Seulement, il va y avoir comme un petit ennui… L’honorable major Cummings-Browne, chargé d’attribuer le prix, meurt le soir même après avoir pris une collation avec les restes de la quiche aux épinards d’Agatha.
Empoisonnement à la ciguë aquatique, plus communément appelée le persil des marais, elle est accusée de meurtre le temps des prémices de l’enquête menée par un jeune lieutenant de police, Bill Wong, qui l’innocente très vite.

Donc, comme le dirait Hercule Poirot dans une de ses histoires, si ce n’est pas elle qui a tué le major, qui l’a tué ? Malgré les objections de Bill Wong, Agatha s’investit dans l’enquête et fait craqueler le vernis bien lisse de ses nouveaux voisins.
« Beauté-tranquillité-sécurité » ?

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Agatha Raisin n’est pas une Miss Marple. Elle est une femme non conventionnelle, massive, très directe, qui inspire peu la sympathie à son voisinage. Pourtant sous cette carapace qu’elle s’est façonnée depuis son enfance, elle a un cœur marshmallow recouvert de liberty. Ce petit village dans lequel elle veut se retirer, elle l’a rêvé. Fille de la ville, elle recherche dans cette campagne des racines terriennes et le label racé qui lui fait défaut. Bien entendu, rien ne se passe comme prévu (surtout lorsqu’on n’est pas un natif du coin) et le roman raconte aussi bien ses mésaventures sociétales que ses investigations sur le meurtre commis.
Une trame classique pour ce premier tome de la série, peut-être trop, sans dénouement spectaculaire, et une kyrielle de personnages qu’il est parfois difficile de restituer dans l’histoire lorsque notre attention papillonne, ce livre reste quand même une lecture agréable qui ne se refuse pas. Il a le mérite de me donner envie de lire un Agatha Christie et de faire une quiche aux épinards…
Je lirai certainement la suite.

 

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Agatha Raisin, série télévisée

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