L’héritage des jumeaux diaboliques

Mois anglais avec Lou et Titine
Challenges Policiers historiques avec Sharon
D’autres billets du livre ce mois-ci : Lou, Cryssilda, FondantG,

 

 

L’héritage des jumeaux diaboliques
Gareth P. Jones

 

Dans le comté d’Hexford,

Lorelei et Ovide Spleenspick sont des jumeaux de treize ans, orphelins de leurs parents depuis la petite enfance. Héritiers d’une grande fortune, ils habitent le manoir familial et vivent sous la tutelle de leur majordome M. Crutcher, un homme lugubre qui inculque aux enfants des valeurs rigoristes. Dans cette ambiance gothique, perpétuellement endeuillée, sans musique, sans télévision, sans amis, seule la bibliothèque est un lieu d’évasion où l’esprit peut vagabonder de livre en livre.
Il n’y a pas que la lecture et les parties d’échecs qui occupent Lorelei et Ovide. Leur spécialité à tous les deux c’est leur grande jalousie l’un envers l’autre. Elle affûte l’esprit et les plonge dans de surprenantes inventions… Ainsi, ils rivalisent d’ingéniosités en créant des stratagèmes criminels pour des explosions, des décapitations, des défenestrations et d’autres dispositifs bien sanglants, comme une baignoire remplie de piranhas. Ils font tout pour s’entretuer.
Doit-on chercher l’origine de cette haine dans la tragique destinée de leurs parents ? Car la deuxième particularité qui singularise ces enfants se trouve dans leur lignage. Toutes les générations ont connu des drames et la malédiction n’a pas épargné leur père tué par empoisonnement et leur mère morte électrocutée par la foudre.

Jusqu’où seraient-ils allés si à l’aube de leur anniversaire, las de leurs surenchères assassines, ils n’avaient pas décidé de conclure une trêve ?
Afin d’établir un document très officiel dans lequel il serait stipulé que si l’un des enfants venait à décéder avant sa majorité l’autre n’hériterait de rien, ils font venir le notaire de la famille pour ajouter cette clause au testament. M. Carpenny a bien connu les parents des jumeaux et c’est en leur mémoire qu’il accepte d’écrire un avenant et de reprendre l’inventaire du manoir afin d’établir une liste des biens. Quatre-vingt-sept pièces à répertorier et un mois pour le faire…

Les jumeaux font bon accueil à M. Carpenny qui en cette période de vacances scolaires, est accompagné par son fils Adam. Si Lorelei découvre en cet adolescent de quinze ans un ami qui lui raconte le monde extérieur et qui l’incite à franchir les frontières du domaine, pour Ovide, le contact est bien différent ! Pour la première fois, le frère et la sœur connaissent une césure dans leurs relations fusionnelles et les hostilités reprennent ; noyade, attaque d’un essaim d’abeilles tueuses, ours en liberté, arbre piégé…
Lorsque Lorelei accuse son frère de ne pas avoir cessé ses machinations, Ovide lui jure que ces tentatives criminelles ne sont pas de son ressort. Alors… qui tente de tuer Lorelei, Ovide et le nouveau venu, Adam ? Un tueur les prend pour cible en se basant sur leurs machiavéliques artifices et tout le monde semble suspect : Mme Badshow la cuisinière, Mlle Grill la gouvernante, M. Paine le jardinier, M. Crutcher et même M. Carpenny qui semble cacher un secret.

Tous coupables ? Les jumeaux diaboliques vont mener une enquête et faire ressurgir les mystères du passé. Petit à petit, de confidence en confidence, de révélation en révélation, les personnages se dévoilent et l’histoire se réécrit…

Roman à suspens, roman à l’humour noir, dans la famille Spleenspick, la mort rôde ! Sur un tempo vif, diaboliquement tissé, fantasque et sépulcral, l’histoire n’est pas avare en action et en mystères. Le jeune lecteur lira donc les aventures des sympathiques jumeaux avec le sourire et sans chagrin pour toutes les misères qu’ils endurent. Il y a un peu de la vie désastreuse des orphelins Baudelaire.
Une charmante lecture à recommander, même si elle n’est pas très facile à lire car le scénario mêle plusieurs histoires, enchaîne les périls et multiplie les fausses pistes.

« – Les chats ont neuf vies. Nous, on n’en a qu’une. Après tout, on se fiche de savoir qui a commencé. L’important, c’est qu’on soit tous les deux d’accord pour arrêter. »

 

 

 

Le ruban moucheté

«XIXème siècle» de Fanny, «British Mysteries» de Lou et Titine
Mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda, 14ème billet

.

.le ruban mouchetéLe ruban moucheté
Les aventures de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

.

Un matin d’avril 1883,

Profitant de l’absence de son beau-père Grimesby Roylott, Helen Stoner demande à Sherlock Holmes d’enquêter sur la mort suspecte de sa sœur Julia. Pour étayer et justifier ses soupçons, elle dresse les grandes lignes qui permettront à Holmes de se faire une première opinion…
Veuve avec deux petites filles de deux ans, des jumelles, sa mère a épousé le docteur Roylott qui était au Bengale dans la garnison de son mari, le général Stoner. Elle apportait dans la corbeille de mariage, une belle fortune qui, selon son testament si elle devait disparaître la première, devait se partager en trois parties ; une pour son mari et les deux autres pour ses filles. Aussitôt après les noces, ils décidèrent de retourner en Angleterre où Roylott voulait s’installer. Mais la mort de sa mère, survenue à cause d’un accident de chemin de fer, changèrent les projets. De Londres, Roylott, tuteur des filles, les prit et les emmena sur son domaine familial, Stoke Moran, une terre morcelée, réduite, et un manoir défraîchi, hypothéqué par les derniers héritiers. Là-bas, tout était austère et les humeurs coléreuses, sauvages, de Roylott rythmaient le quotidien, en effrayant tout le monde. Personne n’osait s’aventurer et affronter les bêtes dangereuses qu’il faisait importer des Indes.
Un jour, Julia revint de chez leur tante avec une belle nouvelle. Elle avait rencontré chez elle un jeune homme très bien, s’en était éprise et s’était fiancée aussitôt, à lui. Les noces furent organisées, mais deux semaines avant, on retrouva Julia en agonie sur le seuil de sa chambre, à crier « Oh mon Dieu ! Hélène ! Le ruban ! Le ruban moucheté ! ».
C’était il y a deux ans… Hélène s’en souvient comme si cela avait été la veille.

Holmes et Watson ne l’interrompent pas. Chaque détail a son importance. Ce n’est que sur la fin du récit que Holmes lui demande de lui décrire la chambre et l’aménagement des pièces. Mais pour connaître le fin mot de l’histoire, il devra s’y rendre sur place, en compagnie de son fidèle ami.
Le temps presse… Hélène est amoureuse et doit bientôt se marier. Lors de la précédente nuit, elle a entendu le bruit feutré et les sifflements qui réveillaient et tourmentaient sa sœur juste avant sa mort.

Révolver et brosses à dents sont les seules affaires qu’ils emportent pour leur voyage dans le Surrey. Holmes espère dénouer cette triste affaire, le plus rapidement possible.

.
Watson rapporte les faits et nous donne des chiffres dès le début de cette nouvelle. Huit ans qu’il connaît Holmes, qu’il « étudie les méthodes », pour soixante-dix affaires. Il catalogue celle-ci « d’inhabituelle et fantastique ». C’est certainement le même avis que Conan Doyle.
L’intrigue a la construction des autres. Une cliente vient à Baker Street et demande l’aide de Sherlock Holmes. Watson est présent. Lorsqu’elle se confie, Holmes regroupe les informations et commence à les connecter. Il pourrait déjà donner le nom du meurtrier, le mobile, mais n’a pas encore découvert l’arme du crime. C’est justement ce dernier point qui rend l’enquête très intéressante et originale. Il est amusant aussi d’imaginer Holmes a l’affut du moindre indice… « à quatre pattes, le visage contre terre, ou plutôt collé à la loupe… ».
Le paysage et l’atmosphère présentés donnent à notre vision un caractère chimérique et extravagant. U
n parc habité par des animaux exotiques, un manoir en ruine, une descendance qui se dégénère, des bohémiens qui campent dans le bois, une jeune fille en détresse… il ne m’en faut pas plus pour me transporter.
A recommander

P.S. : La dessinatrice Christel Espié a illustré ce roman dans un très bel album paru aux éditions Sarbacane.
.

le ruban moucheté.

.

.

.