Le mystère de la chambre jaune


Un livre offert par Babelio et les Éditions Omnibus dans le cadre d’une opération « Masses Critiques »

Un beau livre pour Noël
Roman policier pour le challenge de Sharon

 

 

Le mystère de la chambre jaune
Gaston Leroux
Illustrations de Simont & Loevy

 

Cette histoire comme nous l’annonce dès les premières pages le narrateur, est l’une des plus grandes énigmes des affaires criminelles. Elle dépasserait les enquêtes de Sir Arthur Conan Doyle et l’imagination fantasque d’Edgar Allan Poe. Elle prend ses racines en Amérique et elle s’épanouit en France, sur le vieux continent.
C’est son ami le jeune Joseph Rouletabille, reporter dans un grand journal, qui a résolu le mystère et qui dans un coup de maître, un coup d’éclat, en a divulgué toute la teneur en plein procès. Mais de la vérité, la justice et les médias n’en connaîtront qu’une partie, et c’est quelques années plus tard que le narrateur prend la plume pour nous la dévoiler.

La nuit du 25 octobre 1892, au château du Glandier dans la campagne d’Epinay-sur-Orge, on a découvert la fille du propriétaire, le professeur Stangerson, inconsciente dans sa chambre et gravement blessée à la tempe et à la gorge. Le mystère de la chambre jaune tient du fait que la porte était verrouillée de l’intérieur et que les volets étaient fermés. La jeune femme gisante au sol et la trace ensanglantée d’une main sur le mur sont les seules représentations de l’agression. La chambre étant mitoyenne au laboratoire du père où celui-ci travaillait avec son vieux serviteur, Père Jacques, on se demande alors par où se serait enfui le criminel…
Délégué par son rédacteur en chef, Rouletabille embarque avec lui Sainclair (le narrateur) pour investiguer au château, marchant ainsi sur les pas de la police et se confrontant à l’inspecteur Larsan qui en tant qu’enquêteur a déjà une belle notoriété derrière lui.

Rouletabille fait le plan du pavillon du parc qui regroupe le laboratoire, la chambre de Mathilde et les appartements à l’étage de Père Jacques, et rencontre les habitants du domaine ; M. Darzac le fiancé qui devait l’épouser et les domestiques. Aucun indice, aucun suspect à noter, mais il est une certitude pour lui, ce ne sont pas les premiers inculpés par la police qui sont coupables.
Quand Mathilde se réveille de son coma, tout le monde espère avoir des explications. Mais la demoiselle, encore confuse et taiseuse, n’en donne pas.
Les questions sont nombreuses ! Pourquoi, qui, comment ? Surtout que très vite, le petit reporter pense qu’un deuxième attentat serait à craindre…

Le roman de Gaston Leroux est sublimé dans cette belle collection Omnibus qui joint à la fin toute une documentation illustrée des maîtres du « crime impossible », de 1838 à 1945, ainsi que la biographie de l’écrivain, par Philippe Mellot. L’esthétique classique et riche des livres anciens, avec les gravures de la première édition en 1908, ajoute un charme supplémentaire à la lecture…
Ce roman paru en feuilleton dans le journal L’Illustration un an auparavant, est la première aventure du jeune Rouletabille.
Grande énigme qui fut saluée et reconnue par les maîtres du genre, elle est machiavélique dans toute sa construction et mène à un final renversant.
L’enquête n’est pas facile et Mathilde ne fait rien pour aider. On voit qu’elle a un secret et qu’elle est soutenue en cela par Darzac qui est à son tour inculpé. Au fil des pages, les écrits du narrateur qui suit Rouletabille se complètent avec les rapports de justice, et l’écheveau se dénoue lentement, accusant parfois quelques longueurs narratives, et pourtant bien maîtrisées. Les personnages, l’époque, les décors, la plongée dans la fin du XIXe siècle est très intéressante, et le XXe est amené par la jeunesse, la fougue, la vivacité intellectuelle, de Rouletabille.

Un classique excellent, à lire ou à relire dans cette belle version.

 

 

 

 

Le pensionnaire en traitement

 


Challenge Polars de Sharon,
une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le pensionnaire en traitement
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

« – Mais que dois-je faire ?
– Voilà. Je loue une maison. Je la meuble. Je paie les domestiques. Je me charge de toutes les dépenses. Tout ce que vous aurez à faire consistera à être assis sur un fauteuil dans votre cabinet de consultations. Vous aurez de l’argent de poche et tout ce dont vous aurez besoin. Puis, vous me versez les trois quarts de vos honoraires et vous gardez le quatrième quart pour vous… »

Il est difficile pour Watson de rapporter dans le détail les enquêtes de Holmes car il ne voudrait pas que les lecteurs trouvent ses écrits confus. Que mettre en avant dans ses chroniques ? Simplement les faits concrets ou la tortuosité des brillantes analyses du détective ? Bien souvent les deux se combinent, et alors, le dilemme devient épineux.
C’est ce qu’il explique avant d’entamer son récit, une histoire bien surréaliste qui trouve un dénouement beaucoup moins fantaisiste.

Nous sommes en octobre, il fait froid, il pleut, et les deux amis pour passer le temps discourent sur « les pensées exprimées ». L’expression des sourcils peut en dire plus long que les mots avec la langue… En cela, Holmes est champion !
Après s’être dégourdis les jambes dans les ruelles sombres de Londres, à observer et à décrypter la physionomie des passants, ils retournent à Baker Street où ils reçoivent le docteur Perçy Trevelyan, venu sur la requête de son employeur. Le jeune homme, la trentaine un peu défraîchie, commence à raconter nerveusement les raisons de sa présence avant de les prier de l’accompagner à Brook Street…

Sans fortune pour continuer ses études sur les maladies nerveuses, et sans fonds pour ouvrir son propre cabinet, Trevelyan avait accepté la surprenante proposition de Mr. Blessington, une personne étrange mais sympathique, qui lui offrait le gite et le couvert, rémunération comprise, pour s’occuper de lui, en plus de la possibilité d’accueillir une clientèle extérieure. Depuis deux ans, le vieil homme (que Trevelyan appelle le pensionnaire en traitement) et lui avaient instauré une petite routine qui n’avait rien de déplaisante, et le cabinet avait acquis une belle clientèle. Mais ce n’est que récemment que tout s’était grippé lorsque Blessington s’était aperçu qu’un intrus était rentré dans sa chambre. Très nerveux et craignant pour sa vie, il lui avait alors demandé d’aller chercher Sherlock Holmes sur le champ, ce que Trevelyan s’était aussitôt empressé de faire, très décontenancé par sa réaction excessive et inquiet pour sa santé.

Sans perdre de temps, Holmes, Watson et Trevelyan partent retrouver un Blessington toujours stressé mais peu enclin à répondre avec franchise aux questions de Holmes. On pourrait alors penser que Holmes s’est déplacé pour rien, sauf qu’en repartant de chez Blessington, il avait déjà élucidé une partie de l’affaire, une affaire mettant en cause deux Russes, un fils et un père, venus consulter pour un problème de catalepsie. Jusqu’au lendemain matin où Trevelyan le rappelle… Blessington s’était pendu dans sa chambre, dans le courant de la nuit.

« – Je suis dans l’impossibilité de vous conseiller si vous essayer de me mentir, dit-il.
– Mais je vous ai tout dit !
Holmes vira sur ses talons avec un geste de dégoût.
– Bonne nuit, docteur Trevelyan ! fit-il
– Et vous partez sans rien me dire ? s’écria Blessington d’une voix brisée.
– Je n’ai qu’un conseil à vous donner, monsieur : dites la vérité. »

Un suicide ? Bien sûr que non ! et en quelques explications, Holmes dénoue le nœud du problème.

 

(Chers lecteurs qui passaient par là, ne m’en veuillez pas… le billet est presque aussi long que la nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle !)
L’intrigue n’a pas une trame théâtrale, ni une conclusion qui peut sembler un peu simple, mais l’intérêt de cette enquête, qui réside surtout dans son ambiance mystérieuse, son approche et sa progression, n’est pas « qui a tué qui ? », mais « pourquoi ? ». Dans la plupart des histoires, il y a toujours un crédule qui amène l’affaire et un rusé, un malfaiteur, qui la conclut. Celle-ci renvoie les personnages du drame quelques années en arrière, avec pour mobile du crime, la vengeance.
La nouvelle est parue en 1893 et a été éditée dans le recueil des mémoires. Une histoire que je vous recommande… encore !

 


Photo de la série Sherlock Holmes, « The resident Patient »

 

 

Le tordu

 

 

Challenge Polars de Sharon,  une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le tordu
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

Été 1888,

John Watson, marié depuis quelques mois, reçoit dans sa demeure la visite tardive de son ami Sherlock Holmes qui souhaite avoir son soutien dans le dénouement d’une affaire à Aldershot, dans le comté du Hampshire. Et la réponse ne tarde pas… Si Watson aime sa nouvelle vie, plus régulière et apaisée qu’avant, il est  toujours empreint de ce désir d’aventure que lui procuraient les enquêtes de Holmes.
L’histoire est toute récente et n’a pas encore fait la une des journaux. L’honorable colonel Barclay a été retrouvé mort dans son salon, fermé à clef de l’intérieur, avec sa femme à ses côtés simplement évanouie. Le major Murphy en charge du dossier souhaite clore l’enquête rapidement avec le moins de remous possible, et innocenter l’épouse, Nancy Barclay, qui est la première suspecte.

En regroupant tous les témoignages, ceux des domestiques, des voisins et des amis, il apparaît que ce couple marié depuis trente ans était uni et heureux. Ils s’étaient rencontrés en Inde, dans la garnison de Bhurtee, et s’étaient mariés après la révolte des Cipayes. Le colonel avait eu une carrière militaire exemplaire et son épouse n’était pas seulement une très belle femme, elle était aussi une personne digne, valeureuse et généreuse qui œuvrait dans le cercle de Saint-George en s’occupant des pauvres du quartier. Mais deux dépositions remettent en question l’harmonie du couple. Une soubrette les avait entendus se disputer violemment juste avant la mort du colonel, et Mlle Morrisson, une amie de Nancy Barclay, rapporte un fait marquant qui s’était également passé dans la même soirée. En revenant de leur cercle de bienfaisances, un homme difforme, affublé de guenilles, avait apostrophé Nancy et s’était entretenu  avec elle quelques minutes, à l’écart de toute indiscrétion.

Henry… Qui est cet homme qui avait ému Nancy au point de la métamorphoser en furie ?
A partir de cette information et avant même de rencontrer le vieux vagabond, Holmes dit à Watson : « Pour moi, comme vous le devinez, ce fut la lumière dans la nuit. Tout ce qui était auparavant sans lien commença à s’insérer dans un ordre normal… ».


La nouvelle est une belle histoire, même si le destin s’est montré horriblement cruel pour deux des protagonistes. Une histoire d’amour, avant d’être une intrigue policière, la genèse criminelle prend ses racines en Inde et s’étend sur une trentaine d’années. Quant à l’arme du crime, elle est avant tout un sentiment amer, douloureux et fielleux : la jalousie.
Tirée des mémoires de Sherlock Holmes, et éditée en 1893 dans le mensuel, le Strand Magazine, cette chronique que l’on titre aussi « L’homme estropié » reste l’une de mes préférées et certainement l’une des plus poignantes.
A recommander !

 

 

 

La main de la nuit


Challenge thrillers de Sharon
Un mois de sorcellerie pour Halloween avec Hilde et Lou
Billet n°6

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La main de la nuit
Susan Hill

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Perdu dans la campagne alors qu’il se dirigeait vers Londres, Adam Snow rentre dans un domaine à l’abandon pensant trouver une personne qui pourrait l’aider. Le parc et le manoir sont noyés dans les ombres du soir et très vite une angoisse l’étreint. Étonné par ce sentiment démesuré et irrationnel, Adam se répète dans un leitmotiv qu’il devrait partir, lorsque une petite main s’empare de la sienne. La main de l’enfant est douce et ferme ; la main de l’enfant est surtout de l’ordre de l’invisible…
Le lendemain chez lui, mettant cette illusion sur le compte de la fatigue, Adam essaie de reprendre le fil de sa vie d’expert en livres anciens comme si de rien n’était, mais l’idée de la petite main l’obsède.
C’est auprès de Lady Merriman, la femme de son riche client, qu’il obtient des renseignements sur cette demeure délaissée qu’on appelle La maison blanche. Un très vieil article de journal parle du décès tragique du petit-fils de la propriétaire, qu’on aurait trouvé mort noyé dans l’étang du parc. Aujourd’hui, ce parc qui avait été ouvert à des visiteurs extérieurs n’a plus sa splendeur et rend une atmosphère lugubre et fantomatique.
Ce qui va décider Adam à mener une enquête plus investie, c’est la source de ses rêves qui deviennent cauchemars. Tourmenté par des visions de noyades et poussé à commettre des actes imprudents, voire suicidaires, il va demander conseils à son frère Hugo qui avait eu des problèmes psychologiques quelques années auparavant et qui serait à même de le comprendre.
Au fil des jours, la douce main de l’enfant se fait menaçante…

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Je ne connaissais pas Susan Hill, mais j’ai souvent vu passer son nom sur les blogs-lecteurs. Histoires de fantômes dans la veine des romans gothiques du XIXè siècle, ses livres ressuscitent nos phobies d’ensorcellement et de possession.
La trame de l’histoire est intéressante mais si j’ai parfois frissonné en pensant à l’esprit du petit garçon qui cherche vengeance, je vous avouerai que je me suis ennuyée. L’auteur aurait peut-être dû adapter ce roman en nouvelle.
Je ne resterai pas sur un avis mitigé et continuerai à découvrir l’auteur avec ses romans policiers et « La dame en noir » qui a été adapté au cinéma, avec dans le rôle principal Daniel Radcliffe.
A suivre !

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Photo du manoir dans le film de « La dame en noir »

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Le rituel des Musgrave


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Challenge Polars de Sharon

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Le rituel des Musgrave
Arthur Conan Doyle

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John Watson n’a guère de miséricorde envers Sherlock Holmes lorsqu’il nous confie ses petits défauts. Dans sa vie privée, le grand détective est  brouillon, négligent et complètement incohérent. On peut découvrir n’importe quoi dans le beurrier ou dans une soupière… et il est incapable de ranger correctement ses papiers. On le savait déjà souffrant de mélancolies, mais dans l’introduction de cette nouvelle, nous le découvrons très désordonné.

C’est dans le chaos des archives à classer, où Watson harangue son ami en le priant de de ranger les documents de ses affaires dans des cartons, que le rituel des Musgrave refait surface. L’histoire des Musgrave, la troisième enquête de ses débuts, est chroniquée dans les Mémoires, juste après « Le Gloria Scott ». Toutes deux font référence à des camarades de classe qui avaient sollicité Holmes pour résoudre des énigmes concernant leurs familles.
Sorti de son abattement, Holmes ouvre une petite boîte en bois dans laquelle se trouve des objets variés : un vieux papier, une clé en cuivre, une cheville de bois, une pelote de ficelle et trois sous en métal rouillé. De ces pièces, souvenirs de ce qu’il nomme « Le rituel des Musgrave », le mystère s’établit avec ce vieux papier du XVIIè siècle que l’on transmet aux générations successives :

« – À qui appartenait-elle? – À celui qui est parti.
– Qui doit l’avoir? – Celui qui viendra.
– Quel était le mois? – Le sixième en parlant du premier.

– Où était le soleil? – Au-dessus du chêne.
– Où était l’ombre? – Sous l’orme.
– Comment y avancer? – Au nord par dix et par dix, à l’est par cinq et par cinq, au sud par deux et par deux, à l’ouest par un et par un et ainsi dessous.
– Que donnerons-nous en échange? – Tout ce qui est nôtre.
– Pourquoi devons-nous le donner? – À cause de la confiance. »

Holmes raconte…

Décidé à gagner sa vie en tant que détective, le jeune Holmes reçoit la visite de Reginal Musgrave, un ancien camarade qui est l’héritier d’une vieille lignée d’aristocrates. A la mort de son père il a hérité du domaine de Hurlstone, des terres et une vieille bâtisse immense « pleine de coins et de recoins » qui nécessite une importante domesticité. Parmi les serviteurs, le majordome Brunton est un personnage étrange qui ne semble pas être à sa place. Homme très intelligent, beau, séducteur, il aurait pu prétendre à d’autres fonctions que celles qu’il occupe. Le cas qui amène Reginal à consulter Holmes concerne justement Brunton qui a disparu sans laisser de message, après avoir commis un impair impardonnable en prenant ses aises dans la bibliothèque. Lorsque Reginal l’avait surpris, il compulsait comme envouté, les vieux papiers de la famille, dont le rituel des Musgrave. Renvoyé avec un sursis de huit jours, Brunton avait perdu sa morgue et s’était montré obséquieux comme jamais. Mais deux jours plus tard, sa fiancée Rachel Howells, une femme de chambre, avait annoncé son brusque départ dans une crise d’hystérie ; Brunton ayant tout laissé dans sa chambre, vêtements et argent.
Ce que rapporte Reginal ne se limite pas à ce seul évènement. Quelques jours après la disparition de Brunton, Rachel qui était tombée malade disparaissait à son tour.

Pour Holmes, les prémices de l’enquête débutent dans l’énigme du rituel… à l’ombre d’un vieil orme de dix-neuf mètres de haut, de sept mètre de circonférence et datant de l’époque de Guillaume le Conquérant.

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A travers les souvenirs de Holmes, cette nouvelle si courte est une des plus denses. L’histoire nous mène dans une chasse au trésor et les disparitions de Brunton et Rachel passent au second plan jusqu’à la chute finale. L’aventure est captivante le trésor vous surprendra !
Des enquêtes à recommander…

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Dans un autre genre, l’épisode de la série télévisée avec Jéremy Brett, chez Belette

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Le couteau sur la nuque


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Challenge Polars de Sharon

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Le couteau sur la nuque
Agatha Christie

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Cette fois-ci, le capitaine Hastings nous rapporte une affaire bien retorse dont le dénouement avait donné beaucoup de mal à Hercule Poirot. « Le petit détective Belge » s’était fourvoyé dans ses déductions et avait orienté l’inspecteur Japp de Scotland Yard sur de mauvaises pistes. La tragédie mettant en scène de grands noms de l’aristocratie et du monde du théâtre, l’intérêt du public avait été maintenu par les nombreux actes qui avaient ponctué l’histoire ; trois meurtres et une pendaison…

Je vais juste vous raconter les premières pages et vous situer dans la chronologie. Hastings est revenu d’Argentine pour quelques temps et Poirot semble un peu s’ennuyer. L’histoire se passe au début de l’été, à Londres, mais il est aussi question de la France et de l’Amérique au fil de l’enquête.

Tout commença au théâtre où Poirot et Hastings étaient venus voir Carlotta Adams, une actrice Américaine à la carrière prometteuse. Ses multiples talents allaient du comique à la tragédie, en passant par des imitations. Parmi tous les portraits qu’elle proposait avec plus ou moins de mordant, il y avait la caricature d’une célèbre comédienne, Jane Wilkinson. La jeune femme en question avait quitté momentanément la scène pour épouser le baron Edgware et, après trois ans d’une union houleuse faite de séparations, elle s’apprêtait à le quitter, clamant à tout le monde qu’elle aimerait en être débarrassée. Ce soir d’avant-dernière représentation, elle était dans la salle à rire des pitreries de Carlotta et à saluer son intelligence et sa finesse.
C’est plus tard dans la soirée au restaurant de l’hôtel du Savoy que Poirot et Hastings rencontrèrent Jane, Lady Edgware, qui était à une table voisine de la leur. Invités à la suivre dans sa suite, elle leur fit part d’une requête en réitérant son vœux le plus cher : « Se débarrasser » définitivement de son mari qui lui refusait toute rupture. Lorsque Poirot avait sursauté en lui faisant la remarque que le terme « débarrasser » définissait une suppression bien plus radicale qu’un divorce, Jane avait répondu en riant qu’elle en avait tout à fait conscience…
La demande voulait que Poirot intercède auprès de son mari pour qu’il lui accorde le divorce le plus rapidement possible car elle était amoureuse du duc de Merton qui était prêt à l’épouser.

Pour les beaux yeux de Jane, pour la sympathie qu’elle suscitait, pour l’extravagance de la mission, ou tout simplement pour se divertir, Poirot accepta et prit rendez-vous avec Lord Edgware qui ne tarda pas à le convier.
De cette rencontre, il en était reparti satisfait et troublé par tant de facilité, car Lord Edgware avait lui aussi émis le souhait d’une séparation définitive et avait parlé d’une lettre qu’il aurait envoyée à sa femme, six mois auparavant à Hollywood, pour lui confirmer son accord. La lettre se serait-elle égarée ?
Cette lettre disparue qui avait dès le début intrigué Poirot, avait été l’un des nombreux points à élucider.

Une enquête ? Le lendemain de l’entrevue, Poirot était sollicité par l’inspecteur Japp pour l’assister dans une enquête. On venait de découvrir Lord Edgware assassiné, un coup de poignard dans la nuque. Ainsi commence l’affaire…

Si les soupçons des policiers désignent la frivole et infidèle Jane, très vite, ils doivent lister d’autres suspects car Jane a une pléthore de témoins irréprochables qui lui servent d’alibi. A qui profite le crime ? Il faut préciser que le défunt était détestable ! Manipulateur et sadique, il était haï par toutes les personnes qui l’entouraient. Sa fille, son neveu héritier du titre et des biens, sa secrétaire, son majordome, l’amant de sa femme ? Il y a de quoi faire ! jusqu’à imaginer la comédienne Carlotta Adams dans le rôle de l’assassin et peut-être même, son ami le comédien Bryan Martin.
Les petites cellules grise d’Hercule Poirot vont beaucoup réfléchir au machiavélisme de l’affaire, le capitaine Hastings essaiera de suivre ses raisonnements et l’inspecteur Japp va en perdre son latin, surtout qu’un deuxième et un troisième meurtres suivront.

Japp désespéré de la tournure de l’enquête se plaint à Hastings du comportement de Poirot :
« – Je l’ai toujours trouvé un peu bizarre, dit Japp. Il a une façon très particulière et très étrange d’envisager les choses. C’est une espèce de génie, je le reconnais, mais on dit bien que le génie se situe à la frontière de la folie et qu’il est susceptible d’y basculer à tout moment. Il a toujours aimé les choses compliquées. Une affaire simple ne le satisfait jamais. Non, il faut qu’elle soit tortueuse. Il n’adhère plus à la réalité. Il joue son propre jeu. Comme une vieille dame qui fait des patiences. Si elle ne réussit pas, elle triche. Lui, il triche au contraire si cela vient trop facilement pour rendre les choses plus difficiles. C’est ainsi que je le vois… »

Ce roman publié en 1933  est la huitième des enquêtes d’Hercule Poirot dont les lectures sont de réels plaisirs ! L’intrigue passionnante est relatée par Hastings et sa personnalité franche, ingénue, bonne et fidèle, donne le ton. Lorsque John Watson rapporte les déconvenues de Sherlock Holmes, il le fait avec beaucoup moins d’indulgence. Hastings vénère Poirot et n’hésite pas à nous le témoigner.
Le dénouement surprend moins que la trame qui est tissée de façon à nous perdre. Il est difficile de sonder les personnages car les apparences sont toujours trompeuses.
Une histoire de plus à recommander !

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L’employé de l’agent de change

Challenge polars avec Sharon
40 nouvelles pour mars, avec Aymeline
Et mois Kiltissime de Cryssilda
Mes lectures avec Sherlock…

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L’employé de l’agent de change
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

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Les nouvelles des mémoires ne suivent pas la chronologie des enquêtes. Dans cette dernière, John Watson est marié et a pris la clientèle d’un vieux médecin dans le quartier de Paddington.
Un matin, à sa grande surprise, il reçoit la visite de Sherlock Holmes qu’il n’a pas vu depuis l’affaire du Signe des Quatre. Le motif invoqué ? Ajouter à sa collection d’énigmes une chronique inédite. Alléchante proposition ! Watson ne se fait pas prié pour suivre son ami…
Durant le voyage en train jusqu’à Birmingham, le client Hall Pycroft raconte l’affaire qui le mène à consulter le détective. Au chômage depuis quelques mois, après la faillite de la banque pour laquelle il travaillait depuis cinq ans, il commençait à désespérer quand un emploi dans le bureau de change Mawson & William’s lui est proposé. Mais après avoir signé, une autre proposition lui ai faite, encore plus prestigieuse que la première. Une société en quincaillerie lui offre le poste de directeur avec une rémunération très attrayante. Malgré qu’il soit déjà en contrat, Pycroft décide de s’engager auprès de la seconde, et dans l’immédiat, suivant le conseil d’Arthur Pinner l’agent de la quincaillerie, de n’en référer à personne.
C’est en se rendant dans les bureaux de l’entreprise que Pycroft soupçonne un traquenard. La société à Birmingham n’est référencée sur aucune plaque professionnelle, les locaux sont impersonnels, vides, poussiéreux, et l’homme qui le reçoit est le sosie de Pinner…
L’aventure commence pour les trois hommes, Pycroft, Watson et Holmes !

Lorsqu’il est affaire d’escroquerie… Cette enquête n’a pas le brio de certaines, mais c’est toujours un grand plaisir de lire la trame d’un scénario bien élaboré, dont le dénouement déconcerte un peu.

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