Les cousins Karlsson, Tome 1 – Espions et fantômes


Octobre est Halloween avec Lou et Hilde
Challenge polars et thrillers de Sharon

 

Les cousins Karlsson
Espions et fantômes, tome 1
Katarina Mazetti

 

Les grands-parents Karlsson ont eu quatre filles aux caractères et univers bien différents. Trois d’entre-elles ont eu des enfants ; Ulla, chercheuse, a deux filles, Julia et Daniella, Molly, actrice, a un garçon, George, et Ellen, chef cuisinière établie en France, a aussi un garçon, Alex. La quatrième, Frida qui vit seule sur une île suédoise loin de la civilisation, est artiste.
Lorsque Julia, douze ans, apprend par sa mère qu’elle et sa petite sœur Daniella (appelée Bourdon) vont devoir passer tout l’été chez leur tante Frida, c’est vraiment l’horreur ! Et de savoir que leurs cousins, George et Alex, les rejoindront, ne la réconforte en aucune façon car les souvenirs qu’elle a des garçons ne leurs sont pas très favorables.

Julia et Daniella, accompagnées de leur chat Chatpardeur, retrouvent les cousins sur le quai de l’île aux Grèbes. Les quatre enfants qui comprennent qu’il est essentiel de se montrer solidaires, refont connaissance en attendant tante Julia qui tarde à venir. Esprit fantasque, bohème et dévoué à son art, la sculpture, elle n’a aucun sens des priorités et du quotidien qu’elle gère très mal. Elle n’aura donc aucune honte à faire manger une pizza froide à peine décongelée à ses neveux le soir de leur arrivée. Pourquoi froide ? Parce que dans la maison de tante Julia le confort est vraiment secondaire et que la gazinière ne fonctionne jamais !
Dans cette vieille maison de trois étages desservis par un escalier en colimaçon, les enfants constatent que tout est archaïque et qu’il n’y a pas d’eau courante. Toutefois, ce qu’ils vont retenir c’est que tante Julia ne pourra pas s’occuper d’eux et qu’ils seront libres. D’un côté, la mer, de l’autre, la forêt… Quel est l’enfant qui s’en plaindrait ?

C’est l’été, la Suède en cette saison est très agréable et les enfants découvrent une maison qui se trouve être en définitive, assez plaisante et curieuse. Ils sont libres et seuls au monde ! Seuls ? et non… Dès ce premier jour, en découvrant par l’une des fenêtres le beau paysage, George croit voir une silhouette au loin fuir vers les bois. Puis dans la nuit, c’est au tour de Julia de voir un fantôme…
Qui est cette personne qui semble se cacher ? En riant, ils émettent l’hypothèse que cela pourrait être un loup-garou, un fantôme, un ornithologue et pourquoi pas, un espion…
Voilà un mystère qu’ils vont devoir élucider sans tante Julia qui doit partir sur le continent pour résoudre un autre problème. A eux l’aventure !

Dans la lignée des livres de la bibliothèque rose et verte que je lisais quand j’étais petite, cette série des cousins Karlsson en est une digne héritière. On y retrouve des enfants seuls, sans adultes, de l’amitié, de la solidarité et des mystères à dénouer. Mais alors que ces séries vintages racontaient des histoires de justiciers en culottes courtes et de bandits, Katarina Mazetti aborde dans ce premier tome « Espions et fantômes » un sujet très sensible qui colle à l’actualité de notre époque et qui raconte une histoire bien triste, celle des migrants et des passeurs. Ce n’est pas désuet, c’est très ancré dans notre temps.
Je vous recommande ce roman de la littérature jeunesse qui donne un aperçu bien sympathique de ce que peuvent être les autres histoires qui à ce jour sont au nombre de sept.


Peinture du peintre Suédois Bruno Andreas Liljefors

 

 

Sherlock, Lupin et moi, La cathédrale de la peur

Octobre est Halloween avec Lou et Hilde
Challenge policiers et thrillers de Sharon

 

Le mystère de la dame en noir, T1
Dernier acte à l’opéra, T2
L’énigme de la rose écarlate, T3

Sherlock, Lupin et moi
La cathédrale de la peur, tome 4
Irène Adler
Illustrations Iacopo Bruno

 

Irène reprend la plume pour nous conter cette dernière enquête avec Arsène et Sherlock, qui se passe de nouveau en France. Après quelques mois à Londres où elle et ses amis ont élucidé une affaire liée à une sanglante vengeance, Irène suit ses parents dans une nouvelle maison à Évreux, loin des tourments de la capitale. En ce début de mars 1871, Paris est à l’aube d’une insurrection contre le gouvernement de Thiers.

Dans cette campagne bien plus paisible, à l’orée de la ville, la jeune fille passe les premiers jours à visiter la villa et à s’occuper de sa mère qui souffre des poumons. Avec un père souvent absent et très préoccupé, le majordome Horatio veille toujours sur elle et devance la plupart de ses souhaits. Témoin et complice de ses escapades aventurières en compagnie de ses acolytes, il va jusqu’à lui baliser le passage pour s’échapper de la maison sans faire de bruit.
C’est en trouvant un message sur l’un des bancs du parc que l’histoire commence. Une mystérieuse inconnue lui donne rendez-vous dans les jardins de la cathédrale pour l’entretenir au sujet de Madame Adler et de Monsieur d’Aurevilly, l’ancien propriétaire de leur demeure. Mais cette raison n’est qu’un prétexte pour l’appâter, car le réel motif est un document caché derrière l’un des tableaux de la bibliothèque qu’elle voudrait qu’Irène lui ramène.
Voilà enfin une histoire digne d’intérêt ! et en rentrant chez elle, l’esprit bien chauffé par cette nouvelle énigme, Irène a la grande surprise de retrouver Arsène qui a fuit Bruxelles après s’être disputé avec son père. Les deux amis n’attendront pas longtemps pour voir débarquer Sherlock qui après avoir été éliminé dès le début à un concours d’échecs, est tout heureux de passer quelques jours avec eux.

Ce petit papier parcheminé et codé découvert derrière un tableau, va les envoyer dans le cœur malfamé de Paris à la poursuite du duc de Montmorency et d’un mystérieux Grand Maître, chef d’une société secrète ésotérique. D’indice en indice, de déduction en déduction, Irène, Arsène et Sherlock vont rencontrer le fils du romancier Alexandre Dumas qui les entretiendra sur l’une des dernières œuvres de son père, « Joseph Balsamo ». La toile de fond s’ouvre alors sur un univers occulte et alchimiste, sur des rituels macabres faits dans les catacombes, et sur une sainte relique, le cœur de Saint Michel.
Téméraires et très curieux, les trois amis vont vouloir déjouer les plans machiavéliques d’un sombre individu…

Quatrième opus de la série, nous retrouvons avec grand plaisir nos jeunes enquêteurs dans un périple à Paris. L’auteur aborde un univers après l’armistice signée avec les Prussiens, au début de l’année 1871, et juste avant la Commune où une partie du peuple issu de la classe populaire va se soulever contre le pouvoir mis en place. Tout est en effervescence et très malsain pour nos amis qui découvrent certaines réalités de la vie. Irène décrit bien leur aventure et ne nous cache rien des sentiments qui les animent.
Je recommande aux jeunes lecteurs, de 7 à 12 ans, cette série bien écrite et bien divertissante. Elle réunit plusieurs critères qui les passionneront… amitiés, suspense, action, société secrète, sciences occultes et pan historique de Paris.
Le prochain épisode est intitulé « Le château de glace ». Nous apprendrons peut-être un peu plus sur la mère biologique d’Irène. Car à travers les enquêtes relatées, il y a ce mystère qui se délie timidement de tome en tome…
A suivre !

Cathédrale d’Évreux

 

 

 

Par deux fois tu mourras


Challenge Policiers historiques avec Sharon
Un livre offert par Babelio et les
Éditions JC Lattès

 

 

Par deux fois tu mourras
Les Francs royaumes
Eric Fouassier

 

Pour mieux appréhender cette lecture, il est bon de connaître quelques paramètres de l’Histoire. En quelques lignes… le royaume des Francs qui fut réunifié sous le règne de Clovis de la dynastie des Mérovingiens, se divise en quatre à la mort du roi Clotaire, son fils et héritier, en 561. Ce sont les quatre fils de Clotaire qui s’attribuent les royaumes. Caribert devient le roi de Paris et de l’Aquitaine, Chilpéric est le roi de la Neustrie (royaume de Soissons), Sigebert est le roi de l’Austrasie (royaume de Reims) et Guntramn est le roi de Burgondie (royaume d’Orléans). Mais à la mort de Caribert, n’ayant laissé aucun héritier mâle, son royaume est redistribué à ses frères. En 568, la carte se redéfinit en trois parts.

Le roman débute en 569 avec le meurtre de la reine Galswinthe, épouse de Chilpéric 1er. Jeune princesse Wisigothe arrivée de Tolède quatorze mois plus tôt pour s’unir au roi de Neustrie, elle n’a connu dans son nouveau royaume que solitude et tristesse. Ne l’ayant épousée que pour sa dot et son lignage qui renforçait sa puissance et le maintenait au même rang que ses frères, Chilpéric n’a guère tardé à la délaisser pour retourner auprès de son ancienne concubine, Frédégonde. L’auteur raconte donc dans son prologue entre faits réels et fictifs, les errances dans le palais de Galswinthe, hantée par ses rêves de mort, jusqu’à son trépas ; assassinée dans sa chambre par deux fois… « Par deux fois tu mourras ».

Quatre ans plus tard en 573, l’auteur nous mène tour à tour auprès d’une esclave de la cour de Neustrie, la jeune Wintrude, une princesse Thuringienne, et auprès d’un jeune aristocrate Gallo-Romain, de la cour d’Austrasie.
Quand on découvre dans la porcherie le squelette de son frère aîné disparu quatre ans plus tôt, Wintrude relie cette mort à celle de la reine Galswinthe. Ses doutes s’ancrent plus fortement lorsque Ambrios, un affranchi attaché au service de Chilpéric, vient la chercher pour de fumeuses raisons et tente de l’assassiner. Réfugiée dans la cathédrale sous la protection de l’évêque Prétextat, Wintrude est bien décidée à mener son enquête en mémoire de son frère.
Sur les conseils  de l’évêque Grégoire de Tours, la reine Brunehilde, épouse de Sigebert roi d’Austrasie, demande à Arsénius Pontius de découvrir l’assassin de sa sœur Galswinthe. Persuadée que Frédégonde, la nouvelle femme de son beau-frère Chilpéric, est à l’origine du meurtre, elle veut en avoir la preuve pour pouvoir se venger.
C’est donc à Rouen que Wintrude et Arsénius vont se rencontrer et commencer leur investigation en faisant cause commune.
Si les chroniques historiques connaissent
déjà le meurtrier de Galswinthe, l’histoire romancée raconte une autre hypothèse, une trame qui s’ourdit dans l’ombre…


Premier tome d’une trilogie, le roman retrace les conflits entre les petits-fils de Clovis roi des Francs, qui ont morcelé leur héritage, durant une période de guerres fratricides, appelée la « faide royale ». Envieux, violents et parfois sans honneur, ces rois Mérovingiens ne sont pas les seuls à mener la cadence et à être habités par une grande ambition car l’auteur donne une égale importance, sinon plus, à leurs reines, Frédégonde et Brunehilde, d’habiles manipulatrices qui savent envoûter leur monde.
En parallèle à ces rivalités et leurs intrigues, cette saga romanesque historique raconte l’histoire de deux personnages fictifs qui parcourent cette époque de façon plus noble. Tous deux vont s’atteler à dénouer un écheveau tissé habilement qui réécrit la grande Histoire rapportée par Grégoire de Tours. Wintrude est une princesse qui n’a connu que le servage. Elle a cependant une dignité et une force qui la rendent majestueuse. Son courage est plus imposant que certains guerriers. Quant à Arsénius, avant tout homme de lettres, son inexpérience des combats ne fait pas de lui un pleutre. Il découvre aux côtés de la jeune fille une témérité qu’il n’avait jamais encore expérimentée, ainsi qu’un goût pour l’aventure.
Je vous recommande ce livre qui est un voyage dans le temps du haut Moyen-Âge très réussi. L’auteur s’est beaucoup documenté et dit qu’il s’est attaché à rendre la complexité de l’Histoire avec ses enjeux politiques et ses arcanes, le mieux possible. La part fictive s’est invitée, quant à elle, de façon très naturelle…
Il me tarde donc de lire la suite !

 

 

 

 

Nymphéas noirs

Challenge polars de Sharon
Challenge Petit Bac d’Enna – Catégorie couleur

 

 

Nymphéas noirs
D’après le roman de Michel Bussi
Adaptation de Frédéric Duval
Dessins de Didier Cassegrain

 

Cet album est une adaptation du livre policier de Michel Bussi, « Nymphéas noirs ». Ne l’ayant pas lu, je ne pourrai pas vous dire si c’est fidèle au roman, mais d’après les avis que j’ai pu voir, cette réécriture graphique est très bien réalisée.

 Nous pénétrons dans l’histoire par le récit d’une vieille dame de quatre-vingts ans, toute ratatinée et vêtue de noir, qui habite le petit village de Giverny rendu célèbre par le peintre impressionniste Claude Monet. Narratrice, elle commence par nous présenter trois femmes qui seront le fil conducteur de l’enquête. Elle dit de la première qu’elle est méchante, une sorcière, c’est d’elle dont elle parle, de la deuxième, elle la catalogue de menteuse, c’est Stéphanie Dupain l’institutrice du village qui a trente-six ans, et la troisième, une petite fille de onze ans Fanette Morelle, elle lui attribue l’égoïsme. Trois femmes, trois générations différentes, qui ont le même rêve, celui de partir vers d’autres horizons. En toutes saisons, assailli par les touristes qui viennent visiter la maison et le jardin de Monet, Giverny est devenu bien trop petit pour elles.

Dans la première partie intitulée « Tableau 1 : Impressions », la vieille dame nous annonce sans préambule qu’un meurtre va être commis et en effet, lors de sa promenade matinale dans la campagne, elle découvre un cadavre dans le lit d’un cours d’eau, L’Epte. Sans états d’âme, elle continue son chemin en compagnie de son chien Neptune et n’avertit pas les autorités, laissant à un joggeur le soin de le faire.
Jérôme Morval, crâne fracassé, poignardé, était un chirurgien ophtalmologue de Rouen, qui avait acheté avec sa femme l’une des plus belles maisons de Giverny dont il était natif. Passionné et collectionneur de peinture, mari infidèle, les inspecteurs de Vernon qui sont mandatés vont étudier ces deux pistes, surtout l’une lorsqu’ils reçoivent des photos compromettantes du défunt avec ses conquêtes. Giverny devient alors le tableau d’une incroyable investigation qui tourne essentiellement autour de l’institutrice soupçonnée d’avoir entretenu une liaison avec lui.
D’un côté nous avons l’inspecteur Laurenç Sérénac qui reste sur place pour interroger l’entourage de Morval et de l’autre côté, c’est son adjoint, Sylvio Bénavides, qui oriente ses recherches vers les collectionneurs d’art, un monde pas toujours honnête.
Silhouette presque fantomatique qui narre la trame des évènements, la vieille dame voit tout et partage avec nous ce qu’elle surveille. La jeune institutrice qui aspire à l’amour, en mal de maternité et mariée à un rustre,  et la petite fille très douée en peinture qui rêve de gagner le concours Théodore Robinson.

Sur une dizaine de jours, de nombreux incidents vont intervenir et faire basculer l’histoire vers des mystères insondables. Deux enterrements sont célébrés, celui du notable et celui du mari de la vieille dame. Apparemment, ce ne seront pas les seuls car tel un oiseau de mauvais augures, elle prédit une autre mort.
D’anciennes affaires vont ressurgir et faire apparaître un nouveau personnage, l’inspecteur Laurentin, un policier proche de la retraite qui a bien connu la région et qui avait enquêté sur des toiles de Monet qui avaient été volées. Mais le dossier qui refait surface est celui d’un petit garçon qui avait été retrouvé mort dans la même petite rivière de Giverny en 1937.

La deuxième partie « Tableau 2 : Exposition » reprend en très peu de pages toutes les pièces du puzzle pour les assembler. Le lecteur assimile alors, pas sans mal, toute la tortuosité de l’intrigue et salue l’imagination de Michel Bussi, un maître dans les simulacres, le trompe l’œil. Les secrets de chacun sont noirs, bien gardés, enfouis dans les mémoires ; jalousie, passion, désillusions… et vengeance.

Je vous recommande ce très bel album qui nous entraine rapidement dans une dimension « impressionniste ». Les auteurs ont su rendre toute la complexité de ce policier et ce ne fut certainement une petite affaire… car j’ai rarement lu une histoire aussi enchevêtrée ! Bravo Messieurs ++

 

 

Le mystère de la chambre jaune


Un livre offert par Babelio et les Éditions Omnibus dans le cadre d’une opération « Masses Critiques »

Un beau livre pour Noël
Roman policier pour le challenge de Sharon

 

 

Le mystère de la chambre jaune
Gaston Leroux
Illustrations de Simont & Loevy

 

Cette histoire comme nous l’annonce dès les premières pages le narrateur, est l’une des plus grandes énigmes des affaires criminelles. Elle dépasserait les enquêtes de Sir Arthur Conan Doyle et l’imagination fantasque d’Edgar Allan Poe. Elle prend ses racines en Amérique et elle s’épanouit en France, sur le vieux continent.
C’est son ami le jeune Joseph Rouletabille, reporter dans un grand journal, qui a résolu le mystère et qui dans un coup de maître, un coup d’éclat, en a divulgué toute la teneur en plein procès. Mais de la vérité, la justice et les médias n’en connaîtront qu’une partie, et c’est quelques années plus tard que le narrateur prend la plume pour nous la dévoiler.

La nuit du 25 octobre 1892, au château du Glandier dans la campagne d’Epinay-sur-Orge, on a découvert la fille du propriétaire, le professeur Stangerson, inconsciente dans sa chambre et gravement blessée à la tempe et à la gorge. Le mystère de la chambre jaune tient du fait que la porte était verrouillée de l’intérieur et que les volets étaient fermés. La jeune femme gisante au sol et la trace ensanglantée d’une main sur le mur sont les seules représentations de l’agression. La chambre étant mitoyenne au laboratoire du père où celui-ci travaillait avec son vieux serviteur, Père Jacques, on se demande alors par où se serait enfui le criminel…
Délégué par son rédacteur en chef, Rouletabille embarque avec lui Sainclair (le narrateur) pour investiguer au château, marchant ainsi sur les pas de la police et se confrontant à l’inspecteur Larsan qui en tant qu’enquêteur a déjà une belle notoriété derrière lui.

Rouletabille fait le plan du pavillon du parc qui regroupe le laboratoire, la chambre de Mathilde et les appartements à l’étage de Père Jacques, et rencontre les habitants du domaine ; M. Darzac le fiancé qui devait l’épouser et les domestiques. Aucun indice, aucun suspect à noter, mais il est une certitude pour lui, ce ne sont pas les premiers inculpés par la police qui sont coupables.
Quand Mathilde se réveille de son coma, tout le monde espère avoir des explications. Mais la demoiselle, encore confuse et taiseuse, n’en donne pas.
Les questions sont nombreuses ! Pourquoi, qui, comment ? Surtout que très vite, le petit reporter pense qu’un deuxième attentat serait à craindre…

Le roman de Gaston Leroux est sublimé dans cette belle collection Omnibus qui joint à la fin toute une documentation illustrée des maîtres du « crime impossible », de 1838 à 1945, ainsi que la biographie de l’écrivain, par Philippe Mellot. L’esthétique classique et riche des livres anciens, avec les gravures de la première édition en 1908, ajoute un charme supplémentaire à la lecture…
Ce roman paru en feuilleton dans le journal L’Illustration un an auparavant, est la première aventure du jeune Rouletabille.
Grande énigme qui fut saluée et reconnue par les maîtres du genre, elle est machiavélique dans toute sa construction et mène à un final renversant.
L’enquête n’est pas facile et Mathilde ne fait rien pour aider. On voit qu’elle a un secret et qu’elle est soutenue en cela par Darzac qui est à son tour inculpé. Au fil des pages, les écrits du narrateur qui suit Rouletabille se complètent avec les rapports de justice, et l’écheveau se dénoue lentement, accusant parfois quelques longueurs narratives, et pourtant bien maîtrisées. Les personnages, l’époque, les décors, la plongée dans la fin du XIXe siècle est très intéressante, et le XXe est amené par la jeunesse, la fougue, la vivacité intellectuelle, de Rouletabille.

Un classique excellent, à lire ou à relire dans cette belle version.

 

 

 

 

Chasseur noir


Octobre, challenge Halloween avec Lou et Hilde
Challenge thriller fantastique avec Sharon

 

Chasseur noir
Michel Honaker

 

En pleine nuit, caméra infrarouge en main, le reporter Haskell est en planque derrière une plateforme de ferrailles pour surprendre le commanditaire du meurtre du maire de New York. Dans ce cimetière de carcasses de voitures, la scène a de quoi ébranler le plus téméraire des hommes. Entouré par des croque-morts, Philozoar Reles, un maître en magie noire, passe un pacte avec un certain Mr. Smith, dans une sorte de représentation macabre. Mais très vite, Haskell découvert, est poursuivi par les croque-morts qui le traquent, non pas sur leurs deux jambes, mais à quatre pattes… dents et griffes sorties.

Ebenezer Graymes, professeur en démonologie et traditions anciennes, est invité à donner des cours à l’université de Columbia. De retour d’un long voyage en Égypte, il revient à New York l’âme encore lestée par la nostalgie du désert. C’est là-bas qu’il a laissé la sépulture de son père spirituel le docteur Neery, un mentor qui a su le maintenir hors des mondes de l’obscur, car Graymes n’est pas seulement télépathe ou psycho-kinésiste, il est aussi la réincarnation de grands magiciens qui connaissaient la Cabale, Les livres de Salomon, Le Florilège des astres perdus, Le Penduleum des nécromanciens…
En bordure de l’East River, dans la vieille maison néogothique de Neery, Graymes se réapproprie les lieux en s’imposant comme seul maître. A un gnome appelé Goffon, employé par Reles, il annonce que bien des choses vont changer et que des règles plus strictes vont être établies. Il semblerait que la ville soit le théâtre de sorcelleries en tout genre et qu’elle mérite vraiment son nom, « ville des impossibles ».

L’inspecteur de la criminelle Trevor Meredith a deux dossier sur les bras ; la mort du maire et celle du reporter Haskell qui a laissé une vidéo dans laquelle il dénonce des affaires hautement démoniaques. Afin de mener à bien son enquête, il se rend à Montague Street où vivait le Dr Neery, un consultant avec qui il avait travaillé au début de sa carrière.
En tapant le heurtoir de la porte d’entrée, ce n’est pas sa vieille connaissance qui le reçoit, mais un nouveau locataire, un homme encore jeune, grand, au visage émacié, blême, et à la longue chevelure couleur corbeau.
Graymes, le Chasseur noir, et son épée, la lame mangeuse de démons, vont aider Meredith à trouver les assassins… et ainsi défier celui qui se considère comme le souverain de New York.

Premier tome d’une trilogie, j’ai passé un très bon moment entre ces pages qui se sont lues beaucoup trop vite. Ces livres sont une version édulcorée pour la jeunesse de la série en dix-sept volumes, « Le Commandeur », qui retrace les enquêtes du professeur Graymes, un justicier sorcier.
Roman fantastique et roman policier, on suit Graymes dans un New York dangereux et maléfique. Sorcellerie, nécromancie, occultisme, envoûtement, démons, pentacles… on en a plein les mirettes !
Une intrigue bien menée, avec un épilogue à la hauteur, je ne vais pas tarder à lire la suite.

A recommander !

 

 

Jackaby – Tome 1

Un livre offert par Babelio et les Éditions Bayard dans le cadre des Masses Critiques
Challenge polars avec Sharon

 

 

Jackaby
William Ritter

 

Nouvelle-Angleterre, 1892,

Abigail Rook, dix-sept ans, a quitté l’Angleterre depuis un an pour fuir la vie que ses parents lui destinaient après ses études. Épouser un homme à la situation déjà établie, porter des tournures et des corsets, avoir des enfants et tenir une maison n’étant pas ses aspirations premières, elle était partie dans les Carpates sur un site de fouilles archéologiques, en quête d’émancipation. Et pour continuer l’aventure, elle avait pris un bateau pour la Nouvelle-Angleterre.

En ce mois de janvier 1892, elle se retrouve sur le port de New Fiddleham, seule et désargentée, à la recherche d’un gite et d’un travail. Courageuse, déterminée et doté d’un bel optimisme, elle répond à une annonce pour un emploi chez un détective privé peu ordinaire, Mr R.F. Jackaby, spécialiste en phénomènes inexpliqués, qui enquête et donne des conseils sur des affaires d’ordre paranormal.
Séduit par l’intelligence et les capacités d’Abigail, Jackaby l’embauche et met à sa disposition une chambre dans sa grande maison, une bâtisse tout aussi étrange que lui, pleine de vieux livres, d’éprouvettes, d’ossements et d’une collection de runes gravées, qu’il partage avec un fantôme, la belle Jenny, et Douglas le canard chargé des archives, qui fut avant sa transformation un charmant jeune homme.

Après avoir accepté le fait qu’un monde surnaturel venu des croyances du vieux continent puisse exister, Abigail est confronté à sa première enquête, la mort d’un journaliste du Chronicle retrouvé dans son lit, vidé de son sang, avec pour seul indice l’empreinte d’une chaussure métallique.
Si Jackaby a la faculté de percevoir l’invisible et le fantastique, Abigail, très observatrice, est capable de voir l’ordinaire, toutes ces petites choses qui mènent à bien une investigation.
Passant outre la colère de l’inspecteur chef Marlowe qui ne voit pas d’un bon œil cette intrusion, Abigail et Jackaby vont rechercher le meurtrier dans l’univers des créatures fantastiques et découvrir qu’une vieille dame, qui est en réalité une banshee, annonce par des pleurs les morts survenues et à venir, car celui qui vient de mourir, Arthur Bragg, ne sera ni le premier ni le dernier cadavre.

Banshees, fantômes, trolls, lutins, métamorphes, leprechauns, Abigail n’est qu’au début de ses surprises…

Ce tome est le premier d’une série, dans laquelle Abigail et Jackaby traquent des assassins qui n’ont rien d’humains. Comme le duo d’Arthur Conan Doyle, Holmes et Watson, elle est l’assistante et la narratrice, lui est un enquêteur hors norme. Si je fais le parallèle avec une autre série, je pense également à la saga de l’Epouvanteur de Joseph Delaney, avec toutes les créatures surnaturelles issues des contes et légendes, l’action et le côté obscur.
L’histoire se lit bien, elle est du genre accrocheuse (suspense, frissons et émotions), et les personnages principaux sont tous attachants avec leur part de mystère et de fragilité.
Je recommande donc ce roman fantastique, aux initiés du genre… Mais je recommande, aussi, aux jeunes lecteurs qui souhaiteraient s’aventurer dans un autre monde.
A suivre !

 

 

Banshee, illustration de W.H. Brooke pour les Fairy Legends and Traditions of the South of Ireland de Thomas Crofton Croker, 1825