Ils vont tuer Robert Kennedy

Un livre offert par les Éditions Gallimard dans le cadre des partenariats Babelio

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Ils vont tuer Robert Kennedy
Marc Dugain

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Mark O’Dugain, un professeur universitaire de soixante ans, retourne avec sa jeune compagne sur l’île de Vancouver, dans la maison familiale héritée de ses parents lorsqu’il avait quatorze ans. A travers cette maison, dressée sur une falaise de roches noires face au Pacifique, ce sont les souvenirs d’une enfance tourmentée, ponctuée par des moments heureux et insouciants de sa prime jeunesse et ceux qui ont scarifié le reste de sa vie. Il nous raconte les origines de sa famille, une mère Irlandaise et un père d’ascendance juive qui a quitté la France en 1951 pour s’installer au Canada. Il nous raconte le dévouement inconditionnel de l’une, qui vient à contre-courant du sérieux et de la réserve de l’autre, un éminent psychiatre reconnu pour ses travaux sur l’hypnose et les traumatismes endurés par les survivants des camps de concentration.

Ce retour dans le passé s’articule surtout autour de deux évènements tragiques et traumatisants qui détermineront l’avenir de chacun, car le narrateur lie à la chronologie de son histoire, les assassinats des Kennedy, John (1963) et Robert (1968). Les années soixante dans leurs différentes sphères, citent un répertoire de noms fascinants et dévoilent tous les désordres politiques, les névroses et les passions de l’époque. La base sur laquelle tout repose est chancelante et gangrénée.

Élevé par sa grand-mère Maine après les décès mystérieux et suspects de ses parents (suicide de sa mère en 1967 et accident de la route pour son père en 1968), Mark a orienté ses études sur le clan Kennedy. D’un chapitre à l’autre, il alterne les confidences sur sa famille et les informations collectées pour sa thèse qui retracent le parcours et la personnalité obscure des deux frères. Par des concordances et des suppositions étayées de témoignages indiscutables, il nous fait part de ses recherches et de ses conclusions qui fusionnent petite et grande Histoire, ponctuée par un chapelet de morts singulières. Enquête policière, immersion dans le monde de l’espionnage, entre CIA, IRA et MI6, il doit être vigilant et ne pas dépasser la frontière d’une « paranoïa complotiste », comme le souligne dès le début, Madsen, son directeur de thèse…

Intense, inquiétant, manipulateur, le roman maintient le suspense jusqu’à la dernière page et la fiction s’arrange avec l’Histoire, tout en accentuant et démasquant des faits troublants qu’on s’empresse de vérifier sur le net. Si cet enchevêtrement compliqué ne facilite pas notre lecture, il la rend aussi captivante. Quant à la violence, elle est froide, latente, comme une ombre menaçante.
Mark O’Dugain, Marc Dugain, le jeu des noms place l’auteur dans le rôle du narrateur.

Un livre très intéressant de la rentrée, à noter ! Je vous le recommande…

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A couteaux tirés

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Le mois du polar chez Sharon

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A couteaux tirésA couteaux tirés
Olen Steinhauer

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Henry Pelham, agent de la CIA en poste en Autriche, doit rencontrer dans un restaurant de Carmel (Californie), Célia Favreau qu’il n’a pas revue depuis cinq ans. Ancienne maîtresse et agent lorsqu’ils étaient en poste à l’ambassade de Vienne, elle est à présent une femme « rangée », photographe pour le journal local, mariée et mère de deux enfants. S’il veut lui parler, ce n’est pas pour lui rappeler le bon vieux temps, mais pour l’interroger sur un dossier sensible, non classé ; Frankler.

En 2006 à l’aéroport de Vienne, un attentat islamiste avait fait cent vingt victimes. Suite à cette tragédie, leur cellule à l’ambassade avait été disloquée. Le chef Bill Compton avait pris sa retraite, et Célia qui travaillait sous ses ordres directs, avait demandé à retourner en Amérique, mettant subitement fin à sa relation avec Henry. Mais cinq ans plus tard, l’affaire refait surface avec le témoignage d’un détenu de Guantanamo qui a avoué qu’un agent de l’ambassade aurait été complice. La sulfureuse révélation met en joue les cinq personnes présentes lors de l’attentat ; Henry, Célia, Bill, Vick et Gene.
Frankler est une mission délicate qu’il ne faut surtout pas faire remonter à Langley. Henry et Vick se concertent et s’entendent sur ce fait… l’enquête doit être officieuse et deux sur les cinq sont désignées suspectes.

« – Tu sais ce qu’il en est, Henry. On ne peut pas se permettre un procès, et il n’est pas question d’un échange de prisonniers avec les djihadistes. En fait, je préfèrerais que Langley n’en entende jamais parler.
– Si je comprends bien, tu voudrais que j’exécute le traître.
-… Je n’ai jamais dit ça… »

Après avoir interrogé Bill, Henry se prépare à retrouver Célia. Dans le restaurant, il l’attend avec impatience, fantasmant sur cette femme qu’il aime toujours. Différente, plus voluptueuse, moins sûre d’elle, la métamorphose le saisit sur l’instant. Elle lui plaît.
Les premiers échanges sont guindés, il perd ses moyens, mais très vite leur professionnalisme rétablit les codes. La joute s’engage. A tour de rôle, ils prennent le pouvoir l’un sur l’autre. Attitudes policées, sourires complices, chaud, froid, ce pas de deux sera fatal.
Henry appuie sur l’enregistreur et la laisse parler. Le huis-clos s’étend hors du restaurant et retrouve Vienne…

Est-ce Célia le traître ? A l’extérieur, Treble, l’exécuteur des basses besognes se tient prêt. Sur un simple mot, il fait feu.

« – Allô ?
– Piccolo ?
– Euh… oui.
(…)
– Bon, je la vois. Elle est là, devant moi. Elle marche dans la rue. Très lentement. (…) Si vous voulez que j’agisse, c’est le moment. Je ne sais pas quand se présentera une nouvelle occasion.
– Je comprends.
– A vous de décider, Piccolo. Il n’y aura aucune trace. Je peux faire ça proprement… »

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Ce roman d’espionnage nous remet en mémoire certains évènements de l’actualité qui se sont passés dans les années 2002-2003. Les attentats commis par les rebelles Tchétchènes, la répression russe, les assassinats. Par la suite, avec les attentats islamistes de l’histoire, c’est notre présent qui nous saute à la gorge. La partie géo-politique est abordée pour la toile de fond car en premier plan, l’auteur a voulu mettre à l’honneur l’échange verbeux entre Henry et Célia ; ambiance froide où la passe d’armes est toute en introspections, en analyses, en couperets, « à couteaux tirés ».
L’étrange face à face, inquiétant, des deux amants est tout l’intérêt du livre. Le suspense n’étant pas étoffé, nous nous rabattons sur la psychologie des deux personnages et l’angoisse qui grimpe les échelons… Nous partageons alors leur nervosité.

J’ai apprécié ma lecture et je la proposerai certainement à une amie pour ses vacances.

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Hamlet au paradis – Subtil changement, tome 2

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Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques de Babelio

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Hamlet au paradisHamlet au paradis
Le Cercle de Farthing, Subtil changement – Tome 2
Jo Walton

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Nous sommes dans le Londres de 1949, huit ans après la fin de la guerre. L’Angleterre a négocié avec Hitler leur paix, laissant au dictateur le reste de l’Europe ; un monde fascisant, conservateur, anticommuniste, antisémite et homophobe.
Viola Lark, comédienne talentueuse promise à un bel avenir, partage le récit de ce roman policier et uchronique avec l’inspecteur Carmichael de Scotland Yard…

Viola Lark a commis un acte qui mérite la pendaison, mais elle sait que tout lui sera pardonné si elle rentre dans « le rang ». Fille renégate d’une famille patricienne, belle-sœur de Himmler, elle va devoir courber l’échine pour survivre. Elle entame le récit comme une confession et raconte comment tout a commencé.
Un metteur en scène de renom lui propose un rôle qu’elle ne peut refuser. Dans une adaptation avant-gardiste, Hamlet est une femme ! Viola veut ce personnage et n’hésite pas à sacrifier sa belle chevelure pour le rôle. Alors que l’excitation exacerbe une partie de la troupe, on apprend qu’une des actrices, Lauria Gilmore, vient de mourir dans un attentat à la bombe.

L’enquête sur l’attentat est menée par l’inspecteur Peter Anthony Carmichael de Scotland Yard. Acte terroriste de la part des communistes ou des Juifs ? Carmichael doute du fait et oriente son investigation dans le cercle intime de l’actrice. Rapidement, il découvre une personnalité complexe et des motivations qui ont pour but de changer la politique du pays.
Un groupe d’hommes démocrates souhaite accorder à Churchill le pouvoir de réformer le gouvernement et de briser le pacte de Farthing.

Par l’intermédiaire de son oncle lord Scott, Viola est approchée par ces hommes de l’ombre qui préméditent une action de grande envergure. Quant à l’inspecteur Carmichael, il débute son enquête sous la pression de sa hiérarchie qui, sans subtilité, veut l’impliquer dans de nouvelles réformes et la création d’une police secrète qui prendrait exemple sur la Gestapo d’Hitler.
Contraints à suivre des voies qu’ils ne souhaitent pas prendre et poussés vers les extrêmes, tous deux ont conscience d’être des funambules qui avancent sur une corde raide.

Le metteur en scène de « Hamlet, princesse du Danemark » ne le sait pas encore… mais sa pièce va connaître un certain retentissement…
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On retrouve dans ce deuxième tome de la trilogie, un montage similaire au premier. Une histoire racontée par deux personnes, deux visions, une tonalité très britannique, une sphère conservatrice, aristocratique, et la montée du fascisme en Angleterre. L’auteur nous fait la surprise de convier Hitler dans son livre et nous le faire rencontrer… Mais si « Le Cercle de Farthing » nous présentait un scénario sis dans un huis-clos, « Hamlet au paradis » nous fait circuler dans différents univers. Les ambiances de la ville (théâtre, cafés, hôtels, dédales des rues…) et les ambiances extérieures (campagne, manoir, gares…) apportent au livre un réel intérêt.
Livre uchronique, livre d’espionnage, l’intrigue policière n’est pas le véritable moteur, ce que je regrette un peu car j’aurais aimé plus de suspense dans la trame.
Cette suite est aussi intéressante pour certaines révélations faites sur le caractère  de l’inspecteur Carmichael. On apprend qu’il est homosexuel et qu’il vit avec un ami. Son personnage prend de l’ampleur et si parfois on peut faire la moue, agacé à lire tant de candeur de sa part, on peut espérer que dans le troisième opus sa personnalité se révèlera plus frondeuse, car il est temps qu’il comprenne certaines choses…
Pour Viola, ce n’est que vers la fin du roman que j’ai ressenti de l’intérêt pour le personnage, lorsqu’elle réalise ce que fait Hitler. Auparavant, son histoire familiale, ses sentiments pour Devlin, sa passion pour le théâtre, n’ont pas su me captiver et me la rendre sympathique.
Pour conclure, je souhaite donner un avis assez favorable car j’ai lu ce livre avec plaisir, toujours curieuse des pages à tourner. J’ai aimé le côté froid et angoissant des romans d’espionnage et cette fin qui annonce des actes de résistance.
J’espère ne pas être déçue par le tome à venir…
A suivre !
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D’autres billets chez AcrO, Dionysos,

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Hamlet

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Les quatre

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« British Mysteries » d’Hilde et Lou
et « Agatha Christie » de George

« Le mois anglais » avec Titine, Lou et Cryssilda – 12ème billet

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Un billet particulièrement long ! 12 nouvelles…
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Agatha Christie

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Cette histoire n’a pas une construction ordinaire. Agatha Christie a écrit plusieurs nouvelles sur une organisation criminelle appelée « Les Quatre », puis les a rassemblées en un livre. Chacune de ces histoires, qui sont au nombre de douze, a son intrigue propre avec des chapitres et un dénouement. Se mêle aux enquêtes policières, tout le suspens des romans d’espionnage…

Juste avant la seconde guerre mondiale…
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1. L’hôte imprévu et L’homme de l’asile

Après une absence de près d’un an et demi, le capitaine Hastings revient à Londres pour quelques mois. Il se fait une joie de retrouver son ami Hercule Poirot, le célèbre détective, mais alors qu’il débarque chez lui à l’improviste pour lui faire la surprise, il découvre Poirot sur le point de partir pour Rio. Les retrouvailles sont joyeuses, turbulentes (des gamins !) et assez expéditives car le train qui doit le mener au bateau n’attendra aucun retardataire…

En pleine conversation sur le nom d’un groupuscule qui intrigue Poirot, les « Quatre Grands », ils entendent un bruit dans la chambre d’à côté et découvre un homme groggy qui est passé par la fenêtre. L’inconnu, d’après le médecin qui arrive en urgence, souffre d’un choc nerveux. Il répète sans discontinuer qu’il doit voir Hercule Poirot au 14, Farraway Street. Dans l’impossibilité de communiquer avec lui, on lui donne un crayon et un papier sur lequel il trace le chiffre « 4 »… ce qui n’explique rien. Poirot, maintenant très en retard, continue à préparer ses bagages et laisse l’intrus aux bons soins d’Hastings, quand soudain, il est interrompu… L’homme se met à réciter… « Li Chang Yen peut-être considéré comme le cerveau des Quatre Grands. Il en est la force motrice, le maître. C’est pourquoi je l’appelle le Numéro Un. Le Numéro Deux est rarement désigné par son nom. Il est représenté par un S barré d’un double trait vertical – le symbole du dollar – ou encore par deux bandes horizontales et une étoile. On peut donc en conclure que c’est un citoyen américain et qu’il incarne la puissance financière. Le Numéro Trois est, sans aucun doute, une femme, de nationalité française. Peut-être est-elle de ces courtisanes du demi-monde, mais on ne sait rien de précis sur elle. Le Numéro Quatre… Le « Destructeur »... pour retomber aussitôt en catalepsie.
Il est certain que cette tirade a de quoi intéresser Poirot, lui qui justement voulait se renseigner sur la bande des Quatre, mais bousculé par le temps, il ne prend pas la peine de faire certains rapprochements et se fait mener à la gare.

C’est à ni rien comprendre ! Un homme rentre par effraction chez lui et débite des paroles qui n’ont ni queue ni tête. Il le laisse en transe à sa logeuse et prend le train pour une affaire dont il ne sait strictement rien si ce n’est qu’elle est « royalement payée ». Son obsession étant de ne pas arriver en retard et de ne pas se désavouer en rompant la promesse qu’il aurait faite à ce milliardaire du bout du monde, Abe Ryland. On pourrait croire que ses petites cellules grises se sont disloquées, mais… Dans un sursaut de lucidité, Hercule Poirot réinterprète le tout et fait demi-tour pour découvrir, trop tard, l’inconnu décédé.

Hastings nous raconte cette étrange histoire en essayant de ne rien omettre. Le début qui paraît compliqué ne l’est que si peu en comparaison de la suite qui va se révéler extrêmement plus complexe. Lorsqu’ils constatent le décès, Poirot fait intervenir l’inspecteur Japp qui apporte des éclaircissements à cet embrouillamini. Car un nouveau personnage se faisant passer pour un gardien d’Hanwell, un asile d’aliénés, est rentré sur la scène pour réclamer le cadavre. C’est Le Destructeur de la bande des Quatre, celui qui ratisse le terrain.

Poirot solennel déclare à Hastings : « C’est un duel à la mort, mon ami. Vous et moi d’un côté, les Quatre de l’autre. Ils ont gagné la première partie, mais ils ont échoué dans leur plan pour m’éloigner. Désormais, ils auront affaire à Hercule Poirot ! ».
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2. Où nous en apprenons davantage sur Li Chang Yen et De l’importance d’un gigot

Sa susceptibilité étant largement égratignée, Poirot s’investit dans l’enquête et décide de rencontrer Monsieur John Ingles, un fonctionnaire à la retraite, bien informé des affaires chinoises. En commençant par se renseigner sur le cerveau de cette structure criminelle, Li Chang Yen, il pense pouvoir rassembler les nombreuses ramifications qui se rattachent à lui et démanteler la bande.
Monsieur Yen est un puissant mandarin qui tire les ficelles économiques et politiques de son pays. Son empire s’étend également en Russie, où l’on dit qu’il avait une emprise sur Lénine et Trotski. Son but suprême est de tout contrôler.

Cette visite enrichit le dossier et va déboucher sur un autre protagoniste qui a vécu à Shangaï, Jonathan Whalley, un « vieux loup de mer » très affranchi. Ce dernier a écrit une lettre à Ingles pour lui faire part de ses craintes sur les Quatre et de son désir de quitter l’Angleterre. Menacé, il est cloîtré chez lui et ne peut retirer de l’argent pour fuir.

Sans plus tarder, Poirot, toujours assisté d’Hastings, accompagne donc Ingles à Hoppaton pour rencontrer le vieil homme. Avant même d’arriver sur les lieux, on leur demande s’ils viennent pour le meurtre. La cuisinière de ce pauvre Whalley l’a découvert mort dans une flaque de sang. Une fois encore, Le Destructeur a une avance sur Poirot qui va devoir prouver l’innocence de l‘homme à tout faire, ancien repris de justice qu’on vient d’inculper.

3. Disparition d’un savant et La Femme dans l’escalier

Cette enquête qui n’en finit pas de s’étaler, prend une autre envergure quand l’inspecteur Japp présente à Poirot le capitaine Kent des services secrets américains venu questionner un savant sur ses théories concernant un raz de marée qui a fait naufrager au large des côtes américaines de nombreux destroyers et torpilleurs. Le savant ayant disparu, on confie à Poirot le rôle de le retrouver… C’est en France auprès de Madame Olivier une chimiste de grande renommée que Poirot continue l’investigation. Il aura la surprise également de revoir deux personnes connues ; l’inspecteur Giraud et la Comtesse Vera Rossakoff.
Comme il l’annonce à Hastings, l’étau se resserre. et les menaces d’intimidation qu’il reçoit en attestent.

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4. Les Voleurs de radium

Les Quatre décident de sortir de l’ombre en essayant d’intimider Poirot. Mais le fin limier sait qu’en tissant une toile et en se montrant patient, il aura plus de chance de les capturer.
Dans le laboratoire de Madame Olivier, des cambrioleurs ont voulu s’emparer d’un morceau de radium qu’ils n’ont pas découvert. Anticipant sur leur prochaine visite, Poirot se tient sur ses gardes et organise un stratagème pour les contrer. Toutefois, rien ne va se passer comme prévu… et tel est pris qui croyait prendre.
(Cette nouvelle est excellente !)

5. Dans la maison de l’ennemi

A ce stade, Poirot découvre l’intelligence de cette organisation qui le devance sur tous les points. Sur un échiquier, ses pions seraient en mauvaise posture.
De retour à Londres, il a dans son courrier une lettre de Abe Ryland où il écrit son mécontentement sur son désistement pour Rio. Depuis quelques temps déjà, Poirot soupçonne ce multimilliardaire d’être le numéro deux des Quatre Grands, et quand il apprend sa venue en Angleterre pour rencontrer des politiciens, il songe à une nouvelle stratégie. Ryland recherche un secrétaire capable de lui décortiquer l’étiquette de la haute société britannique… c’est très bien car Poirot en a un sous la main ! Hastings va jouer le rôle, et pour cela, il va devoir, au préalable, passer entre les mains d’un maquilleur….
Dans cet épisode, Hastings, sous le nom d’Arthur Neville, va être livré « dans la maison de l’ennemi » et être les yeux de Poirot, mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il va servir d’appât pour l’un et pour l’autre !

6. Le Mystère du jasmin jaune et Notre enquête à Croftlands

Ça ressemble de plus en plus à une guerre, et jusqu’à présent les batailles sont toutes remportées par Les Quatre, désespérant Hastings qui se montre moins confiant que son ami Poirot. Comme c’est lui qui narre les histoires, il ne s’en prive pas de le dire.
« Poirot prenait mes récriminations à la légère :

– Pour le moment, Hastings, ils rient, c’est vrai. Mais comme dit le proverbe : « Rira bien qui rira le dernier ».
Obsédé par Les Quatre Grands, Poirot se donne corps et âme à son Graal. Dans un accord tacite avec Japp, il élucide pour lui quelques enquêtes et l’inspecteur lui fournit des informations sur Les Quatre, comme l’affaire du « Mystère du jasmin jaune ».
Monsieur Paynter, homme fortuné de cinquante-cinq ans, grand voyageur qui écrivait un livre « La main occulte de la Chine », a été retrouvé mort dans son bureau. Le décès toujours inexpliqué, Poirot et Hastings retrouvent Japp sur les lieux pour mener l’enquête. Accident, suicide, meurtre ? Des suspects… l’héritier, le valet de chambre chinois Ah Ling… Poirot voit une fois de plus la marque des Quatre, et il n’a pas tort !
Comment et qui ? On retrouve dans cette petite histoire toutes les subtilités des plus grandes.

7. Un problème d’échecs

Un mois est passé depuis le crime de Croftlands et Hastings inquiet voit Poirot douter de ses capacités. Pour le distraire et le sortir de ses « idées fixes », Japp lui parle de sa nouvelle affaire qui capte aussitôt l’attention des petites cellules grises belges. Lors d’une partie d’échecs entre deux champions, un Russe et un Américain, l’un des deux joueurs s’est écroulé mort sur le plateau. Crise cardiaque ou empoisonnement, l’autopsie doit le révéler…
Serait-ce si surprenant d’apprendre que derrière tout ça, Le Destructeur œuvre une fois de plus ? A croire que
Les Quatre. sont à l’origine de toutes les affaires criminelles qui passionnent Poirot.

8. L’Appât et La Souris prise au piège

C’est l’hiver… Déjà six mois qu’Hastings est aux côtés de Poirot, délaissant sa femme restée en Argentine. Mais il ne peut abandonner son ami, seul face aux Quatre Grands.
Le temps paraît long à attendre une quelconque manigance, toutefois, chose rassurante, Poirot semble confiant. Mais un jour, alors que Poirot s’absente pour une course, Hastings reçoit un télégramme signée d’un « 4 » qui lui annonce que sa femme, la douce Cendrillon, a été kidnappée. On lui demande de suivre le messager du mot, sans informer Poirot.
Hasting va servir d’appât.

9. La Blonde oxygénée

Poirot établit une liste de jeunes gens qui pourraient correspondre au Destructeur, fils de bonne famille, aventuriers, comédiens et sans aucune morale, et fait paraître une annonce pour obtenir des informations. De cette liste, quatre noms l’intéressent, dont celui de Claude Darell.
A l’étude de son notaire, il rencontre Miss Monro, une vieille amie de Darell, comédienne au chômage, qui lui parle longuement de Darell. Bavarde, elle ne se fait pas prier pour décrire son physique, son caractère, ses petites manies, son talent pour interpréter tous les personnages… Elle est même prête à leur donner une photo…
L’étau se resserre.

10. Le Terrible Malheur

Les Quatre Grands ne sont pas des personnages des contes et légendes. Poirot décide de tout raconter au ministre de l’Intérieur de sa Majesté et, profitant de la visite du président du Conseil français, il demande une entrevue. Sur le ton de la plaisanterie, il dit à Hastings que s’il venait à mourir, d’autres personnes seraient au courant…
Ce que Poirot présage n’est pas de bonne augure. Il en arrive même à vouloir contacter son frère jumeau qui habite à Spa en Belgique. Et c’est pour nous, et Hastings, l’occasion de connaître cette parenté qu’il dévoile pour la première fois.
A peine rentrés, ils reçoivent la visite d’une infirmière qui soupçonne la femme infidèle de son patient de vouloir la mort de son mari qui, lui même, se sent menacé par les quatre. Les quatre ? Femme, médecin, fils, dame de compagnie ? ou… Les Quatre Grands ? Poirot et Hastigns sont invités au domaine pour enquêter et découvriront bien trop tard le traquenard, une grande tragédie…
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11. Le Chinois agonisant
12. Le Numéro Quatre gagne une manche et Dans le Felsenlabyrinth

Sans trop raconter le dénouement de l’épisode précédent, il faut préciser qu’Hastings se retrouve seul pour continuer la traque des Quatre. Mais les avertissements, qu’ils soient amicaux ou inamicaux, puis les chantages, ne l’intimident guère, obnubilé qu’il est par sa vengeance. Poirot a fait de cette affaire sa croisade, Hastings la reprend à son compte.
Dans ces deux dernières nouvelles, les évènements s’enchaînent et tout est détaillé pour maintenir captif le lecteur. Hastings, narrateur un peu naïf, nous débite les faits à travers sa vision des choses, bien souvent tronquées pour notre plus grand plaisir !

Qui aura le dernier mot ? Poirot, bien sûr !
« La grande affaire de ma vie est terminée. Après celle-ci, n’importe quelle autre me paraîtrait insipide. Non, je vais prendre ma retraite. j’irai peut-être planter des courges ! Je pourrais même me marier et m’installer ! »
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Vous n’avez certainement pas lu ce billet interminable, le plus long de ce blog, mais sachez que j’ai pris plaisir à l’écrire et à m’attarder sur chacune des nouvelles. Elles sont toutes indispensables au scénario, un tissage finement monté.
Conan Doyle utilise John Watson pour raconter Sherlock Holmes et sa narration, très concrète mais un peu austère, amène une subtile distance entre lui et le lecteur. Avec Hercule Poirot, Agatha Christie a choisi pour quelques aventures le capitaine Arthur Hastings, un homme foncièrement bon, spontané, vaillant et candide. Ce que je peux reprocher à Watson, je ne peux le faire à Hastings qui a une approche plus fantaisiste, pleine d’humour et de dérision.
Il faut donc lire ce roman pour l’intrigue, son genre, mais aussi pour ces deux vedettes qui sont irrésistibles ! … Je vous le recommande, il est captivant.

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Vous trouverez d’autres avis chez Sharon, Alice, Shelbylee,

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27-01-10

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La vie était belle

logo régionlogopalliligUn livre offert par les Editions Robert Laffont
Challenge « Nos régions » : Haute-Normandie
Destination PAL
de Lili Galipette

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la vie était belle La vie était belle
Martine Marie Muller

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Dieppe, 1963.

Eric Aubin, jeune homme de dix-huit ans, est domestique chez les d’Estignac, une vieille famille bourgeoise de Dieppe. Avec ironie, il se dit être un « butler »… c’est mieux que majordome ou valet. Orphelin, recueilli par les religieuses de Saint-Aubin, il n’a pour horizon que sa chambre mansardée, les falaises et le cinéma. Il ne sait même pas s’il peut se permettre de rêver et de prétendre à une autre vie.
Gants blancs pour le service, ce soir la maison reçoit… Gros plans sur la cuisinière qui s’affaire, sur le plateau des toasts et sur celui des coupes de champagne… son regard est une caméra, il s’amuse à être cinéaste.
Lors de cette soirée, Eric fait la connaissance de Sir Archibald Leach, un aristocrate anglais un peu désoeuvré, charmeur et mystérieux, qu’il comparera un jour à Peter O’Toole dans « Lawrence d’Arabie ». Leur entente est immédiate et débouche sur un projet inespéré, exceptionnel !

Sir Archibald le présente à Freddy l’Enfer, un canadien qui a fait le débarquement en juin 1942. L’ancien soldat témoigne de ce matin d’août où ils arrivèrent sur la plage Rouge et où il vit beaucoup de ses camarades mourir sous l’artillerie ennemie.
« – Je suis mort sur la plage Rouge, le 19 août 1942, à 5h31 du matin… Sur la mer d’un noir de suie montaient des torsions de fumée…
… Les coups de canon m’entrent dans le ventre, dans la gorge. On mitraille la falaise… une foule qui hurle, insultant le Ciel et les Boches, une masse souple et compacte qui soudain explose et se recompose. The Lord is my sheppard. Le Seigneur est mon berger. A mes pieds, un jeune tient entre ses mains le nid diapré de ses entrailles. J’ai entendu : « Hey, choum, bouge-toi ! Ma survie est ma victoire et ma condamnation, ma mort est ma geôle et ma liberté ! » Du courages et des tripes, avait ordonné le général Roberts… »

Les souvenirs de Freddy, Eric voudrait les saisir et en démontrer toute la puissance. C’est alors que Sir Archibald amorce l’idée d’un film. Enregistrer les mémoires des hommes et des femmes qui ont survécu à ce temps ; la guerre, l’occupation, la libération, la résistance, la soumission, les sympathies, l’opportunisme…
Sur ses recommandations et avec son appui, Eric peut demander au père Fernand de lui confier sa caméra pour filmer « Dieppe en guerre ». Puis, toujours par l’intermédiaire de Sir Archibald (le bon génie), il rencontre une jeune fille de son âge, Marjolaine, qui lui servira de scripte. Leur passion commune pour le cinéma les rapproche et leurs conversations sont une surenchère de titres de films, de noms d’acteurs, de scènes mythiques. Eric expérimente pour cette nouvelle amie, un véritable coup de foudre.

Madame d’Estignac, détentrice de la fortune familiale, est prête à subventionner son film. Elle croit en lui, elle l’a toujours apprécié car il est sa fantaisie, même si cela doit déplaire à son fils et sa bru.
Eric ressent cette aubaine comme une exigence. Il a l’intelligence et la détermination pour se hasarder dans cette aventure.

Etre naturel, oublier la caméra. Il pose une question en prélude des monologues et le déballage des confidences se fait simplement. Clap, moteur, scène 1, la caméra tourne.
Au montage, Eric est surpris. La pellicule ne ment pas, elle rapporte parfois d’autres réalités. Les images démontent les histoires narrées et racontent un envers du décor.
Fernand le Boeuf, Antoine Cacheleux, Fabre de Parrel, Philippe et René Levasseur, Marjory Rasse, Emmanuel Faure… ils avaient 18 ans en 1940, ils avaient 30 ans… Ils ont combattu, résisté, ils ont collaboré, ils ont été déportés, ils ont vécu l’occupation avec courage ou lâcheté, soldats, civils, hommes, femmes, les esprits sont blessés et suppurent encore.

Ca dérange. Vingt ans ont passé et c’est à vif. Les menaces cernent Eric qui s’obstine à poursuivre son documentaire. On connaît sa motivation, mais qu’en est-il de Sir Archibald ? Il est le marionnettiste qui tire les ficelles. Son flegme et son élégance britanniques sont une apparence. Il était à Dieppe lui aussi durant la guerre, il avait son rôle.

Plus que l’ascension d’un jeune garçon orphelin, sans le sou, féru de cinéma et passionné par la seconde guerre mondiale, c’est la quête d’une vérité sur les histoires du passé. Le silence étouffe les vies, il est une violence pour certains, mais pour d’autres, c’est leur absolution. La guerre a permis d’enfouir des mensonges et des crimes…

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Ce livre pourrait être votre histoire de l’été, sa lecture a été très agréable.
Epopée d’hier, destin d’aujourd’hui, à travers Eric, nous lisons quelques secrets tenus depuis la guerre. Dieppe présente des aspérités, des cicatrices, elle est la scène d’un héroïsme guerrier avec ses fantômes et d’une zone minée depuis son occupation.
L’auteur mêle aux désirs et à l’engouement d’Eric, une intrigue complexe qui défait petit à petit sa trame. Livre à tiroirs où sont rangés quelques films hollywoodiens, quelques références à la Nouvelle Vague, il est question d’honneur, de traîtrise, d’espionnage, d’amour, d’humanité.
« La vie était belle » renvoie au film de Franck Capra, en 1946 avec James Stewart. Beaucoup d’analogies sont faites entre le cinéma et le déroulement du scénario et ainsi  nous avons une filmographie très intéressante… « Fort Apache », « Casablanca », « Le Pont de la Rivière Kwaï », « Ben Hur », « L’homme qui tua Liberty Valance »…
Sans ennui, un rythme prenant, de surprenantes révélations qui défont les images, vous aurez certainement plaisir à lire ce livre.
Je retiendrai un passage cruel, dont la violence s’assimile étrangement à un adoubement… Philippe, un des personnages importants du roman, invite Eric à la pêche au congre. La tuerie est un massacre sanglant, presque un acte de guerre. Eric en sort grandi et moins vulnérable.
Merci Christelle…

L’auteur, professeur de lettres dans la région parisienne, a écrit une vingtaine de romans.
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Dieppe 1944

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