Les roses de la nuit

Un roman offert par les Éditions Métaillé et Babelio dans le cadre des Masses Critiques

Décembre nordique avec Cryssilda (Islande)
Challenge Polars et thrillers de Sharon

 

 

Les roses de la nuit
Arnaldur Indridason


Une nuit, venu dans le cimetière de Sudurgata pour faire l’amour, un couple aperçoit l’ombre d’une silhouette se faufiler entre les végétaux et découvre le cadavre dénudé d’une jeune fille sur la tombe et sous la statue de Jón Sigurðsson, le chef de file du mouvement pacifiste pour l’indépendance de l’Islande au XIXe siècle.
Chargé de l’enquête,
Erlendur Sveinsson, commissaire de la criminelle de Reykjavik,  apprend par le légiste que la jeune fille se droguait, se prostituait certainement, et qu’elle avait été sauvagement battue et violée. Sans aucun indice pour identifier la morte, à part un « J » tatoué sur une fesse et l’appel téléphonique d’un mystérieux inconnu qui lui dit d’enquêter sur le propriétaire d’un chalet d’été où elle aurait subi des brutalités, le point de départ des investigations se fait auprès d’Eva Lind, sa fille, qui connaît bien l’univers des drogués et de la prostitution. Elle l’envoie dans un premier temps se renseigner dans les boîtes de strip-tease et dans un second temps, lui présente une gamine paumée d’une vingtaine d’années. Dora révèle le nom de son amie, Birta, avec qui elle partageait un appartement et le nom de leur logeur et souteneur, Herbert Rothstein, un homme violent qui les utilise pour passer de la drogue et les vend à des vieux libidineux amateurs de jeunettes.
Erlendur ne tarde donc pas à quêter d’autres informations chez Herbert dit Herb, bien connu du service des stupéfiants. Mais l’homme, peu communicatif, joue l’innocence et dit ne plus avoir eu de contact avec Birta depuis qu’elle était partie habiter ailleurs chez un ami. Le laissant sous la surveillance de la police, Erlendur part avec une photo de Birta dans la région des fjords de l’Ouest d’où était originaire Jón Sigurðsson. Celui qui avait déposé le cadavre de Birta, l’aurait peut-être placé sous la garde de l’illustre homme politique en un geste de révérence.
Alors qu’Erlendur cherche à rendre à Birta une identité, à Reykjavík un homme kidnappe Herbert… L’enquête s’opacifie et prend une dimension encore plus abjecte et dramatique lorsque l’histoire de Birta se dévoile petit à petit.

Dans la série des enquêtes du commissaire Erlendur, ce roman est le deuxième, avant « La cité des Jarres ». Nous retrouvons donc son adjoint Sigurður Óli, la trentaine et célibataire, sa fille Eva Lind encore sous l’emprise de la drogue et de ses mauvaises fréquentations, et son fils Sindri Snaer alcoolique. C’est dans ce tome que l’auteur fait se rencontrer Bergthora et Sigurður Óli. Cette idylle naissante ne peut que compliquer l’affaire car Bergthora est la femme qui a découvert Birta dans le cimetière et Sigurður Óli prend les risques d’être destitué. Erlendur n’est pas épargné. Dans l’histoire de Birta, il voit celle de sa fille qui a vécu le même parcours et qui fut à dix-sept ans l’une « des filles » d’Herbert.
A travers ce polar noir poignant, percutant, l’auteur décrit une Islande touchée par une crise financière qui a secoué le pays. Les petits villages se désertifient et les jeunes partent à Reykjavík pour travailler. Les valeurs se perdent et cette misère économique et sociétale est happée par des requins qui spéculent et font leurs commerces dans les hautes strates des administrations.
Un roman à recommander, ainsi que toute la série. La quatrième de couverture dit : « Indridason construit ses héros tout en développant une enquête impeccable marquée par une grande tendresse pour les personnages… », et je suis bien d’accord. J’ai beaucoup de tendresse pour Erlendur.

D’autres avis : Aifelle

 

Peinture, « Hiver » d’Asgrimur Jonsson

 

 

L’école du prieuré

Novembre est celtique avec Cryssilda
Bangor dans le pays de Galles, pour le fief du duc de Holdernesse, personnage du roman et
Edimbourg en Ecosse, pour le lieu de naissance de l’auteur

Challenge polars et thrillers de Sharon

 

L’école du prieuré
Le retour de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle


Le Dr Thorneyeroft Huxtable fait une entrée fracassante dans le salon de Sherlock Holmes, et John Watson décrit son arrivée comme l’une des plus surprenantes car le très honorable fondateur et directeur de la prestigieuse école préparatoire Le Prieuré à Mackleton dans le Gloucestershire, s’écroule sur le parquet avant d’avoir dit un mot.
Après avoir été réanimé, il confie sous le sceau du secret que l’un de ses élèves, lord Saltire, le jeune fils du duc de Holdernesse, a été enlevé et que depuis trois jours, la police se fourvoie sur des fausses pistes. L’affaire ne devant pas s’ébruiter pour éviter un scandale, il demande au détective de le suivre sans perdre de temps afin de retrouver au plus vite l’enfant âgé de dix ans, fils unique et héritier de l’immense fortune du duc, un ancien premier ministre. De plus, le professeur d’allemand, Mr. Heidegger a disparu lui aussi.
Sur les lieux du rapt à l’école du Prieuré, Sherlock Holmes collecte toutes les informations et regroupe tous les indices. Lord Saltire serait parti par la fenêtre de sa chambre après avoir reçu une lettre aux armoiries de son père, et Mr. Heidegger l’aurait suivi. Le pourquoi et le comment de l’affaire séduisent Holmes qui, assisté de son fidèle complice, va parcourir les landes des alentours pour révéler ce sombre mystère. Mais la découverte du cadavre de Mr. Heidegger va donner à l’enquête une tournure bien dramatique.

Cette nouvelle est la cinquième histoire issue du recueil « Le retour de Sherlock Holmes ». Avec elle, nous pénétrons dans l’intimité d’une grande école, nous suivons Holmes dans une campagne assez lugubre, entre marais et terres labourées épaisses, collantes, et nous côtoyons une aristocratie hautaine, méprisante, qui ne veut pas voir à la une des journaux ses affaires étalées. John Watson relate les faits et égratigne le duc qui dès le début, oriente les enquêteurs sur une mauvaise piste.
« Visiblement, Holmes aurait aimé poser d’autres questions. Mais l’attitude cassante de l’aristocrate montrait que pour celui-ci l’entretien était terminé. Évidemment son tempérament de caste lui rendait insupportable une discussion d’affaires intimes avec un inconnu, et il redoutait qu’une question nouvelle projetât une certaine lumière sur les chapitres soigneusement camouflés de son histoire ducale. »

Le dénouement de l’intrigue place cette histoire dans les meilleures de l’auteur ; pas pour le scénario mais plus pour le rapport de force entre deux personnalités très affirmées. Quelques passages sont à souligner car ils donnent à Holmes du panache et une noblesse bien plus grande que celle du duc !
« – Vous êtes venus voir Sa Grâce ? Je suis désolé. Mais la vérité m’oblige à dire que le duc ne va pas bien. Ces tragiques évènements l’ont un peu bouleversé. Nous avons reçu hier après-midi un télégramme du docteur Huxtable nous faisant part de votre découverte.
– Il faut que je voie le duc, monsieur Wilder !
– Mais il est dans sa chambre.
– Alors je le verrai dans sa chambre !
– Je crois qu’il est couché.
– Alors je le verrai dans son lit !
L’attitude glaciale et inexorable de Holmes montra au secrétaire qu’il était inutile de discuter plus longtemps. »
(…)
« – Maintenant, monsieur Holmes, qu’avez-vous à me dire ?
– Le fait est, Votre Grâce, que mon collègue le docteur Watson et moi-même nous avons reçu l’assurance du docteur Huxtable qu’une récompense était promise. J’aimerais entendre de votre bouche me le confirmer.
– C’est exact, monsieur Holmes.
– Si je suis bien renseigné, cette récompense se montait à cinq mille livres et elle devait être attribuée à celui qui vous indiquerait l’endroit où se trouve votre fils ?
– En effet.
– Et mille autre livres à celui qui vous donnerait le nom de la personne ou des personnes qui le détiennent sous leur garde ?
– Oui.
– Sous cette dernière dénomination sont incluses, sans doute, non seulement les personnes qui ont pu enlever l’enfant, mais aussi celles qui agissent de concert pour le maintenir dans sa condition actuelle ?
– Oui, oui ! s’écria impatiemment le duc. Si vous faites bien votre travail, monsieur Sherlock Holmes, vous n’aurez pas affaire à un ladre.
Mon ami frotta l’une contre l’autre ses mains maigres dans un geste dont l’avidité me surprit.
– Je crois que j’aperçois le carnet de chèques de Votre Grâce sur son bureau. Je voudrais bien que vous m’établissiez un chèque de six mille livres, que vous barrerez. La Capital & Counties Bank, succursale d’Oxford Street, m’a ouvert un compte.
Sa Grâce se dressa sur son séant et dévisagea mon ami d’un regard froid.
– Est-ce une plaisanterie, monsieur Holmes ? Le sujet n’en autorise guère !
– Pas du tout, Votre Grâce. Je n’ai jamais été plus sérieux dans ma vie.
– Que voulez-vous dire alors ?
– Que j’ai gagné la récompense. Que je sais où est votre fils. Que je connais, au moins certains de ceux qui le gardent.
La barbe du duc, par contraste avec son teint blafard, semblait avoir viré décisivement du roux au rouge. (…)
– Et maintenant, Votre Grâce, permettez-moi de vous importuner pour ce chèque ! »

 


Photos extraites de la série Sherlock Holmes avec Jeremy Brett
Vous trouverez un billet de l’épisode chez Belette

 

L’entrepreneur de Norwood

Challenge Policiers historiques avec Sharon
Challenge mysteries de Lou
Challenge Petit Bac d’Enna, catégorie métier

 

 

L’entrepreneur de Norwood
Le retour de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

Londres 1894,
« Du point de vue de l’expert criminel, me déclara M. Sherlock Holmes, Londres est devenue une ville sans intérêt depuis la mort du regretté professeur Moriarty ! »

Dans une précédente chronique relatant le retour du célèbre détective, John Watson nous avait appris que sa femme Mary était morte. Sans attache, il peut donc vendre son cabinet médical pour rejoindre Sherlock Holmes dans son appartement à Baker Street et reprendre son activité préférée, à savoir… suivre son ami dans ses enquêtes.
Holmes s’ennuie et il en arrive à regretter le temps où Moriarty officiait. Il se souvient du plaisir qu’il avait à décortiquer les journaux dans les moindres lignes pour faire apparaître ses affaires mafieuses. Son titre de maître du crime n’était vraiment pas usurpé…

Il en est à se plaindre auprès de Watson, quand un jeune homme débraillé et affolé arrive pour demander de l’aide. Scotland Yard étant à ses trousses, il n’a que peu de temps pour raconter son problème qui risque de le mener à la potence.
John Hector McFarlane est accusé d’avoir assassiné Jonas Oldacre, un entrepreneur de Norwood qui venait de le désigner comme héritier de tous ses biens et qui lui avait donné rendez-vous chez lui pour en débattre. Brûlé, il ne reste du corps qu’un amas de chiffons, d’os et de cendres. Si la police l’a désigné comme coupable c’est qu’il était présent sur le domaine ce soir-là. De plus, grâce à la gouvernante d’Oldacre on découvre par la suite, une tache de sang qui n’est autre que l’empreinte laissée par son doigt. Ce sont les prémices d’une police scientifique qui commence à relever les empreintes digitales et qui voit en cet indice une preuve supplémentaire. McFarlane déballe son histoire en vrac, tout en essayant d’étayer ses propos avec des précisions qu’on lui demande. D’où connaissait-il le défunt ? Les stores du bureau étaient-ils tirés ? Qui lui a ouvert la porte ?
Juste le temps de communiquer le principal, qu’il est interrompu par l’inspecteur Lestrade qui voit en cette occasion l’opportunité de devancer pour une fois Sherlock Holmes.

Le mystère de ce meurtre va mener Holmes sur le passé d’Oldacre avec des informations qu’il va chercher auprès des parents de McFarlane, car avant de découvrir le meurtrier, il faut dépister le mobile… Pour lui, il n’y a aucun doute sur l’innocence du jeune homme, mais il sera difficile de le faire comprendre à Lestrade qui se réjouit déjà de clore l’affaire.

Ce n’est pas souvent qu’on lit Sherlock Holmes douter, non pas de ses capacités à résoudre une énigme, mais de ne pas pouvoir la dénouer dans les temps. Dans ce mystère, il y a urgence et la vie d’un homme est en jeu car s’il devait être juger, il serait à coup sûr condamné à mort. Tout l’incrimine et la justice porte déjà un avis définitif. La gravité de l’histoire et le compte-à-rebours mettent une pression qui n’est pas désagréable. Bien entendu, la résolution de l’enquête fera apparaître une mise en scène digne des plus grands criminels, avec un fond machiavélique et cruel.
Cette nouvelle est la deuxième dans la chronologie du Retour de Sherlock Holmes. A lire et à relire comme toutes les autres !

 

Épisode de la série Granada

 

Sherlock, Lupin et moi, L’énigme de la rose écarlate

Polars avec Sharon
Petit Bac d’Enna, catégorie couleur
British Mysteries de Lou

 

Le mystère de la dame en noir, T1
Dernier acte à l’opéra, T2

Sherlock, Lupin et moi
L’énigme de la rose écarlate, tome 3
Irène Adler
Illustrations Iacopo Bruno

 

Londres sous la neige, décembre 1870,
Dans son journal, la jeune Irène écrit… La famille Adler est réunie. Paris étant toujours assiégé par les Prussiens, de nombreux Français se sont réfugiés de l’autre côté de la Manche. Ces derniers évènements ont ressoudé ses liens avec sa mère qui se montre moins pénible. Avec un père souvent en voyage pour ses affaires et une mère prise par les œuvres de charité, elle a régulièrement l’occasion de rencontrer Sherlock dans le salon de thé qui est devenu leur quartier général. Tout serait idyllique si Arsène était présent. Le jeune homme travaille dans un cirque et se trouve actuellement à Anvers avec son père. Le quotidien est sans surprise, mais heureusement c’est bientôt Noël, une fête qu’elle apprécie beaucoup…

Juste avant de prendre son cours de chant, Irène voit un Sherlock satisfait et pas morose comme les autres jours. Enfin ! Il a découvert dans le Times une énigme digne de les tirer de l’ennui. Signée par Frère Noir, des positions d’une partie d’échecs sont publiées dans un petit encarté et Sherlock est persuadé que c’est un code entre deux malfrats. Il lui explique que les positionnements sont en fait des localisations géographiques des rues de Londres et plus précisément de trois habitations. Ils en sont tous les deux à discuter de cette intrigante affaire lorsque une heureuse surprise s’annonce… Arsène est de retour pour reformer leur trio d’invincibles enquêteurs car un crime vient d’être commis dans l’une de ces maisons. Samuel Peccary, un riche négociant, a été poignardé et le meurtrier a laissé près de son corps une rose rouge.

Sans plus attendre, les trois amis vont à Scotland Yard pour raconter leur découverte et annoncer qu’un autre meurtre se prépare. Mais l’accueil n’est pas comme ils auraient pu le souhaiter et ils sont reconduits fraichement à la porte.
Désenchantés par les services de l’ordre, ils n’en sont pas moins obstinés et décident de mener leur enquête, seuls…
C’est en faisant des repérages et en voulant informer le propriétaire de la deuxième maison, un riche homme d’affaire, qu’ils font la connaissance de Charles Frederick Fields, un ancien de Scotland Yard. A sa retraite, le vieil homme a ouvert une agence privée et cette affaire, peut-être la dernière, l’intéresse au plus haut point car elle fait référence à l’époque où il était inspecteur principal… Impressionné par leurs déductions, il n’hésite pas à leur dévoiler quelques informations pour les regrouper avec celles de nos détectives en herbe qui avaient déjà fait le rapprochement avec la bande de cambrioleurs, La rose écarlate. Ces malfaiteurs sévissaient il y a une vingtaine d’années de manière très intelligente et toujours sans violence, avec à la clef des butins fabuleux. Si tout s’était terminé avec la mort de leur chef, Fields avait toujours espéré retrouver ses acolytes et ainsi clore le dossier définitivement.

Alors… qui reprend le symbole de la rose écarlate pour signer ses crimes ? Car après Samuel Peccary, une deuxième victime fait la une des journaux. Une rose rouge à ses côtés… Le meurtrier semble plus résolu et opiniâtre que ses aînés. Sherlock, Arsène et Irène vont devoir faire très attention !

Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Irène Adler ; ce livre est un troisième tome des aventures de nos jeunes amis très réussi, et l’époque de Noël est un atout à l’ambiance. Irène la narratrice détaille aussi bien l’enquête que les éléments d’une ville dans ses festivités. La trame policière est adaptée pour les jeunes lecteurs, captivante dans son énigme et pas trop sanglante. Comme pour les précédents opus, nous retrouvons dans la jeunesse de nos héros toutes les caractéristiques de leur personnalité d’adulte. Les tempéraments s’affinent, les témérités deviennent plus intrépides et leur connivence plus complice. A ces héros, les auteurs intègrent des personnages qui ont vraiment existé. Ici, c’est l’inspecteur Field qui eut une certaine célébrité en son temps. Et tout au long du livre, un autre personnage fictif apparaît en filigrane, un jeune garçon qui assiste Field et qui a une intelligence hors du commun. Ce n’est qu’au point final de l’enquête qu’on nous révèle son nom : James Moriarty.
La suite de cette série va être sans aucun doute aussi passionnante, surtout lorsque le récit amorce quelques mystères qui concernent Irène…
Une lecture à recommander !

D’autres billets chez Sharon, Belette et Bianca

 

 

 

La dame en noir

Octobre, challenge Halloween avec Lou et Hilde
Challenge thrillers avec Sharon

 

 

La dame en noir
Susan Hill


En pleine nuit de Noël, Arthur Kipp, le narrateur, écrit un épisode tragique de sa vie pour qu’une fois pour toutes, il puisse en être exorcisé.

La veille c’était fête, entouré des gens qu’il aime, dans la maison qu’il a acheté avec sa femme Esmé. Il a été séduit par La Moinerie au premier regard, même si ce sentiment avait été partagé aussi par un brin de répulsion, car cet isolement lui rappelait une autre demeure. Tableau de bonheur familial, parfaite sérénité, les enfants de sa femme, les petits-enfants, de la bonne humeur, les chamailleries, les regards attendris et bienveillants, le réveillon s’était annoncé doux jusqu’à l’heure des histoires au coin de l’âtre. Des histoires pour rire, des histoires pour frissonner, chacun était allé à raconter une petite chronique à faire peur jusqu’au moment où on l’avait prié d’en narrer une à son tour. « Vous devez connaître au moins une histoire de fantômes, cher beau-père ! Tout le monde en connaît une… ». Qu’ont-ils alors pensé lorsque après avoir bougonner un « Navré de vous décevoir, mais je n’ai rien à raconter ! », il était sorti de la pièce comme une tornade ? A coup sûr, il avait définitivement plombé la soirée !
En cette nuit de Noël, il se sent prêt à dévoiler son tourment, à confier par écrit ses douleurs et ses peines ravivées. De repos depuis cette époque, il n’en a jamais eu.

Jeune notaire dans un grand cabinet, son employeur l’avait envoyé dans une campagne sur la côte nord-est, plus précisément dans le petit village pittoresque de Crythin Gifford, pour mener à bien la succession d’une vieille femme, Mme Alice Drablow du Manoir du Marais, et assister à son enterrement. Quatre-vingt-sept ans, excentrique et désorganisée, Mr. Bentley lui avait dit qu’il n’en aurait pas plus de deux jours pour classer le dossier et que le grand air ne pouvait que lui faire du bien.
Avec humour, Arthur avait pensé que ce comté ne devait pas être comme tous les autres. Pour y arriver, il avait dû passer dans le Tunnel Ouvre-Gueule, puis à la Chaussée des Neuf Vies pour arriver aux Marais aux Anguilles. C’était l’automne, le ciel était lourd, presque un temps de neige, et le brouillard marin très épais. Lorsqu’il était arrivé à bon port, il avait découvert une nature sauvage cernée par les marais et des gens taiseux, fuyants. Et lorsqu’il s’était rendu au cimetière pour la sépulture, il s’était senti happé par l’atmosphère plombante. Peu de gens étaient venus se recueillir dans le petit cimetière, il avait pu les détailler aisément, jusqu’au petit groupe d’enfants qui s’était tenu derrière le grillage, leurs regards fixes sur l’enterrement. Quand il s’était arrêté sur la silhouette d’une femme enveloppée de noir, il avait été pris d’un malaise. Dans ses habits de deuil de crêpe noir, la jeune femme semblait venir d’un autre temps. Le visage émacié, le teint blanc, elle paraissait malade. Aussitôt, il avait voulu lui venir en aide et avait demandé à son voisin l’identité de cette inconnue, mais apparemment, il avait été le seul à l’avoir vue.

Pour se rendre au manoir de la défunte, il avait dû prendre une carriole tirée par un cheval et surveiller les marées car ce n’était qu’à marée basse qu’on pouvait accéder à ce petit îlot coupé du monde. Sur place, il avait découvert une belle maison à la décoration désuète, suspendue dans une dimension intemporelle et poussiéreuse. Perdu dans ses contemplations et les liasses de papiers en tout genre, il n’avait pas vu le temps passer, et ce n’était qu’en entendant un bruit étrange qu’il s’était aperçu que le jour avait faibli.

En s’épanchant sur le papier, Arthur se souvient peu à peu de tous les détails et de ses impressions. Sa solitude, le vent, les mouettes, un sentiment d’abandon, la nuit… et le cri d’un enfant.

Il avait voulu partir à la rencontre de la carriole du taciturne Keckwick, et s’était vite perdu, obligé de faire demi-tour se mettre à l’abri dans la maison. Il avait eu la sensation qu’on l’observait, que quelqu’un le poursuivait et il avait eu la vision de la femme en noir dans le brouillard épais comme la poisse, ainsi que celle cauchemardesque d’un enfant qui se noie. C’est ce soir là qu’il avait perçu les premiers signes maléfiques et qu’il avait prié pour quitter cet endroit pour rentrer chez lui, avec une certitude bien ancrée que cette maison était hantée et qu’il était déjà prisonnier de sa malveillance.

Mais était-ce déjà trop tard ? Une fois que la Dame en noir apparaît, la malédiction s’abat. Les gens de Crythin Gifford le savaient bien, eux qui continuaient à pleurer leurs peines…

C’est avec une petite appréhension que j’ai commencé ma lecture. Les histoires fantastiques de fantômes et de damnation ne sont pas celles que je préfère ! Elles ont une dimension surnaturelle plus effroyable, certainement due à leur immatérialité. Avant même que l’auteur précise son intrigue gothique, on devine la malédiction et c’est avec angoisse qu’on suit sa progression. Les évènements s’annoncent petit à petit et font monter l’anxiété. Le grenier, le boudoir, la nurserie, le fauteuil à bascule, les portes closes qui s’ouvrent seules… tout est mis en scène d’une main de maître ! Rien d’original dans la trame, mais ça fonctionne, on a peur.
Ce n’est pas la première fois que je lis un roman de Susan Hill, deux lectures un peu décevantes qui n’ont rien à voir avec celle-ci qui m’a plu. Et dans les trois, l’auteur nous entraine dans des lieux isolés noyés par le brouillard, avec des nuits pour le théâtre de nos cauchemars, et des esprits qui pénètrent notre monde pour demander leurs tributs.
L’histoire a été adaptée au cinéma et au théâtre. Pour l’adaptation cinématographique avec Daniel Radcliffe dans le rôle d’Arthur, le scénario n’a de commun avec le livre que la toile de fond car ni le début, ni la fin sont semblables. Par contre, l’ambiance, les décors et les couleurs sont tels que je me les ai imaginés.

Une bonne histoire à lire un soir d’Halloween !

 

 

 

Un monde après l’autre

Un livre offert par Babelio et HC Editions

 

Un monde après l’autre
Les chroniques de St Mary
Jodi Taylor

 

Le docteur Madeleine Maxwell qui vient de terminer ses études d’Histoire à l’université de Thirsk, est embauchée à l’institut de recherches archéologiques St Mary. Mais ce centre classé top secret, comme elle le constate très vite, n’est pas un lieu de recherches comme les autres. Imaginez qu’on puisse enfin voyager dans le temps à bord de capsules aménagées pour les séjours et qu’on puisse ainsi enquêter sur notre Histoire ; assister à la guerre de Troie, à la construction des pyramides, au couronnement d’Elizabeth Ire, aller jusqu’à  la période du Crétacé et voir des dinosaures… vérifier les évènements et revenir les rapporter le plus fidèlement possible, tout en essayant de ne pas bousculer l’ordre des choses.

Roman d’aventure, roman fantastique, cette histoire, premier tome d’une longue série, revisite le livre « La machine à explorer le temps » de H.G. Wells, dans un rythme beaucoup plus trépident et rocambolesque. C’est Madeleine qui nous relate les péripéties à multiples rebondissements, entre une formation physique et théorique très difficile, où seulement trois historiens sur sept seront sélectionnés, et ses sauts dans le passé qui parfois auront des dénouements tragiques, car les incidents nombreux occasionneront des pertes humaines.

Divisé en trois parties, le livre nous fait passer de l’apprentissage, aux premiers voyages, et des missions à un épilogue explosif qui dénoue certaines intrigues (vengeances, trahisons, conspirations) et qui en amène d’autres. Un cruel adversaire, pire que les plus vilains raptors, menace St Mary et son directeur, le Dr Edward Bairstow.
Dans une ambiance excentrique et légère, qui n’est qu’une façade car les employés tentent d’oublier les aspects dangereux de leurs tâches, Madeleine, que tout le monde nomme Max, apprend vite à reconnaître les caractères de ses collègues, accordant ainsi sa confiance à certains et à d’autres sa défiance. Elle trouve un allié en la personne du directeur technique Léon Farrell qui va souvent l’orienter dans ses actes et l’influencer dans ses jugements, sympathise avec un historien Tim Peterson qui sera par la suite un binôme sur qui elle pourra compter, et découvre des adversaires sans vergogne au sein même de l’entreprise qui lui réserveront de terribles surprises.

Avec pour narratrice son héroïne charmante, courageuse, résolue et fougueuse, l’auteur donne à notre lecture un ton à l’humour mordant et un tempo frénétique, en action comme en émotion. Les intermèdes où Madeleine s’accorde du répit sont peu fréquents… A tout cela, se greffe une romance qui ajoute du peps au scénario.

Je vous recommande cette sympathique lecture qui vous divertira. Oubliez le rationnel et embarquez-vous à bord d’une de ces capsules !

 

Photo du film Jurassic Park

 

 

 

 

 

Le pensionnaire en traitement

 


Challenge Polars de Sharon,
une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le pensionnaire en traitement
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

« – Mais que dois-je faire ?
– Voilà. Je loue une maison. Je la meuble. Je paie les domestiques. Je me charge de toutes les dépenses. Tout ce que vous aurez à faire consistera à être assis sur un fauteuil dans votre cabinet de consultations. Vous aurez de l’argent de poche et tout ce dont vous aurez besoin. Puis, vous me versez les trois quarts de vos honoraires et vous gardez le quatrième quart pour vous… »

Il est difficile pour Watson de rapporter dans le détail les enquêtes de Holmes car il ne voudrait pas que les lecteurs trouvent ses écrits confus. Que mettre en avant dans ses chroniques ? Simplement les faits concrets ou la tortuosité des brillantes analyses du détective ? Bien souvent les deux se combinent, et alors, le dilemme devient épineux.
C’est ce qu’il explique avant d’entamer son récit, une histoire bien surréaliste qui trouve un dénouement beaucoup moins fantaisiste.

Nous sommes en octobre, il fait froid, il pleut, et les deux amis pour passer le temps discourent sur « les pensées exprimées ». L’expression des sourcils peut en dire plus long que les mots avec la langue… En cela, Holmes est champion !
Après s’être dégourdis les jambes dans les ruelles sombres de Londres, à observer et à décrypter la physionomie des passants, ils retournent à Baker Street où ils reçoivent le docteur Perçy Trevelyan, venu sur la requête de son employeur. Le jeune homme, la trentaine un peu défraîchie, commence à raconter nerveusement les raisons de sa présence avant de les prier de l’accompagner à Brook Street…

Sans fortune pour continuer ses études sur les maladies nerveuses, et sans fonds pour ouvrir son propre cabinet, Trevelyan avait accepté la surprenante proposition de Mr. Blessington, une personne étrange mais sympathique, qui lui offrait le gite et le couvert, rémunération comprise, pour s’occuper de lui, en plus de la possibilité d’accueillir une clientèle extérieure. Depuis deux ans, le vieil homme (que Trevelyan appelle le pensionnaire en traitement) et lui avaient instauré une petite routine qui n’avait rien de déplaisante, et le cabinet avait acquis une belle clientèle. Mais ce n’est que récemment que tout s’était grippé lorsque Blessington s’était aperçu qu’un intrus était rentré dans sa chambre. Très nerveux et craignant pour sa vie, il lui avait alors demandé d’aller chercher Sherlock Holmes sur le champ, ce que Trevelyan s’était aussitôt empressé de faire, très décontenancé par sa réaction excessive et inquiet pour sa santé.

Sans perdre de temps, Holmes, Watson et Trevelyan partent retrouver un Blessington toujours stressé mais peu enclin à répondre avec franchise aux questions de Holmes. On pourrait alors penser que Holmes s’est déplacé pour rien, sauf qu’en repartant de chez Blessington, il avait déjà élucidé une partie de l’affaire, une affaire mettant en cause deux Russes, un fils et un père, venus consulter pour un problème de catalepsie. Jusqu’au lendemain matin où Trevelyan le rappelle… Blessington s’était pendu dans sa chambre, dans le courant de la nuit.

« – Je suis dans l’impossibilité de vous conseiller si vous essayer de me mentir, dit-il.
– Mais je vous ai tout dit !
Holmes vira sur ses talons avec un geste de dégoût.
– Bonne nuit, docteur Trevelyan ! fit-il
– Et vous partez sans rien me dire ? s’écria Blessington d’une voix brisée.
– Je n’ai qu’un conseil à vous donner, monsieur : dites la vérité. »

Un suicide ? Bien sûr que non ! et en quelques explications, Holmes dénoue le nœud du problème.

 

(Chers lecteurs qui passaient par là, ne m’en veuillez pas… le billet est presque aussi long que la nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle !)
L’intrigue n’a pas une trame théâtrale, ni une conclusion qui peut sembler un peu simple, mais l’intérêt de cette enquête, qui réside surtout dans son ambiance mystérieuse, son approche et sa progression, n’est pas « qui a tué qui ? », mais « pourquoi ? ». Dans la plupart des histoires, il y a toujours un crédule qui amène l’affaire et un rusé, un malfaiteur, qui la conclut. Celle-ci renvoie les personnages du drame quelques années en arrière, avec pour mobile du crime, la vengeance.
La nouvelle est parue en 1893 et a été éditée dans le recueil des mémoires. Une histoire que je vous recommande… encore !

 


Photo de la série Sherlock Holmes, « The resident Patient »