Le rituel des Musgrave


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Policier avec Sharon

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Le rituel des Musgrave
Arthur Conan Doyle

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John Watson n’a guère de miséricorde envers Sherlock Holmes lorsqu’il nous confie ses petits défauts. Dans sa vie privée, le grand détective est  brouillon, négligent et complètement incohérent. On peut découvrir n’importe quoi dans le beurrier ou dans une soupière… et il est incapable de ranger correctement ses papiers. On le savait déjà souffrant de mélancolies, mais dans l’introduction de cette nouvelle, nous le découvrons très désordonné.

C’est dans le chaos des archives à classer, où Watson harangue son ami en le priant de de ranger les documents de ses affaires dans des cartons, que le rituel des Musgrave refait surface. L’histoire des Musgrave, la troisième enquête de ses débuts, est chroniquée dans les Mémoires, juste après « Le Gloria Scott ». Toutes deux font référence à des camarades de classe qui avaient sollicité Holmes pour résoudre des énigmes concernant leurs familles.
Sorti de son abattement, Holmes ouvre une petite boîte en bois dans laquelle se trouve des objets variés : un vieux papier, une clé en cuivre, une cheville de bois, une pelote de ficelle et trois sous en métal rouillé. De ces pièces, souvenirs de ce qu’il nomme « Le rituel des Musgrave », le mystère s’établit avec ce vieux papier du XVIIè siècle que l’on transmet aux générations successives :

« – À qui appartenait-elle? – À celui qui est parti.
– Qui doit l’avoir? – Celui qui viendra.
– Quel était le mois? – Le sixième en parlant du premier.

– Où était le soleil? – Au-dessus du chêne.
– Où était l’ombre? – Sous l’orme.
– Comment y avancer? – Au nord par dix et par dix, à l’est par cinq et par cinq, au sud par deux et par deux, à l’ouest par un et par un et ainsi dessous.
– Que donnerons-nous en échange? – Tout ce qui est nôtre.
– Pourquoi devons-nous le donner? – À cause de la confiance. »

Holmes raconte…

Décidé à gagner sa vie en tant que détective, le jeune Holmes reçoit la visite de Reginal Musgrave, un ancien camarade qui est l’héritier d’une vieille lignée d’aristocrates. A la mort de son père il a hérité du domaine de Hurlstone, des terres et une vieille bâtisse immense « pleine de coins et de recoins » qui nécessite une importante domesticité. Parmi les serviteurs, le majordome Brunton est un personnage étrange qui ne semble pas être à sa place. Homme très intelligent, beau, séducteur, il aurait pu prétendre à d’autres fonctions que celles qu’il occupe. Le cas qui amène Reginal à consulter Holmes concerne justement Brunton qui a disparu sans laisser de message, après avoir commis un impair impardonnable en prenant ses aises dans la bibliothèque. Lorsque Reginal l’avait surpris, il compulsait comme envouté, les vieux papiers de la famille, dont le rituel des Musgrave. Renvoyé avec un sursis de huit jours, Brunton avait perdu sa morgue et s’était montré obséquieux comme jamais. Mais deux jours plus tard, sa fiancée Rachel Howells, une femme de chambre, avait annoncé son brusque départ dans une crise d’hystérie ; Brunton ayant tout laissé dans sa chambre, vêtements et argent.
Ce que rapporte Reginal ne se limite pas à ce seul évènement. Quelques jours après la disparition de Brunton, Rachel qui était tombée malade disparaissait à son tour.

Pour Holmes, les prémices de l’enquête débutent dans l’énigme du rituel… à l’ombre d’un vieil orme de dix-neuf mètres de haut, de sept mètre de circonférence et datant de l’époque de Guillaume le Conquérant.

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A travers les souvenirs de Holmes, cette nouvelle si courte est une des plus denses. L’histoire nous mène dans une chasse au trésor et les disparitions de Brunton et Rachel passent au second plan jusqu’à la chute finale. L’aventure est captivante le trésor vous surprendra !
Des enquêtes à recommander…

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Dans un autre genre, l’épisode de la série télévisée avec Jéremy Brett, chez Belette

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Les étourneaux

les étourneauxLes étourneaux
Fanny Salmeron

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Devant mon écran de télévision, alors que je regarde les informations qui détaillent les attentats du  13 novembre, je me demande si les gens ont pressenti quelque chose juste avant. Puis juste après, dans la fraction qui suit l’horreur. Dans son roman, Fanny Salmeron traduit cet instant par un temps blanc. Je trouve que le blanc représente bien cet intervalle qui précède le chaos.

« La place de l’Opéra attendait l’orage. Surplombées d’un ciel menaçant, les statues brillaient, dorées comme des phares. Il y avait des bus qui faisaient du bruit. Des voitures qui faisaient du bruit. Les gens, pas tellement. Les gens, ils regardaient autour d’eux, perdus pour la plupart ou dans l’attente d’un rendez-vous, énervés par le ciel électrique. On pouvait compter ceux qui sortaient de la grande bouche de métro au milieu de la danse des moteurs. Une île. On pouvait voir disparaître ceux qui y entraient. Envie de leur dire « n’entrez pas ». Mais personne n’a ce pouvoir.
Juste avant il y a eu ce silence d’une demi-seconde. Un silence d’un seul coup, toutes les mesures des bus, des voitures, des gens, coordonnées sur ce temps très bref. Un blanc irréel. Et puis. Le bruit de l’explosion s’est mêlé à celui du premier coup de tonnerre. Personne n’a su quoi en penser avant les premiers cris et la fumée. »

Brune Farrago et ses amis Lodka Place et Ari Saint-Thomas, sans oublier le chien Ferdinand Griffon, ont décidé de quitter la capitale juste après l’attentat. Une petite maison en pierre dans la campagne, un jardin avec des tilleuls, des champs autour et du soleil. Leur frontière les protègera de la fin du monde, des bombes et de l’astéroïde Tarpeia qui file droit sur la Terre.

Brune nous présente son monde.
D’abord son portrait. Blonde, jeune, jolie, encore un peu enfantine, elle se donne à des liaisons d’un soir qu’elle harponne en un clic sur le net. Elle ne veut aucune attache et ne donne pas facilement sa confiance. Longtemps elle a souffert de l’absence de son père décédé alors qu’elle avait trois ans. Son premier amoureux ? Son chat, Olivier, mort lui aussi. Son deuxième amoureux ? Navel Senza, celui qu’elle n’a jamais vu, son correspondant inconnu. Ils se sont rencontrés sur un forum de musique et n’ont jamais osé se voir. Leurs contacts se font par l’écriture, mails, sms, lettres ; elle lui raconte tout. Elle lui racontait tout. Les nuages d’étourneaux, la couleur du ciel, le parfum des glaces… Doit-elle conjuguer Navel au passé ? Depuis quelques temps leur relation se délie, tristement, c’est implacable.
Lorsqu’elle a vu pour la première fois la comédienne Lodka Place sur scène, elle est tombée en amour. Elle a voulu être discrète et elle ne l’a pas du tout été … Lodka lui a présenté Ari, son ami, écrivain et metteur en scène. Les liens se sont soudés comme une fatalité et ils forment à présent un trio d’amis, une famille dit-elle. Un quatuor avec Ferdinand.

Après l’attentat, ils ont voulu faire leur Résistance à l’écart, et maintenant, ils se retrouvent
à l’abri dans se cocon champêtre. Ari écrit, Lodka écoute Bach, Brune fume, et ils arpentent la campagne en friche.
Chaleur, silence, soupirs. Brune pense à Moune sa mère, à son beau-père, à Navel.
Sa mère pense à Brune, sa Noune. Son beau-père pense au temps qui passe et qui le vieillit. Il aime toujours autant Line. Navel pense au message qu’il va envoyer à Brune. Peut-être son dernier. Oui, certainement sa dernière déclaration, « Le désir avant le verbe ».
Puis un jour, il faudra passer le portail et revenir…

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Des sentiments lourds, exacerbés, égratignés, émouvants et beaucoup de générosité. Une fille fleur qui se découvre et qui fait la paix. Une frontière qui partage deux univers, l’un chaotique comme un enfer, l’autre un véritable éden. Il y a de la musique, de l’écriture, de l’amitié et de l’amour. Des microcosmes qu’on se plaît à observer. Des mots qui nous rappellent des évènements, blessures, morts, Bataclan, métro, anarchie. C’est violent, brut, assourdissant, mais aussi poétique et doux. Fanny écrit « fin du monde », mais ce n’est pas encore l’heure. L’intrigue se tisse et se dévoile sur la fin ; une agression pour un outrage…
C’est un tout petit livre que je vous recommande.

Un autre billet chez Sabine

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Babylone Dream

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Le mois Halloween avec Hilde et Lou

Thriller avec Sharon

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Nadine Monfils

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Une mariée démembrée, ou plutôt explosée, et son jeune mari, attaché, poignardé, spectateur de cette mise en scène. La profileuse Nicki Sliver appelée sur les lieux du crime par l’inspecteur Lynch, annonce que le meurtrier recommencera.
Comment peut-on rentrer chez soi après avoir vu ce carnage ? Chacun s’en retourne  en essayant « d’évacuer » l’horreur comme il peut.

Court-circuité dans ses envies par une existence solitaire, Lynch donne rendez-vous à Coco, une prostituée avec qui il assouvit ses fantasmes. Barn, son adjoint, souhaiterait trouver un peu de réconfort auprès de sa femme, mais l’usure de leur couple ne l’aide en rien. Quant à Nicki Sliver, elle est de plus en plus envahie de terreurs nocturnes. Ces cauchemars retracent les scènes de crime comme le ferait un scanner ; chaque détail apparaît dans le rêve. Seul un doudou, un petit éléphant en feutrine rouge qu’elle appelle Babylone, semble veiller sur elle. Symbole d’un passé heureux, souvenir de son père, il est son amulette porte-chance.
Ailleurs, Lorena, la mère de la jeune femme morte, est hospitalisée en psychiatrie. La vision de sa fille ne pourra pas la ramener à la « normalité ». Seul témoin direct de l’après drame, elle réclame dans un leitmotiv « le chat ».

Que raconte ce double assassinat et qu’elle en est la genèse ? La folie meurtrière n’a laissé aucun indice et il est à prévoir que cette théâtralité macabre ainsi agencée est prémices d’une terrifiante série.
Machiavélique, le tueur va manipuler ce microcosme et assouvir une vengeance démente.

Nuit de noces ; Morgane et John se précipitent dans leur chambre, amoureux, heureux. Des rires, des caresses et… une coupure d’électricité. John doit laisser sa tendre épousée pour descendre à la cave et voir ce qui se passe… Il ne remontera plus. Elle, elle succombera après avoir subi le pire.

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Ce thriller est le troisième d’une série où nous retrouvons l’inspecteur Lynch, son adjoint Barn et la profileuse Nicki. De ne pas avoir lu les tomes précédents ne m’a pas perturbé… mais afin de comprendre leurs marasmes personnels, je ne manquerai pas de le faire…
« Babylone dream » est une affaire sanglante, particulièrement abjecte dans les actes meurtriers et je vous avoue que j’ai sauté quelques scènes insoutenables. L’assassin se joue de tous les personnages et devient marionnettiste. Bien renseigné sur l’équipe qui mène l’enquête, il s’immisce dans leur vie privée et oriente leurs pas. L’intrigue est bien construite, angoissante, et le psychopathe dont nous devinons assez rapidement l’identité, mais pas le mobile, est affreux-affreux-affreux… de quoi nous tourmenter un soir de lecture !
Quelques traits d’humour, noir de préférence, font grimacer, genre sourire crispé, et parfois l’écriture est émouvante, genre cœur pincé ; la palette des sentiments n’est pas qu’effrois.
Je vous recommande ce thriller « efficace », fou, redoutable, très bien écrit. Avec ce roman, l’auteur a obtenu le prix Polar de Cognac.

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vénusVénus

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Les Campbell

BD du mercredi avec Mango and Co
Une bd offerte dans le cadre des MC de Babelio avec les Editions Dupuis

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.les-campbell-1Les Campbell
Inferno, tome I
Munuera

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Bateau pirate en vue !

Enterrer un trésor et surtout se rappeler où on l’a caché… C’est le conseil que donne le capitaine Carapepino à son second Monsieur Higgins avant d’enfouir profondément le leur, entre deux roches particulièrement « mémorables ». Mais il arrive que les bonnes idées soient parfois partagées et en creusant, ils découvrent un autre coffre. Concupiscence… la conscience déraille entre deux décisions ; le prendre ou le prendre ?! Le dilemme est vite résolu par un intrus, ex-pirate de son état, le capitaine Campbell, accompagné de tout son équipage. Après des salutations grinçantes teintées de vieilles rancunes (les deux se connaissent bien), sous le respect d’un pistolet à silex, canon long, le scénario prend une autre tournure !… Campbell plante littéralement les deux filous dans le trou qu’ils avaient pioché, s’enfuit avec les deux trésors et dévoile un subterfuge finaud, sous les regards médusés de Carapepino et Higgins.

Un décor de carton pâte… En fait, Campbell n’avait pour acolytes que deux gamines frondeuses et non une troupe de margoulins sanguinaires.
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Dans son île Jardin, l’ancien pirate redevient un père de famille accaparé par les corvées ménagères. Veuf avec deux filles, Itaca et Genova, il doit assumer un quotidien bien loin du bizness de la piraterie. Mais obsédé par la mort de sa femme tuée par un certain Inferno, il continue à rêver de vengeance.
Pas si reclus, si retiré des affaires, il a pour amis des lépreux qui habitent l’île de Bakalaoo, un piton volcanique inhospitalier ceinturé par des récifs acérés. Personne n’osant s’aventurer sur Bakalaoo, c’est l’endroit le plus sûr pour se planquer et réfléchir…

Pendant ce temps, Carapepino est poursuivi par la malchance… Après avoir été planté dans la terre comme un poireau et dépossédé de son trésor, voilà que son bateau est abordé et fait prisonnier par le redoutable Inferno, un pirate qui s’est mis au service de l’Angleterre et qui a reçu le titre de baron. Mystérieux, dément, hanté par le fantôme d’une femme, lui aussi n’a qu’une obsession… retrouver la famille Campbell et la passer par le fil de son épée. Si Carapepino veut sauver sa peau, retrouver Campbell doit être sa priorité.

C’est ainsi que tout commence… ou plutôt… tout continu… car entre Inferno et Campbell, c’est une vieille histoire tissée de liens de sang.

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Ce premier tome des aventures Campbell est très accrocheur. Séduite par les dessins et le scénario, je continuerai la série avec le deuxième titre « Le redoutable pirate Morgan ».

Cette lecture divertissante est une belle surprise car j’ai demandé l’album un peu au hasard, attirée par le graphisme et le résumé en quatrième de couverture qui raconte une histoire de vengeance dans la flibusterie.
Les personnages de la famille Campbell sont sympathiques et attachants. Les filles ont des caractères très affirmés et provoquent souvent des situations tumultueuses. Intrépides, courageuses, garçons manqués, souvent en bisbille l’une contre l’autre, la petite contre la grande, elles sont aussi solidaires, fidèles et aimantes. Pour l’aînée, l’adolescence et ses vicissitudes sont un cap difficile à franchir, et la cadette se plaît à jouer le poil à gratter. Leur père semble un peu dépassé. Toujours plein d’entrain et papa poule, il a un mal à l’âme que seule une vendetta pourrait apaiser.
L’humour est une des qualités premières de cet album. On le trouve dans les expressions, les dialogues et un contexte un peu fantaisiste, car l’auteur transpose le XVIIème siècle à notre époque… ou le contraire. Autres malices, on découvre une équipe de malandrins qui pourrait être les frères Daltons, le village des lépreux ressemble à un certain village Gaulois et le crocodilotram a la physionomie de son congénère dans Peter Pan.
L’histoire a pourtant une fausse légèreté. Dans les dernières pages, elle s’étoffe de souvenirs et révèle l’enfance miséreuse des deux personnages principaux, Campbell et Inferno.

Une bande dessinée à recommander !

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Ne t’éloigne pas

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« Septembre en Amérique » de Titine
« Thrillers et polars » de Liliba

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ne t'éloigne pasNe t’éloigne pas
Harlan Coben

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Le lieutenant Broome de la Criminelle d’Atlantic City voit ressurgir une enquête non élucidée, vieille de dix-sept ans ; un homme, bon citoyen, mari et père modèle, disparaît un soir sans laisser de trace. Mêmes lieux, même époque de l’année, une disparition similaire se produit et l’incite à croire que les deux affaires sont liées. Avec son ex-femme et coéquipière, il va chercher le « dénominateur commun » : un bar, des entraîneuses, des clients, de la violence, de la prostitution, beaucoup de solitude, des hommes qui oublient femmes et enfants pour assouvir leurs pulsions…
Broome va ainsi reprendre contact avec des personnages hantés par ce passé. Ils ont disparu eux aussi, chacun pour fuir leurs cauchemars, mais des évènements vont les faire revenir. Une mère de famille comblée par sa petite vie bourgeoise et un photographe talentueux qui a sombré dans l’alcoolisme sont des éléments essentiels aux dossiers.
Dix-sept ans… et beaucoup attendent un dénouement. Certains vont même chercher les explications avec des méthodes fort peu conventionnelles… Un couple, qu’on appelle Ken et Barbie, va semer des cadavres en extirpant des indices avec un fer à souder et un scalpel.
Très vite, Broome s’aperçoit que ces deux disparitions font écho à une vingtaine d’autres enquêtes non abouties. Et si c’était un serial killer qui sévissait ?
C’est février, la période du carnaval. Broome devra faire tomber les masques.

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Depuis quelques livres, il est pour moi difficile de retrouver ce que j »aime chez Coben ; du suspens, de l’essoufflement, de la surprise… Si j’ai passé un moment agréable dans cette lecture, je n’en sors pas ébouriffée. Comme dans toutes les enquêtes que je lis, j’aime à suivre mes pistes en parallèle de celles écrites. Et si je trouve dès le début… je suis déçue. Que le lecteur est dur pour l’auteur qu’il apprécie ! Je peux reconnaître que le style est toujours limpide, que certains personnages sont séduisants, que… l’auteur est charmant… mais ça ne fait pas tout.
En quatrième de couverture, ils disent « Une formidable poussée d’adrénaline, un voyage en enfer mené tambour battant par le maître de vos nuits blanches. Oserez-vous fermer l’œil cette nuit ? »… Oui ! non seulement j’ai fermé l’œil mais l’autre aussi. Et j’ai bien dormi malgré les litres dispensés d’hémoglobine.

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Atlantic City
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La paupière du jour

Livre offert par Babelio et les Editions Buchet-Chastel  Avec mes remerciements…
Challenges « Thrillers et polars » de Liliba

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la paupiere-jourLa paupière du jour
Myriam Chirousse

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Barjouls, septembre 2012,

Dans un état de demi-sommeil, parfois la réalité se confond avec les rêves. L’écho d’un tir de  balle renvoie au souvenir et entremêle le temps. Nous sommes en période de chasse, mais on peut s’imaginer être ailleurs, comme dans une bijouterie de Bordeaux, un jour fatidique.

Cendrine Gerfaut a loué un gîte dans le petit village de Barjouls, situé dans « une vallée encaissée, coupée presque de tout », des Alpes-Maritimes. Pour les gens du village, elle est une botaniste envoyée en ces lieux, pour effectuer des prélèvements de végétaux. Pour le professeur Lioubacheski et l’AESR, elle est chargée de détecter le taux de radioactivité qui s’est déposé suite à l’explosion de la centrale de Tchernobyl, vingt-cinq ans plus tôt. Pour elle, jeune femme de trente-cinq ans, elle est là pour retrouver le meurtrier de son fiancé et le tuer.
Cette vengeance a muri durant dix-huit ans. Tant d’années de torpeur qui aboutissent enfin à cette quête libératrice. Apprendre à pardonner sans jamais oublier, c’est le conseil plein d’espoir que lui a laissé la mère d’Aymeric après lui avoir dit que Benjamin Lucas avait été libéré. Comment être miséricordieux quand le cauchemar d’un instant se perpétue inlassablement, annihilant amour et émotion ?

C’était un jour heureux, ils allaient à la bijouterie choisir la bague. Cendrine est retournée à la voiture, Aymeric est resté dans la boutique. Un homme armé est rentré. Il a tiré…

A Barjouls, elle se perd dans les rues, lit les noms sur les boîtes aux lettres, reconstitue les familles, elle explore les petits chemins et se familiarise avec la campagne. Où se trouve Benjamin Lucas ? Le village est à la fois accueillant et insolite, son pittoresque en devient presque caricatural. Les tempéraments sont sanguins, extravagants et excessifs. L’arrière pays, barricadé par l’enceinte des montagnes, a une rusticité sauvage qui est partagée entre méfiance et hospitalité.
Cendrine essaie judicieusement de s’implanter et d’oublier la peur qui l’étreint. Son charme naturel, sans artifice, séduit et attise les virilités. Elle va sur le marché de la place, va boire un verre à l’auberge, parle avec les anciens… Elle noie son investigation sous des amabilités, tout en se faisant violence. Rien n’est facile pour elle car elle aurait tendance à se conduire comme un automate. Mais sa curiosité ne passe pas inaperçue. Une personne que l’on nomme le Corbeau, dépose sur les portes des mots sibyllins, menaçants les consciences.

Le mystère de Cendrine aimante l’attention d’un homme. Hugo vend des produits fermiers sur le marché. Plus que sa silhouette très féminine, c’est son regard noyé qui le captive. Esprit torturé par les décès de sa femme et de son enfant, il perçoit son intérêt comme un éveil. Dans un cahier, il parle de cette « femme » si belle, étrange et naturelle. Les récits de son journal ponctueront l’histoire. « De la Bergerie de la Baume », il décomptera les jours jusqu’en décembre. Le 21 décembre 2012, les Mayas ont prévu l’apocalypse.

Doucement, Cendrine s’insère dans les confidences, avec un seul objectif, retrouver Benjamin Lucas. Elle ne veut pas chercher à comprendre le geste fou du meurtrier, elle a la vengeance expéditive, impitoyable. Cependant, à fouiller ainsi, elle fera apparaître quelques ombres anciennes, à l’image des maux et des fantômes d’une boîte de Pandore.

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C’est la deuxième fois que je retrouve l’auteur. Le premier titre, « Miel et vin », je l’ai lu un été. Je l’avais tellement apprécié que je l’ai offert à de nombreuses amies ; c’était l’histoire d’un amour un peu fou, passionné, parfait pour les vacances. C’est donc avec un plaisir intéressé que j’ai accepté cette lecture. « La Paupière du jour » fut différent mais tout aussi prenant. La loi du talion, représailles et châtiment, est un thème commun à ces deux romans.
Ici, ce n’est pas une épopée aventureuse, mais un huis clos. On perçoit sous les civilités et la bonhomie des habitants de Barjouls, bien des non-dits, des inimités et des secrets qui pourrissent certaines âmes. L’atmosphère est lourde, le charme provençal est grinçant.
L’auteur prend le temps, sans songer à nous ennuyer, à relater la pesanteur, l’errance de Cendrine et sa solitude. Les pérégrinations sur les chemins, dans les bois, l’automne et l’hiver, sont marqués et scandent une attente, celle qui nous mènera au dénouement de l’histoire.
Les passages avec Hugo paraissent plus sensibles que ceux avec Cendrine qui essaie de se blinder et de garder la froideur du justicier. On alterne entre deux deuils ;  l’acceptation pour l’un et la rage de l’autre.
Il semble que ce petit coin des Alpes-Maritime soit au bout du monde, il sera aussi au bout de son deuil.
L’auteur a bien situé la trame dans la froidure de l’hiver, plombant un peu plus le scénario. Et pourtant… je vous conseille ce roman pour votre été…

Des billets chez Keisha, Lili Galipette, Canel, Isa Livresse, Elizabeth Bennet, Lily, Sandrion,

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Peinture d’Alexandre Calame

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La vie était belle

logo régionlogopalliligUn livre offert par les Editions Robert Laffont
Challenge « Nos régions » : Haute-Normandie
Destination PAL
de Lili Galipette

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la vie était belle La vie était belle
Martine Marie Muller

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Dieppe, 1963.

Eric Aubin, jeune homme de dix-huit ans, est domestique chez les d’Estignac, une vieille famille bourgeoise de Dieppe. Avec ironie, il se dit être un « butler »… c’est mieux que majordome ou valet. Orphelin, recueilli par les religieuses de Saint-Aubin, il n’a pour horizon que sa chambre mansardée, les falaises et le cinéma. Il ne sait même pas s’il peut se permettre de rêver et de prétendre à une autre vie.
Gants blancs pour le service, ce soir la maison reçoit… Gros plans sur la cuisinière qui s’affaire, sur le plateau des toasts et sur celui des coupes de champagne… son regard est une caméra, il s’amuse à être cinéaste.
Lors de cette soirée, Eric fait la connaissance de Sir Archibald Leach, un aristocrate anglais un peu désoeuvré, charmeur et mystérieux, qu’il comparera un jour à Peter O’Toole dans « Lawrence d’Arabie ». Leur entente est immédiate et débouche sur un projet inespéré, exceptionnel !

Sir Archibald le présente à Freddy l’Enfer, un canadien qui a fait le débarquement en juin 1942. L’ancien soldat témoigne de ce matin d’août où ils arrivèrent sur la plage Rouge et où il vit beaucoup de ses camarades mourir sous l’artillerie ennemie.
« – Je suis mort sur la plage Rouge, le 19 août 1942, à 5h31 du matin… Sur la mer d’un noir de suie montaient des torsions de fumée…
… Les coups de canon m’entrent dans le ventre, dans la gorge. On mitraille la falaise… une foule qui hurle, insultant le Ciel et les Boches, une masse souple et compacte qui soudain explose et se recompose. The Lord is my sheppard. Le Seigneur est mon berger. A mes pieds, un jeune tient entre ses mains le nid diapré de ses entrailles. J’ai entendu : « Hey, choum, bouge-toi ! Ma survie est ma victoire et ma condamnation, ma mort est ma geôle et ma liberté ! » Du courages et des tripes, avait ordonné le général Roberts… »

Les souvenirs de Freddy, Eric voudrait les saisir et en démontrer toute la puissance. C’est alors que Sir Archibald amorce l’idée d’un film. Enregistrer les mémoires des hommes et des femmes qui ont survécu à ce temps ; la guerre, l’occupation, la libération, la résistance, la soumission, les sympathies, l’opportunisme…
Sur ses recommandations et avec son appui, Eric peut demander au père Fernand de lui confier sa caméra pour filmer « Dieppe en guerre ». Puis, toujours par l’intermédiaire de Sir Archibald (le bon génie), il rencontre une jeune fille de son âge, Marjolaine, qui lui servira de scripte. Leur passion commune pour le cinéma les rapproche et leurs conversations sont une surenchère de titres de films, de noms d’acteurs, de scènes mythiques. Eric expérimente pour cette nouvelle amie, un véritable coup de foudre.

Madame d’Estignac, détentrice de la fortune familiale, est prête à subventionner son film. Elle croit en lui, elle l’a toujours apprécié car il est sa fantaisie, même si cela doit déplaire à son fils et sa bru.
Eric ressent cette aubaine comme une exigence. Il a l’intelligence et la détermination pour se hasarder dans cette aventure.

Etre naturel, oublier la caméra. Il pose une question en prélude des monologues et le déballage des confidences se fait simplement. Clap, moteur, scène 1, la caméra tourne.
Au montage, Eric est surpris. La pellicule ne ment pas, elle rapporte parfois d’autres réalités. Les images démontent les histoires narrées et racontent un envers du décor.
Fernand le Boeuf, Antoine Cacheleux, Fabre de Parrel, Philippe et René Levasseur, Marjory Rasse, Emmanuel Faure… ils avaient 18 ans en 1940, ils avaient 30 ans… Ils ont combattu, résisté, ils ont collaboré, ils ont été déportés, ils ont vécu l’occupation avec courage ou lâcheté, soldats, civils, hommes, femmes, les esprits sont blessés et suppurent encore.

Ca dérange. Vingt ans ont passé et c’est à vif. Les menaces cernent Eric qui s’obstine à poursuivre son documentaire. On connaît sa motivation, mais qu’en est-il de Sir Archibald ? Il est le marionnettiste qui tire les ficelles. Son flegme et son élégance britanniques sont une apparence. Il était à Dieppe lui aussi durant la guerre, il avait son rôle.

Plus que l’ascension d’un jeune garçon orphelin, sans le sou, féru de cinéma et passionné par la seconde guerre mondiale, c’est la quête d’une vérité sur les histoires du passé. Le silence étouffe les vies, il est une violence pour certains, mais pour d’autres, c’est leur absolution. La guerre a permis d’enfouir des mensonges et des crimes…

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Ce livre pourrait être votre histoire de l’été, sa lecture a été très agréable.
Epopée d’hier, destin d’aujourd’hui, à travers Eric, nous lisons quelques secrets tenus depuis la guerre. Dieppe présente des aspérités, des cicatrices, elle est la scène d’un héroïsme guerrier avec ses fantômes et d’une zone minée depuis son occupation.
L’auteur mêle aux désirs et à l’engouement d’Eric, une intrigue complexe qui défait petit à petit sa trame. Livre à tiroirs où sont rangés quelques films hollywoodiens, quelques références à la Nouvelle Vague, il est question d’honneur, de traîtrise, d’espionnage, d’amour, d’humanité.
« La vie était belle » renvoie au film de Franck Capra, en 1946 avec James Stewart. Beaucoup d’analogies sont faites entre le cinéma et le déroulement du scénario et ainsi  nous avons une filmographie très intéressante… « Fort Apache », « Casablanca », « Le Pont de la Rivière Kwaï », « Ben Hur », « L’homme qui tua Liberty Valance »…
Sans ennui, un rythme prenant, de surprenantes révélations qui défont les images, vous aurez certainement plaisir à lire ce livre.
Je retiendrai un passage cruel, dont la violence s’assimile étrangement à un adoubement… Philippe, un des personnages importants du roman, invite Eric à la pêche au congre. La tuerie est un massacre sanglant, presque un acte de guerre. Eric en sort grandi et moins vulnérable.
Merci Christelle…

L’auteur, professeur de lettres dans la région parisienne, a écrit une vingtaine de romans.
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Dieppe 1944

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