Chasseurs de livres

Chasseurs de livres
Jennifer Chambliss Bertman

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Leurs professions leur permettant de travailler chez eux, les parents d’Emily Crane ont décidé de déménager tous les ans pour visiter les cinquante états que compte les États-Unis. Cette fois-ci, leur port d’attache est San Francisco en Californie…
Passionnée de lectures et d’énigmes, Emily est heureuse de se retrouver dans la ville où habite Garrison Griswold, un célèbre éditeur qui organise des chasses aux livres. A partir d’indices pris sur le site internet, Book Scavenger, les lecteurs choisissent des livres cachés dans des lieux publics et partent à leur recherche. Un point est gagné à chaque livre trouvé et Emily alias Wombat mal léché, très douée dans les décodages, convoite le rang le plus élevé, celui de Sherlock Holmes.
Alors que ses parents et son frère Matthew commencent à décharger le camion de déménagement, Emily apprend par la radio la disparition de Monsieur Griswold ! Le cher homme devait inaugurer en direct un nouveau divertissement que tous ses fans attendaient avec impatience. Où est-il ? Serait-ce le début de l’aventure qu’il leur promettait ?
En fait, l’éditeur est à l’hôpital car il a subi une méchante agression qui a failli le tuer. Deux hommes ont voulu lui dérober le roman avec lequel il allait lancer la partie. « Le Scarabée d’or » écrit par Edgar Allan Poe en était le support, une histoire chargée de cryptogrammes qu’il avait remaniée et imprimée lui-même dans le plus grand des secrets ; un livre pour un trésor à déterrer.
Avec l’aide de son frère aîné Matthew et de son voisin James, féru comme elle de codages, ce n’est plus entre les pages des romans qu’Emily va enquêter, mais dans la vraie vie car d’énigme en énigme, croyant participer à un jeu, elle va se retrouver sur la route des malfaiteurs.
Qui tire les ficelles ? Et quels mystères recèle Le Scarabée d’or qu’Emily a découvert derrière une poubelle, sur les lieux de l’agression ? C’est la fin des vacances d’octobre, la ville est aux couleurs d’Halloween, Emily est pleine d’enthousiasme pour sa nouvelle vie… De l’enthousiasme, il va en falloir !

Premier tome d’une série qui aura pour héros nos jeunes amis, ce livre est comme la quatrième de couverture l’annonce, un véritable jeu de piste « pour tous les amoureux des livres et des énigmes ». Devinettes, codages en lettres et en chiffres, références littéraires et plein d’aventures, tout est conçu pour émoustiller la curiosité des jeunes lecteurs, enquêteurs en herbe ou chevronnés. Ils se plairont à mener l’enquête en parallèle, comme j’ai pu le faire. Une écriture dense, peut-être pas évidente dans un premier temps où tout se met en place, de l’humour, un rythme trépidant, du suspense, une belle amitié entre Emily et James, et San Francisco qui se dévoile dans son infrastructure si singulière et son histoire.
L’auteur précise que l’aïeul de Garrison Griswold a vraiment existé et qu’il fut jusqu’à la mort de Poe en mauvais termes avec lui.
« Chasseurs de livres » est à recommander…

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Le fils

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Le passeur, tome 1
L’élue, tome 2
Messager, tome 3

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le filsLe fils
Tome 4

Lois Lowry

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Elle est arrivée un jour de tempête, accrochée à un mat brisé. Belle, étrange, différente, elle aurait pu être une sirène…
A moitié morte, les pêcheurs l’ont ramenée dans leur village et l’ont confiée à Alys, une vieille guérisseuse qui la soignera et la traitera comme sa fille. Lorsqu’elle se réveille, elle ne peut leur dire d’où elle vient, qui elle est. Elle sait seulement qu’elle s’appelle Claire. Claire…elle sera alors pour eux, Claire de l’Eau.

« Le village était lové au pied d’une importante falaise, dans l’anfractuosité d’un bras de terre. Cet endroit où la péninsule rejoignait le continent était tellement isolé que le temps n’avait pas d’importance car rien ne changeait jamais. De mémoire d’habitant, nul n’y était jamais venu, et ce n’est que rarement que quelqu’un, d’insatisfaction, le quittait ou du moins essayait. Dans ce cas, on disait qu’il « montait ». Un sentier broussailleux et plein de racines serpentait vers la base de la falaise mais s’interrompait au pied d’un véritable mur de pierre et ensuite il n’y avait pas d’autres issue que de grimper, en effet. Plusieurs l’avaient tenté et avaient fait une chute fatale. Un habitant, Einar le Farouche, avait réussi à grimper mais il était revenu, profondément aigri par ce qu’il avait rencontré au sommet. »

Claire de l’Eau cherche à retrouver la mémoire dans toutes les petites choses du quotidien. Puis un jour, lors de l’accouchement d’une jeune femme du village, tout lui revient…
Elle est née dans un monde par-delà la mer, qui s’est reconstruit après le Chaos. Loin de ressembler à cette communauté de pêcheurs, elle vivait dans une société aseptisée, compartimentée, qui a rayé de son monde les sentiments, les couleurs, les animaux, toute indépendance et libre arbitre. Dans cet univers, on absorbe une petite pilule qui annihile les émotions. Il n’y a alors plus d’intuition, d’affection, d’amour. On compose les couples et on leur attribue des enfants nés de mères porteuses. Éduqués dans cette cellule d’accueil jusqu’à leur douze ans, ils sont après dirigés vers leur fonction. Pour Claire, le comité de gouvernement lui a attribué le rôle de matrice. Durant deux ans, elle s’est façonnée pour qu’à quatorze ans elle puisse engendrer un enfant. Claire a eu cet enfant, n° 36, mais l’accouchement s’étant mal passé, elle n’a pu rester à son poste. C’est à l’Alevinière, au laboratoire d’insémination des poissons,
qu’on la place et qu’on lui apprend les gestes mécaniques d’un nouveau travail.
Elle raconte tout cela à Alys, et plus encore, car Claire n’a pas oublié son enfant et elle a tout fait pour le retrouver…
Résolue, elle arrive à avoir ses entrées au centre nourricier et voit pour la première fois son bébé, un petit garçon magnifique avec de beaux yeux clairs. Lorsqu’elle peut, et sans attirer l’attention sur elle, elle va dans la pouponnière pour s’occuper de lui. On ne lui a pas
attribué de famille ni donné de nom, car c’est un enfant difficile ; on le nomme toujours par son matricule, mais Claire l’appelle Aby.
Puis un jour, le nourricier avec qui elle a sympathisé lui annonce que n° 36 va être élargi. Élargir est le terme qu’on emploie pour dire qu’on efface, on supprime. Il n’ y a alors qu’une issue pour Claire ; prendre Aby, fuir par la rivière et partir en quête de l’Ailleurs. Cependant, rien ne se passe comme elle le pense et Aby disparaît…

L’Ailleurs est terrifiant et captivant. On n’en revient jamais. Dans un premier temps, pour Claire c’est ce petit village suspendu et prisonnier qui fait face à la mer. Aidée de Einar le Farouche, elle va tout faire pour continuer sa route et découvrir ce qu’est devenu son fils.

L’Ailleurs, c’est aussi le terrain de jeux du Commissaire Troqueur ; il peut nous donner tout ce qu’on désire. Une question sera posée.
Que peut-elle sacrifier pour retrouver Aby ?

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Dernier livre d’une tétralogie dystopique, ce tome dénoue l’intrigue initiale et relie les histoires entre elles. Ainsi, nous en découvrons un peu plus sur la communauté de Jonas (Le Passeur) car elle est la même que celle de Claire. L’auteur a la fantaisie de nous balader dans le temps et d’étaler sa narration sur plusieurs années, en trois parties.
La première, « Avant », ambiance froide, stérile, raconte l’époque où Claire brave les interdits en cherchant à se rapprocher de son enfant. C’est troublant et douloureux lorsqu’elle évoque ses sentiments. La seconde, « Entre-deux », se situe dans le village de pêcheurs. La mesure du temps est difficile à définir car on la calcule en fonction de la vie des gens du village. On peut dire ainsi que des années passent… Les phrases émeuvent quand elles parlent du berger Einar, un être solitaire, cassé par son père. Le village reclus, lové sur lui-même, aurait pu être dénaturé, dépravé, primitif, mais l’auteur a préféré écrire une société généreuse et hospitalière, agréable à lire. La troisième partie, « Au-delà », se passe dans cet Ailleurs qui reçoit les exilés, une terre protégée par une forêt dense et enchanteresse. Là, on retrouve Jonas et Kira (L’Élue). Claire n’a plus le premier rôle, c’est son fils qui relate les faits.
Si on peut imaginer qu’un jour notre monde sombre dans une société totalitaire, si on peut concevoir une vie autarcique, la troisième partie nous fait pénétrer dans un univers totalement fantastique avec le
maléfique Commissaire Troqueur. Le genre tend alors vers la fantasy plus que vers une fiction dystopique. Mais belle plume, on se laisse porter par l’histoire sans trop chercher noise aux étrangetés du scénario.
Claire, personnage courageux et déterminé, plaira aux jeunes lecteurs. Elle n’a peut-être pas la même aura que Kira, mais nous la suivons avec plaisir dans ses aventures.

Si je dois vous dire ce que j’ai aimé dans ce livre, je vous réponds de suite, la deuxième partie du livre. Il y a Alys, le vieux Benedikt et Einar. Quant aux décors que je visualisais, ils me faisaient penser aux histoires de Jules Verne et je me suis remémorée une vieille série télévisée « Les Robinson Suisses »… (Je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître.)

Je vous recommande cette série. Le voyage vers ces Ailleurs fut captivant et je n’ai pas été déçue par cette fin.

 

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Illustration du roman « L’île mystérieuse » de Jules Verne

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Messager

Le passeur – Tome 1
L’élue – Tome 2

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Tome 3

Lois Lowry

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Village est un sanctuaire qui accueille toutes les personnes qui ont fuit les dictatures de leurs comtés. Au-delà de Forêt, nul ne peut imaginer qu’un tel endroit puisse exister…
Jonas le Passeur se nomme à présent Meneur. Le père de Kira qui avait été victime d’une conspiration est le Visionnaire. Quant à Matty, le petit protégé de Kira, il est le Messager. Lui seul peut parcourir Forêt sans crainte.

Les années ont passé, Matty vit désormais avec Visionnaire qui l’éduque et l’estime comme un fils. Le petit garçon que Kira appelait Farouche, est devenu un adolescent courageux et respectueux des règles.
La vie à Village est heureuse, il n’y a aucune répression, tous se montrent solidaires et valeureux dans leurs tâches. Mais un jour, Matty s’aperçoit que l’ambiance commence à s’altérer. Plus individualiste et agressive, leur société semble être sous l’emprise d’une force malfaisante.
C’est en assistant à une séance de trocs, qu’il prend conscience d’un réel changement. Mentor, l’instituteur du village, un homme sage et généreux, se métamorphose en un homme colérique et avide. Une femme douce et maternelle frappe son enfant sans aucune raison. Et plus surprenant, certaines personnes veulent fermer les frontières aux exilés.

Les présages sont alarmants, l’atmosphère s’alourdit, Forêt devient plus dense, plus menaçante. Meneur et Visionnaire décident d’envoyer Matty chercher  Kira. La jeune tisserande devra tout abandonner sans perdre de temps…

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Troisième tome de la série « Le Quatuor », « Messager » raconte l’histoire de Matty. Il réunit les deux autres intrigues qui n’avaient en commun que leur monde dystopique.
Le petit chenapan intrépide qui nous avait fait sourire dans le précédent livre, est devenu un adolescent brave, studieux et attentionné envers son père adoptif. Sans avoir bridé son caractère vif et indépendant, Visionnaire a su modérer son impulsivité.
A village, comme dans les autres communautés que nous avons lues, chaque personne reçoit le nom de sa vocation. Meneur voit sa personnalité et la rebaptise. Ainsi Matty est devenu le messager qui maintient un lien avec l’extérieur. D’autres sont Herboriste, Ramasseur, Mentor…
L’auteur donne à cette histoire sa part obscure. Sous l’influence d’une énergie ou d’une entité pernicieuse (grande énigme du livre), Village change. Une exaltation se propage et modifie la personnalité des gens. Avec cette violence latente, ce désir de fermer les frontières et de ne plus accueillir les exilés, ce monde fantastique nous renvoie à notre triste actualité.
Si le récit débute avec légèreté, petit à petit nous sombrons dans l’angoisse. Des secrets, des conspirations, une autorité qui va vers l’oppression et qui contrôle les esprits, une nature qui sanctionne cette « pollution », et Matty qui nous livre ses intuitions pessimistes.
Pour en revenir à Matty, il va se découvrir un don. Il a la faculté de soigner. Il est l’un du Quatuor et rejoint Jonas et Kira qui tout deux ont les facultés de voir l’avenir.
Nous finissons la lecture avec plein de questions. Ce tome ne livre aucun des mystères. Nous finissons la lecture avec une petite larme… car l’aventure a ses drames.
Le prochain et dernier livre a pour titre « Le fils ». Quel sera son univers ?

Une série à recommander.

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Photo prise « ici »

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L’Elue

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Lois Lowry

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Kira qui était orpheline de père, vient de perdre sa maman, et son kot, sa maison, a brûlé avec toutes ses possessions. Handicapée depuis sa naissance d’une jambe difforme, personne ne veut l’accueillir et presque tous désirent l’envoyer dans la forêt où elle sera dévorée par des bêtes féroces ; hors des limites, nul n’ose s’y aventurer, sauf les chasseurs pour ramener du gibier. Ce monde, régi par un conseil de douze hommes qui établissent des règles strictes, élimine les faibles de la communauté, une société construite après la Catastrophe. Chacun a sa place et celle de Kira était auprès de sa mère dans l’atelier de tissage où elle excellait dans son rôle d’ouvrière.
Convoquée au Palais du Conseil, seul vestige des anciens temps, Kira se retrouve devant les douze Seigneurs en tant qu’accusée. A ses côtés, Vandara l’accusatrice convoite ses terres. La malformée subit le jugement avec beaucoup de dignité et pour ne pas contrarier les Sages, elle accepte un défenseur en la personne de Jamison, un homme de la génération de son père.
Tout en reconnaissant son statut d’orpheline et d’handicapée, Jamison informe l’assemblée du don de Kira. Elle produit un tissage et des broderies d’une qualité exceptionnelle comme on n’en a jamais vu jusqu’à aujourd’hui. Son travail n’est pas simplement d’une finesse absolue, il est magique. L’étoffe vit, se remplit de lumière, danse, évoque des histoires…

Sauvée… Grâce à son don, Kira est épargnée. Jamison la prend sous sa tutelle, l’installe dans une chambre spacieuse du palais, riche d’un confort qu’elle n’a jamais connu, et lui confie une tâche. Pour débuter, on lui remet un ouvrage d’une rare préciosité. Elle le connait bien pour l’avoir vu tous les ans entre les mains de sa mère. C’est la robe du Chanteur qui raconte la genèse de son peuple avant la Catastrophe. La restauration des vieux fils passe aussi par l’élaboration d’écheveaux. La teinture est un art qu’elle ne maîtrise pas tout à fait et c’est chez Annabella, une vieille femme, qu’elle va poursuivre son apprentissage, à l’élaboration d’un jardin de couleurs ; entre fleurs et racines.

Voisin mitoyen de sa chambre, elle fait la connaissance de Thomas, un garçon de son âge doué pour la sculpture, qui passe son temps à produire des pièces de remarquables factures. Orfèvre talentueux, lui aussi entretient une parure du Chanteur ; sa canne.
Kira ne pouvait rêver d’avenir plus enchanteur ! Surtout lorsque Jamison autorise Matt et son chien Branch à s’installer avec elle. Matt est le frère qu’elle aurait aimé avoir, un gosse débrouillard, fidèle, qui joue a être son chevalier protecteur.
Retracer les dessins érodés, insuffler encore du nerf au tissage, n’est pas le seul objectif qu’on lui destine, et quand l’énigmatique Jamison lui en parle, transfiguré, elle en ressent toute l’exaltation. Elle va devoir écrire leur avenir. Sur un pan de la robe, vierge de toute trace, elle va entreprendre la vision de leur monde ; l’actuelle et la future.

Chez Annabella, Kira se passionne pour la science des teintes dont une est difficile à trouver, le volubilis qui donne le bleu. Matt s’engage alors à le lui trouver et quitte l’enceinte protégée pour s’aventurer dans la forêt. Inquiète, Annabella cherche l’amitié de Thomas et échange avec lui des confidences. C’est lors d’un de leurs rendez-vous nocturnes qu’ils perçoivent les pleurs d’un enfant dans les sous-sols du palais…

Pourquoi enferme-ton un enfant ? Quelle est cette malédiction qui semble frapper les enfants dotés d’un talent particulier ? Et si le palais n’était qu’une prison ? En cherchant des réponses à ses questions, Kira découvrira des secrets bien enfouis et la cruauté des Seigneurs qui les dirigent.

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Ce livre est le deuxième tome d’une tétralogie dystopique qui débute avec « Le Passeur ». L’auteur a imaginé un monde reconstruit après une apocalypse, qui subit la dictature des castes dirigeantes et honore la mémoire des anciens temps. Aucune faiblesse n’y est admise, le savoir n’est que parcimonieusement offert. Dans cette histoire, Kira ne sait pas lire et son univers ressemble à un royaume moyenâgeux avec sa société féodale. Si dans le premier tome les émotions n’étaient pas admises, dans cette suite (qui n’en est pas une), l’amitié, l’amour et la fraternité sont des sentiments tolérés. Moins angoissant que le précédent, mais tout aussi mystérieux, le scénario est plus subtil, moins dramatique, et laisse dans sa fin un espoir d’une vie différente. Alors que Jonas était seul, Kira a deux amis, on ne ressent donc pas le poids de la solitude.
« L’élue » est une belle histoire servie par des personnages très intéressants, ambigus, fourbes pour certains, courageux, intègres pour d’autres. L’intelligence de Kira est sa force, c’est ce qui lui permettra d’affronter les desseins les plus noirs. Au jeu des stratégies et des faux-semblants, elle vaincra.
De Jonas à Kira, on peut penser qu’ils vivent dans des communautés voisines et qu’un jour ils se rencontreront… Leurs mondes sont parallèles, communs, et les frontières pas si infranchissables.
Je vous recommande ce livre de la littérature jeunesse qui fut un plaisir de lecture et je me plonge prochainement dans la suite, « Le Messager ».

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Le passeur

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Lois Lowry

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Jonas est un jeune garçon de douze ans qui va bientôt célébrer la cérémonie de décembre avec ses amis Asher et Fiona. Dans leur communauté, c’est à cet âge qu’on leur attribue leur véritable fonction qui définira leur vie. L’étape n’est pas sans inquiétude car c’est aussi un adieu à l’insouciance et à l’indépendance des jeunes années.
Dans sa famille, on se demande bien quel statut on va lui attribuer… Son père est nourricier et sa mère a un poste à la justice. Quant à sa sœur Lily, elle est encore bien petite. Ses seules préoccupations sont les études et savoir bien attacher ses cheveux.
Le jour de la célébration, Jonas a la surprise de recevoir la plus haute charge de la communauté. Il sera le dépositaire de la mémoire, un Passeur, car il possède  les quatre qualités requises ; intelligence, intégrité, courage et sagesse.

Le Passeur est l’homme qui détient le savoir du monde ancien, celui qui existait avant le contrôle climatique. Il est le seul car dans le monde actuel, nommé aussi « Identique », personne n’est au courant de cette forme de vie. Ce monde est aseptisé, sans couleurs, sans émotions, divisé en castes, avec des cellules familiales d’un masculin, d’un féminin et de deux enfants, c’est aussi un univers qui ne tolère aucune faiblesse. Lorsqu’on est déficient, lorsqu’on commet une faute impardonnable, on est « élargi » et le terme n’est pas anodin. Tout cela, Jonas le reçoit par le Passeur quand il pose ses mains sur lui. Le fluide passe avec des images et des sensations surprenantes, inconnues, qu’il doit conserver et taire. Il apprend également à dissimuler, il apprend surtout que ses parents sont les premiers à le faire, à mentir.
La complicité avec le Passeur est immédiate. Jonas essaie de le soulager de ses douleurs et des noirceurs qu’il a emmagasinées, mais le vieil homme commence par lui offrir les belles choses des temps passés, la neige, des animaux, des instants heureux en famille, le nom des couleurs, le bonheur, l’amour, la liberté, avant de lui montrer la peur, les guerres, la souffrance et la sauvagerie des hommes. C’est enivrant  et si déchirant !

Alors un jour, lorsque ses parents lui apprennent que Gabriel, l’enfant qu’ils élèvent depuis sa naissance, va être élargi, Jonas s’insurge et décide de fuir leur communauté avec ce frère de cœur. Il va partir à la recherche d’un « Ailleurs »…

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J’ai beaucoup aimé cette dystopie qui révèle un monde sans pitié. La cruauté est dans l’absence des sentiments et le contrôle despotique de la société. Tout bien ordonné, propre, sans faille, avec une petite pilule pour annihiler les émotions, on découvre petit à petit l’inhumanité des programmes et la frigidité de chacun.
Jonas est un enfant différent qui se distingue par ses réflexions et sa sensibilité. Les Sages ont vu juste, il est un esprit brillant et téméraire. Son apprentissage avec le Passeur va stimuler son désir d’émancipation ; vivre un monde vrai et pas seulement le rêver.
Une belle histoire, émouvante, que je vous conseille. Elle est la première d’une série. Il me reste à lire « L’élue », « Messager » et « Le Fils ».

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D’autres billets chez Adalana,

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the giver

Film The giver
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Dimanche chez les Minton

logo mois americain Le mois américain avec Noctenbule
3ème billet
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dimanche chez les mintonDimanche chez les Minton
et autres nouvelles
Sylvia Plath

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Sylvia Plath était poétesse, mais elle a également écrit un roman et quelques nouvelles. Cette édition est titrée « Dimanche chez les Minton », une nouvelle qui ne commence pas le livre, mais qui le termine.

Le cinquante-neuvième ours

Sadie et Norton passent leurs vacances dans le parc de la Grande Boucle. Pour animer leur parcours, ils ont décidé de compter les ours qu’ils croiseront durant leur séjour. Sadie donne son chiffre fétiche, le cinquante-neuf. Pour elle, tout est cinquante neuf. Norton lance au hasard, soixante et onze.
Norton a une migraine et se lasse de ce séjour, mais pour faire plaisir à sa femme, il est prêt à faire toutes les compromissions. Sadie est fragile, il ne faut pas la perturber.
Ils dressent le campement, se prépare pour leur dernière nuit, ils ont déjà compté cinquante-huit ours…

La boîte à souhaits

Agnès Higgins en veut à son mari de rêver toutes les nuits, elle en est même très jalouse. Tous les matins, il prend son petit-déjeuner avec le sourire et lui raconte des rêves passionnants. Il est concertiste, poète, il fait des voyages, rencontre des animaux sauvages…
Comment fait-il ? Agnès n’a pas la faculté de rêver et elle voudrait apprendre. D’après son mari, il suffirait qu’elle s’abandonne, qu’elle s’imagine une histoire avec des images… mais est-ce si simple ?
A force d’essayer, Agnès angoisse. Le pays des rêves semble être inaccessible. Y aurait-il un autre chemin ?

Le jour où Mr Prescott est mort

Le vieux Mr Prescott est décédé. Par sympathie pour la famille et la jeune veuve, une mère emmène sa fille à la veillée et lui explique comment elle doit se comporter. Il faut compatir, montrer son chagrin, même si on ne ressent que de l’indifférence.
Il y a des manières à respecter, ce sont les règles !

Superman et la nouvelle tenue de Paula Brown

C’est le début de la guerre en Europe. Une petite fille aimerait bien que Superman son héros arrête tout cela. Le monde est cruel, même ses copains de classe, Paula, Jimmy et Sheldon sont décevants !
Ainsi va le monde hors des livres et des films.
« Je restai allongée, seule, dans mon lit, avec le sentiment que l’ombre noire rampait sous le monde comme une marée. Rien ne tenait, rien n’y échappait. Les avions argentés et les capes bleues se dissipèrent et s’évanouirent, effacés comme les dessins maladroits d’un enfant à la craie de couleur sur le gigantesque tableau noir des ténèbres. C’est cette année-là que la guerre commença, et le vrai monde, et la différence. »

Dimanche chez les Minton

Un couple de retraités marche sur la promenade qui borde l’océan. Ils ne sont pas mari et femme, mais frère et soeur, Henry et Elizabeth Minton.
Elizabeth est revenu dans la belle maison familiale. Elle sert Henry et dans chacun de ses gestes dévoués, elle revoit sa mère. Sa nature douce, bonne, rêveuse, est à l’opposé de celle de son frère qui est très individualiste et autoritaire.
Elizabeth aime voir les choses avec poésie et ses pensées sont fantasques. La répétition toute mécanique du quotidien s’égaie ainsi et se libère de ses lourdeurs.
En ce jour de balade, l’océan est agité. Elle dit à Henry que la tempête est proche. Il ironise, il est toujours prompt à la moquerie avec elle ! Ils s’accoudent à une rambarde au dessus d’un flux bouillonnant… un scénario s’immisce dans l’esprit d’Elizabeth…

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Comme pour Virginia Woolf et Edgar Allan Poe, mes lectures récentes, je retrouve dans les histoires de Sylvia Plath ses névroses et la mort.
Elle raconte avec subtilité l’envers d’un décors de convenances où la société joue des rôles d’hypocrites, d’imposteurs, de fourbes… La femme est prisonnière d’une cellule domestique qui rend sa vie médiocre. Les évasions ne se font pas toujours par l’esprit ou par d’autres expédients salutaires, elles ont aussi un goût autodestructeur.
Dans l’ordre de ces nouvelles, on lit la démence, la quête du rêve, l’apprentissage de la bienséance, le désenchantement et l’abandon dans l’imagination. De toutes, c’est la dernière qui me plaît le plus. S’accorder dans le réel, une bulle d’imaginaire. Fantasque et sensible, elle ne blesse personne. Secrètes, les pensées se parent de toutes les fantaisies, voient la délicatesse des choses, des légèretés et des mondes mystérieux.
Malgré les caractères dépressifs et morbides des histoires, on lit les chimères et la poésie de Sylvia Plath avec beaucoup de plaisir.

D’autres billets chez Adalana,
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Edward-Hopper-Room-in-New-York-1932

Edward Hopper

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Petite discussion avec une momie et autres histoires extraordinaires

.logohalloween13« Classique » de Stéphie, « XIX siècle » de Fanny et Kheira,
« Halloween » de Lou et Hilde, Le mois américain avec Noctenbule

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.petite discussion avec une momiePetite discussion avec une momie
et autres histoires extraordinaires
Edgar Allan Poe

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Les nouvelles ont été traduites en France par Charles Baudelaire en 1848, un an avant la mort de l’écrivain.
Dans ce recueil, trois nouvelles extraites des Histoires extraordinaires nous sont proposées.

« Petite discussion avec une momie », éditée en 1845

Un soir, le narrateur est convié par son ami le docteur Ponnonner à une étrange cérémonie. Seul un petit groupe de privilégiés féru d’égyptologie assistera à la mise à nue d’une momie qui avait été ramenée de Libye par le capitaine Sabretash, huit ans auparavant.
Allamistakeo est écrit en caractères hiéroglyphiques dans une cartouche, sur l’enveloppe cartonnée qui la protège.
Après avoir délicatement enlevé les différentes couches, le corps momifié se découvre sans ses bandelettes. Sa conservation est parfaite et le regard orné de billes bleues en verre amène une âme.
La dissection est l’ébauche suivante, lorsque le groupe décide de reporter leur exploration à la nuit du lendemain. Mais avant de partir, l’idée farfelue de projeter de l’électricité dans le corps amuse la troupe.
Si les rires potaches ponctuent l’examen, bientôt la terreur tétanisera ces légistes en herbe…

« … Quant aux autres personnes de la société, elles ne firent vraiment aucun effort pour cacher leur naïve terreur. Le docteur Ponnonner était un homme à faire pitié. M. Gliddon, par je ne sais quel procédé particulier, s’était rendu invisible. Je présume que M. Silk Buckingham n’aura pas l’audace de nier qu’il ne se soit fourré à quatre pattes sous la table. »

« Le puits et le pendule », éditée en 1843

Tolède durant la guerre de 1808,
Le calvaire d’un supplicié qui face à ses bourreaux en bure, voit son esprit s’échapper. Les tortures annihilent toute sensation jusqu’à ce qu’il se réveille dans une cellule noire. Il décrit ses souffrances, les errances de l’esprit, sa prison, les rats, les liens qui l’entravent, la mort et un bout d’espérance. Lorsqu’il y a vie, il y a croyance.
L’inquisition déborde d’imagination et retarde le trépas…

« Le roi Peste », éditée en 1835

Londres sous le règne d’Edouard III,
Deux marins, Legs et Hugh, descendent de leur goélette pour étancher leurs plaisirs. A la taverne « Au Joyeux Loup de mer », la bière coule et les enivre. Leurs délires éthyliques et les talonnements de la tenancière furibonde qui n’a pas été payée, les propulsent dans les ruelles qu’ils sillonnent sans connaissance. Le long de la Tamise, certains quartiers sont vidés et condamnés à cause de la peste, et presque malgré eux, leur fuite les mène vers un dépôt de pompes funèbres. L’endroit est une cour des miracles avec ses personnages disgraciés. La représentation et ses décors, offrent une scène macabre que les deux lascars trouvent grotesque. La mort y est sublimée.
De ce minuscule royaume, tous se présentent, Roi Peste, Reine Peste, Archiduc Pest-Ifère, Archiduchesse Ana-Peste, Duc Pest-Ilentiel, Duc Tem-Pestueux… et les invitent à leur table pour trinquer à leur véritable monarque : la Mort.
Legs et Hugh ne peuvent que satisfaire leurs hôtes, sans se douter du jeu qui se trame, avec une seule finalité…

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Dans ses nouvelles, Edgar Allan Poe semble être fasciné par la mort bien plus que par la peur, qu’il gausse et ironise. Il imagine des dimensions qui ne sont pas toutes fantastiques comme celle de la momie. Certaines sont le théâtre de la misère, des guerres, de la folie, qui parcourent le monde et voyagent de siècle en siècle. Récits cauchemardesques, ils sont des images de nos songes les plus terribles. Illusion de succomber par étouffement, noyade, murs qui bougent et qui se resserrent, mangé par des rats, la maladie… fuir, toujours courir, être rattrapé…
La première histoire a un humour malicieux, mais la fin n’est pas des plus heureuses même si l’échappatoire plaît au narrateur.
La deuxième raconte le martyr, les tortures. L’esprit prend alors l’ascendant sur le corps en souffrance et l’espoir ressurgit.
La troisième tire du conte, une allégorie comme le souligne l’auteur. La farce sinistre et extravagante renvoie à d’autres obsessions liées à la maladie et à la Faucheuse.
Certains démontrent par l’analyse de ces nouvelles, toutes les hantises de Poe. On le dit (Marie Bonaparte sur Wiki) poursuivi par ses délires, par les décès qui l’ont entouré, l’alcool, les drogues, le suicide et la neurasthénie.

Des histoires à lire de nuit pour quelques frissons…
J’ai aimé !

Des liens chez Mango,

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