Vaisseau fantôme et ombres noires

Décembre nordique avec Cryssilda (Suéde)
Challenge Polars et thrillers de Sharon
Challenge Petit Bac avec Enna

 

Tome 1 – Espions et fantômes
Tome 2 – Sauvages et wombats
Tome 3 –
Tome 4 – Monstres et mystères

Les cousins Karlsson
Vaisseau fantôme et ombre noire, tome 5
Katarina Mazetti

L’île aux Grèbes, une île suédoise de la mer Baltique…
Depuis le premier tome, l’auteur nous mène toujours au même endroit pour les vacances et nous plonge dans d’incroyables aventures (toutes basées sur des sujets chauds de l’actualité) avec Julia, Daniella, Alex et George, les cousins Karlsson. Intrépides, solidaires, curieux de leur environnement, libres de toutes contraintes et sans la tutelle des adultes, les enfants deviennent de véritables enquêteurs en déjouant les desseins des malfaiteurs qui sévissent aux abords des petites villes Östhamn et de Storvalla.

Cette fois-ci, cela commence par une action écologique menée par un groupe que le maire d’Östhamn appelle les terroristes-éboueurs. La belle fontaine de la grande place est obstruée par des déchets plastiques que le groupuscule a ramassés sur la plage. Cet acte dit de vandalisme donne le thème que l’auteur souhaite aborder ; la pollution des mers et des côtes.

Ce sont les grandes vacances de juillet et les cousins vont pouvoir se baigner. A peine arrivés, ils se réapproprient l’île, la maison de tante Frida et la tour qu’ils ont aménagée à leurs goûts. La liberté donne des ailes et comme dit Alex : « Elle est pas belle la vie ?! ».
Toujours accompagnés de Chatpardeur le chat des filles, ils vont retrouver le petit cheval islandais. Mais Gervir, qui ne semble pas bien portant, a les naseaux couverts par une substance noire et graisseuse qui l’empêche de manger, de boire et de respirer. Ce n’est que plus tard qu’ils découvriront le pourquoi du comment…
Les plages deviennent des dépotoirs, des nappes de fioul restent en surface de l’eau et des bateaux viennent en bordure des côtes pour décharger leurs poubelles.
Aider par des enfants de leurs âges, les cousins Karlsson vont découvrir que certaines personnes n’ont aucun scrupule à chercher fortune en trafiquant des carburants.
Le souvenir d’un vieux drame ressurgit… celui de l’Amoco Cadix.

Ce cinquième tome est un volume toujours sympathique à lire, plein de dynamisme et d’humour. Le thème de la pollution et celui de l’écologie toucheront les enfants qui sont de plus en plus sensibilisés et actifs au devenir de notre planète.
Une histoire à recommander !

Un autre avis chez Sharon

 

 

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie

Décembre nordique avec Cryssilda (Suéde)

 

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie
Katarina Mazetti

Au Xe siècle,


Sur Möckalö, une île du sud de la Suède, nous faisons la connaissance de Säbjörn, un constructeur de bateau qui vit dans sa ferme avec ses deux fils, sa belle-sœur et ses esclaves. Sa femme et mère de ses enfants est partie sans donner d’explications, mais tous espèrent qu’un jour elle reviendra. Avec cette disparition Säbjörn qui était avant tout un homme de paix, devient plus ombrageux et violent. Sa douleur se reportant sur son fils aîné, Svarte qui ressemble physiquement à sa mère, il accorde toute son attention et son affection à son fils cadet, Kare. Grâce à Arnlög la volvä, la tante qui a un don de divination, qui parle aux oiseaux et qui tient le rôle de guérisseuse, la famille reste unie mais au fil des ans, alors que les garçons grandissent, les liens se délitent. Svarte, l’intrépide, le fougueux, le jaloux, et Kare, le rêveur, le terrien, le bon, aspirent à découvrir le monde en cherchant l’aventure au-delà des mers. Vers leurs seize ans, la tête pleine de rêves de négoces et de richesses, l’un après l’autre, ils quittent le giron de leur île pour d’autres contrées.

A Kiev, Chernek, un riche marchand de soieries, vit dans son palais avec ses deux enfants, Radoslaw et Mika. L’aîné, élève militaire, s’imagine participer à d’illustres batailles et conquêtes aux côtés de l’homme qu’il admire, Sviatoslav le Grand-duc, et la cadette souhaite quitter les murs sécurisés et somptueux de sa demeure pour accompagner son père dans ses voyages à Constantinople. Pour la consoler, Chernek se montre toujours très généreux avec elle et lui offre pour ses dix ans, deux esclaves, des gamines venues de continents lointains ; Poisson d’or aux yeux étirés et Petite Marmite à la peau d’ébène. Les trois enfants qui grandissent ensemble, deviennent inséparables et leur amitié va dépasser le statut maître-esclave.

Un jour, tous ces personnages se rencontreront. Chernek part pour ses commerces en laissant sa fille à Kiev. Mais lors d’un conflit, la ville est attaquée, pillée, et Radoslaw, Mika, Poisson d’Or et Petite Marmite sont faits prisonniers par l’un des assaillants qui se trouve être le capitaine Svarte. Plus protecteur que geôlier, le viking les ramènera de l’autre côté de la Baltique, dans l’île de son père, où chacun œuvrera à sa destinée.

Katarina Mazetti conte leurs vies d’une écriture belle et émouvante. Récit très intéressant sur la grande Histoire, sur les civilisations, les croyances, récit épique, récit de voyages, récit d’amours, les mots nous tiennent captifs et nous mènent au cœur de ce siècle en pleine mutation. Les deux univers, l’un d’une île scandinave à la société rustique, guerrière et paysanne, et l’autre d’un empire florissant, riche et raffiné, se confrontent et s’unissent. Il y a un peu de Dumas dans ces histoires passionnantes et romanesques, très enlevées.
Un roman à recommander, qui fut une belle surprise…

Un autre avis chez Nahe,

 

 

 

 

Les cousins Karlsson, Tome 4 – Monstres et mystères


Décembre nordique avec Cryssilda (Suéde)

Challenge Polars et thrillers de Sharon

 

 

Les cousins Karlsson
Monstres et mystères, tome 4
Katarina Mazetti

 

L’île aux Grèbes accueille à chaque vacances les cousins Karlsson. Depuis l’été de l’année précédente, Julia, Daniella, Alex et George se retrouvent chez tante Frida pour passer quelques jours ensemble, en totale liberté.
Cette fois-ci, fin octobre, ce sont les vacances de la Toussaint. Les parents de Julia et Daniella sont partis au Danemark, la mère de George est en tournée à Storvalla et les parents d’Alex doivent travailler sur un bateau. Il s’en est fallu de peu qu’Alex ne puisse pas venir, mais tout est bien qui finit bien… les cousins sont réunis !

Après leurs dernières aventures, ils se demandent ce qu’il pourrait bien arriver maintenant et dès leur première soirée d’Halloween, tante Frida les conditionne avec une histoire de fantômes. Elle n’aurait pas pu trouver mieux pour plonger ses neveux dans l’ambiance des prochains jours car il est un fait… on ne s’ennuie jamais sur l’île aux Grèbes !
Le début des surprises commence par l’arrivée de la mère de George, Molly, qui les convie tous à venir la voir au théâtre. C’est l’occasion pour les enfants de découvrir l’univers des saltimbanques et le réel talent de Molly qui les épate tous dans son rôle d’un Arlequin accrobate. Mais à leur retour dans l’île, des évènements vont s’enchaîner et les mener à enquêter sur une affaire de vols.
Taximaxi, le capitaine du bateau taxi qui fait la navette entre le continent et l’île, donne les dernières nouvelles d’Osthamn parues dans le journal. Des malfaiteurs masqués cambriolent les administrations en passant par les toits avec une souplesse toute féline et la police ne tarde pas à soupçonner Molly d’en faire partie !
La police n’étant pas très futée, les cousins Karlsson décident donc de mener leur enquête, surtout que sur l’île, du côté du phare, il se passe d’étranges choses. L
‘île n’est pas hantée ! et les cris qu’on entend parfois la nuit ne sont pas ceux des revenants. Alors…

Pour ce quatrième volume, nous en apprenons un peu plus sur l’une des filles de la famille Karlsson et nous découvrons une nouvelle saison et une nouvelle fête. En Suède, Halloween se célèbre avec des masques et des déguisements ce qui arrange bien les voleurs.
Intrépides et entreprenants, les enfants vont être confrontés à quelques brutalités, mais ils sauront se défendre et mener à bien leur investigation. Comme pour chaque livre, l’auteur développe une thématique de fond qui colle avec l’actualité du pays. Cette fois-ci, c’est une histoire qui rappelle celle de la légende de Robin des Bois qui parait les injustices en détroussant les riches pour donner aux pauvres. Le dénouement surprendra le lecteur.
Une série toujours agréable à lire et à recommander !

Vous trouverez d’autres avis chez Nahe, Sharon,

 

Les cousins Karlsson, Tome 2 – Sauvages et wombats


Décembre nordique avec Cryssilda (Suéde)

Challenge Polars et thrillers de Sharon
Challenge Petit Bac d’Enna

 

Espions et fantômes, tome 1

Les cousins Karlsson
Sauvages et wombats, tome 2
Katarina Mazetti

La dernière fois que les cousins Karlsson se sont vus c’était pour les grandes vacances de l’année précédente. Cette fois-ci, ce sont pour les vacances de Pâques…
Il y a Julia, adolescente complexée par sa grande taille qui aime beaucoup lire, Daniella, sa petite sœur de trois ans sa cadette que tout le monde surnomme Bourdon car elle est petite, ronde, bavarde, joviale et gourmande, Alex, le cousin venu de France qui aime cuisiner et George, le timide, l’artiste qui va partout avec sa palette de couleurs. Puis surtout n’oublions pas le chat Chatpardeur !

Les quatre cousins sont heureux de se réunir sans leurs parents, et espèrent secrètement que les prochains jours sur l’île aux Grèbes chez leur tante Frida seront aussi palpitants que ceux de leur été qui fut un été mémorable !
En Suède, Pâques est toujours froid, encore empreint des températures de l’hiver, et c’est avec des pulls et des anoraks que nous les retrouvons à entourer Frida dans ses projets.
Frida est une personne fantasque qui vit de son art, la sculpture, et sa dernière lubie à de quoi surprendre ! Pour gagner de l’argent qui lui permettrait de garder son île, elle a décidé d’offrir l’hospitalité à cinq wombats venus d’Australie et d’ouvrir un parc animalier. Le wombat est un marsupial qui vit dans les montagnes et qui ressemble à un petit ours. Mignon et câlin, il peut aussi être très agressif et dangereux.
Le temps des cousins se partage donc à préparer leur territoire en bâtissant un enclos et des abris, et à peindre des œufs pour les fêtes. Mais très vite, des hommes viennent les menacer. Contrebandiers, simples voyous ou sbires à la solde d’un promoteur qui cherche à s’accaparer de l’île pour construire un complexe hôtelier, l’île aux Grèbes s’anime dangereusement et les enfants vont tout faire pour protéger l’île, leur tante… et les wombats…

Pour ce second tome, Katarina Mazetti aborde le thème des investisseurs immobiliers bandits qui n’hésitent pas à harceler les propriétaires pour prendre leurs terres, et sur un ton léger et plein d’humour, elle écrit cette histoire un peu folle avec des wombats. L’île est devenue une terre paradisiaque pour les cousins qui soutiennent leur tante dans tous ses plans, mêmes les plus abracadabrants. C’est une lecture très agréable, plus fantaisiste et moins sombre que la précédente. Elle nous raconte également les traditions suédoises durant la fête de Pâques, avec des réjouissances païennes et des célébrations florales en attente du printemps.
Une bonne série à recommander !… dans la lignées du Club des Cinq et des autres de la bibliothèque verte.

 

« Source »

 

 

Les cousins Karlsson, Tome 1 – Espions et fantômes


Octobre est Halloween avec Lou et Hilde
Challenge polars et thrillers de Sharon

 

Les cousins Karlsson
Espions et fantômes, tome 1
Katarina Mazetti

 

Les grands-parents Karlsson ont eu quatre filles aux caractères et univers bien différents. Trois d’entre-elles ont eu des enfants ; Ulla, chercheuse, a deux filles, Julia et Daniella, Molly, actrice, a un garçon, George, et Ellen, chef cuisinière établie en France, a aussi un garçon, Alex. La quatrième, Frida qui vit seule sur une île suédoise loin de la civilisation, est artiste.
Lorsque Julia, douze ans, apprend par sa mère qu’elle et sa petite sœur Daniella (appelée Bourdon) vont devoir passer tout l’été chez leur tante Frida, c’est vraiment l’horreur ! Et de savoir que leurs cousins, George et Alex, les rejoindront, ne la réconforte en aucune façon car les souvenirs qu’elle a des garçons ne leurs sont pas très favorables.

Julia et Daniella, accompagnées de leur chat Chatpardeur, retrouvent les cousins sur le quai de l’île aux Grèbes. Les quatre enfants qui comprennent qu’il est essentiel de se montrer solidaires, refont connaissance en attendant tante Julia qui tarde à venir. Esprit fantasque, bohème et dévoué à son art, la sculpture, elle n’a aucun sens des priorités et du quotidien qu’elle gère très mal. Elle n’aura donc aucune honte à faire manger une pizza froide à peine décongelée à ses neveux le soir de leur arrivée. Pourquoi froide ? Parce que dans la maison de tante Julia le confort est vraiment secondaire et que la gazinière ne fonctionne jamais !
Dans cette vieille maison de trois étages desservis par un escalier en colimaçon, les enfants constatent que tout est archaïque et qu’il n’y a pas d’eau courante. Toutefois, ce qu’ils vont retenir c’est que tante Julia ne pourra pas s’occuper d’eux et qu’ils seront libres. D’un côté, la mer, de l’autre, la forêt… Quel est l’enfant qui s’en plaindrait ?

C’est l’été, la Suède en cette saison est très agréable et les enfants découvrent une maison qui se trouve être en définitive, assez plaisante et curieuse. Ils sont libres et seuls au monde ! Seuls ? et non… Dès ce premier jour, en découvrant par l’une des fenêtres le beau paysage, George croit voir une silhouette au loin fuir vers les bois. Puis dans la nuit, c’est au tour de Julia de voir un fantôme…
Qui est cette personne qui semble se cacher ? En riant, ils émettent l’hypothèse que cela pourrait être un loup-garou, un fantôme, un ornithologue et pourquoi pas, un espion…
Voilà un mystère qu’ils vont devoir élucider sans tante Julia qui doit partir sur le continent pour résoudre un autre problème. A eux l’aventure !

Dans la lignée des livres de la bibliothèque rose et verte que je lisais quand j’étais petite, cette série des cousins Karlsson en est une digne héritière. On y retrouve des enfants seuls, sans adultes, de l’amitié, de la solidarité et des mystères à dénouer. Mais alors que ces séries vintages racontaient des histoires de justiciers en culottes courtes et de bandits, Katarina Mazetti aborde dans ce premier tome « Espions et fantômes » un sujet très sensible qui colle à l’actualité de notre époque et qui raconte une histoire bien triste, celle des migrants et des passeurs. Ce n’est pas désuet, c’est très ancré dans notre temps.
Je vous recommande ce roman de la littérature jeunesse qui donne un aperçu bien sympathique de ce que peuvent être les autres histoires qui à ce jour sont au nombre de sept.


Peinture du peintre Suédois Bruno Andreas Liljefors

 

 

Le garçon qui dormait sous la neige

Décembre nordique avec Cryssilda
Littérature suédoise
Une lecture commune avec Nahe

 

 

Le garçon qui dormait sous la neige
Henning Mankell

1958,

Dans le nord de la Suède, Joël Gustafsson, un garçon de treize ans, vit avec son père Samuel, un bûcheron qui travaille dans les forêts de sapins. Ancien marin, il a tout quitté pour s’occuper de lui, le jour où sa femme les a laissés pour mener une vie moins modeste et plus exaltante dans une grande ville.
Joël et Samuel partagent le goût des rêves, des horizons lointains et du silence. Leur complicité se retrouve dans le quotidien, dans toutes les petites tâches ménagères qu’ils accomplissent chacun à tour de rôle, et dans les sollicitudes les plus anodines. L’évasion par le rêve, Joël s’y plonge depuis l’enfance, et depuis son accident où il a failli mourir écrasé par un bus, il croit aussi aux miracles.
A l’approche de la première neige, il pense que le temps passe très vite. Hier, il était un petit garçon et à présent, il se sent grandir et devenir un peu plus homme. Un hiver, un printemps, un été, et l’automne se fond rapidement dans l’hiver ; les couleurs changent et le givre devient neige. L’enchaînement des saisons se fait en accéléré et Joël prend conscience en voyant son père se voûter un peu plus chaque jour, que les années sur lui ne sont pas miséricordieuses. Un travail difficile, des peines et des regrets pèsent lourd sur l’esprit et le corps qu’il néglige.
Pour ne pas ressembler à son père, et pour pouvoir vivre longtemps jusqu’à cent ans, Joël décide de s’endurcir et surveille sa transformation. Parmi ses trois résolutions pour la prochaine année, entre devenir riche pour aller vivre près de la mer et voir une femme nue, il veut pousser son corps dans ses limites en allant dormir sous la neige. L’endurance doit se faire petit à petit et les nuits de Joël s’en trouvent bien animées…

Une jeune vendeuse chez l’épicier fait son apparition. Belle et tentatrice, elle nourrit ses émois. Et sa camarade de classe qu’il trouvait stupide, trop puérile dans ses ricanements, suscite son attention. Du coup, sa meilleure amie Gertrude dégringole dans la hiérarchie de ses préférences. Il faut dire qu’il aurait préféré qu’elle soit de son âge et pas dix ans de plus, moins originale et qu’elle ait un nez. Gertrude a un trou à la place du nez, un trou qu’elle cache avec un mouchoir ou un nez rouge de clown, tout dépend des jours, tout dépend de son désespoir, et il en a un peu honte. Puis, l’institutrice se montre plus sévère, plus inquisitrice, les femmes du village, vieilles, grosses, plus commères, et la petite amie de son père moins amoureuse, ce qui pousse son père à se réfugier dans l’alcool. Le mystère des femmes reste entier et il en est perturbé.

La naïveté de Joël s’émousse et son caractère s’affirme en même temps que ses hormones. Plus dans l’action et le jugement, il en arrive aussi à avoir envers son père des poussés querelleuses qui vont bousculer leur existence et redéfinir leurs vies.
Les rêves, les résolutions, font place à l’action et Joël promet sur la tombe d’un enfant de quatorze ans qu’il mettra tout en œuvre pour les accomplir. Un jour, il sera rocker comme Elvis Presley, et un jour, il emmènera son père sur l’Île de Pitcairn, sur les traces des mutins du Bounty.

Le roman commence avec les rêves d’un jeune enfant mais au fil des pages, ses divagations s’ancrent un peu plus dans le concret et moins dans son imaginaire. Mélancolique, douce, fougueuse, pleine de promesses, d’espoir et de chagrin, l’auteur a bien su traduire son histoire et les phases de son adolescence à l’aube des années 60. Joël est un héros pas ordinaire. Il a une force et une intelligence singulière pour un enfant de son âge, car tout jeune il a été confronté à des responsabilités, à l’abandon de sa mère et à l’alcoolisme de son père.
La lecture nous mène dans un paysage beau et rude sous la neige, paisible et ouaté, nous fait rencontrer des âmes abimées, solitaires et taiseuses et nous donne un sentiment ou une sensation de grande liberté et d’indépendance. Elle séduira à coup sûr les jeunes lecteurs en quête d’un récit initiatique, plein de poésie, d’innocence et d’amour.
Je vous le recommande…

 

Peinture de Gustaf Fjaestad, peintre Suédois

 

 

Le chemin de la plage

Décembre nordique avec Cryssilda
Littérature suédoise
Une lecture commune avec Nahe

 

 

Le chemin de la plage
Anna Fredriksson

 

En apprenant l’infidélité de son mari, Jenny décide de se déconnecter de sa vie durant cinq jours et contacte ses trois amies d’enfance afin qu’elles l’accompagnent pour un périple dans la région d’Österlen, au sud de la Suède.

C’est la fin de l’été, Martina, Anja et Petra voient en ce départ l’occasion de renouer leurs liens qui s’étaient délités avec les années. La quarantaine, toutes les quatre vont aborder les inquiétudes et les contrariétés de cet âge, avec des envies de tout remettre en question, de tout aplanir. La condition de la femme dans le mariage, la condition de la femme en tant que mère, la condition de la femme dans le monde du travail, la condition de la femme en tant qu’amante.
« Prendre de la distance c’est salvateur ! »… Le train, l’hôtel, les balades en vélo, les confidences, les réconforts, la mer, les disputes, les angoisses, les règlements de compte entre copines et le voile sur leur intimité se lève, délestant le poids des non-dits, des secrets.

« Toujours pragmatique et sensée », c’est ce qu’on a dit à Jenny quand on lui a proposé le poste envié de chef de son service. Avec les chapitres du livre qui alternent entre un avant et un présent, on la découvre peu sûre d’elle, stressée, très directive et assez individualiste, organisant son existence autour de son entreprise et délaissant sa vie de couple. Alors après les louanges et les courbettes, ce sont les critiques qui fusent et les mesquineries de la part de ses collègues qui ne tardent pas à échafauder son trépas.
Sur ce point, il est question alors de harcèlement, de la malveillance à tous les étages et de l’incompétence de certains que l’on impute à d’autres, jusqu’à ce que la pression outrage la dignité et fait perdre toute notion objective.

Johan, l’homme qu’elle a aimé, est à Stockholm. Ses jours et ses nuits portent encore l’empreinte de sa présence et Jenny à beau pédaler très vite, elle n’arrive jamais à le semer. Si elle a choisi de se perdre sur les bords de mer d’Österlen, c’est aussi pour retrouver Nicklas qui a tout quitté, son travail et la ville, pour venir avec sa compagne s’occuper d’une maison d’hôtes. A lui qui a toujours été de bons conseils, un ami fidèle et prévenant, elle aurait tant à raconter ! Et puis, il y a Petra qui leur avoue être enceinte, Anja la taiseuse à qui il est difficile de pardonner car elle connaissait depuis six mois l’infidélité de Johan, et Martina… Jenny pédale, se perd dans la contemplation du paysage, et songe au moment où elle sera bien obligée de tout dire…

Une chose est certaine, c’est que tout au long de la lecture on s’imagine faire du vélo et souffler dans l’effort avec elles ! La nature est belle, les odeurs sont salées, il fait beau, mais l’eau doit être froide… Même si le rappel des jours précédents le voyage contrarie la quiétude de ces images, on perçoit une certaine confiance en l’avenir qu’il me plaît de projeter dans la fin du roman laissée comme des petits points de suspension par l’auteur.
C’est le deuxième livre d’Anna Fredriksson que je lis et je vous avouerai que je n’éprouve pas une sympathie débordante pour ses héroïnes, pourtant très en phase avec notre époque. Dans « Rue du bonheur » je disais que j’aimais les seconds rôles et je réitère avec celui-ci.
C’est si doux d’avoir des amis !

 

Une photo d’Österlen prise sur ce site « ici »

 

 

 

La facture


Décembre nordique avec Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe

 

 

La facture
Jonas Karlsson

 

A l’heure des surtaxes imposées par le gouvernement et du mouvement des Gilets Jaunes, cette lecture ne pouvait pas tomber mieux !

Le narrateur est un trentenaire qui travaille à mi-temps dans un vidéo-club. Célibataire, un peu étriqué dans sa vie, aussi bien professionnelle qu’intime, on ne peut pas dire qu’il soit dévoré par l’ambition, ni les problèmes d’ego. Sa dernière initiative au sein de sa toute petite entreprise est d’avoir acheté un ensemble sceau-balais pour nettoyer le magasin en lui donnant un lustre un peu plus éclatant…

Mais un jour, son quotidien se trouve bousculé lorsqu’il découvre dans son courrier une lettre d’un centre de recouvrement qui lui réclame la somme astronomique de 5 700 000 couronnes. Croyant d’abord à une arnaque ou à une erreur administrative ou… à un problème d’homonymie, il la met de côté sans s’en préoccuper davantage, jusqu’à une lettre de rappel majorée d’une taxe de retard. Les questions commençant à tourner dans sa tête, il se décide à appeler le centre pour avoir des explications. Et là, c’est digne de Kafka ! Il est un numéro, un matricule.

– Il faut payer ! – Oui, mais payer quoi ? – Pour tout, Monsieur ! – Mais, tout quoi ??? – Comment ! vous n’êtes pas au courant ? Vous n’écoutez pas la radio ? Vous ne regardez pas la télé ? Vous êtes imposable sur la beauté, l’air que vous respirez, les rêves, l’amour, votre enfance… le bonheur, quoi !!!

C’est par Maud, son interlocutrice attitrée, qu’il apprend la dernière lubie du gouvernement qui vient de déléguer à une société privée de prélever ce nouvel impôt.
Comme on ne peut pas taxer le futur, ils se basent donc sur le passé. Le jeune homme se replonge avec délicatesse sur son enfance, dans une famille modeste mais aimante, et se remémore l’époque heureuse de son premier et dernier amour avec Sunita. Ce temps là était béni des dieux ! mais le bonheur a un coût… paraît-il.
Tous les jours, Maud l’informe et recalcule son endettement qui ne cesse d’augmenter. Tous les jours et presque toutes les nuits. Il la sollicite et elle est toujours présente au bout du fil, à lui répondre avec douceur et gentillesse. Il réfléchit, il se confie pour qu’elle déduise de la facture ses jours d’angoisse, ses jours de pleurs, mais il lui parle aussi des jeux de société quand il était petit et de sa passion pour le cinéma. Elle lui rétorque alors que tout est à classer dans le bonheur, même ses plus grandes peines car elles sont dues à ses plus belles émotions.

– Et si je ne paie pas ? – Voyons… vous devez payer ! – Et si je pars, si je m’enfuis, si je ne paie pas ?
L’engrenage est lancé et le narrateur raconte… C’est invraisemblable, surréaliste et pourtant c’est très réel. Il faut payer sinon…
La caisse enregistreuse additionne les petits et les grands plaisirs. A combien peut-on chiffrer le bonheur ? surtout s’il se cache partout.

L’histoire, un conte de notre temps, dénonce avec déraison et cocasseries les surtaxes imposées par l’état suédois et l’illogisme des processus administratifs. Le héros a la faculté de se contenter de ce qu’il a et de trouver son bonheur dans des petits riens. D’après un tableau où tout est évalué, sa folle dette ne fait que s’amplifier.
Une lecture facile à lire, grinçante, très actuelle, qui fait bien réfléchir sur notre futur.

 

 

Un soleil entre des planètes mortes

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Ce mercredi BD se passe chez Moka
dans le cadre nordique de Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe qui a lu « Le centre de la Terre »

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Un soleil entre des planètes mortes
Anneli Furmark

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Murjek, Gällivare, Kiruna… le train file vers des montagnes, des précipices, des fjords, un ciel bas, blanc, qui se dépose sur un paysage enneigé, glacé, vers Narvik le terminus et Tromso. Barbro, une Suédoise de cinquante ans, a décidé de s’offrir un périple dans le nord de la Norvège, sur les traces de l’héroïne du roman qui l’accompagne depuis toujours, « Alberte » de Cora Sandel.

Complexée et confondant sa timidité avec de la lâcheté, Barbro s’identifie à Alberte, jeune fille du siècle dernier qui se sentait laide, insipide et prisonnière de sa condition de femme dans une province reculée ; une province à la bordure du monde qui s’invite par la mer, mais très à l’écart aussi. L’histoire en trois volumes, éditée dans les années 20 jusqu’à la fin des années 30, commence par la présenter dans sa famille bourgeoise et austère, envieuse de son frère Jacob qui voulait braver le courroux paternel en arrêtant ses études pour s’embarquer sur un navire marchand.

Petite souris, Barbro s’était emparé de ces livres comme si elle se saisissait d’un bouclier et avait rêvé toute sa vie d’émancipation et d’aventures, sans jamais oser entreprendre. A cinquante ans, alors que le miroir lui renvoie le portrait de sa grand-mère, elle se demande si ce n’est pas déjà trop tard…

Tour à tour, dans des tons aux dominantes vives de bleus et de rouges pour Barbro et des tons de gris, noirs et blancs pour Alberte, l’album graphique d’Anneli Furmark raconte ces deux personnalités déchirées, craintives, si embrouillées dans leurs modesties et leurs fantasmes ; si semblables.
L’auteur parvient à nous faire ressentir leurs détresses, leurs envies, leurs espérances, leurs solitudes… l’attente et l’ennui. Les dessins sont taillés, rudes, abrupts, dépouillés, et riches de cette atmosphère étrange et polaire.
Je recommanderai ce livre qui a su m’apprivoiser et m’émouvoir.

 

Le billet de Nahe « ici »

 

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