Malefica


Octobre, challenge Halloween avec Lou et Hilde
Polars fantastiques avec Sharon

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Malefica 1Malefica
Hervé Gagnon

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En 755, sous le règne de Pépin le Bref
Un prisonnier de haut lignage, tenu au secret dans une tour, reçoit pour seule visite celle d’une jouvencelle qui vient le soigner régulièrement. Puis un jour, malgré l’immense plaisir qu’il a de la voir, il lui intime l’ordre de ne plus venir. Il sait que sa mort est programmée pour bientôt.

En 1631, sous le règne de Louis XIII,
Dans le village d’Abelès, la guérisseuse et sage-femme, Catherine Dujardin, aide sa fille Anneline à mettre au monde son bébé. Comme toutes les femmes de leur lignée, elle accouche d’une petite fille qu’elle appelle Jeanne. Jeanne porte la tâche en forme d’abeille qui symbolise l’ordre antique de leur déesse. Mais afin de les protéger de l’Inquisition, le bon curé Bardou ne tarde pas à donner sa bénédiction, car même si elles sont appréciées et demandées par le village, quelques mauvaises âmes n’hésiteraient pas à les traiter de sorcières.
Pendant que la petite Jeanne grandit, instruite par ses deux aînées dans le métier de guérisseuse, pas loin d’Abelès, François Morin, un ancien soldat très valeureux qui avait fait le siège de La Rochelle et avait secouru Jean Armand du Peyrer Comte de Trouville (Capitaine de la compagnie des Mousquetaires), monte une forge pour devenir armurier. Bien installé, de bonne réputation, et heureux en famille, le sort en la personne de Gaston de Villefort, le gabeleur du comté qui commet des exactions sans scrupule, vient le terrasser en tuant sa femme et sa fille. Fou de douleur, François rend sa justice en tuant à son tour le meurtrier, puis s’enfuit en étant gravement blessé.

Poursuivi par le prévôt Reynaud de Villefort, le frère de Gaston, François est retrouvé agonisant dans un fourré par Anneline qui l’emmène chez elle pour le soigner. Suite à cet acte qui suscite la jalousie d’un amoureux éconduit, la jeune guérisseuse va être accusée de sorcellerie et subir un procès mené par l’abbé Guillaume Fagot, un fanatique de l’Inquisition ami de Guy de Maussac. Calomnies, faux témoignages, un bûcher qui est érigé, Anneline voit aussi sa maison brûler et sa mère mourir. Pour elle et Jeanne, il ne reste alors que la fuite, et c’est avec l’aide de François qu’elles partent sur les routes en direction de Paris, avec pour seul héritage, un mystérieux livre de paraboles datant de l’ère mérovingienne, très convoité par l’Église et les hommes de la couronne, qu’elle va essayer de décrypter pour assurer leur survie.

Premier tome d’une trilogie, le roman s’articule autour de nos deux héros pourchassés par l’Église et les hommes de Reynaud de Villefort. Roman épique, rien ne leur est épargné et c’est avec courage et détermination qu’ils cheminent vers les embuches.
Une intrigue longue de 500 pages, le style est fluide malgré des longueurs et des passages très durs sur les tortures pratiquées par l’Inquisition. Des personnages aux tempéraments marqués, une incursion détaillée à l’époque de Louis XIII avec des personnages historiques tels que Richelieu et les Mousquetaires, de la romance, du surnaturel, beaucoup de combats, du mystère et un secret vieux de près de mille ans, peuvent plaire aux lecteurs initiés qui ne s’ennuieront pas. Mais pour ma part, j’ai moyennement apprécié et ne pense pas lire la suite. 

 

Sacre de Pépin le Bref

 

 

Sous la glace


Novembre au Québec avec Karine et YueYin
Challenge Polars de Sharon

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Sous la glace
Louise Penny

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Le lendemain de Noël, le rituel préférée de l’inspecteur chef Armand Gamache du Quartier Général de la Sûreté de Montréal, est de pique-niquer dans son bureau avec sa femme Reine-Marie et de ressortir les vieux dossiers qui n’ont jamais été élucidés. Parmi les enquêtes, une affaire récente de seulement quelques jours attire leur attention. C’est celui d’une SDF qu’ils croisaient depuis quelques années, toujours à la même place, et qu’on a retrouvé morte étranglée dans un quartier qui n’était pas le sien. Ils en étaient à décortiquer la chronique du dossier quand Armand reçoit un appel pour un crime commis dans les Cantons-de-l’Est. Cette région, il la connait bien pour avoir mené une enquête un an auparavant, dans le petit village très pittoresque de Three Pines. (voir 1er tome « En plein cœur »)

Avec son adjoint Jean-Guy Beauvoir, il y retourne et retrouve certaines personnes du village avec qui il avait sympathisé. Toutes étaient présentes lors du drame et toutes avaient tenté de secourir CC. de Poitiers, une femme d’affaire, adepte des philosophies du bien-être, qui venait d’acheter la vieille demeure des Hadley. On pourrait croire que la mort fut due à un stupide accident d’électrocution alors qu’elle assistait à un match de curling sur le lac gelé, mais en se penchant d’un peu plus près, on découvre qu’il y a bien eu un assassinat.
En écoutant les témoignages des uns et des autres, il en ressort que la défunte était une
femme amère, mesquine, cruelle et égocentrique. Tous la détestaient. Elle trompait son mari avec un photographe, humiliait sa fille sans émotion particulière et se montrait méprisante avec tout le monde. Triste personnage…
Alors, qui a voulu tuer CC. de Poitiers ? Les suspects sont nombreux !

Ce livre est le deuxième tome d’une série qui en compte à ce jour douze. J’ai retrouvé dans le tableau qui nous est dressé les ambiances des petits villages anglais décrits par Agatha Christie. Un Noël, froid et joyeux, en prime. L’enquête se construit comme celles que mènent Hercule Poirot : un mort, tous présumés coupables, et des suspicions à donner le vertige.
Outre l’histoire qui est bien composée, cette série séduit le lecteur avec son inspecteur, un homme intègre, rassurant, bienveillant, proche des gens.
Emmitouflez-vous sous des couches de laine et de duvet et allez passer les fêtes à Three Pines… on vous attend !

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Photo prise sur Pinterest

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Esprits libres, Mindjack – Tome 1

Un livre offert par les Éditions MxM, dans le cadre des Masses Critiques Babelio

 

 

esprits-libres-1Esprits libres
Mindjack, tome 1
Susan Kaye Quinn

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Nouvelle Chicago…

Notre monde a progressivement évolué vers une société de télépathes et, dorénavant, celui qui n’en est pas un est considéré comme un zéro, une personne en marge de la communauté, reléguée à son dernier rang ou, comme dans certains états, enfermée dans des asiles ; une sur mille ne peut lire et communiquer par la pensée.
Kira Moore est une jeune lycéenne de seize ans qui n’a pas encore subi la transformation que tous les adolescents endurent à la puberté. Dans son lycée, elle est mise à l’écart, et depuis que son frère Seamus parti pour West Point n’est plus là pour la protéger, elle se sent harcelée. Seul, Raf, son ami d’enfance qu’elle aime en secret, reste à ses côtés et lui accorde une confiance absolue. Mais lors d’un rapprochement un peu plus physique avec lui, elle foudroie Raf qui perd connaissance. Kira décèle en elle un pouvoir qui pourrait être fatal pour son entourage et décide alors de protéger son ami en le tenant à distance (quitte à le faire souffrir). Cette différence qu’elle ne maîtrise pas et qui l’effraie encore plus, est découverte par Simon, un camarade qui a autant de succès que Raf auprès des lycéens. Simon lui confesse qu’il n’est pas un télépathe mais un mindjacker, comme elle. Ils ont la faculté de pénétrer les esprits et de les manipuler. La divergence leur permet de se fondre dans la masse et de contrôler les pensées, se lier aux autres. Ainsi, elle pourra faire croire à tout le monde qu’elle est devenue une changeline et elle sera intégrée dans la société. Cependant, si une nouvelle voie s’ouvre à elle, elle est faite de mensonges et de manipulations. Après l’avoir initiée à quelques subtilités et au contrôle de sa force, Simon lui parle d’un clan de mindjakers qu’il aimerait lui faire rencontrer à l’occasion d’une cérémonie. L’intégration au sein de la fraternité est presque obligatoire car ils seront désormais sa famille, les seuls à pouvoir la protéger.
Kira se laisse entraîner malgré sa défiance et découvre un enfer à la suite des présentations. Comme par le passé, les Services Secrets traquent les gens dits « anormaux ». A une époque, dans un premier temps, il y a eu les télépathes, puis les zéros et aujourd’hui, ce sont les mindjackers qu’il faut éradiquer.
On soumet à Kira deux choix ; soit elle coopère avec le Gouvernement comme un petit animal de laboratoire, soit elle finira ses jours dans une prison
édifiée pour les mindjackers, perdue dans le désert.
Digne fille de son père, un militaire dans les Services Secrets de la Marine, fière et rebelle, elle ne tarde pas à donner sa réponse… Son esprit est une arme redoutable.
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« Esprits libres » est le premier tome d’une trilogie fantastique qui a pour pour personnage principal une héroïne courageuse, sensible et attachante. L’histoire est basée sur la découverte de son pouvoir, sa survie et ses choix cruciaux qui tissent l’intrigue dans l’action, les amitiés et les sentiments amoureux. Ce monde de télépathes est bien décrit, facile à comprendre, et nous accédons de chapitre en chapitre à des évolutions plus alambiquées, mais toujours cohérentes (pour le genre). Construite comme la plupart des dystopies actuelles, la trame ne perd rien en originalité et intérêt. Je ne me suis pas amusée à noter toutes les invraisemblances, j’ai simplement savouré et aimé cette fiction jeunesse que je vous recommande. Je tiens cependant à préciser que la violence de certains passages peuvent heurter certains jeunes lecteurs.

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desert

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Photo prise « ici »

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Cher pays de notre enfance

logo priceministerUn album lu dans le cadre de « la BD fait son festival » de PriceMinister
Ma note : 20/20

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cher-pays-de-notre-enfance-benoit-collombat-et-etienne-davodeauCher pays de notre enfance
Enquête sur les années de plomb de la Ve République
Étienne Davodeau
Benoît Collombat

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Ce livre est difficile à résumer. Pour le comprendre, il faut relever toutes les arcanes des quatre parties. J’écris donc ce billet pour vous, amis lecteurs, mais aussi pour moi, pour mieux me rappeler…

En introduction, je reprends les mots de Roberto Scarpinato, lus dans l’épilogue de l’album. Roberto Scarpinato, procureur général de Palerme, vit depuis plus de vingt-cinq ans sous protection policière…

« – Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne, puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des évènement, une histoire honteuse.-
Cette phrase d’Honoré de Balzac m’est souvent revenue à l’esprit au cours de ma longue carrière de magistrat en Italie lorsque, enquêtant sur des assassinats politiques, des attentats, des complicités entre dirigeants des institutions et mafieux, sur le blanchiment international, j’ai compris que derrière tous ces crimes se cachait ce que mon ami Giovanni Falcone, juge assassiné par la Mafia en 1992, appelait « le grand jeu du pouvoir »…
… En lisant le livre de Benoît Collombat et d’Étienne Davodeau, je me suis rendu compte que ces entrelacs secrets entre crime et pouvoir ne font pas seulement partie de l’histoire italienne, mais aussi de l’histoire française… »

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L’un est dessinateur et scénariste, c’est Étienne Davodeau. L’autre, c’est Benoît Collombat, il est grand reporter, journaliste radio à France Inter, auteur du livre « Un homme à abattre », une contre-enquête sur la mort de Robert Boulin. Tous deux nous présentent à travers cet album graphique, une enquête sur les années dites « de plomb » de la Ve République. Un reportage construit comme un roman policier, en plusieurs parties, qui révèle la noirceur d’une époque et les secrets d’état qu’on laisse dans les tiroirs… « Ne pas remuer la boue ! ». Sobriété dans les dessins, portraits très bien esquissés, tout est rapporté avec beaucoup de finesse, de dynamisme et de véracité. Chose surprenante, on peut sourire dans cette lecture !

Davodeau et Collombat commencent par l’affaire du juge Renaud… et finiront par l’affaire de l’assassinat (un suicide simulé) de Robert Boulin, un homme politique qui a été secrétaire d’État et ministre sous les présidences de de Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing.
Témoignages, coupures de presse, rapports, les pièces d’un puzzle s’ordonnent petit à petit.

Lyon, le 3 juillet 1975 dans la montée de l’Observance, en pleine nuit, le juge François Renaud a été assassiné devant chez lui. Trente-huit ans plus tard, Davaudeau et Collombat retournent sur les lieux pour débuter leur enquête.

On dit de Lyon que c’est « Chicago-sur-Rhône », on surnomme l’incorruptible juge Renaud le « Shériff ». Cet épisode se situe après la seconde guerre mondiale, après la guerre froide, après la guerre d’Algérie, après le putsch d’Alger. Lyon est bouillonnante, les affaires criminelles, prostitution, corruption, règlements de compte et autres, se confondent.
Le juge Renaud qui se distingue par ses manières et son allure, différentes de celles des autres magistrats bien plus classiques, doit gérer le dossier du braquage de l’hôtel des Postes de Strasbourg. C’est Robert Daranc, quatre-vingts ans aujourd’hui, journaliste et ancien correspondant de RTL à Lyon, qui raconte l’histoire à nos auteurs… Ayant bien connu Renaud, il explique l’arrestation en 1974 d’Edmond Vidal du Gang des Lyonnais, une bande de braqueurs inculpée pour le hold-up de Strasbourg, et les hypothèses émises par le juge sur l’origine du casse. Une partie de l’argent volé aurait été remise à un parti politique…
« – Le juge Renaud m’a laissé entendre que l’argent du hold-up de Strasbourg avait dû être rapatrié au profit d’un parti politique, l’UDR. (L’ancêtre du RPR et de l’UMP).
– Il vous l’a dit aussi clairement que ça ?
– Ah oui ! Il avait réussi à savoir que l’avion d’un des patrons du SAC de Lyon, Jean Schnaebelé, s’était posé à Strasbourg ce jour-là. Il a fait le rapprochement entre le passager de cet avion et le fait que le gang des Lyonnais passait à travers tous les barrages de police et de gendarmerie déployés après chaque hold-up… »

L’affaire prend du poids, lorsque le juge reçoit la visite de deux responsables du SAC. La visite est loin d’être courtoise… et fait suite à de nombreuses menaces de mort. Daranc parle alors de ce service de police privée très puissant, le Service d’Action Civique.
Officiellement, c’est un service d’ordre qui a été créé en 1960 pour soutenir le général de Gaulle dans sa présidence, mais officieusement, ce service se comporte plus comme une organisation mafieuse. Des militants gaullistes ont été sélectionnés dans la police, la gendarmerie et l’armée pour maintenir l’ordre. Certains adhérents avaient été résistants mais d’autres étaient des criminels bien connus. L’histoire du SAC est terrible car sous couvert de la carte tricolore, ils ont commis d’atroces actions. Là où il y a du désordre, ils arrivent… taper du communiste, des grévistes, intimider… assassiner… c’étaient des missions.

Après les souvenirs de Daranc, c’est auprès de Nicole Renck l’ancienne greffière du juge Renaud, que les auteurs vont chercher des informations. Puis auprès de Pierre Richard, patron de la SRPJ qui raconte ses souvenirs en Algérie avec les fellaghas, l’OAS, toute l’horreur de la guerre… et des gens qu’il retrouve dans l’équipe du SAC, d’anciens truands et des tortionnaires… L’enquête s’étoffe avec les témoignages des gens qui ont bien connu Renaud, des gens pour la plus part à la retraite… François Colombet, magistrat bardé de titres, Marie-Françoise Mirot sa meilleure amie rencontrée sur les bancs de la fac de droit de Lyon, Yves Boisset le réalisateur du film « Le Sheriff » qui est une adaptation de l’histoire du juge Renaud… le fils, Francis Renaud qui avait vingt ans à l’époque…

Je ne vais pas reprendre tous les noms des intervenants. Ils sont trop nombreux…

D’une histoire à une autre (le chemin est long mais pas si tortueux que ça…), un dénominateur commun, le SAC qui administre à sa manière les affaires d’état dans « une violence légitime ». Deuxième partie de l’album, cette pieuvre tend ses tentacules partout.

Policiers, hommes politiques, magistrats, journalistes, famille, tous apportent leur déposition à l’investigation et plombent un peu plus cette Ve République. Mais dans les hautes sphères de la politique et du gouvernement, d’autres hommes essaient de se disculper et de minimiser le pouvoir de cette milice. Beaucoup de non-lieux closent les dossiers. Si ce n’était pas aussi tragique, cela serait risible.

Le 18 juillet 1981, Jacques Massié, responsable du SAC marseillais, soupçonné par ses collègues de détournement de fonds et de vouloir donner des dossiers compromettants au gouvernement de gauche, est assassiné avec sa famille dans sa maison à Auriol. Épouse, fils, beaux-parents et beau-frère ; six personnes. Ce drame n’a pu être étouffé et fut très médiatisé. Ce fut alors le début de la fin, le SAC est dissout par le président François Mitterrand le 3 août 1982.
Gilbert Collard, secrétaire général du parti « Rassemblement Bleu Marine » revient sur cette affaire et sur le financement du SAC (blanchiment d’argent par les trafics d’armes et de drogue). Lors du procès, il a été l’avocat de la sœur de Jacques Massié et a eu entre les mains des informations capitales et « fracassantes »… Informations qui bien entendu ont été archivées et n’ont jamais été utilisées…
« – 2000 noms d’adhérents au SAC. Dont 600 très intéressants ! Des noms de haut niveau… niveau chef de sûreté, président de tribunal administratif ou de commerce, commissaire divisionnaire, directeur de la sécurité sociale ! De quoi faire exploser la structure administrative du pays ! »

La troisième partie relate les syndicats ouvriers. On met en place un syndicat patronal pour « maintenir la paix sociale » et « contrer l’influence de la CGT ou de la CFDT jugées trop gauchistes ». Le SAC joue de l’intimidation et du poing. Trois syndicalistes de la CGT, maintenant retraités, sont interviewés et se rappellent « les années SAC »… A l’époque, avant 68, on rentrait « clandestinement » à la CGT car on risquait de perdre son travail (et pas que…) ! On apprend que les membres du SAC étaient surnommés les « Nervis » et que cette unité spéciale n’était composée que de gros bras spécialisés dans la baston, et parfois plus… Les souvenirs affluent… Temps sombres, mais oh combien fascinants !

La quatrième et dernière partie est destinée à Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet, le 30 octobre 1979. L’enquête conclut à un suicide, pourtant tout laisse entendre que ce fut un assassinat. C’est Collombat qui connaît bien l’histoire pour l’avoir racontée dans un livre, qui renseigne Davodeau.
Les gendarmes interrompus dans leurs premiers constats, une enquête court-circuitée, de fausses informations et une campagne de dénigrement sur Boulin… mais personne n’est dupe car Boulin était un homme intègre. Cette affaire fait remonter des dossiers sur la Françafrique, ELF, le Gabon, des comptes en Suisse… des documents qui furent jetés dans une fausse et détruits après la mort de Boulin. Là encore, dans les témoignages, le SAC revient… avec des avertissements… jusqu’à cette gerbe déposée sur la tombe de Boulin lors de son enterrement : « A notre regretté ami Robert Boulin. Le SAC de Gironde. »
Eric Burgeat, proche collaborateur de Boulin et gendre, rapporte…
« – Trois semaines avant la mort de Robert, il se passe ceci : Jean Lipkowski, membre du RPR et proche de Chrirac, reçoit des industriels Français et des hommes d’affaires du Moyen-Orient… Tout ce beau monde papote avant de signer les contrats. Et soudain devant ses invités interloqués, Lipkowski déclare que , concernant Boulin, « Le problème sera bientôt réglé et qu’on entendra plus parler. » Après quoi, il débouche le champagne. »

« Douce France… » mais dans quel monde sommes- nous ?
Je vous recommande ce roman graphique lourd, captivant et très bien documenté. Davodeau-Collombat forment une belle unité pour cette enquête aboutie qui nous laisse triste et amer.
Petites histoires de notre Histoire. La Ve République est éclaboussée.

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Un autre billet chez Le Bibliocosme, Didi,

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Cher pays de mon enfance

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Hell School – Orphelins, T II / Insoumis, TIII

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Dans le vaisseau fantôme d’Halloween avec Hilde et Lou

Les mercredis BD de Mango

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Hell School, Rituels – Tome 1

bannbdhellschool Hell School – Tome 2. Orphelins – Tome 3. Insoumis
Scénario de Dugomier
Dessin de Ers
Colorisation d’Angélique Césano

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Orphelins, tome 2

On les surnomme les bâtards. Bastien, Hina et Boris n’ont pas voulu suivre le rituel initiatique à l’Excellence Institut. Complétement exclus de la communauté lycéenne, ils sont libres de faire ce qu’ils veulent en dehors des heures de cours. Ça semble idyllique présenté ainsi, mais le trio a quand même du mal à « digérer » ce bannissement. Trois ans à rester sur cette île… c’est démoralisant ! De plus, Bastien est obsédé par les deux garçons décédés accidentellement sur l’île. Le premier, Thierry Pichet, tombé de la falaise, le second, Patrick Garnier, tombé du ferry qui le ramenait. Un lien conducteur entre les deux, ils étaient des bâtards. Le mystère à élucider mettra certainement en cause l’institution et sa direction. C’est sur cette idée que Bastien fait part de ses soupçons à ses deux comparses. L’enquête doit être discrète et l’aide de Valérie, une lycéenne étrange, solitaire, serait précieuse.
De son côté, Franck, un terminal élu président du rituel, a ordre de mettre bon ordre à l’insubordination des bâtards. Une punition radicale est attendue… Trois rebelles, un nom sort… c’est Bastien.
Que vont découvrir Bastien, Hina, Boris et Valérie ?
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Ce deuxième volume dévoile une petite partie de l’intrigue et montre les personnages qui sont à la tête de l’institution. On ne connaît pas encore leurs desseins mais on comprend que Bastien est celui qui les dérange le plus. Orphelin, sans véritable tutelle ou parenté, il doit subir le châtiment. Comme dans le premier tome, le scénario raconte le courage, la solidarité et l’amitié des « bâtards » face à une organisation tyrannique, criminelle, dystopique. L’ostracisme est plus prononcé, la violence est à fleur de peau, mais des traits d’humour allègent la lecture.
La fin de cet épisode est surprenante… elle incite à se précipiter sur la suite…

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Insoumis, tome 3

Ce sont les vacances de la Toussaint, nos amis sont séparés. Bastien est en contact avec eux avec le téléphone portable. Parti à Lyon pour retrouver la famille d’un lycéen décédé, il fait une découverte capitale qui le renvoie à son enfance… Il ne retournera pas sur l’île !
Pourchassé par les sbires de l’organisation qui veut l’éliminer, Bastien devient un fugitif et essaie de survivre dans une indigence totale.
De retour à l’Excellence, Hina, Valérie et Boris font profil bas, continuent l’enquête et parviennent à informer Bastien de leur progression. Toutefois, c’est Bastien qui découvre le réel instigateur et son abominable projet.
Sur le bureau du directeur, deux papiers portent les noms de Hina et Boris. Franck doit en tirer un pour retrouver son honneur de président du rituel mis à mal après son échec… Il tire et c’est Hina qui est désignée. Cela sera sans pardon, s’il échoue une deuxième fois.
Les « bâtards » arriveront-ils à dénoncer l’institut et à stopper le manipulateur dans sa folle ambition ?

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Ce troisième volume clôt la trilogie, mais j’espère qu’une suite sera donnée car cette fin me laisse sceptique… Ça ne peut se terminer ainsi !
Nous retrouvons les « bâtards » assistés d’une quatrième amie, Valérie (l’équipe s’équilibre, deux filles, deux garçons !). Dans le précédent tome, l’ébauche d’une explication se dessinait, elle se développe donc tout au long de cet album pour se révéler à la fin. Du rythme, du suspens, de l’angoisse, l’action est menée par Bastien qui est traqué, menacé de mort et très impliqué. Difficile de vous parler du scénario sans vous en révéler l’essence, je resterai donc sibylline, mais sachez que pour conclure, cette série est bien construite, bien dessinée avec de belles couleurs et qu’elle plaira aux ados.
Pour en revenir à cette fin assez décevante, pas dans le dénouement mais plus dans la moralité (honnêteté, valeurs…), je souhaite que les auteurs la reprennent et nous offrent une histoire plus accomplie, plus en harmonie avec la personnalité des « bâtards »…. la dernière page nous le laisse supposer…

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Hell School, Rituels – Tome I

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Octobre sur le vaisseau fantôme avec Hilde et Lou BD du mercredi chez Mango

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hell school 1Hell School
Rituels, tome I
Scénario de Dugomier
Dessin de Ers
Colorisation d’Angélique Césano

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Septembre, les élèves prennent un ferry pour se rendre à leur pensionnat car l’Institut de l’Excellence est un lycée bâti sur une petite île de la Méditerranée. Sur le pont, Bastien, un garçon avec des dreadlocks, rencontre Hina, une fille aux cheveux bleus. Tous deux, forcés par leurs parents de s’y rendre, sympathisent et se questionnent sur cette école si distinguée…
Aucun des nouveaux ne peut se douter de l’ambiance particulière qui règne dans cette école privée… Le directeur les reçoit par un discours vantant le mérite de leur éducation, un enseignement qui forme les personnalités du pays, un privilège (gratuité de la scolarité) accordé que l’on doit accepter avec reconnaissance. L’accueil se termine par une réflexion sur le bizutage, « un rituel d’initiation » indispensable à l’admission. Les nouveaux sont appelés « les bâtards » et doivent obéir aux directives de leurs aînés. Dans les nouveaux, il y a Bastien, Hina, Boris et une étrange fille, Valérie, qui souhaite intégrer la bande que les trois autres ont déjà formée.

Le règlement intérieur est strict… Enlever la teinture bleue et les dreadlocks sont un premier pas vers le conformisme demandé. Il semblerait qu’aucune originalité, aucune initiative soit bien considérée. Franck, un étudiant élu président, veille à la bonne marche… Mais très vite, par leur attitude réfractaire, le groupe se fait remarquer et les sanctions ne tardent pas. La milice des « aînés » opère de jour comme de nuit, agressive, violente, forçant les insubordonnés à courber l’échine. C’est en voulant les fuir, qu’une nuit Bastien découvre sur la falaise une plaque commémorative… « A la mémoire de Thierry Pichet, décédé en cet endroit… ». En trouvant une photo scolaire du jeune Thierry, Bastien et Hina constatent qu’il ne portait pas l’écusson de l’école. Alors, une question s’impose immédiatement. Sa mort, aurait-elle rapport avec le fait qu’il n’est pas été adoubé en recevant le rituel ? Sans vouloir broder une histoire farfelue sur ce décès, les deux amis ont tout de même conscience que l’institution recèle une part de mystères, mais ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que la réalité est pire que ce qu’ils pourraient imaginer…

« – Jamais je ne marcherai au pas, Hina !
– As-tu vu comme ce paysage est beau ? Quel dommage que ce soit celui d’une prison ! »

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. J’ai trouvé cet album par hasard et je l’ai choisi, tentée par son titre et la couverture qui distillent détresse et frayeur… C’est Hina qui est représentée en premier plan. Cet épisode immerge le lecteur dans une ambiance inquiétante, implante le décor et dessine les personnages. Les auteurs dévoilent dès la première page la densité de l’histoire en révélant un fait capital qui s’est déroulé dix ans auparavant. Ainsi le ton est donné ! et nous pénétrons dans l’île avec toute l’appréhension requise… On peut comparer les lieux à un bagne pour enfants dont les aînés seraient les matons. Le cadre est paradisiaque mais on sait aussi qu’il est effroyable. Suivre pour survivre. Le scénario est bien construit, à chaque page on attend la tragédie, la violence est latente, à peine montrée et les mystères sont des ombres encore opaques. Qui sont vraiment les dirigeants de l’Institut de l’Excellence ? Hina, Bastien et Boris, des caractères forts, constituent un trio de frondeurs. Valérie, solitaire, fragile et instable, voudrait bien les rejoindre, mais dans ce volume, elle ne séduit pas du tout ses camarades… J’ai aimé l’ensemble graphisme et colorisation. C’est expressif, généreux et dynamique. Je ne sais pas si je peux me permettre de comparer, mais ça me rappelle des mangas.

Avis aux lecteurs de BD… J’ai un renseignement à vous demander. J’ai lu le billet d’un lecteur de Planet BD qui traduit bien ce que je pense. Il a écrit : « Tout est limpide et mystérieux à la fois, servi par une mise en scène percutante, qui nous offre quelques scènes superbes, comme cette planche 23 aux couleurs bleutées sous la lumière de la lune. » J’aurais aimé vous montrer cette planche n° 23, mais je ne sais pas comment la trouver ! Faut-il compter les vignettes ou les pages ?

La semaine prochaine, je lirai la suite… « Orphelins ».

. D’autres billets chez Planet BD,

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Ne t’éloigne pas

ne t'éloigne pasNe t’éloigne pas
Harlan Coben

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Le lieutenant Broome de la Criminelle d’Atlantic City voit ressurgir une enquête non élucidée, vieille de dix-sept ans ; un homme, bon citoyen, mari et père modèle, disparaît un soir sans laisser de trace. Mêmes lieux, même époque de l’année, une disparition similaire se produit et l’incite à croire que les deux affaires sont liées. Avec son ex-femme et coéquipière, il va chercher le « dénominateur commun » : un bar, des entraîneuses, des clients, de la violence, de la prostitution, beaucoup de solitude, des hommes qui oublient femmes et enfants pour assouvir leurs pulsions…
Broome va ainsi reprendre contact avec des personnages hantés par ce passé. Ils ont disparu eux aussi, chacun pour fuir leurs cauchemars, mais des évènements vont les faire revenir. Une mère de famille comblée par sa petite vie bourgeoise et un photographe talentueux qui a sombré dans l’alcoolisme sont des éléments essentiels aux dossiers.
Dix-sept ans… et beaucoup attendent un dénouement. Certains vont même chercher les explications avec des méthodes fort peu conventionnelles… Un couple, qu’on appelle Ken et Barbie, va semer des cadavres en extirpant des indices avec un fer à souder et un scalpel.
Très vite, Broome s’aperçoit que ces deux disparitions font écho à une vingtaine d’autres enquêtes non abouties. Et si c’était un serial killer qui sévissait ?
C’est février, la période du carnaval. Broome devra faire tomber les masques.

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Depuis quelques livres, il est pour moi difficile de retrouver ce que j »aime chez Coben ; du suspens, de l’essoufflement, de la surprise… Si j’ai passé un moment agréable dans cette lecture, je n’en sors pas ébouriffée. Comme dans toutes les enquêtes que je lis, j’aime à suivre mes pistes en parallèle de celles écrites. Et si je trouve dès le début… je suis déçue. Que le lecteur est dur pour l’auteur qu’il apprécie ! Je peux reconnaître que le style est toujours limpide, que certains personnages sont séduisants, que… l’auteur est charmant… mais ça ne fait pas tout.
En quatrième de couverture, ils disent « Une formidable poussée d’adrénaline, un voyage en enfer mené tambour battant par le maître de vos nuits blanches. Oserez-vous fermer l’œil cette nuit ? »… Oui ! non seulement j’ai fermé l’œil mais l’autre aussi. Et j’ai bien dormi malgré les litres dispensés d’hémoglobine.

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Atlantic_City,_aerial_view
Atlantic City
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