Naissance d’un père

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Naissance d'un pèreNaissance d’un père
Laurent Bénégui

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« Plus tard Alessia apprendrait qu’elle était née lors de la tempête, et qu’au moment où se jouaient les premières heures de son destin des vents polaires s’écharpaient sur les barrières d’air fiévreux dressées au-dessus de l’océan.

De mémoire de côtier jamais les chaleurs de mai ne provoquèrent phénomène si soudain. Aux premiers roulement du tonnerre les goélands surgirent par centaines de l’azur enténébré, brassant leurs ailes au ras des falaises, s’enfuyant en direction des bocages où ils s’abattirent à l’abri des bois et des clôtures. Au large la houle s’ébranla, fouettée par le ressac, cinglée par une pluie lourde et, lentement, le dôme liquide enfla, submergea les brisants, masquant les îles voisines comme pour s’unir aux cieux électriques. Alors aux bourrasques succéda un souffle continu qui s’engouffra entre les trouées crayeuses de la côte, tordit la cime des arbres, arracha les charpentes et griffa la surface des lacs, à la manière d’une main colérique, désormais saisie du continent… »

Le roman s’invite par ces images, dans le déchaînement des vents ; un décor bousculé et romantique.
Le narrateur, Romain, nous confie son amour passionnel pour sa compagne Louise ; Louise qui est dans le dernier mois de sa grossesse. Il ne cache pas son appréhension sur le fait qu’il va être père. Lorsqu’il pense à la paternité, il se retourne sur son enfance et voit un géniteur absent, disparu, qui a laissé trois femmes et trois enfants. Mathématicien de renom, Léopold Longeville devait certainement trouver le mot « famille » plus abstrait que toutes les formules algébriques avec lesquelles il jonglait.
Alors qu’il quitte Louise bien à l’abri dans leur lit, pour accompagner sa demi-sœur Maya à l’aéroport, Romain n’imagine pas que quelques heures plus tard, il la retrouvera en salle de travail à la clinique. Car Alessia a décidé d’arriver en ce jour de tempête.

Il lui a laissé croire qu’il était prêt à s’occuper d’elles… il s’était persuadé. Amoureux et responsable. Les choses devant s’ordonner dans une suite logique, sentiments compris. Mais aux côtés de Louise, alors que le monitoring mesure des contractions plus ou moins fortes, Romain s’interroge et remet en question son engagement. Prêt ? Il ne faut pas se leurrer, il est loin de l’être !

Dans la salle, une autre femme est sur le point d’accoucher d’une petite fille. Sandrine, déjà mère trois fois, est ce qu’on appelle une multipare. Il apprend que le mari ne viendra pas, déçu et fâché de ne pas avoir de garçon. Étrangement, Sandrine n’a pas l’air de lui en tenir rigueur et sa conversation allège un peu la sacralité de l’instant. Des sourires complices, quelques confidences, et des mots rassurants. (Ce que nous lisons, nous nous le chuchotons).
Dehors, la tempête fait rage. Intérieurement, Romain est en accord avec ce désordre, extérieurement, il essaie d’assurer, proposant même son aide à cette inconnue.
Perdu dans un dédale d’émotions, il tâtonne et n’ose s’aventurer vers ce chemin inexploré. Puis très vite tout s’emballe. Louise met au monde Alessia et ça se passe bien. Quant à Sandrine, on doit la descendre au bloc pour une césarienne car le cœur de son bébé faiblit. Sur sa demande, Romain accepte de rester avec elle le temps de la préparation. Elle parle, il l’écoute… Plus tard, il apprendra que la petite Inès souffre d’une malformation cardiaque et qu’elle a été transférée dans une unité de soins intensifs pédiatriques.

Incapable d’avoir des gestes instinctifs envers Alessia, la prendre dans ses bras, lui souffler des douceurs, respirer son odeur, ni même simuler, Romain ne trouve pas sa place.
« Comment les hommes deviennent-ils père ? » La question enfle dans sa tête et s’étend. Qui était son père ? Pourquoi les a-t-il abandonnés ? Qu’est-il devenu ? A la recherche des réponses, Romain va se rapprocher de sa mère et se remémorer sa propre enfance, orpheline de tendresse. Le drame de Sandrine sera aussi très présent dans sa quête initiatique car il l’aidera à prendre conscience du bonheur d’être père.

Le roman s’articule autour de cette révélation, mais Romain n’est pas notre seul narrateur. A tour de rôle, chacun s’épanche et nous dévoile leurs pensées. Une dynamique qui enrichit le récit et qui donne à cette lecture un ton vif, intense, surprenant, si vrai !
De l’auteur, je n’ai lu qu’un roman, « J’ai sauvé la vie d’une star d’Hollywood », et je retrouve dans cette histoire ce tempo cinématographique qui m’avait plu, car les scènes défilent comme dans un film.
Ambiances chaotiques, charnelles, écorchées, intimistes, troublantes, graves, des mots de poésie, des mots d’amour, il n’en oublie pas son humour. Bénégui sait émouvoir… et témoigne d’une belle sensibilité.
Je vous recommande ce livre.

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D’autres billets chez… L’Irrégulière, Philisine, Noukette, Jérôme, Sandrion,

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Maurice Marinit
« L’enfant à la rose » de Maurice Marinit

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Le marquis d’Anaon, La Providence – Tome III

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La ProvidenceLe marquis d’Anaon
La Providence – Tome 3
Scénario de Fabien Wehlmann
Dessin de Matthieu Bonhomme

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Au siècle des Lumières,

Jean-Baptiste Poulain, appelé aussi le marquis d’Anaon, commence à avoir une belle notoriété. Son esprit savant et ses investigations amusent les milieux intellectuels et les salons littéraires du siècle des Lumières. Lors d’une soirée, il rencontre la comtesse d’Almédia d’Andalousie qui l’invite à passer un séjour à San Fernando pour raconter ses mystérieuses histoires et les superstitions qui hantent notre monde. Jean-Baptiste qui sera rémunéré pour ses services ne peut refuser ce voyage qui, outre le soleil, annonce de doux plaisirs…

Sur le bateau, la traversée n’est pas sereine et une tempête s’annonce. Les vagues arrivent jusque sur le pont et inondent tout. Si ça amuse dans un premier temps les marins de voir leurs voyageurs blêmir et prier Dieu et ses Saints, dans un second temps, tous s’inquiètent et se signent lorsqu’ils voient un bateau à la dérive se diriger vers eux. Vaisseau fantôme, la Providence a les voiles déchirées et les mats brisés.
Il faudra attendre une accalmie pour mettre une chaloupe à la mer et aller voir ce qui se passe sur le bateau. Un navire plein de mouettes, de rats et de cadavres. Que s’est-il passé ?

Face à ce mystère, le capitaine est obligé de changer de cap et de remorquer l’épave jusqu’à Bordeaux. Mais bientôt, l’équipage commence à s’agiter, à raconter l’histoire du Voltigeur Hollandais et à penser que le diable rode autour d’eux. Fièvre, délires et morts, le marquis d’Anaon va vite comprendre le terrible drame qui se joue et devra prendre alors une décision lourde de conséquence…

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Troisième tome de la série, Jean-Baptiste est confronté aux croyances superstitieuses des marins avec l’histoire du Hollandais Volant. Il existe plusieurs légendes sur le bateau fantôme dont une qui se rapproche de cet épisode funeste, certainement le plus terrible de la saga. Angoissant, captivant, affreux… je vous recommande ce cru qui ne vous laissera pas indifférent.
Quant aux dessins et à la colorisation, ils rendent bien l’atmosphère pesante et dantesque.
Le prochain livre a pour titre « La bête »…

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