La main de la nuit


Challenge thrillers de Sharon
Un mois de sorcellerie pour Halloween avec Hilde et Lou
Billet n°6

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La main de la nuit
Susan Hill

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Perdu dans la campagne alors qu’il se dirigeait vers Londres, Adam Snow rentre dans un domaine à l’abandon pensant trouver une personne qui pourrait l’aider. Le parc et le manoir sont noyés dans les ombres du soir et très vite une angoisse l’étreint. Étonné par ce sentiment démesuré et irrationnel, Adam se répète dans un leitmotiv qu’il devrait partir, lorsque une petite main s’empare de la sienne. La main de l’enfant est douce et ferme ; la main de l’enfant est surtout de l’ordre de l’invisible…
Le lendemain chez lui, mettant cette illusion sur le compte de la fatigue, Adam essaie de reprendre le fil de sa vie d’expert en livres anciens comme si de rien n’était, mais l’idée de la petite main l’obsède.
C’est auprès de Lady Merriman, la femme de son riche client, qu’il obtient des renseignements sur cette demeure délaissée qu’on appelle La maison blanche. Un très vieil article de journal parle du décès tragique du petit-fils de la propriétaire, qu’on aurait trouvé mort noyé dans l’étang du parc. Aujourd’hui, ce parc qui avait été ouvert à des visiteurs extérieurs n’a plus sa splendeur et rend une atmosphère lugubre et fantomatique.
Ce qui va décider Adam à mener une enquête plus investie, c’est la source de ses rêves qui deviennent cauchemars. Tourmenté par des visions de noyades et poussé à commettre des actes imprudents, voire suicidaires, il va demander conseils à son frère Hugo qui avait eu des problèmes psychologiques quelques années auparavant et qui serait à même de le comprendre.
Au fil des jours, la douce main de l’enfant se fait menaçante…

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Je ne connaissais pas Susan Hill, mais j’ai souvent vu passer son nom sur les blogs-lecteurs. Histoires de fantômes dans la veine des romans gothiques du XIXè siècle, ses livres ressuscitent nos phobies d’ensorcellement et de possession.
La trame de l’histoire est intéressante mais si j’ai parfois frissonné en pensant à l’esprit du petit garçon qui cherche vengeance, je vous avouerai que je me suis ennuyée. L’auteur aurait peut-être dû adapter ce roman en nouvelle.
Je ne resterai pas sur un avis mitigé et continuerai à découvrir l’auteur avec ses romans policiers et « La dame en noir » qui a été adapté au cinéma, avec dans le rôle principal Daniel Radcliffe.
A suivre !

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Photo du manoir dans le film de « La dame en noir »

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Parfum de glace

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

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Parfum de glace
Yôko Ogawa

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Hiroyuki était un créateur de parfums. Talentueux, il arrivait à définir toutes les senteurs et à recréer des essences sur des ambiances et des émotions. Ses études que l’on retrouve dans son bureau, sont poétiques comme des haïkus. Deux ou trois phrases expriment des instants fugitifs et des émois ; ces petites choses qui s’accrochent à nos souvenirs et qui nous font les revivre. « Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. », « Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. », « Frasil sur un lac à l’aube. », « Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. », « Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »
Pour sa compagne, il avait inventé « Source de mémoire » ; notes de fougère, forêt, jasmin, rosée et des fragrances d’après la pluie.
Hiroyuki s’est suicidé dans son atelier en buvant de l’éthanol anhydre, le lendemain de ce merveilleux présent, et aux services des urgences de l’hôpital, Ryoko, la femme avec qui il vivait depuis un an, a bien du mal à comprendre ce geste.

Elle se souvient de sa douceur et de son affection… Pourquoi a-t-il voulu partir ? Pourquoi lui a-t-il menti sur son identité ? Elle découvre qu’il a un frère et une mère, alors qu’il lui avait dit qu’il n’avait plus de famille. Elle découvre qu’il était un surdoué en mathématiques et lauréat de nombreux prix. Elle découvre un autre homme, un excellent patineur sur glace.
Dans une première phase, avec l’aide d’Akira le frère de Hiroyuki, Ryoko retracera l’enfance de l’homme qu’elle aimait. Puis l’étape suivante la mènera à Prague où elle essaiera de déceler l’origine de ses blessures du temps de son adolescence, juste avant la cassure.

L’auteur laisse à Ryoko la narration de l’histoire, et les chapitres se construisent en un jeu de piste, en mêlant les deux étapes de ses investigations. Les souvenirs redéfinissent le portrait de Hiroyuki et aident la jeune femme dans son deuil. Elle n’aura jamais été aussi proche de lui que dans cette quête qui s’ancre entre deux mondes ; « entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient ». Tout en délicatesse et poésie, le drame qui est en substance de fond s’articule autour de toutes ses évocations collectées et de certaines scènes imaginées, comme si le fantôme de Rooky (surnom de Hiroyuki) embarquait Ryoko dans ses rêves secrets. C’était un homme d’exception à multiples facettes, multiples parfums, il était ombre et lumière.
Je vous recommande ce très beau livre captivant, hypnotique. L’écriture a la particularité, le parfum, des plumes nippones ; onirisme, pudeur et chimères.

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Les contes du suicidé

Logo BD Mango NoirLes BD du jour sont chez Noukette
« Les contes du suicidé » est un album offert dans le cadre des Masses Critiques chez Babelio. Remerciements…

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les-contes-du-suicideLes contes du suicidé
Trois histoires d’amour et de mort d’après Horacio Quiroga
Textes de Lautaro Ortiz
Dessin de Lucas Nine

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La validation de ce choix, lors des Masses Critiques Babelio, s’est faite simplement sur la couverture de l’album et non sur la connaissance des trois auteurs. Après ma lecture, pour mieux comprendre l’inspiration morbide de ces histoires, il a été indispensable que j’aille me renseigner sur l’auteur Uruguayen, Horacio Quiroga. J’ai alors découvert, (sur « Wiki »), un auteur torturé, fasciné par la mort, qui a souvent côtoyé, dans son entourage le plus proche, la face la plus tragique du trépas (suicides, accident mortel).
L’adaptation de trois de ses nouvelles à travers cette bande dessinée est réalisée avec beaucoup de finesse, de poésie et de beauté.

L’amour reflète systématiquement la mort et va bien au-delà.
« L’oreiller de plumes » raconte une jeune épousée qui se meurt d’un mal inconnu. Dans une maison aux marbres froids, aux silences étouffés, aux gargouilles sinistres, elle dépérit de jour en jour sans que les médecins puissent la guérir. Son mari, un homme plus mûr, d’aspect sévère, souvent absent pour ses affaires, est impuissant et désespéré. Ce n’est pas la mélancolie qui la plonge dans le coma, c’est autre chose… Les dessins soulignent les ombres et offrent des silhouettes fantomatiques, des visages grotesques aux regards cavés remplis de noir. C’est glaçant, angoissant, avec une intrigue dramatique pleine de suspense dans la veine gothique de « Carmilla » de Joseph Sheridan Le Fanu.
Le récit suivant a aussi une part fantastique, mais transposé dans un temps plus contemporain. Des parents n’approuvent pas l’homme que leur fille a choisi d’aimer. Pour elle, l’instigatrice, il n’y a qu’une échappatoire possible… Ils vont se donner la mort pour vivre leur amour.
La troisième, « Le portrait », aussi grave et funeste que les précédentes, parle d’un homme inconsolable qui cherche à retrouver sa fiancée décédée, sur des plaques photographiques. D’après ce scientifique, le lien qui les unissait était si fort qu’il aurait capturé avec ses yeux, comme on le fait avec un objectif, le visage de sa bien-aimée sur son lit de mort. Il peut ainsi la retrouver sur le papier… La vie se dématérialisant.

Troublantes nouvelles ! On les lit dans un souffle, avec des sentiments partagés, car c’est à la fois beau, si sombre, et dérangeant. L’écriture est incisive, les histoires mystérieuses, et le graphisme, qui évolue dans la dernière partie, est superbe. Cet album est une réussite mais on ne peut pas le recommander à tout le monde.

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