Neige

Je remercie les éditions Le Livre Qui Parle et Babelio pour l’envoi de ce livre.

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Neige

Maxence Fermine

Interprété par
Marc Hamon

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J’étais assise dans mon atelier, à me perdre dans mes petits points, ajustant des bandes de tissus. J’ai jeté un regard énamouré sur la boîte qui renferme mes tissus japonais, ils m’auraient mise en condition… J’aurais pu être aussi dans mon jardin, concentrée sur la terre, l’herbe « mauvaise » et les fourmis piqueuses…
J’ai mis le CD et j’ai écouté.

« Pour Léa… Rien que du blanc à songer. Arthur Rimbaud.

Yuko Akita avait deux passions.
Le haïku.
Et la neige… »

La voix basse du conteur est presque neutre, sans théâtralité, fidèle à la sobriété du texte. Un instrument à vent, comme un souffle, introduit les mots, l’histoire.

Avril 1884,

Yuko a dix-sept ans. Il a pour père un prêtre shintoïste qui vit sur l’île d’Hokkaido, une terre au nord du Japon. Dans l’enseignement qu’il procure à son fils, il y a la composition des haïku et la communion de l’esprit avec la nature.
Alors que les cerisiers offre une opulente floraison, la fin de l’apprentissage amène l’élève à deux choix ; prêtrise ou métier de la guerre. Mais le jeune homme, plus porté sur la contemplation et l’amour de la poésie, ne peut se résoudre à s’engager dans l’une des deux corporations. Il veut être poète. Cette insoumission, certes polie, est très déterminée.

« – La poésie n’est pas un métier. C’est un passe-temps. Un poème, c’est une eau qui s’écoule. Comme cette rivière.
Yuko plongea son regard dans l’eau silencieuse et fuyante. Puis, il se tourna vers son père et lui dit :
– C’est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps. »

Le père, pragmatique, laisse le fils écrire durant tout l’été, soixante-dix-sept haïku. Les jours défilent, dans un quotidien des plus sereins et des plus élémentaires, jusqu’aux premiers frimas de l’hiver. Le temps du choix sonne et l’avenir est à reconsidérer.
Dans une dernière conciliation, le père suggère à Yuko une retraite dans la montagne. Il voit partir le jeune homme et espère le voir revenir avec une sage décision…

La neige. Blanche, impériale. Elle est une danse, une musique, le symbole de la beauté, une muse pour Yuko qui l’admire et la prie dans ses poèmes. Si certains la trouvent capricieuse et trompeuse, lui ne voit que pureté.
Lorsqu’il réapparaît, c’est imprégné de la foi de celui qui a cherché, compris et trouvé. L’évidence d’être fait pour la méditation, la réflexion et raconter en quelques syllabes les subtilités terrestres et spirituelles…

Un jour, un poète renommé de la cour impériale demande à rencontrer Yuko. Les vers amassés durant tout l’hiver sont admirables et surprennent le dignitaire. Toutefois, l’oeuvre talentueuse est seulement prometteuse. Il manque le raffinement de la couleur, il manque à Yuko l’art de la danse, de la musique et de la calligraphie. Il incite le jeune homme à aller quérir le secret de ces disciplines auprès du maître Soseki, un ancien samouraï, vieux et aveugle.
Ainsi commence l’avenir de Yuko, au delà des Alpes japonaises, sous la tutelle de Soseki. Du maître et de l’élève, les connaissances seront partagées et tous deux auront le bonheur de retrouver et découvrir les couleurs de l’amour derrière le blanc et les transparences.

La voix, après 1h20 d’attention, résonne encore. J’ai pris des notes au fil de son écoute.
Le conteur nous laisse approcher et visualiser le texte poétique de Maxence Fermine. Le haïku a la particularité de raconter en trois vers les choses les plus simples. J’ai lu qu’il devait se dire dans une respiration, avoir la légèreté de l’air. C’est la même perception avec cette histoire. La voix de Marc Hamon, nous laisse le temps d’apprécier la beauté des mots, des images, et de rêver… Les pauses, presque imperceptibles, illustrant les transitions des pages, des chapitres, permettent à l’auditeur d’esquisser quelques pensées.
Sérénité, apaisement, voyage, toute la finesse d’un poème ou d’une estampe, s’entend.

Ce roman est un conte d’amour. Il était une fois… un monde où les connaissances sont des sensations, des intuitions et l’amour est éternel. Une grenouille peut être bleue et le ciel porter du jaune. La neige peut être une impératrice qui déploie ses armées de nuages sur les monts mais aussi une funambule en équilibre dans l’espace, belle, blonde, céleste. Le flocon peut être un cristal de glace, blanc et froid mais il peut être aussi une fille du printemps, gracieuse, ravissante.
Il est dit que le haïku honore la fugacité des choses, cette histoire raconte que l’amour peut être absolu et inaltérable.

Pour mon premier livre-audio, ce fut une belle expérience. J’ai lu à la suite le livre que m’avait offert Asphodèle. J’ai aimé. Beaucoup… et j’ai retrouvé la magie de l’écoute.

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Hiroshige, Neige à Kambara

Des billets chez Soukee, Bladelor, Sandy,
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