Mystérieuse Alathéa

Je vous présente un livre de la collection « Les romans préférés de Barbara Cartland », tiré du haut de mes étagères couvertes de poussière.


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Mystérieuse Alathéa

Elinor Glyn

Quatrième de couverture :

« Février 1918…
Dans son splendide hôtel parisien, sir Nicholas Thormonde vit des jours douloureux. Revenu du front gravement blessé, lui, le bel officier intrépide, se sent humilié, inutile.

Sur le conseil d’un ami, il décide d’écrire, mais il lui faut une secrétaire.
Miss Alathéa Sharp se présente : toute jeune et pâle dans une pauvre robe, le visage caché par des verres fumé, mais parfaite secrétaire.
Cependant, Nicholas s’irrite : à toute question, à toute parole aimable, elle se dérobe, glaciale.
Un jour, par surprise, Nicholas découvre son vrai visage, d’une rare distinction, son regard d’un bleu intense. »

J’ai commencé cette lecture avec une petite joie emplie de nostalgie. Trente années séparent ma première lecture de cette re-lecture. J’étais alors une petite adolescente au début des années quatre-vingt, un peu honteuse de lire ce genre de roman, consciente que la comparaison ne souffrirait pas des autres histoires qui me faisaient fantasmer ; Jane Eyre, Le Grand Meaulnes, les Claudine…
J’ai ouvert ce livre qui sent la poussière et dont les pages jaunies ont l’aspect rêche du vieux papier. Je me suis retrouvée dans l’appartement parisien, décoré avec richesse, de Nicholas. Son humeur est sombre, dépressive, presque suicidaire. Grièvement atteint dans ses chairs, il fait défiler le temps sous sa plume, sur les pages de son journal intime.

« Ma vie ne vaut plus la peine d’être vécue. La guerre m’a ravi en pleine jeunesse toutes les joies qu’un homme peut attendre de l’existence.
Je me contemple avant de replacer le sinistre couvre-oeil sur mon orbite gauche. Borgne, avec une épaule déjetée et la jambe droite amputée au niveau du genou… »

Ce soldat mutilé, désœuvré, solitaire, une gueule cassée, est une image follement romantique pour une Super Midinette. Plus il souffrait, plus j’aimais ! Ce n’est pas de l’insensibilité, nous sommes dans un roman sentimental, nous savons que notre héros ne restera pas longtemps anéanti… Lorsqu’arrive Miss Alathéa, la rencontre n’est pas très chaleureuse. La demoiselle est un épouvantail tiré à quatre épingle ; vieux chapeau, habits démodés, lunettes à triple foyers, cheveux prisonniers d’un chignon sévère… Nicholas note : « Insignifiante petite Miss Sharp ». Insignifiante ? Vraiment Nicholas ? Pas pour longtemps…
Les sirènes retentissent, les obus tombent, la place Vendôme est brisée. La guerre n’est pas terminée… nous sommes en février 1918… A la fin du roman, nous sommes le 11 novembre, c’est l’armistice, les canons grondent mais de liesse, et Nicholas étreint sa bien-aimée en récitant les vers d’un poème :
« Lorsque nos fortes âmes, vainquant leurs réticences,
Sauront n’en plus faire qu’une, enfin et pour toujours ! »

Ai-je ressenti l’exaltation de mes treize ans ? Non, mais je m’y attendais. J’ai donc entamé cette lecture avec beaucoup d’indulgence et le sourire ne m’a pas quitté. Le style est très désuet, il date de 1922, mais l’intrigue est indémodable. Un homme démoli, riche, une femme mystérieuse, hautaine, pauvre, le chat qui guette la souris, un mariage arrangé, l’amour qui frémit mais qui reste secret…

Je ne relirai plus cette collection, mais dès que je retournerai chez mes parents, j’écumerai les coins du grenier à la recherche des autres livres. Je ne serai plus embarrassée et  je vais leur trouver (ou faire) une parcelle vide sur les étagères de ma petite bibliothèque, en mémoire de mes heures passées à rêver.



Portrait d’Elinor Glyn

Challenge d’Antoni
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