Sanditon

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Le mois anglais  avec Titine, Lou, Cryssilda – 11ème billet


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Jane Austen
et Juliette Shapiro
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Sanditon, un village en plein essor sur la côte du Sussex, a besoin d’un médecin-chirurgien. Alors qu’ils cheminent sur la route en direction d’une petite ville pour en dégoter un et l’embaucher, Mr et Mrs. Parker ont un accident de carrosse. Il en résulte une cheville foulée pour Monsieur. Secourus par Mr Heywood, un propriétaire terrien témoin de la scène, ils sont obligés d’accepter pour quelques jours une invitation à résider dans sa demeure.
Enjoué, chaleureux et bavard, Mr Parker est intarissable sur Sanditon. Il voudrait que tout le monde connaisse et apprécie les charmes de ce petit coin qui se transforme en une station balnéaire suivant les ambitions de quelques notables…
Lorsque l’état de sa cheville leur permet de quitter la famille Heywood, Mr Parker propose alors à ses hôtes de prendre avec eux leur fille aînée de vingt-deux ans, Charlotte, pour lui faire découvrir Sanditon.
Charlotte voit en cette aubaine, l’occasion de découvrir une région et de rencontrer de nouvelles personnes. Durant le voyage, Mr Parker s’empresse de décrire un paysage superbe agrémenté de falaises, de plages, un village avec de belles boutiques, et les gens qu’ils croiseront. La plus « importante » de leur petite communauté est Lady Denham, une veuve fortunée de soixante-dix ans qui vit avec sa dame de compagnie, une jeune cousine désargentée.
Sanditon… un cadre enchanteur ! De nouvelles maisons plus pimpantes, plus modernes, grignotent le bord de mer, comme ces nouvelles cabines de bains. Et si la nostalgie pousse parfois à regretter l’ancienne vie, on peut compter sur Mr Parker pour enrailler ce sentiment et s’enthousiasmer avec lui du nouvel environnement.

Promenades vivifiantes, bienfaits des bains, visites courtoises, Charlotte s’amuse de ce quotidien et des gens qu’elle approche. Il faut dire qu’ils ont tous des personnalités bien affirmées, certaines franches, sans fard, comme Sidney Parker (frère de Mr Parker), et d’autres plus finaudes comme Sir Edward Denham (neveu de Lady Denham) qui s’essaie à séduire toutes les femmes avec ses emphases pédantes.
Le séjour n’a rien d’ennuyeux et présage de belles et étonnantes surprises…

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Jane Austen a commencé ce roman en janvier 1817 et n’a pas pu le terminer car malade, elle est décédée quelques mois plus tard. Le livre a donc été repris et terminé par d’autres auteurs…

La version que j’ai lue ne m’a pas trop séduite et je regrette. Y-a-t-il une grande différence avec les autres ?
J’ai aimé le début, l’esprit de l’histoire, l’entrain jovial et exalté des gens de Sanditon, j’ai retrouvé les sujets chers à Jane Austen, des similitudes avec des personnages de ses autres romans, la société du XIXème siècle qu’elle épingle avec une gentille ironie, le paysage balnéaire, les intrigues amoureuses avec ses quiproquos, une palette de sentiments comme la vénalité, l’avarice, la bêtise, la naïveté, la droiture, la sincérité… et je n’ai pas aimé la dernière partie du livre. Je ne sais exactement où la césure s’est faite, mais je peux comparer ma lecture à un soufflé. L’attention monte, monte, pour redescendre.
J’imagine que si Jane Austen l’avait repris et terminé, elle l’aurait façonné avec plus de vivacité et de détails, et je n’aurais vu aucune caricature à son oeuvre. Je ne demandais pas à retrouver l’ambiance de Bath comme elle l’a décrite dans « Northanger Abbey », car Sanditon n’a pas la même envergure, la ville se construit et elle a un charme bien à elle, mais j’aurais aimé plus de subtilité dans les portraits des personnages et dans les romances… Pourtant… Pourtant, tout était réuni et je suis encore à me demander pourquoi je n’ai pas été au rendez-vous…
Malgré ces bémols, ressentis très personnels, l’histoire est intéressante et fait sourire. Ce Mr Parker est tonique et c’est un plaisir de le voir stimuler l’économie de Sanditon. On peut dire de lui que c’est une bonne personne. Le reste de sa famille est également plaisante à lire. Il a deux sœurs, Diana, Susan,  et un frère, Arthur, hypocondriaques, de quoi ravir le lecteur, et un  autre frère, Edward, qui est décrit comme un très bel homme, intelligent et fort sympathique. Je ne parlerai pas de Mrs Parker qui est presque inexistante… En ce qui concerne les autres personnages, Lady Denham est bien au devant de la scène. Riche, elle est la pingrerie personnifiée et fine mouche, car elle ne se laisse pas enjôler facilement. Son neveu Edward est un barbant de la pire espèce et sa petite cousine Clara qui lui sert de dame de compagnie est une petite souris un peu trop candide et pas très sincère. Bien d’autres seconds rôles ont une belle part et interviennent pour divertir le lecteur, et… il y a Charlotte. Charlotte représente un peu toutes les héroïnes de Jane Austen. Elle est intelligente, parfois légèrement moqueuse et a cette posture distante qu’Elizabeth Bennet (Orgueil et préjugés) prend lorsqu’elle analyse son entourage. Elle va jusqu’à ressembler à Emma Woodhouse (Emma) quand elle se méprend sur les idylles amoureuses… C’est peut-être sur elle que ma déception se tourne car je la voulais moins effacée, moins spectatrice de l’histoire.

On est exigeant qu’avec ceux qu’on aime… Plus tard, je lirai le « Sanditon » écrit par Jane et Mary Dobbs ; je voudrais comprendre et voir si on décèle plus les nuances ou si la fusion est complète…

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