Winter

Winter
Rick Bass

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Un couple de vingt-neuf ans, lui écrivain, elle artiste peintre, cherche un coin isolé pour bâtir leur antre ; travailler, méditer, créer en toute sérénité. C’est le début d’une aventure pour Rick Bass et sa femme.
« Il faut savoir que, pour Elizabeth comme pour moi, tailler un crayon est en soi une grande aventure mécanique ; nous sommes un peu artistes, un peu bohème, je suis au regret de l’avouer, mais qu’importe. Telle était notre fièvre, le désir le plus cher à nos cœurs, partir dans l’ouest pour y vivre nos vies. »

Leur pérégrination commence par le Nouveau Mexique et se poursuit vers le Nevada, l’Arizona, l’Utah, le Wyoming, l’Idaho, le Montana, le Glacier du National Park, Whitefish, une petite station de sports d’hiver… Rien n’était assez éloigné, assez rejeté, à leurs goûts. Ils voulaient se perdre pour mieux se retrouver. Jusqu’au jour où ils décèlent « le bout du monde », au nord-ouest.
Fix Ranch, une propriété de deux millions d’acres, un étang, une habitation immense avec des baies vitrées donnant sur le Canada Nord et l’Idaho, des arbres gigantesques, et la maison des gardiens. Ce lieu magique est une providence, l’ambition qu’ils convoitent, un rêve qui les fait soupirer. Mais avoir la jouissance d’un tel domaine est hors de prix lorsque l’on n’a pas un sou. C’est alors que la gardienne leur propose son emploi et son chalet.
« – Si cela ne vous intéresse pas d’acheter la maison, vous ne pensez pas que vous pourriez en assurer le gardiennage ? Nous avons décidé pas plus tard que ce matin que nous allons être obligés de déménager. Il n’y a pas de travail, ici, rien à faire. Mais cela serait formidable pour vous deux.
J’ai senti la tête me tourner ; partout où je regardais, j’étais environné de lumière éclatante. Etait-on en train de me jouer Dieu sait qu’elle farce ? J’avais le cœur battant, j’étais presque incapable d’articuler un mot, et quand j’y parvins enfin, j’eus l’impression que ma voix ne m’appartenait pas.
– Ma foi, peut-être.
Je crois que j’ai fermé les yeux, en essayant de prolonger ce moment, de me cramponner à l’espoir qu’il représentait. »

Un mois plus tard, Rick part seul en éclaireur, et arrive par une journée de septembre, grise et froide. Sur le flanc du mont Lost Horse, un rayon de soleil troue une nébulosité et le spot projette sa lumière sur la vallée comme une désignation divine. Ce jour est le treizième jour du neuvième mois de l’année et le premier d’un journal autobiographique.

La transformation est nécessaire pour « essayer de faire l’hiver »… Il y a des codes vestimentaires, des traditions indiennes, des courtoisies et des coutumes locales. Il y a aussi l’abandon de toute modernité ; plus d’électricité, plus de téléphone. Rick s’adonne joyeusement à toutes les chartes et activités forestières. Enfermé dans cet univers, il nous conte son existence de pionnier.

Son temps est aux rythmes des pluies, de la chaleur automnale appelée été indien, des brouillards, des froids, de la neige, de la glace qui anesthésie la vie. Il est aussi scandé par le labeur du bois à couper quotidiennement, de la pêche, la chasse, des multiples réparations de la voiture, des outils et l’entretien du parc. Son écriture est un hymne à la nature, une prière à l’ordre animal et végétal. Rick cherche une communion totale et veut percevoir le bruit du silence. Il pénètre dans ce territoire en souvenir de toutes les fois où il voulait vivre les pages de la revue National Geographic ou celles du livre naturaliste « The Mountains of California ». Il respire avec les grizzlis, les tétras, les orignaux, les cerfs, les wapitis, les pumas, les lynx et autres montagnards, il traverse des feuillages denses, noirs, d’arbres géants ; de vraies peintures vierges et brutes.
« Je commence à me dissocier de la race humaine. Je ne voudrais pas passer pour un malotru – mais ça me plaît. Ca me plaît tellement que ça ma fait un peu peur. C’est comme si en baissant les yeux vers ma main, j’y voyais pousser un début de fourrure. »
Alors que certains jours, la solitude se fait pesante, que la nostalgie de la vie citadine le rend mélancolique, il part vers la première terre civilisée, à une soixantaine de kilomètres du ranch. C’est la ville de Libby, avec une gare, des saloons, un gymnase et des commerces.
Et Rick attend… prépare le siège… Avec Elizabeth, ils veulent se confronter à l’hiver et à la neige, être leurs otages bien consentants. C’est comme s’ils étaient dans leur fort et prévoyaient l’attaque d’une tribu indienne. Leur arme… un bûcher bien fourni.

De l’automne au printemps, soixante-seize jours chroniqués, rudes et indomptés.Et quand la neige paralyse l’action, la mesure journalière qui régularise leurs journées, il y a des moments où les nerfs se nouent… Que fait-on ?… On boxe la pâte pour faire du pain et on va fendre du bois.

Si, du fond de votre fauteuil, vous désirez partir à la rencontre de Rick Bass, sentir l’humus des feuilles qui tapissent les sentes, l’essence de pin, emmagasiner l’air pur et glacial de la montagne, écouter le silence, admirer des animaux sauvages et la majesté des forêts, et… couper du bois… ce livre est peut-être pour vous. Il ne faut pas vous attendre à un quotidien transcendant, son journal relate le concret et la banalité rugueuse d’une vie solitaire de montagnard. Pour ne pas me lasser de deux-cent-soixante pages de « contemplation », j’ai lu ce livre à doses homéopathiques, sinon, j’aurais abandonné dès l’apparition de la barbe ! (Je vous le disais… il y a une allure à tenir et la caverne n’est pas loin !). En harmonie avec lui, il serait agréable de découvrir jour après jour son intimité, en se nichant douillettement sous votre couverture ou dans le creux d’un fauteuil généreux. Un livre à lire en soixante-seize jours !

Je tiens à préciser qu’il y a un passage digne d’un grand thriller… Il se résume à…
« L’homme m’a demandé de but en blanc : Vous pratiquez une religion en particulier ?
Le mec était dangereux. Je lui ai dit que je ne pratiquais aucune religion en particulier. »    
(Oui, et aussi de l’humour dans les frissons !)

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Les copines qui ont participé sont Vilvirt, Hélène, Somaja, Emeralda, Anne, Juliette,
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