Hypothermie – Tome VI

Reprise de nos lectures communes avec Sharon et Lasardine,
Défi de Mia et Challenge Summer PAL de Bleue et Violette
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La cité des jarres, Tome ILa voix, Tome IIIL’homme du lac, Tome IV
Hiver Arctique, Tome V

Hypothermie
Arnaldur Indridason

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Reykjavik, Thingvellir…

En une semaine, on a retrouvé deux suicidés.
L’inspecteur Erlendur ne pense pas que, pour l’un des deux, la cause soit celle que l’on ait avancée pour clore le dossier. Ce n’est certainement pas la morosité automnale qui a fait succomber cette femme…

On quitte Reykjavik, on traverse la lande de Mosfell, la montagne de Grimannsfell est à droite, celle de Skalafell est à gauche, on dépasse la route qui mène vers Vindashild, on longe Kerlingarhraun en continuant sur Uxahryggir et sur la vallée de Kaldadalur. La vallée de Lundarreykdalur est très belle avec le fjord de Borgarfjördur et le lac de Sandkluftavatn. Puis vous arrivez à Thingvellir… (Ca va ? vous n’êtes pas perdu ? J’ai noté ces lieux pour le plaisir de vous entendre les lire… Faisons honneur à l’auteur qui nous offre une balade…)

Karen a retrouvé son amie Maria pendue à une poutre dans son chalet. Malgré les faits irrécusables, elle se refuse à comprendre ce suicide. Le mari ? Effondré, ahuri, perdu dans ce maelström inconcevable.
Comment était sa femme dernièrement ? Lui paraissait-elle tourmentée, apeurée, asthénique ? S’étaient-ils disputés ? Souffrait-elle ? Etait-elle déprimée ?… Non, non et non ! Ou plutôt… si… La mort de sa mère l’avait désespérée. Elle était très liée à Leonora qui est morte d’un cancer. Leur relation était fusionnelle. Elles parlaient souvent de la vie après la mort, des messages que les défunts laissaient parfois, des manifestations spectrales, du couloir que l’on parcourt après le trépas et de la petite lueur qui accompagne l’esprit.

Le dossier est archivé, le corps est incinéré, mais Erlendur reste sceptique. La cassette que lui apporte Karen, lui donne le prétexte qu’il cherchait pour reprendre l’affaire. La bande sonore est un témoignage post-mortem. Maria voyait un médium qui l’aidait dans son deuil et ils attendaient « un signe de l’au-delà ».

« – Vous croyez aux rêves ?
– Sauf votre respect, je ne suis pas sûr que cela vous regarde, rétorqua Erlendur.
Il était surpris de la fougue de cette femme. Cependant, il comprenait la nature de la force qui la poussait. (…)
– Et la vie après la mort ? risqua Karen.
Erlendur secoua la tête.
– Je ne sais pas ce que vous…
– Maria, elle y croyait. Elle croyait aux rêves, croyait qu’ils pouvaient dire quelque chose, la guider. Et elle croyait à la vie éternelle (…). »

Dans cette enquête, l’inspecteur Erlendur n’aura pas l’assistance de ses collègues, mais la voix de Maria qui, de son côté, cherche la spiritualité et le pardon. Elle n’était pas seulement orpheline d’une mère, mais aussi d’un père mort noyé. Il cheminera seul dans ses investigations et sera confronté à ses propres souvenirs prégnants… Sa mère continue de lui parler… « Tu as retrouvé ton frère ? »… « Tu crois qu’on saura un jour ? »

Les fonds des lacs sont des coffres à secrets, c’est « ce qu’on murmure en Islande ». La glace est une hydre qui saisit, avale et ne rend que très rarement les cadavres. Alors, on les cherche, sans rémission, fiévreux de connaître la destinée de ceux qui nous fuient. Mari, père, enfant ou frère, Erlendur sera le limier qui sondera les profondeurs.

Ici, l’automne rabat son vent d’ouest sur les terres. La fin de l’été soumet ses dépressions et certaines âmes rentrent en hypothermie.

J’ai beaucoup aimé ce volume des enquêtes d’Erlendur. L’homme dans cet épisode est solitaire. Ce n’est pas qu’il soit abandonné des siens ou isolé, non, il souhaite son indépendance et s’investit pleinement dans ses recherches… Par le biais d’un enregistrement, il va décrypter les paroles de la défunte et dénouer une mascarade. De plus,  entre quelques chapitres, on vit les derniers jours de Maria. L’auteur raconte ses divagations, sa quête spirituelle et les étranges apparitions qui se manifestent.
Erlendur sera baladé… du pasteur, au médium, du mari au reste de la famille, des années estudiantines aux camarades dispersés au fil du temps… d’un fantôme à un autre… tous leurs aveux contribueront à l’épilogue. Mais le ou les fautifs seront-ils punis ?
Entre ses enquêtes, pour Maria et celles pour un père, qui avant de mourir, désire savoir où est son fils disparu, Erlendur reçoit la visite de ses enfants. Ils lui demandent de revoir son ex-femme Halldora pour clore leur situation, d’une manière civilisée. Eva Lind, sa fille, joue les médiatrices et pense guérir ainsi, de sa dépendance à la drogue.
Le pardon… ne doit-on pas se pardonner pour avancer ? Les remords sont des crabes qui rongent le corps et l’esprit. Alors, il serait bon que notre inspecteur parte sur les chemins de son passé, retrouver son fantôme.

« Debout devant la maison abandonnée qui avait autrefois été son foyer, il levait les yeux vers Hardskafi. On ne distinguait qu’imparfaitement les contours de la montagne à cause du brouillard givrant qui descendait toujours plus bas sur les flancs du fjord. Chaudement vêtu, il avait pris ses vieilles chaussures de marche, son pantalon imperméable et son épaisse veste d’hiver. Il fixa longuement les flancs de la montagne, silencieux et grave, avant de se mettre en route, à pied, avec sa canne de randonneur et son petit sac à dos. Il avançait à grand pas, cerné par le silence de la nature qui s’était endormie pour l’hiver. Bientôt, il avait disparu dans la brume glaciale. »

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Les billets des lectures communes
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Sharon : Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4Tome 5Tome 6

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La Cité des Jarres – Tome I

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La cité des Jarres
Arnaldur Indridason

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La police criminelle de Reykjavik envoie son inspecteur Erlendur sur les lieux d’un crime. On a retrouvé le cadavre d’un vieux monsieur de soixante-dix ans, chez lui, dans son salon, mort d’un coup porté sur la tête. On suspecte un cendrier en pierre d’être l’arme.
La scène du meurtre est nette et sans désordre. Seul un mot bien calligraphié est posé en évidence… « Je suis lui. »
Assisté de son collègue Sigurdur Oli qui pense à un meurtre gratuit « bête et méchant » dans le style islandais, Erlendur va mener son enquête et fouiller le passé de ce paisible retraité.
« – N’avons-nous pas affaire à un meurtre typiquement islandais ?
– Hein ? répondit Erlendur, absorbé dans ses pensées.
– Un truc dégoûtant, gratuit et commis sans même essayer de le maquiller, de brouiller les pistes ou de dissimuler les preuves. »

Serait-ce un jeune garçon que les voisins ont croisé dernièrement ? Il avait une mine patibulaire, portait des treillis et des rangers. Un cambrioleur ? Un rôdeur ? Et cette photo ensevelie au fond du tiroir d’un bureau, représentant la stèle tombale d’un enfant ? Erlendur sait qu’elle est le début de l’énigme. Une histoire bien plus sombre qu’on pourrait le supposer.
Dehors, le vent glacial de l’automne crie. Le ciel est chargé de nuages noirs, gris, bleus, des couleurs de nuit précoce, de froid et de pluie. Caché dans son manteau, un chapeau rabattu sur les yeux, l’inspecteur parcourt différents lieux, Keflavik, Njardvik, en quête d’une histoire vieille de quarante ans ; un viol, une enquête bâclée, un acquittement, la mort d’une petite fille à l’âge de quatre ans, le suicide de la mère, une autopsie, la disparition d’un organe… le magasin des horreurs dans la cité des jarres… et la vie ignominieuse de Holberg, le vieil homme assassiné.

Erlendur, malgré ses cinquante ans, son corps usé par des nuits d’insomnie, son coeur et ses poumons brûlés par la nicotine, malgré l’inquiétude incessante pour sa fille Eva Lind qui se drogue et qui se détruit chaque jour sous son regard, Erlendur s’investit à fond dans une intrigue honteuse et infâme. Le dénouement sera amer.

Un livre aux sons et aux teintes de l’Islande. Une écriture sobre et violente dans la rancœur des êtres déchirés, de la noirceur et de l’abject chez des gens ordinaires, bourgeois, représentants de l’ordre ou monde médical. La trame a l’envergure simple d’un fait divers alliée à celle d’une fiction futuriste et inquiétante, celle du marché du génome.
Livre captivant. Je continuerai mon aventure-découverte avec le second tome des enquêtes de Erlendur, avec « La femme en vert »…

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Peinture de Jóhannes Sveinsson Kjarval

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