La surprise de Noël


Il était sept fois Noël avec Samarian et Chicky Poo

 

 

La surprise de Noël
Debbie Macomber

A vingt-quatre ans, Merry ne sort jamais et n’a pas de petit ami, ce qui attriste ses parents qui sur un coup de tête l’inscrivent dans une agence de rencontre sur le net, sous le pseudo de Mary. De famille modeste, elle est obligée de faire de l’intérim pour payer ses études. Son temps est très pris entre ce travail et sa famille, car sa mère a une sclérose en plaques et son petit frère est atteint de trisomie 21.
La fin de l’année est intense et à Noël, il y a tous les préparatifs à organiser. Dans son entreprise, un gros contrat avec la société Boeing est sur le point de se conclure et son service est particulièrement sollicité. Le vice-président, Jayson Bright, pousse les employés dans leurs retranchements et ne ménage pas Merry qui subit trop souvent ses foudres royales… Dictatorial, tranchant, intransigeant… la liste des adjectifs antipathiques est trop longue. Bref, un Grinch !

A plus de trente ans, Jayson Bright se consacre exclusivement à son travail en cherchant essentiellement à satisfaire son oncle, le président de la société, qui s’est occupé de l’enfant solitaire qu’il était après le divorce de ses parents. Cette dévotion le transforme petit à petit en un être un peu trop impérieux, glacial et désagréable avec tout le monde, sauf avec son cousin qui a partagé son enfance.
Alors quand ce cousin lui annonce qu’il est très amoureux d’une amie d’enfance qu’il a retrouvée sur un site de rencontre et qu’ils vont se marier, Jayson commence à réfléchir. Curieux, il s’accorde quelques minutes à regarder le site et le profil qui attire son attention est celui d’une certaine Mary qui a mis la photo de son chien en guise de portrait. Le chien le renvoie à une époque heureuse de sa vie quand il en avait un lui aussi, et sur un coup de tête, il décide de créer son profil avec une photo de Rocky et de contacter Mary.

De chapitre en chapitre, la lecture passe de Merry-Mary à Jayson-Jay. Nous les accompagnons dans ce jeu de rôle et dans leurs approches timides au début et plus amicales par la suite. Tous les soirs à 21 heures, ils se connectent pour une parenthèse enchantée. Mary lui raconte sa vie, sa famille, ses rêves, se plaint de son odieux patron, lui parle de Noël, une fête magique… et Jay se reconstruit et grandit en se nourrissant de sa générosité, de sa fraîcheur, des bonheurs simples qu’elle lui offre.
Et puis arrive le jour où tous deux décident de se rencontrer. Vraiment se rencontrer ? et non… leur histoire d’amour ne va pas se conclure aussi rapidement, et cela, pour la joie des lectrices qui charmées, vont sourire, ricaner et dévorer cette romance, bonne comme un petit sablé de Noël.

 

Un autre billet avec Nahe

 

 

 

Un soleil entre des planètes mortes

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Ce mercredi BD se passe chez Moka
dans le cadre nordique de Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe qui a lu « Le centre de la Terre »

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Un soleil entre des planètes mortes
Anneli Furmark

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Murjek, Gällivare, Kiruna… le train file vers des montagnes, des précipices, des fjords, un ciel bas, blanc, qui se dépose sur un paysage enneigé, glacé, vers Narvik le terminus et Tromso. Barbro, une Suédoise de cinquante ans, a décidé de s’offrir un périple dans le nord de la Norvège, sur les traces de l’héroïne du roman qui l’accompagne depuis toujours, « Alberte » de Cora Sandel.

Complexée et confondant sa timidité avec de la lâcheté, Barbro s’identifie à Alberte, jeune fille du siècle dernier qui se sentait laide, insipide et prisonnière de sa condition de femme dans une province reculée ; une province à la bordure du monde qui s’invite par la mer, mais très à l’écart aussi. L’histoire en trois volumes, éditée dans les années 20 jusqu’à la fin des années 30, commence par la présenter dans sa famille bourgeoise et austère, envieuse de son frère Jacob qui voulait braver le courroux paternel en arrêtant ses études pour s’embarquer sur un navire marchand.

Petite souris, Barbro s’était emparé de ces livres comme si elle se saisissait d’un bouclier et avait rêvé toute sa vie d’émancipation et d’aventures, sans jamais oser entreprendre. A cinquante ans, alors que le miroir lui renvoie le portrait de sa grand-mère, elle se demande si ce n’est pas déjà trop tard…

Tour à tour, dans des tons aux dominantes vives de bleus et de rouges pour Barbro et des tons de gris, noirs et blancs pour Alberte, l’album graphique d’Anneli Furmark raconte ces deux personnalités déchirées, craintives, si embrouillées dans leurs modesties et leurs fantasmes ; si semblables.
L’auteur parvient à nous faire ressentir leurs détresses, leurs envies, leurs espérances, leurs solitudes… l’attente et l’ennui. Les dessins sont taillés, rudes, abrupts, dépouillés, et riches de cette atmosphère étrange et polaire.
Je recommanderai ce livre qui a su m’apprivoiser et m’émouvoir.

 

Le billet de Nahe « ici »

 

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Tangente vers l’est

Un livre offert par Lou
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Maylis de Kerangal

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De Moscou à Vladivostok, 9 288 kilomètres.

Aliocha est un jeune conscrit d’une vingtaine d’années qui doit effectuer son service militaire en Sibérie, le pays du goulag. Le nez écrasé contre la vitre du Transsibérien, à l’écart de ses camarades, il voit défiler le paysage. Plein de peur et de colère, il songe à sa désertion. Tout, sauf la Sibérie ! Le voyage est long, violent, les étapes dans les stations sont peu fréquentes et surtout surveillées par Letchov, le garde chiourme. Il est impossible de s’évader.
Hélène est une française d’une trentaine d’années qui fuit Anton, l’homme qu’elle aime. Elle abdique car elle ne le reconnait plus, elle ne veut plus de cette vie, de cette Russie qu’elle avait idéalisée. Elle part vers l’est, par ce train qui n’en finit pas d’avaler les distances.
Aliocha et Hélène vont se rencontrer dans le couloir du Transsibérien. Deux solitudes qui s’accostent, très peu de mots dans la fumée de leurs cigarettes, des présentations primitives, Moi Aliocha, Moi Hélène, des sourires timides, le regard maternel et sensible de la femme, le regard fiévreux et violent de l’homme-enfant. La nuit s’étire, très longue, pesante et chaloupée.
Aliocha ne se trompe pas lorsqu’il retient fermement Hélène. Il sait qu’elle peut lui venir en aide. Elle est son seul recours. Le message passe dans des mots aboyés, essoufflés, gutturaux. Si elle ne les comprend pas, elle en devine l’intensité. Elle aurait pu se débattre, crier, mais elle l’invite à se cacher dans son compartiment de première classe, touchée par son angoisse, séduite par sa fierté. Ne fuit-elle pas, elle aussi ?!
Il n’y a aucune ambiguïté à ce geste. Peut-être le regrettera-t-elle, peut-être que non.

« Le paysage défile maintenant par les ouvertures de la cellule grise qu’ils ont occupée ensemble, à touche-touche, unis dans les mêmes soubresauts, dans les mêmes accélérations et les mêmes ralentissements, où ils ont mélangé la fumée de leurs clopes et la chaleur de leurs souffles. Aliocha retient sa respiration, il n’est pas suppliant, il n’est pas une victime, il est comme elle, il s’enfuit, c’est tout. La femme pose ses yeux dans ceux du garçon – une clairière se lève dans le petit jour sale, très verte -, se mords les lèvres, suis-moi. »

Le voyage est sans fin jusqu’à la limite, Vladivostok. Bientôt Irkoutsk, le lac Baïkal, d’autres gares… et Tchita, la caserne, « la ville des exilés ». Arriveront-ils à la dépasser ? Plus loin, il y a la mer et leurs libertés.

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« Tangente vers l’est » est une superbe histoire qui raconte l’aventure de deux âmes perdues, un train mythique et un pays vaste et acéré. C’est le mystère russe, son romantisme et ses ambivalences, c’est un suspens qui compresse le souffle et qui ralentit le rythme de la lecture, ce sont des mots poètes, des mots-images, des mots passionnés, c’est une amitié, un amour, une reconnaissance, un sauvetage, une folie alliée à du courage et du tempérament. L’histoire est d’aujourd’hui, mais elle aurait pu être d’une autre époque. Le roman est court avec de belles phrases, sans vrais dialogues, à deux voix, à deux sensibilités, deux nationalités.
Entre Aliocha et Hélène, les gestes sont beaux, attentifs et prévenants, ils sont ceux d’une mère avec son enfant, d’une femme qui mate son futur amant, ceux aussi d’un garçon qui cherche protection et d’un homme captivé qui vibre… C’est sensuel, pudique et intrigant.

J’ai beaucoup aimé et je vous le recommande.

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D’autres billets chez Sharon, Mango, Philisine,

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