Le Viking qui voulait épouser la fille de soie

Décembre nordique avec Cryssilda (Suéde)

 

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie
Katarina Mazetti

Au Xe siècle,


Sur Möckalö, une île du sud de la Suède, nous faisons la connaissance de Säbjörn, un constructeur de bateau qui vit dans sa ferme avec ses deux fils, sa belle-sœur et ses esclaves. Sa femme et mère de ses enfants est partie sans donner d’explications, mais tous espèrent qu’un jour elle reviendra. Avec cette disparition Säbjörn qui était avant tout un homme de paix, devient plus ombrageux et violent. Sa douleur se reportant sur son fils aîné, Svarte qui ressemble physiquement à sa mère, il accorde toute son attention et son affection à son fils cadet, Kare. Grâce à Arnlög la volvä, la tante qui a un don de divination, qui parle aux oiseaux et qui tient le rôle de guérisseuse, la famille reste unie mais au fil des ans, alors que les garçons grandissent, les liens se délitent. Svarte, l’intrépide, le fougueux, le jaloux, et Kare, le rêveur, le terrien, le bon, aspirent à découvrir le monde en cherchant l’aventure au-delà des mers. Vers leurs seize ans, la tête pleine de rêves de négoces et de richesses, l’un après l’autre, ils quittent le giron de leur île pour d’autres contrées.

A Kiev, Chernek, un riche marchand de soieries, vit dans son palais avec ses deux enfants, Radoslaw et Mika. L’aîné, élève militaire, s’imagine participer à d’illustres batailles et conquêtes aux côtés de l’homme qu’il admire, Sviatoslav le Grand-duc, et la cadette souhaite quitter les murs sécurisés et somptueux de sa demeure pour accompagner son père dans ses voyages à Constantinople. Pour la consoler, Chernek se montre toujours très généreux avec elle et lui offre pour ses dix ans, deux esclaves, des gamines venues de continents lointains ; Poisson d’or aux yeux étirés et Petite Marmite à la peau d’ébène. Les trois enfants qui grandissent ensemble, deviennent inséparables et leur amitié va dépasser le statut maître-esclave.

Un jour, tous ces personnages se rencontreront. Chernek part pour ses commerces en laissant sa fille à Kiev. Mais lors d’un conflit, la ville est attaquée, pillée, et Radoslaw, Mika, Poisson d’Or et Petite Marmite sont faits prisonniers par l’un des assaillants qui se trouve être le capitaine Svarte. Plus protecteur que geôlier, le viking les ramènera de l’autre côté de la Baltique, dans l’île de son père, où chacun œuvrera à sa destinée.

Katarina Mazetti conte leurs vies d’une écriture belle et émouvante. Récit très intéressant sur la grande Histoire, sur les civilisations, les croyances, récit épique, récit de voyages, récit d’amours, les mots nous tiennent captifs et nous mènent au cœur de ce siècle en pleine mutation. Les deux univers, l’un d’une île scandinave à la société rustique, guerrière et paysanne, et l’autre d’un empire florissant, riche et raffiné, se confrontent et s’unissent. Il y a un peu de Dumas dans ces histoires passionnantes et romanesques, très enlevées.
Un roman à recommander, qui fut une belle surprise…

Un autre avis chez Nahe,

 

 

 

 

Malefica


Octobre, challenge Halloween avec Lou et Hilde
Polars fantastiques avec Sharon

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Malefica 1Malefica
Hervé Gagnon

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En 755, sous le règne de Pépin le Bref
Un prisonnier de haut lignage, tenu au secret dans une tour, reçoit pour seule visite celle d’une jouvencelle qui vient le soigner régulièrement. Puis un jour, malgré l’immense plaisir qu’il a de la voir, il lui intime l’ordre de ne plus venir. Il sait que sa mort est programmée pour bientôt.

En 1631, sous le règne de Louis XIII,
Dans le village d’Abelès, la guérisseuse et sage-femme, Catherine Dujardin, aide sa fille Anneline à mettre au monde son bébé. Comme toutes les femmes de leur lignée, elle accouche d’une petite fille qu’elle appelle Jeanne. Jeanne porte la tâche en forme d’abeille qui symbolise l’ordre antique de leur déesse. Mais afin de les protéger de l’Inquisition, le bon curé Bardou ne tarde pas à donner sa bénédiction, car même si elles sont appréciées et demandées par le village, quelques mauvaises âmes n’hésiteraient pas à les traiter de sorcières.
Pendant que la petite Jeanne grandit, instruite par ses deux aînées dans le métier de guérisseuse, pas loin d’Abelès, François Morin, un ancien soldat très valeureux qui avait fait le siège de La Rochelle et avait secouru Jean Armand du Peyrer Comte de Trouville (Capitaine de la compagnie des Mousquetaires), monte une forge pour devenir armurier. Bien installé, de bonne réputation, et heureux en famille, le sort en la personne de Gaston de Villefort, le gabeleur du comté qui commet des exactions sans scrupule, vient le terrasser en tuant sa femme et sa fille. Fou de douleur, François rend sa justice en tuant à son tour le meurtrier, puis s’enfuit en étant gravement blessé.

Poursuivi par le prévôt Reynaud de Villefort, le frère de Gaston, François est retrouvé agonisant dans un fourré par Anneline qui l’emmène chez elle pour le soigner. Suite à cet acte qui suscite la jalousie d’un amoureux éconduit, la jeune guérisseuse va être accusée de sorcellerie et subir un procès mené par l’abbé Guillaume Fagot, un fanatique de l’Inquisition ami de Guy de Maussac. Calomnies, faux témoignages, un bûcher qui est érigé, Anneline voit aussi sa maison brûler et sa mère mourir. Pour elle et Jeanne, il ne reste alors que la fuite, et c’est avec l’aide de François qu’elles partent sur les routes en direction de Paris, avec pour seul héritage, un mystérieux livre de paraboles datant de l’ère mérovingienne, très convoité par l’Église et les hommes de la couronne, qu’elle va essayer de décrypter pour assurer leur survie.

Premier tome d’une trilogie, le roman s’articule autour de nos deux héros pourchassés par l’Église et les hommes de Reynaud de Villefort. Roman épique, rien ne leur est épargné et c’est avec courage et détermination qu’ils cheminent vers les embuches.
Une intrigue longue de 500 pages, le style est fluide malgré des longueurs et des passages très durs sur les tortures pratiquées par l’Inquisition. Des personnages aux tempéraments marqués, une incursion détaillée à l’époque de Louis XIII avec des personnages historiques tels que Richelieu et les Mousquetaires, de la romance, du surnaturel, beaucoup de combats, du mystère et un secret vieux de près de mille ans, peuvent plaire aux lecteurs initiés qui ne s’ennuieront pas. Mais pour ma part, j’ai moyennement apprécié et ne pense pas lire la suite. 

 

Sacre de Pépin le Bref

 

 

Mrs Creasy a disparu

Challenge polars de Sharon
Un livre offert par Babelio et les éditions Harper Collins

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Mrs Creasy a disparu
Joanna Cannon

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1976,
Mrs Creasy a disparu, envolée, par un beau matin d’été,
sans laisser de message et sans avertir personne. Dans la rue où habite Grace, une gamine de neuf ans, tous les voisins s’interrogent et guettent les faits et gestes de M. Creasy qui erre partout à sa recherche, étourdi, comme un peu sonné par un uppercut.
En écoutant les sous-entendus des adultes, Grace soupçonne le pire. Elle confie à sa copine Tilly que la gentille dame qui les recevait souvent chez elle, pourrait être morte, assassinée.

Il fait très chaud, les jours s’étirent avec langueur, ce sont les vacances ; limonade aux pissenlits, Borg gagne tous ses matchs à Wimbledon et Abba chante « Dancing Queen »… Sous le couvert du scoutisme et de vouloir commettre de bonnes actions, Grace et Tilly vont enquêter dans chaque maison du quartier, devançant ainsi les pas de la police ; un numéro de maison par chapitre. Elles découvrent que Mrs Creasy était une personne très bavarde, mais aussi très à l’écoute de ses voisins qui lui glissaient à son oreille leurs déconvenues, leurs angoisses et parfois leurs secrets les plus intimes.
Une rue, des voisins, des commérages, des aigreurs, des jalousies, des souvenirs, des photos jaunies qu’on relègue en haut des placards, et très rapidement, un drame vieux de neuf ans qui concerne le n° 11, revient à la surface. Alors si elle ne devait pas revenir, égoïstement, chacun se plaît à penser qu’après tout, ça ne serait pas si mal !
Les deux enfants vont également chercher Dieu. Où est-il ? S’il existe, peut-il apparaître pour les aider et réconcilier tout le monde ? D’après le pasteur, il est partout… (même dans une gouttière).

Les numéros des maisons se succèdent et les histoires se délient, entre passé et présent. Celles des hommes qui se retrouvent au pub et celles de leurs femmes qui essaient de maintenir un semblant de normalité.
A travers le regard candide et fantasque de Grace et Tilly, nous rencontrons une société faible, haineuse, confite dans ses préjugés, qui, derrière un apprêt vernissé, cache plein de fantômes et un dénominateur commun. Le roman raconté avec ce filtre d’innocence donne une lecture plus légère, plus souriante, sans toutefois perdre de sa gravité et de son cynisme. Car l’auteur, en donnant à ce microcosme sociétal un panel de névroses, aborde plusieurs thématiques : alcoolisme… illettrisme… dépression, maladie, mort… faillite… religion…
« Mrs Creasy a disparu » est un livre qui se lit d’une traite, qui appâte le lecteur avec ses mystères et qui le retient avec Grace et Tilly, deux gamines intrépides et adorables. C’est par elles que l’émotion passe.

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D’autres billets chez Albertine,

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Agnès Grey

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Agnès GreyAgnès Grey
Anne Brontë

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Pour mieux apprécier ce roman, il faut d’abord se pencher sur la vie de l’auteur. Dans cette histoire, elle est Anne-Agnès qui confie au lecteur des morceaux de son journal mis en scène. Si elle agrémente ses écrits d’une romance fantasmée, bien des passages de ce livre racontent son vécu.
Anne est la cadette de la famille Brontë. A l’âge de dix-neuf ans, elle travaille déjà comme gouvernante ; dans son premier poste, elle n’y restera pas plus de deux trimestres et dans son second, elle y restera quatre ans. Orpheline de mère à un an, elle a vu partir au cours de sa jeune existence, ses sœurs et son frère, morts de la tuberculose. Elle mourra également de cette maladie en 1849, à vingt-neuf ans. Ces décès doivent être précisés car ils ont façonné son esprit. Deuxième point important à souligner, à Haworth, lorsque son père le vicaire Brontë s’est retrouvé seul, il a fait venir sa belle-sœur Elizabeth Branwell pour s’occuper des enfants. Femme aimante, attentionnée, elle avait aussi toute la rigueur et la morale d’une méthodiste. Sévère, elle voulait donner une éducation basée sur « l’effort et l’étude ». De la fratrie, on dit qu’Anne a été la plus sensible à cette pédagogie et on le perçoit bien dans « Agnès Grey » où elle y parle principalement de religion, valeurs et abnégation. Ça peut sembler ennuyeux, mais c’était sa vie, à replacer dans le contexte, époque-lieux-société.
Jeune fille humble et réservée, voire même austère, elle a dû dans le secret de sa solitude, rêver… beaucoup rêver.

Même si Agnès est heureuse avec ses parents et sa sœur Mary, son aînée, elle désire quitter sa maison et devenir indépendante. Pour les femmes de son rang, il n’y a alors que trois emplois qui sont admis par la bonne société, dame de compagnie, institutrice et gouvernante, et c’est sur ce dernier que son choix s’est porté. Gouvernante…
D’abord chez de riches commerçants, les Bloomfield, où elle n’y passe pas une année. La famille entière est pleine de suffisance et de mépris à son égard ; les enfants se montrant la plupart du temps désobéissants, cruels et capricieux. Agnès constate que cette vulgarité et ce pédantisme sont tout simplement un manque d’éducation. De plus, ce n’est pas auprès des domestiques qu’elle peut rechercher du réconfort car elle décèle une discrimination même chez eux. Elle n’appartient ni à l’aristocratie, ni à la bourgeoisie, ni aux classes dites inférieures.
Elle trouve une autre place chez les Murray où elle doit s’occuper de trois jeunes filles. Elle y restera plus longtemps. Autre milieu, autre ambiance, elle apprend à composer, à être transparente, avec ces frivoles superficielles et peu cultivées. C’est dans ces pages qu’Anne exprime la piété et sa spiritualité. Agnès fréquente l’église le dimanche et a de quoi dire sur le recteur Hatfield, un homme infatué et peu sympathique. Jusqu’au jour où un vicaire arrive pour le seconder, Edward Weston…

Dans la première partie du livre, Agnès fait le dur apprentissage de l’enseignement. Elle apprend beaucoup au contact de cette famille de boutiquiers et ce qui aurait pu la blesser ou la décourager, ne fait qu’entériner son émancipation. La deuxième partie raconte son arrivée à Horton-Lodge. C’est plus léger car il y a l’entrée dans le monde de l’aînée des Murray et un bal. Il s’en dégage également de la tristesse, Agnès ne connaîtra jamais cette aisance et cette insouciance. On discerne dans ce faste, une parade factice et très raisonnée. S’en suit des passages sur l’église, la campagne environnante, les balades, le voisinage et les relations amicales, puis l’arrivée du jeune vicaire. Agnès est une personne effacée, peu sûre d’elle. Quand elle rencontre Edward Weston, elle ressent une attirance qui se renforcera par la suite, mais elle ne fera aucun pas vers lui, acceptera tout juste un bouquet de primevères… On peut dire qu’Edward est le rayon de soleil de ce roman bien taciturne ! En troisième partie, proche de l’épilogue, le père d’Agnès décède et elle doit quitter les Murray pour retourner vivre avec sa mère. Elles commencent une autre vie sur la côte, face à l’océan, et ouvrent une école pour jeunes filles. C’est vivifiant et plein de promesses pour Agnès, surtout lorsqu’elle revoit Edward qui a obtenu une paroisse près d’elle…
Anne voyait-elle son futur ainsi ? C’est une confession douloureuse et amère car dans ses rêves, elle ne semble pas résignée.

« Agnès Grey » est fidèle à Anne, sans emphase, modeste, simple, jusque dans la fin où elle termine par « Et maintenant, je pense en avoir dit assez ». Cette petite phrase en dit long sur sa modération, sa retenue. Son livre n’a pas la passion du roman d’Emily, le mystère du roman de Charlotte, ou l’ironie mordante de Jane Austen, mais il est intéressant car il témoigne de la condition des gouvernantes en ce temps et de la société victorienne. Elle livre également une réflexion sur le rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants.
A lire, pour lui rendre hommage…

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D’autres billets chez
Mind, MissPendergast, Nathalie, ClaudiaLucia, Lou,

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Le chat du rabbin, La Bar-Mitsva – Tome I

Logo BD Mango NoirMercredis BD de Mango and Co..
Challenge « Animaux du monde » de Sharon
Challenge « A tous prix » d’Asphodèle

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le chat du rabbin 1Le chat du rabbin
La Bar-Mitsva – Tome 1
Texte et dessins de Joann Sfar
Colorisation de Brigitte Findakly

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Alger, début du XXè siècle,

Être chat de rabbin n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’on est obligé d’étudier le Talmud, la Torah et tout le reste… parce que…
Un jour, le Chat, style abyssin gris-bleu, agacé par le bavardage du perroquet, l’a avalé tout entier, laissant seulement quelques plumes de son méfait. A sa grande surprise, lui qui n’arrivait qu’à miauler, s’est mis à parler comme un humain.
Il nous raconte alors sa vie chamboulée, ses états d’âme et ses réflexions sur de nombreux points de la judéité. La première question qu’il se pose concerne son identité. Est-il Juif ou chat de Juifs ? C’est très important ! Car s’il veut rester auprès de Zlabya, la fille du rabbin, il doit se comporter comme un « vrai » Juif.
Un « vrai » et « bon » Juif ? oui-oui… rentrer « dans le droit chemin », faire sa bar-mitsva, étudier la kabbale… et tout le toutim… Que tout semble compliqué ! surtout lorsque le Chat se met à chipoter et à philosopher sur les sujets qui le tracassent et qui vont à l’encontre de ses désirs et des principes de son maître.
Il parle… il discutaille, intellectualise, chicane, « thèse, antithèse, antithèse de l’antithèse », fait de l’esprit, ironise, damne le rabbin en chef et perturbe la conscience de tout le monde. Les valeurs traditionnelles, les croyances, les dogmes, la spiritualité… sont affaires de débat. Le Chat est désespérant ! Son maître le lui dit… c’était mieux avant quand il ne parlait pas et on lui demande expressément de ne plus dire un mot.

Ne plus parler. Le Chat est d’accord. Il va sacrifier ce droit à la parole pour pouvoir rester avec Zlabya. Ne plus parler… ne plus parler… oui, mais alors, il va observer et tout nous raconter.

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J’ai beaucoup aimé cette rencontre avec le Chat du rabbin et je ne tarderai pas à lire la suite. L’auteur fait parler le chat dans une langue pleine d’humour, de finesse et de causticité. Il controverse et remet en question certains points du judaïsme ce qui chagrine et tourmente son maître. Cabochard mais très sympathique, à travers lui on découvre la communauté juive d’Alger et l’importance qu’elle accorde à la kabbale.
Chat heureux dans une maison bienveillante, l’album dégage également de beaux sentiments comme la tendresse et le partage.
Le scénario est généreux, les dessins aussi. La richesse des mots, des couleurs, des expressions, des détails des décors, font de cet album une belle réussite qui a été deux fois primé ; en 2003, prix du jury œcuménique de la bande dessinée et en 2006, prix Eisner de la meilleure édition américaine d’une œuvre internationale.

Dans la préface, Eliette Abécassis dit de ce conte qu’il est poétique et qu’il raconte l’essentiel du judaïsme. « Œuvre unique et intelligente ». Quant à Joann Sfar, par cet album, il rend un hommage aux peintres d’Alger du XXè siècle et cite l’ouvrage de Marion Vidal-Bué « Alger et ses peintres, 1830-1960 ». Ce dernier point m’embarque déjà de ce côté-ci de la Méditerranée !

Je vous recommande donc ce premier tome… gourmand.
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D’autres billets chez Mo’, Catherine,

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Chine 365 us et coutumes

Chine 365 us et coutumesChine, 365 us et coutumes
Sophie Francoeur et Anne-Marie Cattelain Le Dû

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Ce petit livre aux « 365 us et coutumes » mêle deux civilisations, la Chine d’hier de Confucius à celle d’aujourd’hui si trépidante. Enluminé par de belles illustrations colorées, dragons, fleurs, rosaces géométriques, il avive nos sens et notre spiritualité.

Pays secret, Empire Céleste, le voyage nous convie à lire cinq parties…

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Vie en société
« 35. Oups !
Si dorénavant la bienséance veut qu’on mange sans déglutir bruyamment et sans roter, les Chinois, même éduqués, continuent d’affirmer qu’il est impossible de manger sans émettre des bruits naturels. »

Histoire de famille
« 85. Le bon moment pour le mariage
Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes Chinois, sous la pression de leur famille, consultent un astrologue pour qu’il fixe la date de leur union. Un calcul qui prend en compte le signe astrologique de chacun des fiancés. »

Culture et loisirs
« 161. Parfum d’ambiance
Un calligraphe peut utiliser de l’encre en bouteille mais il préfère la délayer lui-même à partir d’un bâton à encre. Cet exercice prend du temps mais permet de se concentrer, de se couper du monde. Et le parfum particulier du noir de fumée de sapin servant à fabriquer le bâton crée une atmosphère propice à la calligraphie. »

Croyances et fêtes
« 196. Slogans à tout-va
Des slogans officiels ou de sociétés privées sont affichés partout. En général ils se composent de deux parties, chacune répondant à l’autre en termes de grammaire
et de caractères, tels que : « Ne pas oublier le peuple quand on administre les affaires politiques ; ne pas oublier la probité quand on est au pouvoir » ; ou encore « L’ensemble du Parti participe au mouvement de construction et de conquête ; l’ensemble du peuple construit une ville civilisée. »

Vie privée
« 294. Le Tigre téméraire et sensible
Déterminé, courageux, séduisant, charismatique, le Tigre est aussi versatile, sujet aux sautes d’humeur, au stress, ultrasensible, ce qui lui vaut des inimitiés. Il est le roi terrestre. »

Un art de vivre, une philosophie, de la sagesse… Chaque jour, on peut s‘amuser à méditer ce qu’il nous révèle.
Dans la même édition, vous trouverez le Japon, le Maroc et l’Inde. Ça peut faire un sympathique cadeau en début d’année.

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Visions Huichol, un art amérindien du Mexique

L’art dans tous ses états de Shelbylee

Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques de Babelio
Partenariat avec les Éditions d’Art Somogy

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vision huicholVisions Huichol
Un art amérindien du Mexique
Michel Perrin

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Michel Perrin, ethnologue et anthropologue, s’est spécialisé sur le chamanisme, la mythologie, le symbolisme, l’ethnomédecine et l’art. Lors d’un voyage au Mexique, dans la sierra de Jalisco, de 1989 à 1991, il découvre la culture amérindienne et le peuple Tateikie. L’accueil est peu chaleureux. Ils sont fiers, discrets et réticents envers l’étranger. Des tableaux faits de fils retiennent son attention…
Il y retourne vingt ans après, en 2010, et perçoit un changement. L’écotourisme « a ravivé et transformé » leur art. L’artisanat s’est développé et s’ouvre sur le monde extérieur. On le découvre sur les étals des marchés mais aussi dans les musées.

Dans l’introduction, il se questionne sur deux points qu’il est important de relever…
 » Quelles relations existe-t-il entre la religion et l’art d’une société traditionnelle ?
Comment un art pictural se nourrit-il d’un milieu géographique particulier et d’une manière spécifique de concevoir l’homme et le monde, exprimée par les mythes et les rites ? »

huicholNotre-Mère-Terre
Martin de la Cruz (Niuveme), 1989 – 30 x 30 collection particulière

Ce magnifique livre sur les Huichol est un partage de connaissances (leur histoire, leurs mythes, leur religion, leur culture, leur terre…), de spiritualité (leurs visions…) et d’émotions (leurs créations, l’essence de leur art, l’harmonie des formes, des symboles, des couleurs…).

Les Wirraritai, appelés les Huichol, parlent la langue uto-astèque. Ils habitent sur des hauteurs escarpées (3000 mètres d’altitude) car ils ont été contraints de quitter les terres basses lors des incursions militaires espagnoles du XVIème siècle. Ils se divisent en cinq communautés, des scissions qui représentent le centre et les quatre points cardinaux. Santa Catarina Cuexcomatitlan, San Andrés Cohamiata, San Sebastian Teponahuaxtlan, Tuxpan de Bolanos et Guadalupe Ocotan. Le chiffre cinq est un nombre particulier qui revient régulièrement dans les rituels chamaniques.
Dans les années 50, on a demandé à ce peuple d’artistes d’exprimer par des dessins, leur croyance et leurs rêves. « Quelque cinquante années plus tard, un ethnologue a suivi un chemin inverse. Il a demandé aux Indiens de déchiffrer et d’interpréter leurs œuvres picturales… ». La mythologie huichol se raconte à travers leurs œuvres. Les formes sont « des êtres divins, humains, animaux ou végétaux ». Tout s’imbrique et passe de l’un à l’autre. On ne distingue alors de cette complexité que « les lignes dominantes » et contrastées ; le sombre, la nuit, s’opposent à la lumière, le jour, le désert à l’océan…
Pour nous aider à comprendre (ou à cheminer librement dans notre imaginaire), à reconnaître les formes, un petit répertoire dévoile les principales divinités. Elles sont animales comme l’Aigle, le Cerf, le Loup, le Lézard… elles sont éléments comme l’Eau, le Feu, le Vent, la Pluie… elles sont astres comme la Lune, le Soleil… elles sont végétales comme le Peyotl, le maïs…

Dans un des paragraphes intitulé « Voir, communiquer et créer. Un art chamanique ? », l’auteur note l’influence des traditions religieuses et des rites chamaniques. Après avoir consommé du Peyotl, l’esprit s’ouvre est accède à des strates parallèles, mondes « des ancêtres, des dieux, des esprits, des âmes et des morts ». Leurs visions racontent leurs communions et nous invitent dans « des lieux sacrés ».

Sur des surfaces de contreplaqué recouvertes de cire, ils disposent des fils de laine. Les arabesques peuvent composer des tableaux simples ou très chargés. Comme les peintures ou gravures des Aborigènes d’Australie, (je pense aussi à Picasso et Robert Combas), beaucoup d’énergie, de vie, passe par ces formes. Labyrinthe, carte au trésor, tapisserie aux teintes éclatantes, on peut dire sans paraître vulgaire, qu’on en a plein les yeux !
Suivre le cheminement, se tortiller en tous les sens suivant les remous des fils, faire une pause sur une figure et en découvrir l’expression, les couleurs, son remplissage, chercher l’histoire sans la deviner, se perdre dans les pigments… et rentrer en osmose…

Le livre compte près de 130 créations photographiées, toutes détaillées, expliquées, formulées en proses. Il y a des chemins, des naissances, des prières, des fêtes… un immense univers magnifique, généreux, spirituel, rempli de mystères et de ferveur.

Si vous avez la possibilité et la chance d’aller au Musée d’Arts Africains, Océaniens et Amérindiens de Marseille, l’exposition « Visions Huichol, un art amérindien du Mexique » se tient jusqu’au 11 janvier 2015.

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Un livre à offrir ou à s’offrir.

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108247_1411486651_5-huichol-dieux-que-ns-rencontrons_557x420pJosé benitez Sanchez, 1988 – 61 x 81,5 cm, collection particulière


Les Dieux que nous rencontrons

Un chamane et son aide sont sur des rochers.
L’un d’un côté, l’autre de l’autre.
L’un communique avec Notre-Frère-Aîné-Kauyumari.
Kauyumari a une tête de cerf à quatre ramures.

Du chamane sort un serpent rouge, c’est sa force.
De sa main émane une vibration, c’est un message.
De sa tête pend une ramure de cerf.
Celle-ci le désigne comme chamane.

Notre-Grand-Mère-Nakawé est au centre.
Colibri, messagère des dieux, la convoquée.
Ses messages sont semblables à un masque.
Notre-Grand-Mère en reçoit les paroles.

Notre-Grand-Mère est au-dessus d’un étui chamanique.
Les deux cornes, comme des pinces, sont ses gardiens.
Personne d’autre que le chamane ne pourra le toucher.

Notre-Grand-Mère parle avec l’esprit du dieu Cerf-du-Monde-Obscur.
Ils sont reliés par la tête et par le corps.
Ils échangent des paroles, ils s’envoient des messages.

L’esprit du cerf communique aussi avec Kauyumari.
Le chamane communique avec Kauyumari.
Kauyumari communique avec l’esprit du dieu Cerf.
Le dieu Cerf communique avec notre Notre-Grand-Mère-Nakawé.

Des dieux apparaissent aussi dans les montagnes.
Ils habitent des roches sacrées.

C’est à l’origine des temps, lorsque sortit Notre-Père-Soleil.
Des ancêtres se convertirent en pierres et en rochers.

Tous ceux qui n’atteignirent pas  le Mont-de-l’Aube se pétrifièrent.
Ce sont les kakauyari.

D’un rocher sort une tête, avec trois flèches.
C’est Werika, Notre-Mère-Aigle.
C’est son âme, son expression, sa parole.

Il y a aussi le Cerf-Bleu.
Il guide le chamane dans les montagnes du désert, sur le chemin des dieux.
Deux bâtons à plumes sont près deux.

Points, étoiles et flèches sont des paroles, des pensées, des expirations.
Ce sont celles du chamane, celles du cerf, celles des dieux.
Elles vont des chamanes aux dieux et des dieux aux chamanes.

Tatewari, Notre-Grand-Père-Feu, est près du chamane et de son aide.
Près de l’un est le feu bleu.
Près de l’autre est le feu rouge.
Car le feu naît d’abord bleu, puis il devient rouge.

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Blood song, La Voix du sang – Tome I

logo Challenge-anglaislogo-challenge-imaginaire « God save the livre » d’Antonilogo_babelio« 
Les mondes imaginaires » d’Aymeline
Un livre offert par Babelio et Bragelonne

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blood song 1Blood Song
La Voix du sang
Tome I
Anthony Ryan

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Le Chroniqueur Impérial, le Seigneur Verniers, accompagne le prisonnier Vaelin Al Sorna qui doit combattre Ell-Nestra, le Bouclier des Îles, dans un duel à mort. Tout doit être retranscrit dans les annales et ainsi retracer les derniers jours du Tueur d’Espoir…
Le célèbre et redoutable guerrier-frère Vaelin croupit depuis cinq ans dans les geôles de l’Empire Alpiran, après que son roi Junus du Royaume Unifié ait signé l’armistice de la guerre qu’il menait contre l’empereur Aluran Maxtor Selsus. Les projets de ce roi devenu fou par la démesure se sont soldés par un échec et le sacrifice d’un héros que tout le monde croit mort.

Vaelin est appelé Sombrelame, Ombre de Corbeau, mais aussi le Tueur d’Espoir pour avoir tué le fils adoptif et héritier de l’empereur. Personnage de légende, ses exploits sont chantés et contés partout. De stature imposante, plus grand que les autres hommes, le regard noir et profond, inquisiteur, il n’a rien perdu de sa puissance. Sa distinction faite de majesté, de force et d’intelligence séduit et effarouche le commun des mortels, le guerrier le plus endurci et l’homme le plus titré.
A bord du bateau qui les conduit vers les Îles, Vaelin offre au Seigneur Verniers de corriger ses écrits sur la guerre Alpirane et Boréenne qu’il estime erronés. Si le chroniqueur s’en offusque au début, très vite il est captivé et bercé par les paroles de Vaelin qui se décide à lui raconter sa vie.

Ainsi, le récit va se scinder en plusieurs parties. Les souvenirs vont interrompre le présent et ce n’est plus sous la plume du Seigneur Verniers que les mots et les images vont défiler. De captif, Vaelin va prendre en otage les pensées du chroniqueur…

Lorsque son père le Seigneur de Guerre et Première Épée du Royaume le mène à l’entrée de la Loge du Sixième Ordre, Vaelin a dix ans. Malgré la mort récente de sa mère qu’il pleure encore, il est resté un garçon intrépide, gai et avide d’aventures et de jeux. Les moments de complicité avec son père sont si rares, que cette sortie en sa compagnie le comble de joie. Mais très vite, il comprend que l’instant est solennel. Avare de paroles et de tendresse, Kralyck Al Sorna lui dit que désormais sa vie se passera entre ces murs et que sa destinée est de servir l’Ordre de la Foi en devenant un frère guerrier.

« – Vaelin, dit-il de sa voix rauque de guerrier. Te rappelles-tu la formule que je t’ai enseignée ? Notre devise familiale ?
– Oui, monseigneur.
– J’écoute.
– « La loyauté est notre force ».
– Oui. La loyauté est notre force. Souviens-t’en. Souviens-toi que tu es mon fils et que je désire t’admettre en ces murs. Ici, tu apprendras bien des choses, tu deviendras un frère du Sixième Ordre. Mais tu resteras à jamais mon fils, et tu honoreras mes souhaits. »

C’est l’Aspect Arlyn, qui les accueille et qui reçoit le premier serment de Vaelin sur le seuil d’une forteresse de granit. Il doit rentrer en ces lieux libre et conscient.
« La loyauté est notre force », cette devise ancrée dans son sang, va accompagner Vaelin et l’aider à vivre les débuts d’un apprentissage hors normes.
De cette classe, ils sont sept novices à se présenter devant les frères instructeurs, sept jeunes compagnons qui vivront dans cette communauté fermée, élitiste, guerrière, et qui devront passer tous les ans des étapes initiatrices. Barkus, Nortah, Caenis, Dentos, Jennis et Mikehl (plus tard Frentis) deviennent la seule famille de Vaelin qui a juré d’oublier qu’il avait un père.

… Le Seigneur Verniers capture les souvenirs sur ses parchemins. Une première année de leçons, de châtiments, de coups de badine infligés par frère Sollis, le Maître d’escrime, d’épreuves, de rites de passage, de rapports de force avec ses jeunes frères qui ont tous des tempéraments différents, d’incompréhension et de doutes, de pleurs rentrés, de solitude… et de solidarité. La fraternité est intense, elle est le ciment de leur enseignement.
Vaelin a un caractère bien affirmé et une conscience des choses qui l’entourent très personnelle. A l’extérieur, le Quatrième Ordre de la Foi traque les hérétiques que l’on nomme les Apostats. Accusés de pratiquer la magie de La Ténèbre, ils sont persécutés et assassinés. Vaelin essaie de délier les arcanes du bien et du mal sans perdre une once d’honnêteté, une once d’humanité. Sa personnalité démontre une force pleine de maturité, une acuité perspicace et un cœur généreux. Déjà, ses aptitudes sont relevées par ses maîtres qui voient en lui un futur chef. La mort s’est déjà immiscée dans sa vie, il sait qu’il peut tuer.

Souvenirs… La première fois qu’il a vu son chien Balaffre, un cerbère volarien, sa relation difficile avec son cheval Écume, un destrier sauvage, sa rencontre avec Erlin et Sella, des Apostats en fuite, les années qui passent avec leurs lots de souffrances, de liesses, d’embuches, les étapes qui les endurcissent et les rendent hommes, frères… Sa formation au sein du Cinquième Ordre du Corps, de la Guérison, et sa rencontre avec la belle et secrète Sherin… La quête d’un père, d’une mère, et l’instant où ses questions (Pourquoi son père l’a abandonné ? Qui était réellement sa mère ?…) ont enfin des réponses… Sa force qui croît et une voix intérieure qui le guide… Des enjeux politiques, un roi, un royaume, des sujets ou des pions, et des terres à conquérir… La guerre, les morts, être Frère et Première Épée du Royaume… « La loyauté est notre force »… Le Septième Ordre qui a disparu et qui renaît dans La Ténèbre pour tout détruire… L’Empire Alpiran…

Après l’unité et la complicité vécues lors du noviciat, Vaelin connaît une autre vie, plus solitaire, plus désespérée… Il est un don qu’il doit taire, celui que son sang chante, une énergie qui fait de lui un être unique, une légende.

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Il y a les souvenirs qui sont racontés au Seigneur Verniers et les souvenirs plus intimes que Vaelin nous confie. Cette histoire fantastique est relatée en trois parties, avec la magie des romans de Walter Scott et ceux de Robin Hobb. Chanson de geste d’un temps passé, sagas mythiques sur la chevalerie, les croisades et les royaumes imaginés, scénarios des péplums antiques, elle mêle les thèmes des épopées épiques, héroïques, la guerre, l’aventure, les quêtes, des mystères, l’amitié, la bravoure, l’abnégation, la sagesse, des stratégies, une force noire, de l’occultisme, la religion… et l’amour.
Ça foisonne, c’est sans répit ! L’émotion est toujours présente, dans le suspens et les frissons, le sourire et parfois des petits serrements de cœur. Tout y est pour donner au lecteur une incroyable évasion.
Je vous recommande ce premier tome captivant, issu d’une trilogie, et j’espère qu’il vous charmera comme je l’ai été…
Ce fut une très belle découverte.

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Vasnetsov.
Peinture de  Viktor Vasnetsov

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Le plus beau de tous les pays

« Rentrée littéraire » chez Hérisson
Partenariat avec les Editions Robert Laffont

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le plus beau de tous les paysLe plus beau de tous les pays
Grace McCleen

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D’après la Genèse, Dieu créa le monde en six jours. Après les ténèbres, l’abîme et les eaux, viennent la lumière, puis successivement, le firmament des cieux, l’air, la terre, le soleil, le jour, la lune, les étoiles, les saisons, les créatures animales et Adam…

Judith McPherson est une petite fille de dix ans, précoce et dotée d’une vive imagination. Orpheline de mère, elle vit avec son père qui est membre de la communauté des Frères. Ils prêchent la parole du Christ dans leur cité ouvrière et annoncent la fin du monde pour bientôt. Armageddon sera la dernière bataille du bien contre le mal et l’anéantissement de ce monde.
Le quotidien de Judith est rythmé par les Choses Nécessaires, la lecture de la Bible, les rencontres avec les Frères de la congrégation, l’école et son pays imaginaire.

Judith a dans sa chambre « Le plus beau de tous les pays ». A la manière de Dieu, elle a créé son petit paradis. Une terre, une galaxie, elle s’évade dans cette dimension qu’elle aime penser, dessiner et réaliser.
D’abord, il y a eu les champs, une maquette composée de toiles, de plastiques et de papiers. Les rivières et les montagnes sont apparues pour orner le paysage de manière méthodique et artistique. Et la lumière a suivi avec un soleil de fer suspendu au dessus. Des miroirs sont des mers, les villages des boîtes, des morceaux de papiers mâchés s’animent… Toute matière est bonne pour la création.
A l’école, son regard est souvent baissé pour récolter des miettes, des particules, un papier, un bouton, et lorsqu’il s’élève à la hauteur de ses camarades qui jouent dans la cour, elle se rabat vite dans son univers. Elle a le sien, ils ont le leur.
Cinglée, tarée. Leurs paroles la blessent, puis viennent les gestes, les menaces.

« Il a les cheveux jaune paille, des cils pales et un toupet. Du toupet, il n’en manque pas, d’ailleurs. Il y a deux autres garçons avec lui. L’un deux m’arrache mon sac. Il le retourne et le papier de bonbon, le lacet et les couvercles de boîtes s’envolent.
Le garçon aux cheveux jeune paille me relève d’un coup.
– Qu’est-ce qu’on pourrait faire d’elle ? demande-t-il.
– La suspendre à la rambarde.
– Lui baisser son pantalon.
Le garçon aux cheveux jaune paille sourit. Il lance :
– T’as déjà vu l’intérieur d’une cuvette de chiottes, la cinglée ? »

Noyée, la tête plongée dans une cuvette des W.C. C’est terrifiant.
La menace de Neil Lewis poursuit Judith tout le week-end. Il faudrait qu’un évènement bouscule l’ordre des choses pour qu’elle ne puisse pas aller en classe lundi.
Alors qu’elle écoute attentivement le prêche de Frère Michaels, une révélation s’impose à elle. Tout est question de foi, « tout est possible, à tout moment, partout et pour toutes les sortes de gens. »
Elle voudrait une neige épaisse, paralysante. Elle prie en répandant sur le dessus du Plus Beau de Tous les Pays, du coton. « Qu’il neige, qu’il neige… » et la nuit dans ses rêves, Dieu intervient en lui parlant. Simple hallucination engendrée par un esprit inventif ? Judith n’approfondit pas la question car il semblerait qu’elle soit une élue. Un miracle se produit le lendemain et surprend tout le monde. La neige recouvre tout.

D’une manière spontanée, simple, Judith confie dans ses écrits ce premier signe. Elle essaie également de prouver que cette coïncidence d’octobre n’en est pas une. Après la neige, elle additionne d’autres petits miracles et les énumère. Toujours accompagnée par la voix qui l’encourage, elle aspire à plus… faire tomber la neige, retrouver le chat de Madame Pew, ce n’est pas suffisant ! Elle désire ne plus avoir peur, être débarrassée de Neil et se faire aimer de son père.
Très vite, son ascendant dévie de sa trajectoire. Elle appelle ça « l’effet boule de neige » et « les ennuis appellent les ennuis ». Les évènements se succèdent en modifiant l’ordonnance du quotidien, heurtant sa bulle familiale et le Plus Beau de Tous les Pays. Il est difficile de tout maîtriser, surtout la violence et l’intolérance.
Mais l’amour ne serait-il pas la plus belle des fois ?

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L’histoire de Judith est belle. La poésie de son journal est douce, faite d’espérance, de sincérité, mais le lecteur en perçoit aussi toute la tristesse. Elle allie à la candeur de son âge, des réflexions d’une maturité surprenante. Ses secrets, son désenchantement, ses angoisses, ses rêves, ils sont racontés, écrits et enfouis dans son pays imaginaire, là où se cache l’âme de sa mère.
Seule enfant de la congrégation, élevée dans une foi aveugle qui est une force et une faiblesse, Judith connaît la retenue et la prudence. Elle discerne avec lucidité les tangentes des mondes, ses agressions, ses discriminations et les subit sans opposer de défense. Tendre l’autre joue est un précepte de la Bible.
Lorsque la voix lui parle, on ne sait d’où elle vient et Judith aime à penser qu’elle appartient à Dieu. Elle est salvatrice. Les mots s’enchainent alors… élue, « Etre suprême », bien, miracles, pacte, choix… et nous retrouvons par opposition… doute, méfiance, scrupule, colère, mal, démon. La voix peut-être l’expression d’un délire, d’une schizophrénie, elle est inquiétante, mais Judith s’en accommode relativement bien et conserve son objectivité. Ce petit bout de fille, tendre et fragile, n’hésite pas à s’imposer lorsque son jugement diffère de celui de « Dieu ». Elle a un esprit libre.

Dans un style imagé, fantasque, émouvant, parfois désopilant et drôle, Judith nous présente son entourage : un père atone, qui paraît indifférent, ancré dans le souvenir de sa femme et qui appréhende l’amour, une vieille voisine charmante, les membres de la communauté qui lui témoignent de l’affection, Neil Lewis son tortionnaire à l’école… et son professeur Madame Pierce pour qui elle éprouve une véritable confiance. Madame Pierce peut être considérée comme un miracle car depuis son arrivée à l’école, l’existence de Judith est beaucoup plus sereine. Vigilante, attentive, elle a rapidement compris son calvaire.
Elle dévoile aussi une société en perdition, pauvre, des âmes troublées qui s’égarent dans la violence ou la religion (très actuel). Autres thèmes abordés, le deuil, vécu avec rancoeur, la quête d’amour, entre un père et sa fille, l’imagination et la création.

Le Plus Beau de Tous les Pays est le premier roman de Grace McCleen. Sur la quatrième de couverture, il est précisé qu’elle a vécu dans une famille de chrétiens fondamentalistes, à l’écart du monde. Je peux en conclure que les pensées de Judith ont dû être les siennes un jour et qu’elle nous rapporte quelques bribes de cette vie passée…

Ce livre est une rentrée littéraire. Je vous le recommande car il est un de mes derniers coups de coeur !

D’autres billets chez Cryssilda, Fanny, Karine, Laetitia, Alice,

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