Le garçon qui dormait sous la neige

Décembre nordique avec Cryssilda
Littérature suédoise
Une lecture commune avec Nahe

 

 

Le garçon qui dormait sous la neige
Henning Mankell

1958,

Dans le nord de la Suède, Joël Gustafsson, un garçon de treize ans, vit avec son père Samuel, un bûcheron qui travaille dans les forêts de sapins. Ancien marin, il a tout quitté pour s’occuper de lui, le jour où sa femme les a laissés pour mener une vie moins modeste et plus exaltante dans une grande ville.
Joël et Samuel partagent le goût des rêves, des horizons lointains et du silence. Leur complicité se retrouve dans le quotidien, dans toutes les petites tâches ménagères qu’ils accomplissent chacun à tour de rôle, et dans les sollicitudes les plus anodines. L’évasion par le rêve, Joël s’y plonge depuis l’enfance, et depuis son accident où il a failli mourir écrasé par un bus, il croit aussi aux miracles.
A l’approche de la première neige, il pense que le temps passe très vite. Hier, il était un petit garçon et à présent, il se sent grandir et devenir un peu plus homme. Un hiver, un printemps, un été, et l’automne se fond rapidement dans l’hiver ; les couleurs changent et le givre devient neige. L’enchaînement des saisons se fait en accéléré et Joël prend conscience en voyant son père se voûter un peu plus chaque jour, que les années sur lui ne sont pas miséricordieuses. Un travail difficile, des peines et des regrets pèsent lourd sur l’esprit et le corps qu’il néglige.
Pour ne pas ressembler à son père, et pour pouvoir vivre longtemps jusqu’à cent ans, Joël décide de s’endurcir et surveille sa transformation. Parmi ses trois résolutions pour la prochaine année, entre devenir riche pour aller vivre près de la mer et voir une femme nue, il veut pousser son corps dans ses limites en allant dormir sous la neige. L’endurance doit se faire petit à petit et les nuits de Joël s’en trouvent bien animées…

Une jeune vendeuse chez l’épicier fait son apparition. Belle et tentatrice, elle nourrit ses émois. Et sa camarade de classe qu’il trouvait stupide, trop puérile dans ses ricanements, suscite son attention. Du coup, sa meilleure amie Gertrude dégringole dans la hiérarchie de ses préférences. Il faut dire qu’il aurait préféré qu’elle soit de son âge et pas dix ans de plus, moins originale et qu’elle ait un nez. Gertrude a un trou à la place du nez, un trou qu’elle cache avec un mouchoir ou un nez rouge de clown, tout dépend des jours, tout dépend de son désespoir, et il en a un peu honte. Puis, l’institutrice se montre plus sévère, plus inquisitrice, les femmes du village, vieilles, grosses, plus commères, et la petite amie de son père moins amoureuse, ce qui pousse son père à se réfugier dans l’alcool. Le mystère des femmes reste entier et il en est perturbé.

La naïveté de Joël s’émousse et son caractère s’affirme en même temps que ses hormones. Plus dans l’action et le jugement, il en arrive aussi à avoir envers son père des poussés querelleuses qui vont bousculer leur existence et redéfinir leurs vies.
Les rêves, les résolutions, font place à l’action et Joël promet sur la tombe d’un enfant de quatorze ans qu’il mettra tout en œuvre pour les accomplir. Un jour, il sera rocker comme Elvis Presley, et un jour, il emmènera son père sur l’Île de Pitcairn, sur les traces des mutins du Bounty.

Le roman commence avec les rêves d’un jeune enfant mais au fil des pages, ses divagations s’ancrent un peu plus dans le concret et moins dans son imaginaire. Mélancolique, douce, fougueuse, pleine de promesses, d’espoir et de chagrin, l’auteur a bien su traduire son histoire et les phases de son adolescence à l’aube des années 60. Joël est un héros pas ordinaire. Il a une force et une intelligence singulière pour un enfant de son âge, car tout jeune il a été confronté à des responsabilités, à l’abandon de sa mère et à l’alcoolisme de son père.
La lecture nous mène dans un paysage beau et rude sous la neige, paisible et ouaté, nous fait rencontrer des âmes abimées, solitaires et taiseuses et nous donne un sentiment ou une sensation de grande liberté et d’indépendance. Elle séduira à coup sûr les jeunes lecteurs en quête d’un récit initiatique, plein de poésie, d’innocence et d’amour.
Je vous le recommande…

 

Peinture de Gustaf Fjaestad, peintre Suédois

 

 

Nils, Barbie et le problème du pistolet


Décembre nordique de Cryssilda
Une lecture commune avec Nahe

 

 

Nils, Barbie et le problème du pistolet
Texte de Kari Tinnen
Illustrations de Mari Kanstad Johnsen

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Nils a soufflé les cinq bougies de son gâteau d’anniversaire d’un seul coup ! Et pour le récompenser de cet exploit, son papa lui propose d’aller dans un magasin de jouets pour qu’il choisisse le cadeau qu’il voudra.
Le petit garçon est très heureux car il désire depuis longtemps avoir une poupée rose comme sa copine Angelina, mais son papa le mène dans les rayons où s’alignent robots, jeux de construction, dinosaures et autres jouets de garçons.

Quand il lui dit « Tu veux quoi ? », Nils l’entraine vers une boîte rose. Il veut cette magnifique Barbie qui est trop « BEEELLE ! » et ses yeux pétillent… Mais son papa l’oriente de nouveau vers un pistolet, et sa joie retombe comme un soufflé. Il n’en a rien à faire des « Pan ! Pan ! » lui, veut danser comme Barbie, mettre des chaussons roses et des robes de bal. Seulement, il semblerait que son père ne comprenne pas son choix et très vite, du haut de ses cinq ans, Nils devine un malaise ; l’embarras et la honte de son père. C’est cruel et il a envie de pleurer.

Dans la file d’attente de la caisse, lorsqu’ils croisent Bo, un petit dur plus âgé que lui, accompagné de son père, un grand gaillard mal éduqué, c’est une autre comédie. Car décidé à tenir tête à son père, Nils a gardé sa boîte rose.
Mais pour combien de temps ?

Ce sont les stéréotypes fille-garçon qui sont dénoncés dans cet album, à travers les personnages de Nils et son père. Les auteurs les racontent avec humour. Un humour qui génère aussi une poignante émotion et qui excite notre grogne contre la bêtise humaine et contre ce père misérablement lâche. Les politiques et les mentalités actuelles tentent de faire évoluer ce débat, mais les discriminations sexistes, machistes, dominent encore notre société. Concernant les illustrations, elles peuvent déplaire et effrayer les jeunes enfants, car elles expriment bien la violence du thème et la détresse de l’enfant et de l’adulte. Cependant, il est bon et nécessaire de faire circuler ce genre d’histoire et de l’accompagner d’une petite discussion lorsqu’on referme le livre. Si le dénouement semble heureux, il laisse aussi un sentiment amer et triste.