Quelque part dans les expressions de chez nous…

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Septembre au Québec, 4ème billet,
avec Karine et Yue-Yin
Challenge « Nos régions » de Lystig

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« Fau que sache, nosto pople, que se soun, nòsti rèire, apoundu libramen, mai dignamen, à la generouso Franço : dignamen, valènt-à -dire en reservant sa lengo, si coustumo, sis us e soun noum naciounau. Fau que sache, noste pople, que la lengo que parlo es estado, quand a vougu, la lengo pouëtico e literà ri de l’Europo, la lengo de l’amour, dóu Gai-Sabé, di liberta municipalo, de la civilisacioun… » Frédéric Mistral

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Pour nous divertir, Karine nous propose certaines expressions de chez elle. A titre d’échange, elle demande celles de chez nous. Voici ce que je lui réponds… A vous de deviner les tournures !

Au Québec :

1 – Hier soir, j’ai mangé un gros sous-marin. Douze pouces, minimum !
2 – J’ai pogné le cotteur, et là, j’ai un flat! (Saguenay ici!)
3 – Me prends-tu pour une valise ? J’ai tu une poignée dans le dos ?
4 – Non mais c’est ben poche !
5 – Tire-toi une buche !
6 – Scuse, chus en retard. Mais c’est pas d’ma faute, ma minoune est ben maganée !
7 – Tu peux-tu me booster, mon char starte pas ?
8 – Non mais tu me fais des accroires ! (voire même prononcé « accrères »)
9 – J’ai pris une méchante brosse ! J’étais paquetée !
10 – C’est quoi cette patente à gosses là ?
11- J’ai été attaquée par un paquet de bibittes !
12 – Passe-le au blender, ça va enlever les mottons !
13- Non mais tu l’as-tu vue ? Elle a l’air de la chienne à Jacques !
14 – Est dont ben colonne ! Pis épaisse, en plus ! (Pauvre fille…)
15 – Merci maman pour le souper ! C’était écoeurant !
16 – J’en ai mon maudit voyage !
17 – Sont où mes gougounes ?
18 – Cache-toi comme il faut cette nuit, on gèle.
19 – Au party hier, mon cousin était gelé ben dur. Et sa blonde, elle était ben chaude !
20 – C’est complètement capoté !

Maintenant…

En Provence, sur le mode d’une conversation « animée »…
Deux parents qui découvrent l’appartement de leur fils parti faire ses études à la fac des beaux-arts, à Aix :

– Bè té, tu bisques et tu deviens boufigue, tu vas avoir une embouligue !
– Parce qu’elle, c’est une cagole accrochée à lui comme une arapède et lui, un cacou ! Vé, c’est un vrai cafoutchi ici ! Méfi aux estrasses sous la pile, tu risques de t’embroncher et de t’escagasser… Tu peux faire rentrer les galinettes… et ça pègue partout. Je te dis que c’est un fada ! il glandouille toute la journée, avec des yeux de gobi, son cague-brailles qui montre son tafanari de stoquefiche et je ne serais pas surpris qu’il se nègue dans le pastaga.
– Peuchère, depuis qu’il est pitchoun…
– Quoi, peuchère ? C’est un totti ! Empégué et ensuqué !
– Boudie, ne marronne plus Olive ! Tu deviens une vraie bazarette ! Range plutôt…
– Des cacarinettes dans la tête, toutes esquichées… O fan de chichourle ! Qu’es aco cette cagade ?
– Il me semble qu’il appelle ça « art abstrait »…

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Joan Mitchell

Vous trouverez la traduction chez Lystig !
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La Provence, de village en village

« L’art dans tous ses états » de Shelbylee, « Région de France » de Lystig, « Beaux livres » d’Eiluned, et Rencontre « Non Fiction » de Flo

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La Provence, de village en village
Aquarelle de Pierre Pellet
Texte d’Yvan Audouard

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La couverture que je vous propose n’est pas celle de mon livre. Le mien a une couverture mobile qui se glisse dans un cadre. Livre-objet, il est un présentoir des aquarelles de Pierre Pellet que l’on retrouve dans une enveloppe ; dix vues de la Provence.
J’ai reçu ce livre pour mon Noël dernier. Nous avancions, ma mère et moi,  sous des bourrasques de vent, dans les rues de Salon-de-Provence, nous étions frigorifiées. C’est une ville venteuse, à croire que le Mistral s’est réfugié dans cette petite ville pour aider les avions de la base aérienne à décoller (c’est ce que l’on aime se rabâcher !). Dans une petite rue, une galerie de peintures nous offrait un beau répit contre la froidure. Aux murs, de très belles aquarelles racontaient la région. L’artiste présent se faisait discret et c’est plus qu’évident que notre admiration devait le réjouir… Il proposait son livre de façon modeste. Elémentaire mon Cher Watson… nous sommes reparties avec notre livre dédicacé et enrubanné. Ma mère pour moi, moi pour elle…

« O fan, on se croirait aux Goudes. »
Ainsi commence Yvan Audouard qui rapporte un souvenir de voyage, dans la rade de Stockholm. Les Goudes… il faut le dire avec l’accent. Les Goudes de Marseille, tout un poème ! On y va se jeter, malheureusement bien souvent de force que de gré.
Donc, Yvan Audouard, dans ce rappel anecdotique, veut conter sa Provence. Il dit qu’il la vit depuis près d’un siècle.
On lui a demandé cette préface, alors qu’il ne connaissait pas l’artiste. Tous deux habitaient le coin, Pellet à Salon, lui à Fontvieille. La rencontre se fait d’abord par les aquarelles. Des sites que notre auteur connait bien. On ne peut pas lui mentir ! Le dessin pour l’un et les mots pour l’autre… le pays d’Arles est à l’honneur, puis Marseille, son nord, son est… jusqu’aux Alpes.
L’homme des mots parle de pierres, de terres et d’Histoire. Il sait que ce terroir a été façonné « plus à la volonté des hommes qu’à la bienveillance de Dieu ».

Isle-sur-Sorgue

Je retiens quelques mots, quelques idées qui font écho aux dessins.
Ombre et lumière, au pluriel si vous le désirez car je pense que c’est plus complexe. Pays sans frontière aux multiples facettes ; forteresses, oliveraies, cyprès, platanes, vignes, petits chemins de pierres, collines, gorges, marais, cultures, petits villages, petites crèches, ports… Poésie, parfums et gourmandises…
Lorsqu’il écrit Marseille, il dit que c’est la salle d’attente de la Provence. C’est si vrai !
Fables, galéjades, on sent l’anis et l’huile d’olive, on entend les cigales, on est bousculé par le Mistral, on trébuche sur la caillasse, la sueur colle, la poussière du soleil s’incruste. L’Antiquité nous salue, la Méditerranée nous éclabousse d’embruns, les poissons arrivent seuls dans la marmite de la bouillabaisse… Ne vous gaussez pas ! Je lis le texte, je vois tout cela et même plus. La truculence du verbe est un charme à la lecture et leste les images qui s’organisent dans notre esprit… Ça mérite un peu plus de discipline !
Audouard a assez causé, il laisse la plume et contemple avec nous, notre Provence.

Salon, la fontaine moussue et la porte de l’Horloge

La douceur des couleurs et le serti teinté sépia rendent aux paysages beaucoup de quiétude, comme s’ils avaient été faits à l’heure de la sieste, ou, pour les ciels du soir, juste avant l’apéro (ressentis très personnels !). Le touriste voyage, le Provençal revoit avec joie son pays ; les monuments, les cours intérieures, les places des villages, les rues pavées, la garrigue et des vignobles, des toitures orangées et des pierres blanches, ocrées, la côte et l’intérieur des terres. Soixante-quatorze vues qui nous baladent…

Alpilles, château d’Estoublon-Mogador

Un beau livre, source d’inspiration, que j’aime feuilleter.
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Yvan Audouard est décédé à l’âge de 90 ans en 2004. Vous trouverez des informations sur Wikipédia.
Pierre Pellet était à Salon l’année dernière. J’ai lu qu’il avait vécu à La Réunion et qu’il est en Provence depuis une vingtaine d’années.
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