La maison aux 52 portes


Octobre est Halloween avec Lou et Hilde

Un autre avis chez Lou

 

La maison aux 52 portes
Evelyne Brisou-Pellen

 

La maison aux 52 portes… Maïlys la voit pour la première fois sur une vieille photo, un grand manoir de la fin du 19e siècle qui présente une façade avec ses seize fenêtres. Dans la voiture qui les conduit vers cet héritage inattendu venu d’un grand-oncle, elle ne peut s’empêcher d’éprouver un malaise et d’avoir des visions sur une époque révolue. Serait-ce l’attitude soucieuse de son père qui la plonge dans un état fiévreux ?

Sous un ciel menaçant, lorsqu’ils arrivent enfin devant la maison, ils découvrent une propriété décrépie, abandonnée, mangée par les mauvaises herbes et étouffée par les grands arbres du bois qui l’entoure. Sous une épaisse couche de poussière, l’intérieur est en bien plus mauvais état et guère hospitalier. Lugubre est le terme qui vient aussitôt à l’esprit et l’odeur de moisi qui s’en dégage n’arrange rien à l’atmosphère. Étrangement, seul un piano au centre du salon brille comme un sou neuf.
Elle devait être belle cette maison du temps du grand-oncle, avec des domestiques à tous les étages ! Mais pour lui redonner son lustre, il faudra de longues journées de travail et beaucoup de patience.
Pour compléter le sinistre décor, une pluie torrentielle coupe l’électricité qui plonge les nouveaux venus dans la pénombre et qui les prive de la pompe à eau. Avec le chemin
impraticable qui mène à la grande route, ils se retrouvent aussi coupés du monde extérieur. Sans perdre de temps, Maïlys s’aventure avec son père dans la découverte des pièces. Toujours gênée par une étrange tension, une angoisse qu’elle ne peut analyser, elle doit choisir une chambre un peu plus propre que les autres où elle passera la nuit. En espérant retrouver le lendemain son entrain habituel, elle s’endort très fatiguée. Mais durant la nuit, des bruits et des cris la réveillent… Céleste, Céleste… Céleste est son véritable prénom de baptême que lui avait donné son parrain, ce grand-oncle décédé, et de l’entendre ainsi, lui donne la peur de sa vie !
Au matin, elle rejoint ses parents pour le petit-déjeuner et prend la décision de taire ce qu’il lui arrive pour ne pas les inquiéter. Son cauchemar a été effrayant, surtout qu’en se réveillant, elle a constaté des griffures ensanglantées sur la tapisserie de la chambre qu’elle n’avait pas vues la veille. Cependant, elle perçoit dans ces manifestations surnaturelles, comme un appel au secours. C’est donc avec un certain courage que Maïlys entreprend de faire des recherches de la cave au grenier, en quête du moindre indice qui raconterait le passé de la maison.

Dans une ambiance qui se révèle lourde de tristesse, en totale harmonie avec le temps, Maïlys va ouvrir une porte, la cinquante-deuxième, qui donne sur un secret familial bien gardé… et du coup, délivrer tous les fantômes qui hantent la demeure, pour le bonheur et la rédemption des siens.

Cette histoire ne raconte pas les délires d’une jeune adolescente, mais une malédiction et un dédoublement de la personnalité, car Maïlys, comme toutes les femmes de sa famille, est médium. Un esprit manifeste sa peine et son tragique destin à travers elle. Roman pour la jeunesse, il donne à ce mystère une part fantastique et une part bien concrète qui relate des pans de la guerre de 14-18. On voyage alors dans le temps et on aborde la vie des Poilus au front, une partie très intéressante pour les jeunes lecteurs.
Lecture fluide, écriture soignée, intrigue à frissons… c’est assurément un livre à recommander !

 

 

A mes arrières-grands-pères…

… Arthur Henquel et Grégoire Marini

 

Pour Grégoire, je sais qu’on devait l’amputer d’une partie de ses jambes car il avait eu les pieds gelés au front. Mais arrivé à Bastia, il a quitté l’hôpital, seul à pieds, et a traversé tous les monts et maquis pour retourner dans son village, à Calenzana en Balagne. Les anciens disaient de lui que c’était un grand marcheur et qu’il allait plus vite que les voitures qui prenaient la route. Il a eu une belle vie aux côtés de sa femme Flora, et il est mort vieux…

 

 

 

La guerre des Lulus, Hans – Tome II

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« Vivent nos régions » de Lystig – Picardie

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La maison des enfants trouvés, 1914 – Tome I

.la guerre des lulus 2La guerre des Lulus
Hans, 1915 – Tome II
Scénario de Régis Hautière
Dessins de Hardoc
Couleurs de David François et Hardoc

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Résumé du premier tome :
En août 1914, les Allemands bombardent la campagne de Valencourt et leur armée pénètre les terres. Tout le village est évacué vers des lieux sécurisés, sauf les Lulus, quatre garçons de l’orphelinat qui sont « oubliés ». Lucien, Luigi, Lucas et Ludwig doivent se débrouiller seuls, cachés dans une forêt, à l’abri perchés dans un arbre. De quatre, ils passent à cinq lorsqu’ils découvrent Luce, une jeune réfugiée.
« Ils s’organisent pour survivre… »

Valencourt, Picardie, 1915,

Les Lulus ont découvert un Allemand qui se terrait dans une grange et l’ont fait prisonnier. Ce soldat est un déserteur qui ne supporte plus le cauchemar de la guerre. Très vite, leur relation change lorsqu’il arrive à soigner Luce d’une fièvre qui n’en finit pas de l’affaiblir.
Hans et les Lulus essaient de communiquer et de passer outre le barrage de la langue. Ils apprennent chacun un peu de français, un peu d’allemand, et la confiance, l’amitié, s’établissent bien vite. Hans leur montre les fruits de la forêt qu’ils peuvent récolter, patronne leur quotidien et se montre d’une protection toute paternelle.
Les enfants grandissent et acquièrent une assurance plus forte. Après l’hiver vient la belle saison et l’ambiance prend des allures de camp de vacances… Ils sont heureux, ils profitent, consolident leur abri, emmagasinent des provisions, mais la guerre est là et Hans voudrait partir rejoindre sa femme…

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Deuxième tome de « La guerre des Lulus », cet épisode joint des consonances douces et tristes. Les enfants se trouvent heureux sous la tutelle de Hans et les dessins montrent ce bonheur simple, léger et taquin. La forêt revêt des couleurs lumineuses avec une chaude transparence et une déclinaison de verts tendres et denses, un étang reçoit l’écho de leurs rires et de leurs pitreries. C’est vivant, jeune, pétillant. Lucas a eu treize ans, un âge digne ! Luce fête son anniversaire avec bougies et gâteau. Ils s’octroient des joies tout en ayant conscience qu’elles seront éphémères. Peut-être ne dureront-elles que le temps des beaux jours… Lucien y songe… son âge est celui du devoir.
L’histoire est poignante car elle a ses ombres, les mêmes qui traversent le regard de Hans ; la guerre est si proche !
Les auteurs ont créé des personnages beaux et attendrissants. Dans cet opus, celui de Hans est incontestablement le plus bouleversant.
Le sourire est amer et le chagrin ferme l’album sur 1915. La parenthèse du bonheur s’ouvre sur une réalité bien tragique.

Quelle belle histoire ! J’aime beaucoup, beaucoup, et je vous conseille les deux premiers tomes. Jérôme dit qu’il faut patienter jusqu’en mars 2015 pour lire le troisième ; l’attente va être longue.

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Des billets chez Noukette, Jérôme, Argali, Sandrine(YS), Moka, Lasardine, Stéphie, Sabariscon, Caro,

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lulu Hans Hardoc
Peinture de Hardoc, son site.

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La guerre des Lulus, La maison des enfants trouvés – Tome I

logo régionlogo asphoLogo BD Mango NoirMercredi BD chez Mango
« Vivent nos régions » de Lystig
« A tous prix » d’Asphodèle

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la-guerre-des-lulus-1 La guerre des Lulus
La maison des enfants trouvés, 1914 – Tome I
Scénario de Régis Hautière
Dessins de Hardoc
Couleurs de David François et Hardoc

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A Valencourt en Picardie, le narrateur revient et se rappelle le village, une campagne morcelée de champs, une douceur de vivre, une époque, et l’abbaye, un orphelinat…

1914,
Le professeur part pour la guerre et espère revenir bientôt. A l’abbaye, ils ont préféré le taire aux enfants pour ne pas les effrayer. Ce conflit ne durera pas longtemps…
Dans la maison des Enfants Trouvés, ils ne sont plus que deux religieux pour s’occuper des enfants et ce n’est pas pour déplaire aux Lulus.
Les Lulus sont quatre garçons, Ludwig, Lucas, Luigi et Lucien, complices, inséparables et toujours en accord pour commettre des bêtises. De personnalités différentes, souvent en bisbilles, ils sont pourtant unis et se témoignent une belle solidarité. Quand la nuit réveille des cauchemars et que des reniflements trahissent les peines, dans la chambre des Lulus, ils sont « tous pour un ».

Alors que les Lulus se retrouvent dans la forêt qui cerne l’abbaye, à chercher l’aventure et à bâtir une cabane dans un arbre, les prêtres reçoivent l’ordre d’évacuer de toute urgence les lieux car les Allemands ont annexé la Belgique et vont bombarder la région. En peu de temps, tous les habitants de Valencourt désertent le village vers des lieux plus sûrs.
Lorsque les Lulus rentrent de leur escapade, ils retrouvent une abbaye abandonnée… Ils ont été oubliés !
A eux la liberté ! les pots de confiture du cellier, le café du village avec son billard, ses limonades et son journal. C’est ainsi qu’ils prennent connaissance de la terrible actualité.
« La guerre est partout et on n’était même pas au courant. »
La liberté des premiers instants, la joie de la goûter, de la partager avec Luce, une jeune réfugiée de leur âge qu’ils découvrent à errer dans le village et très vite les claquements des bottes sur la route… L’ennemi arrive, s’installe et annexe l’abbaye. Les Lulus et Luce doivent se replier dans leur forêt, à l’abri dans leur cabane, et attendre… Les Lulus ne sont plus quatre, mais cinq désormais !
A l’orée des « premiers frimas de l’hiver », le ventre creux… comment vont-ils s’en sortir ?

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Les Lulus sont des galopins adorables et leur histoire, si elle est présentée comme une extraordinaire aventure n’en est pas moins grave. La scène de fond est angoissante, la légèreté et l’humour ne la masquent pas, nous sommes en août 1914, au début des grandes batailles. Téméraires, animés d’une belle candeur, plein de ressources, ils forment une bonne équipe… des résistants en culottes courtes. Ce tome raconte avec truculence leur survie en forêt, l’approche de l’hiver et surtout le manque de nourriture. Ça pourrait être un épisode à la Jules Verne comme dans « Deux ans de vacances », mais l’ennemi est derrière le rideau d’arbres.
 » Luce  : – Les ours ?! Vous avez déjà vu des ours ici ?!…
Luigi     : – Nan… Mais jusqu’à aujourd’hui on n’avait jamais vu d’Allemands non plus…
Lucien  : – C’est quoi ton nom au fait ?
Luce     : – Luce Papernick
Lucas   : – Pour de vrai ?! T’es comme nous alors !
Luce     : – Comme vous ?
Lucien  : – Il veut dire une Lulu.
Lucas   : – Peut-être que c’est un signe que le Bon Dieu nous envoie !
Lucien  : – Un signe ? Un signe de quoi ? Et pourquoi veux-tu que le Bon Dieu nous
envoie des signes ?…

Lucas   : – Ben… je sais pas peut-être pour qu’on la prenne avec nous.
Ludwig : – Qu’on la protège…
Luigi     : – Qu’on lui donne à manger… »

Les dessins, personnages et paysages, sont superbes, la colorisation aussi ! Cet album est un petit bijou, il s’en dégage une belle émotion qui mêle à la douceur et au plaisir, de la mélancolie. Il a reçu le Prix des jeunes lecteurs de l’Oise, Palmarès 2013-2014 de la 6ème édition.
Je vous recommande cette série… elle plaira aux grands comme aux petits. Elle est un excellent support pour aborder la Première Guerre mondiale.
Le deuxième tome a pour titre « Hans »…

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lulus 2.

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Les lieux communs

logomelangedesgenres1logo mois-belge
Mois Belge avec Anne et Mina
« Le mélange des genre » avec Miss Léo
Une lecture commune avec Nahe et Argali

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les lieux communsLes lieux communs
et trois nouvelles
Xavier Hanotte

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Serge est un petit garçon heureux. En compagnie de sa tante préférée, la belle Bérénice, il va passer la journée au parc d’attractions de Bellewaerde. Parti de Bruxelles, le car, conduit la compagnie vers Ypres. Ça commence à faire long… Serge ponctue le voyage par ses fréquents « C’est encore loin ? », et se plonge dans ses pensées qu’il nous fait partager. Il y a les tracteurs qui le passionnent, la ferme, et toutes ces petites choses glanées dans le monde des adultes qu’il n’arrivent pas à comprendre.

En parallèle, en 1915, notre lecture nous mène également en direction d’Ypres ; province de Flandre-Occidentale. Le caporal Pierre Lambert du bataillon canadien se dirige en renfort avec ses hommes de la 1ère division vers un « sale coin ». La région est pilonnée par une pluie d’obus. Explosions, secousses, les vibrations sont des lames de fond qui pénètrent les corps et déchirent les entrailles. Les lignes essaient de repousser l’armée allemande et les assauts sont les limbes de l’enfer. Corps éparpillés, tympans éclatés, épouvante.

Une page se tourne, le souffle est court, et on se retrouve avec Serge face aux pirates…
Cette animation est drôlement bien ! Mais ce qui le chagrine c’est de voir sa tante soucieuse. Manèges et spectacles perdent alors leurs attraits car la sensibilité de Serge le pousse à se montrer vigilant et protecteur envers elle. Qu’a-t-elle ?

Dans le parc du château,…
Serge rencontre un homme qui fait des trous avec une pelle. Peu farouche, il demande à ce jardinier ce qu’il fait. La réponse le laisse perplexe. Il n’est pas jardinier, il est en quête de quelque chose, un trésor peut-être… Il a un devoir à accomplir, et une promesse est une promesse.
« – Un trésor ?
D’abord étonné, il se met à rire.
– Un trésor ? Ma foi, ce n’est pas si bête, ce que tu dis là. Il y a de ça. Mais alors un trésor pas comme les autres. »
Pierre épaule le fusil et les salves sont tirées. Il ne veut pas mourir. On l’appelle… « Caporal ! Caporal ! »… Il faut rester en position, il hurle l’ordre… « Restez en position ! »… Ils ont un trou rouge à leur vareuse, Ed, Johnnie et les autres.

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Les deux récits se confondent et se répondent à Bellewaerde ; « Les lieux communs ». La mémoire n’a pas laissé que des traces dans les cimetières militaires. Le charnier fut partout.
Le fil conducteur qui relie les deux histoires, entre passé et présent, fait le rapprochement des histoires d’amours malheureux de Pierre et Bérénice. De plus, j’ai imaginé que Pierre transmettait à Serge un relais virtuel. Juste quelques mots, un regard, c’est une alchimie étonnante, immatérielle. Le parc, sa kermesse, les joies, tout ce décorum est une grimace à l’enfer des batailles menées en ces lieux.
Pour un enfant de huit ans, encore candide et heureux, Serge est intuitif et perçoit le malaise de sa tante et la méchanceté des adultes qui les accompagnent. Il retient également la gravité de cet homme qui fouille la terre à la recherche de « son trésor ». Cette journée l’a grandi.
« Tu sais, ce qui compte, quand on fait une promesse… »
Il se lève, secoue les longs pans de son pardessus.
« C’est d’abord d’y croire… « 
Deux boutons ont sauté, on voit les fils qui pendent. Il y a aussi une poche qui troue, celle de droite.
« Et ensuite, de tenir parole. »
Triste,  cruelle et belle histoire sur les souvenirs de la Première Guerre mondiale, l’auteur emploie pour son témoignage un style simple mais implacable. L’impact fait mouche, l’émotion étreint le cœur. Dans la haine de la guerre, il y a la fraternité des soldats, les promesses, les vœux, et toujours de l’espoir. Ces liens sont essentiels à leur survie.

Je vous recommande cette histoire dont la postface de Joseph Duhamel, qui analyse ces récits parallèles et les lieux communs, est très intéressante. Il y a une forme d’effet miroir et une part de fantastique, ce qui expliquerait la présence encore vaillante de Pierre dans le temps de Serge. Serait-il un fantôme ?.
Cette édition est suivie de trois autres nouvelles, toutes sur le thème de la guerre.
Livre dédicacé et offert par Nahe… merci ♥

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 Ypres2Ypres durant la 1ère Guerre mondiale

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