Ô orchidées !

logochlorosyllogo petit-bac-2019Un livre offert par les Éditions Flammarion dans le cadre des Masses Critiques de Babelio

Challenge Chlorophylle
Challenge Petit Bac d’Enna, catégorie « Végétaux »

 

 

Ô orchidées !
Pascale de Trazegnies
Illustrations de Djohr

 

Avant de pénétrer le monde sensuel et étrange des orchidées à travers la littérature, l’auteur commence par nous raconter comment elle les a approchées. A une époque, elle ne voyait que le caractère fragile, précieux et coûteux de la fleur, mais par un jour de promenade sur les berges d’un étang dans le Lot, elle s’est penchée sur une fleur sauvage qui l’a aussitôt charmée ; cette petite fleur rouge se trouvait être une orchidée.
Partir en quête de ces fleurs dans les prairies de sa région la passionne. Elle les recense et en trouve neuf, puis dix. A l’heure où elle commençait à écrire ce livre, elle nous dévoile que la dixième ornait son bureau. Cueillie alors qu’elle était miséreuse, elle reprenait vie sous ses yeux, en convalescence dans une flûte à champagne. Ce sont de belles anecdotes personnelles qui introduisent notre lecture, un herbier composé de cent orchidées, toutes admirablement illustrées par Djohr qui a « puisé »  ses compositions graphiques dans des parutions d’études botaniques, parues de 1845 à 1855 en Belgique ; « Flore des serres et des jardins d’Europe » ou « Descriptions et figures des plantes les plus rares et les plus méritantes ».

L’orchidée… En cinq points, on dit d’elle qu’elle est un sexe avec sa forme érotique, un visage qui laisse voir des yeux, un nez, une bouche, une langue, un monstre qui est mâle et femelle, une matière à philosophie, exacerbant les sens, ne laissant personne indifférent, et bien loin dans l’histoire, qu’elle est obscène, sulfureuse, noircie par les religieux. Avec ce livre, on la découvre à travers les écrits de nombreux poètes et romanciers qui se partagent en cinq chapitres.

« Les émerveillés » content sa majesté. Ils l’admirent, saluent son harmonie, lui adressent des odes poétiques, s’embaument de son parfum et disent vivre des instants de grâce en sa compagnie. Ces poètes, philosophes, sages, esthètes, jouisseurs de vie, ne voient que sa beauté. George Sand et Pierre Loti, des écrivains voyageurs, explorateurs, les découvrent sur leurs chemins et s’émerveillent. Charles Darwin se penche sur sa complexité, entre ses multiples formes et le système de reproduction de la fleur. Il dit : « Les orchidées m’ont intéressé plus que n’importe quoi d’autre dans ma vie. » Confucius rend hommage à son parfum, à son essence aphrodisiaque et immortelle. Tennessee Williams, Francis Scott Fitzgerald et bien d’autres, sont des symbolistes qui voient en sa délicatesse, sa force et sa flamboyance, la femme, la fécondité, l’amour, mais aussi comme Oscar Wilde (qui en met à la boutonnière de sa veste), la luxure, la perversité, et comme William Shakespeare, la mort.

Ces images nous mènent au deuxième chapitre qui traduit « Un peu de mauvaise humeur ». L’orchidée, les orchidées, excitent certains esprits chafouins, mélancoliques ou mystiques. Le moine franciscain Bernardino de Sahagun écrit qu’elle est comme la tête d’un serpent. Le jésuite Athanasius Kircher dit qu’elle naît d’une terre fertilisée par les cadavres d’animaux. Le botaniste Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre ne flatte pas une certaine variété en disant qu’elle pue l’odeur de la punaise. Hanns Hernz Ewers, auteur-réalisateur du monde fantastique et de l’épouvante, la catalogue « fleur du démon ». Comme Sylvia Plath qui poétise « L’orchidée atroce »« Léopard du diable ». Et Robert Desnos dit qu’elles n’ont pas de cervelle…

Entre vénération et répugnance, nous abordons le troisième chapitre qui est « En plein paradoxe ». Le paradoxe va des étiquettes « indicible, merveilleuse, magnifique… » à celles moins glorieuses de  » gueules ouvertes, échappées de l’enfer, visqueuses, perfides, beauté froide ou beauté âpre… ». L’aventurier et romancier Ernst Friedrich Löhndorff ne sait comment les définir dans ses récits. Émile Zola quant à lui, l’accessoirise dans les scènes qu’il écrit. Elles sont l’unité d’une serre au parfum envoûtant, vanillé, terreux, sensuel, très pénétrant. Mais, il peut aussi dire d’elles de façon péjorative qu’elles ont « une haleine âcre et forte« . Le voile est fin, entre amour et répulsion, comme entre vie et mort. Le poète Rainer Maria Rilke écrit : « Les rêves m’apparaissent comme des Orchidées. Comme elles, ils sont riches, aux multiples couleurs. De l’énorme tronc de sève de vie, comme elles, ils tirent leur vigueur, se gorgent du sang qu’ils sucent, jouissent dans la minute fugitive, et celle d’après, les voilà morts et blêmes…« .

« Amour et mélancolie », quatrième chapitre, l’orchidée devient l’être aimé, belle et glorieuse, une extase. Amoureuse, passionnée, mélancolique dans le souvenir. La poétesse Anna de Noailles jette son émoi dans les vers « … Les îles où l’on voit à la fenêtre ouverte, pendre l’âpre orchidée et la vanille verte, étourdissent mes yeux et mettent dans mon cœur leur flamme, leurs soupirs, leur force et leur odeur… ». Simone de Beauvoir écrit dans « les Mandarins » que l’orchidée offerte, d’un amant à la femme qu’il aime, devient le témoignage d’un amour, un symbole pérenne. Les deux amants ne sont pas sûrs de se revoir, et l’orchidée qui représente leur amour ou la féminité, ressuscitera cette mémoire.

« Éros » est le dernier chapitre. L’orchidée a des pouvoirs médicinaux et d’après ce qu’on en tire de notre lecture, c’est aussi un aphrodisiaque. Dans l’antique Rome de Pline l’Ancien on dégustait des bulbes d’orchis pour avoir plus de vigueur. Dans l’un de ses ouvrages, il écrit : « Le satyrion a des propriétés excitantes… Si on tient la racine dans la main, la puissance amoureuse est décuplée, plus encore si on la boit dans un vin fort… ». Voltaire s’en réfère aux Grecs et aux Romains pour parler de cette racine de Vénus. Sa recette, c’est de la mêler à de la roquette sauvage avec un peu d’essence d’ambre. Octave Mirbeau câline la fleur sur un ton malicieux, truculent, quand il donne à dialoguer dans « L’illustre écrivain », le romancier et son valet de chambre sur l’image de l’orchidée, fleur-femme-amour-sexe-pêché. Et Guy de Maupassant donne un magnifique et ambiguë plaidoyer aux aveux du mari négligeant dans « Un cas de divorce » : « J’aime les fleurs, non point comme des fleurs, mais comme des êtres matériels et délicieux ; (…) J’ai des serres où personne ne pénètre que moi et celui qui en prend soin. J’entre là comme on se glisse en un lieu de plaisir secret. (…) Mais j’entre le plus souvent chez les orchidées, mes endormeuses préférées. (…) Elles sont attirantes comme des sirènes, mortelles comme des poisons, admirablement bizarre, énervantes, effrayantes. (…) être prodigieux, invraisemblables, fées, filles de la terre sacrée, de l’air impalpable et de la chaude lumière, cette mère du monde. ».

Avec ce très beau livre à l’écriture riche et passionnante, nous faisons le tour de la planète et nous traversons les temps. Cent fleurs, cent étymologies, cent écrivains, réunis pour ravir et titiller nos sens. La lecture de ce genre d’ouvrage nécessite plusieurs étapes. Peut-être attiré par le nom d’un romancier ou par l’illustration d’une orchidée, notre intérêt va s’immerger dans un monde voluptueux, charnel, plein de magie, de curiosité, partagé entre des sentiments forts de mysticisme, de passion et de fiel. Incroyable fleur qui éveille tant de personnalités, tant d’ardeur, l’orchidée devient alors l’objet d’innombrables réflexions et de considérations. Il est certain que vous regarderez votre phalaenopsis autrement, après avoir lu ce livre et que, à travers bois, chemins, prairies, vous voudrez partir en quête de ces merveilles…
Cet herbier est destiné à tous les esthètes, sensibles aux belles phrases, à la poésie, à l’histoire, à la rêverie, aux belles illustrations, aux amoureux de la littérature et des fleurs.

Un livre à offrir !


1. Laelia rubescens, laelia rougissant
2. Oncidium cucullatum, oncidium à capuchon
3. Odontoglossum d’Ehrenbergh à labelle blanc

 

 

Le chat du rabbin, La Bar-Mitsva – Tome I

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Challenge « Animaux du monde » de Sharon
Challenge « A tous prix » d’Asphodèle

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le chat du rabbin 1Le chat du rabbin
La Bar-Mitsva – Tome 1
Texte et dessins de Joann Sfar
Colorisation de Brigitte Findakly

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Alger, début du XXè siècle,

Être chat de rabbin n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’on est obligé d’étudier le Talmud, la Torah et tout le reste… parce que…
Un jour, le Chat, style abyssin gris-bleu, agacé par le bavardage du perroquet, l’a avalé tout entier, laissant seulement quelques plumes de son méfait. A sa grande surprise, lui qui n’arrivait qu’à miauler, s’est mis à parler comme un humain.
Il nous raconte alors sa vie chamboulée, ses états d’âme et ses réflexions sur de nombreux points de la judéité. La première question qu’il se pose concerne son identité. Est-il Juif ou chat de Juifs ? C’est très important ! Car s’il veut rester auprès de Zlabya, la fille du rabbin, il doit se comporter comme un « vrai » Juif.
Un « vrai » et « bon » Juif ? oui-oui… rentrer « dans le droit chemin », faire sa bar-mitsva, étudier la kabbale… et tout le toutim… Que tout semble compliqué ! surtout lorsque le Chat se met à chipoter et à philosopher sur les sujets qui le tracassent et qui vont à l’encontre de ses désirs et des principes de son maître.
Il parle… il discutaille, intellectualise, chicane, « thèse, antithèse, antithèse de l’antithèse », fait de l’esprit, ironise, damne le rabbin en chef et perturbe la conscience de tout le monde. Les valeurs traditionnelles, les croyances, les dogmes, la spiritualité… sont affaires de débat. Le Chat est désespérant ! Son maître le lui dit… c’était mieux avant quand il ne parlait pas et on lui demande expressément de ne plus dire un mot.

Ne plus parler. Le Chat est d’accord. Il va sacrifier ce droit à la parole pour pouvoir rester avec Zlabya. Ne plus parler… ne plus parler… oui, mais alors, il va observer et tout nous raconter.

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J’ai beaucoup aimé cette rencontre avec le Chat du rabbin et je ne tarderai pas à lire la suite. L’auteur fait parler le chat dans une langue pleine d’humour, de finesse et de causticité. Il controverse et remet en question certains points du judaïsme ce qui chagrine et tourmente son maître. Cabochard mais très sympathique, à travers lui on découvre la communauté juive d’Alger et l’importance qu’elle accorde à la kabbale.
Chat heureux dans une maison bienveillante, l’album dégage également de beaux sentiments comme la tendresse et le partage.
Le scénario est généreux, les dessins aussi. La richesse des mots, des couleurs, des expressions, des détails des décors, font de cet album une belle réussite qui a été deux fois primé ; en 2003, prix du jury œcuménique de la bande dessinée et en 2006, prix Eisner de la meilleure édition américaine d’une œuvre internationale.

Dans la préface, Eliette Abécassis dit de ce conte qu’il est poétique et qu’il raconte l’essentiel du judaïsme. « Œuvre unique et intelligente ». Quant à Joann Sfar, par cet album, il rend un hommage aux peintres d’Alger du XXè siècle et cite l’ouvrage de Marion Vidal-Bué « Alger et ses peintres, 1830-1960 ». Ce dernier point m’embarque déjà de ce côté-ci de la Méditerranée !

Je vous recommande donc ce premier tome… gourmand.
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D’autres billets chez Mo’, Catherine,

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