Trois enquêtes du Père Brown

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Le mois anglais avec Titine, Lou, Cryssilda – 5ème billet
« En tout genre » de Miss Léo, « Classique » de Stéphie, « Thriller » de Liliba et « God save the livre » d’Antoni

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trois enquêtes du père brownTrois enquêtes du Père Brown
G.K. Chesterton

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Je découvre le père Brown et son auteur avec ce petit recueil de nouvelles.
G.K. Chesterton a créé ce personnage pour 51 histoires. La muse qui l’a inspiré est le père de sa paroisse à Beaconsfield, John O’Connor.
Chesterton est un contemporain d’Henri James. Journaliste, essayiste, poète, romancier, il a une belle prestance et une forte personnalité, n’hésitant jamais à clamer sa pensée. De l’avis contraire de Kipling sur l’impérialisme, il aime débattre et promulguer ses idées sur le libéralisme et sur le christianisme, quitte à se fâcher avec ses amis. Il se convertit au catholicisme en 1922.
Le père Brown… est un curieux personnage, armé d’un chapeau et d’un parapluie bien encombrants. Je ne sais pas comment il est décrit dans les autres nouvelles, mais il m’est apparu comme un homme doux, très rêveur et maladroit. Il est en apparence, le contraire d’Hercule Poirot qui est souvent satisfait de sa personne, mais en intelligence, il est aussi fin et brillant que lui. Leurs petites cellules grises fonctionnent aux mêmes degrés.

« Trois enquêtes du Père Brown » sont issues du recueil « La sagesse du père Brown » qui en compte douze au total.

L’absence de Mr Glass

Le Dr Orion Hood, criminologue et psychiatre à Scarborough, reçoit la visite du père Brown qui voudrait avoir son avis sur deux de ses paroissiens. Maggie, une jeune fille de bonne famille, souhaite se marier à James Todhunter, un locataire de la pension de sa mère.
Alors que le père Brown explique à Hood que malgré sa gentillesse, James est un personnage mystérieux, Maggie arrive affolée et annonce l’assassinat du jeune homme par Mr Glass, un homme qui s’était enfermé avec James dans sa chambre. Qui est ce Mr Glass que personne n’a vu ? Et pourquoi James est-il attaché par des cordes ? D’autres questions se télescopent à grande vitesse, surtout lorsqu’on s’aperçoit d’une chose surprenante et primordiale pour la suite de l’enquête…

« – Et la jeune fille, demanda le docteur Hood qui s’amusait intérieurement, que veut-elle ?
– Eh bien ! elle veut se marier avec lui, s’écria le père Brown en se redressant subitement. C’est justement ce qui complique terriblement les choses.
– En effet, c’est une énigme indéchiffrable, dit le docteur Hood. »

Le paradis des voleurs

Le grand Muscari, un poète Toscan chaud comme la braise, tombe amoureux de la jeune Ethel Harrogate, la fille d’un banquier fortuné qui passe quelques jours de vacances en Italie avec son père et son frère. Dans la salle de son restaurant où il compte lui chanter une sérénade, il rencontre une vieille connaissance à lui. Ezza a été embauché pour servir de guide aux Harrogate le temps de leur voyage dans la région. Témoin de tout cela, le père Brown écoute d’une bonne oreille tout ce qui se dit, des retrouvailles entre Muscari et Ezza, de la séduction entreprise auprès de Miss Ethel et des histoires sur un célèbre bandit qui hante les montagnes, le Roi des Voleurs.
Tout semble normal… alors pourquoi le père Brown conseille-t-il à Muscari de faire attention à Miss Ethel et de rester sur ses gardes ?

Les naufragés des Pendragon

Le père Brown a été invité par son ami Flambeau à accompagner Sir Cecil Fanshaw pour une croisière le long de la côte des Cornouailles. Depuis quelques temps, le père Brown est malade. A trop se surmener, son organisme s’est affaiblit et l’air marin ne pourrait lui être que bénéfique. En fait… ça serait bien s’il n’avait pas le mal de mer ! A bord du petit yacht, son attention vagabonde de Flambeau à Fanshaw, et tout en essayant de se contenir, il les écoutent raconter les histoires du pays, du roi Arthur et de Merlin, de Drake et d’Elizabeth, des corsaires, des naufrageurs, des Pendragon… A l’embouchure du fleuve, le bateau remonte la rivière et le paysage se transforme petit à petit. Une tour se dresse, imposante, elle est la propriété des Pendragon, une vielle famille d’illustres capitaines. Cette tour a une histoire bien sombre que l’Amiral, héritier de la famille, va raconter aux trois amis. Une terrible malédiction semble habiter les pierres.
Contes et légendes ou histoires criminelles ? Le père Brown, qui se porte mieux sur la terre ferme, cherche déjà à élucider l’intrigue, surtout qu’une jeune fille mystérieuse fait son apparition. Shakespeare aurait pu s’inspirer de ces tragédies…

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De ces trois nouvelles, c’est la dernière que j’apprécie le plus. Plus longue, plus travaillée, étrange et meurtrière, elle a maintenu mon intérêt jusqu’au dénouement. J’ai aimé également les petites pointes d’humour, la distraction du père Brown, les descriptions des paysages et en particulier le découpage de la côte des Cornouailles et les pérégrinations sur les chemins de la Toscane. Ce que j’ai moins aimé, ce sont les phrases très longues et le manque de rythme. Peut-être que d’autres y trouveront du charme… Je préfère quant à moi, le style d’Agatha Christie et son héros Hercule Poirot, ou la vivacité des écrits de Conan Doyle.
Je ne pense pas continuer les enquêtes de ce bon père Brown, mais j’ai été ravie de le rencontrer car le personnage est charmant, simple et profondément bienveillant.

Les enquêtes ont été adaptées par la BBC et je trouve l’incarnation du père Brown parfaite.

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father-brown-bbcSérie de la BBC, Father Brown

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Dimanche chez les Minton

dimanche chez les mintonDimanche chez les Minton
et autres nouvelles
Sylvia Plath

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Sylvia Plath était poétesse, mais elle a également écrit un roman et quelques nouvelles. Cette édition est titrée « Dimanche chez les Minton », une nouvelle qui ne commence pas le livre, mais qui le termine.

Le cinquante-neuvième ours

Sadie et Norton passent leurs vacances dans le parc de la Grande Boucle. Pour animer leur parcours, ils ont décidé de compter les ours qu’ils croiseront durant leur séjour. Sadie donne son chiffre fétiche, le cinquante-neuf. Pour elle, tout est cinquante neuf. Norton lance au hasard, soixante et onze.
Norton a une migraine et se lasse de ce séjour, mais pour faire plaisir à sa femme, il est prêt à faire toutes les compromissions. Sadie est fragile, il ne faut pas la perturber.
Ils dressent le campement, se prépare pour leur dernière nuit, ils ont déjà compté cinquante-huit ours…

La boîte à souhaits

Agnès Higgins en veut à son mari de rêver toutes les nuits, elle en est même très jalouse. Tous les matins, il prend son petit-déjeuner avec le sourire et lui raconte des rêves passionnants. Il est concertiste, poète, il fait des voyages, rencontre des animaux sauvages…
Comment fait-il ? Agnès n’a pas la faculté de rêver et elle voudrait apprendre. D’après son mari, il suffirait qu’elle s’abandonne, qu’elle s’imagine une histoire avec des images… mais est-ce si simple ?
A force d’essayer, Agnès angoisse. Le pays des rêves semble être inaccessible. Y aurait-il un autre chemin ?

Le jour où Mr Prescott est mort

Le vieux Mr Prescott est décédé. Par sympathie pour la famille et la jeune veuve, une mère emmène sa fille à la veillée et lui explique comment elle doit se comporter. Il faut compatir, montrer son chagrin, même si on ne ressent que de l’indifférence.
Il y a des manières à respecter, ce sont les règles !

Superman et la nouvelle tenue de Paula Brown

C’est le début de la guerre en Europe. Une petite fille aimerait bien que Superman son héros arrête tout cela. Le monde est cruel, même ses copains de classe, Paula, Jimmy et Sheldon sont décevants !
Ainsi va le monde hors des livres et des films.
« Je restai allongée, seule, dans mon lit, avec le sentiment que l’ombre noire rampait sous le monde comme une marée. Rien ne tenait, rien n’y échappait. Les avions argentés et les capes bleues se dissipèrent et s’évanouirent, effacés comme les dessins maladroits d’un enfant à la craie de couleur sur le gigantesque tableau noir des ténèbres. C’est cette année-là que la guerre commença, et le vrai monde, et la différence. »

Dimanche chez les Minton

Un couple de retraités marche sur la promenade qui borde l’océan. Ils ne sont pas mari et femme, mais frère et sœur, Henry et Elizabeth Minton.
Elizabeth est revenu dans la belle maison familiale. Elle sert Henry et dans chacun de ses gestes dévoués, elle revoit sa mère. Sa nature douce, bonne, rêveuse, est à l’opposé de celle de son frère qui est très individualiste et autoritaire.
Elizabeth aime voir les choses avec poésie et ses pensées sont fantasques. La répétition toute mécanique du quotidien s’égaie ainsi et se libère de ses lourdeurs.
En ce jour de balade, l’océan est agité. Elle dit à Henry que la tempête est proche. Il ironise, il est toujours prompt à la moquerie avec elle ! Ils s’accoudent à une rambarde au dessus d’un flux bouillonnant… un scénario s’immisce dans l’esprit d’Elizabeth…

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Comme pour Virginia Woolf et Edgar Allan Poe, des lectures récentes, je retrouve dans les histoires de Sylvia Plath ses névroses et la mort.
Elle raconte avec subtilité l’envers d’un décors de convenances où la société joue des rôles d’hypocrites, d’imposteurs, de fourbes… La femme est prisonnière d’une cellule domestique qui rend sa vie médiocre. Les évasions ne se font pas toujours par l’esprit ou par d’autres expédients salutaires, elles ont aussi un goût autodestructeur.
Dans l’ordre de ces nouvelles, on lit la démence, la quête du rêve, l’apprentissage de la bienséance, le désenchantement et l’abandon dans l’imagination. De toutes, c’est la dernière qui me plaît le plus. S’accorder dans le réel, une bulle d’imaginaire. Fantasque et sensible, elle ne blesse personne. Secrètes, les pensées se parent de toutes les fantaisies, voient la délicatesse des choses, des légèretés et des mondes mystérieux.
Malgré les caractères dépressifs et morbides des histoires, on lit les chimères et la poésie de Sylvia Plath avec beaucoup de plaisir.

D’autres billets chez Adalana,
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Edward Hopper

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Petite discussion avec une momie et autres histoires extraordinaires

.logohalloween13« Classique » de Stéphie, « XIX siècle » de Fanny et Kheira,
« Halloween » de Lou et Hilde, Le mois américain avec Noctenbule

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.petite discussion avec une momiePetite discussion avec une momie
et autres histoires extraordinaires
Edgar Allan Poe

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Les nouvelles ont été traduites en France par Charles Baudelaire en 1848, un an avant la mort de l’écrivain.
Dans ce recueil, trois nouvelles extraites des Histoires extraordinaires nous sont proposées.

« Petite discussion avec une momie », éditée en 1845

Un soir, le narrateur est convié par son ami le docteur Ponnonner à une étrange cérémonie. Seul un petit groupe de privilégiés féru d’égyptologie assistera à la mise à nue d’une momie qui avait été ramenée de Libye par le capitaine Sabretash, huit ans auparavant.
Allamistakeo est écrit en caractères hiéroglyphiques dans une cartouche, sur l’enveloppe cartonnée qui la protège.
Après avoir délicatement enlevé les différentes couches, le corps momifié se découvre sans ses bandelettes. Sa conservation est parfaite et le regard orné de billes bleues en verre amène une âme.
La dissection est l’ébauche suivante, lorsque le groupe décide de reporter leur exploration à la nuit du lendemain. Mais avant de partir, l’idée farfelue de projeter de l’électricité dans le corps amuse la troupe.
Si les rires potaches ponctuent l’examen, bientôt la terreur tétanisera ces légistes en herbe…

« … Quant aux autres personnes de la société, elles ne firent vraiment aucun effort pour cacher leur naïve terreur. Le docteur Ponnonner était un homme à faire pitié. M. Gliddon, par je ne sais quel procédé particulier, s’était rendu invisible. Je présume que M. Silk Buckingham n’aura pas l’audace de nier qu’il ne se soit fourré à quatre pattes sous la table. »

« Le puits et le pendule », éditée en 1843

Tolède durant la guerre de 1808,
Le calvaire d’un supplicié qui face à ses bourreaux en bure, voit son esprit s’échapper. Les tortures annihilent toute sensation jusqu’à ce qu’il se réveille dans une cellule noire. Il décrit ses souffrances, les errances de l’esprit, sa prison, les rats, les liens qui l’entravent, la mort et un bout d’espérance. Lorsqu’il y a vie, il y a croyance.
L’inquisition déborde d’imagination et retarde le trépas…

« Le roi Peste », éditée en 1835

Londres sous le règne d’Edouard III,
Deux marins, Legs et Hugh, descendent de leur goélette pour étancher leurs plaisirs. A la taverne « Au Joyeux Loup de mer », la bière coule et les enivre. Leurs délires éthyliques et les talonnements de la tenancière furibonde qui n’a pas été payée, les propulsent dans les ruelles qu’ils sillonnent sans connaissance. Le long de la Tamise, certains quartiers sont vidés et condamnés à cause de la peste, et presque malgré eux, leur fuite les mène vers un dépôt de pompes funèbres. L’endroit est une cour des miracles avec ses personnages disgraciés. La représentation et ses décors, offrent une scène macabre que les deux lascars trouvent grotesque. La mort y est sublimée.
De ce minuscule royaume, tous se présentent, Roi Peste, Reine Peste, Archiduc Pest-Ifère, Archiduchesse Ana-Peste, Duc Pest-Ilentiel, Duc Tem-Pestueux… et les invitent à leur table pour trinquer à leur véritable monarque : la Mort.
Legs et Hugh ne peuvent que satisfaire leurs hôtes, sans se douter du jeu qui se trame, avec une seule finalité…

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Dans ses nouvelles, Edgar Allan Poe semble être fasciné par la mort bien plus que par la peur, qu’il gausse et ironise. Il imagine des dimensions qui ne sont pas toutes fantastiques comme celle de la momie. Certaines sont le théâtre de la misère, des guerres, de la folie, qui parcourent le monde et voyagent de siècle en siècle. Récits cauchemardesques, ils sont des images de nos songes les plus terribles. Illusion de succomber par étouffement, noyade, murs qui bougent et qui se resserrent, mangé par des rats, la maladie… fuir, toujours courir, être rattrapé…
La première histoire a un humour malicieux, mais la fin n’est pas des plus heureuses même si l’échappatoire plaît au narrateur.
La deuxième raconte le martyr, les tortures. L’esprit prend alors l’ascendant sur le corps en souffrance et l’espoir ressurgit.
La troisième tire du conte, une allégorie comme le souligne l’auteur. La farce sinistre et extravagante renvoie à d’autres obsessions liées à la maladie et à la Faucheuse.
Certains démontrent par l’analyse de ces nouvelles, toutes les hantises de Poe. On le dit (Marie Bonaparte sur Wiki) poursuivi par ses délires, par les décès qui l’ont entouré, l’alcool, les drogues, le suicide et la neurasthénie.

Des histoires à lire de nuit pour quelques frissons…
J’ai aimé !

Des liens chez Mango,

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momie.
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So shocking !

logo keep-calm-and-readUn livre offert par Lou à l’occasion de notre mois
Challenges « Petit BAC » d’Enna, catégorie sentiments et
« God save the livre » d’Antoni

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so shocking !So shocking !
Alan Bennett

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Première histoire, Mrs. Donaldson sort du placard.

Mrs Donaldson, cinquante-cinq ans, est une veuve qui doit restreindre et changer son mode de vie pour des raisons pécuniaires. Sans se soucier du désaccord de sa fille, elle décide de louer les deux choses qu’elle possède… une chambre de sa maison, à des étudiants en médecine, et sa personne, à leur chef de service, le Dr Ballantyne. Il n’y a rien de « shocking », c’est en tout bien tout honneur…
Son rôle consiste à jouer la patiente ou la femme du patient, et ainsi proposer à l’armada d’étudiants toute une panoplie de pathologies : ulcère au duodénum, hernie hiatale, prostate… Comme une comédienne de la ligue d’improvisation, elle y met tout son coeur et son corps, n’hésitant pas à se faire passer pour un travesti. En tant que scénariste, parfois cameraman, le Dr Ballatyne n’est point commode, fort exigeant, imaginatif et très perturbé par cette figurante.
Question finances, tout se passerait bien, si les étudiants, Laura et Andy, payaient leur loyer.
Conscients de leur dû, ils lui proposent alors un fol concept qu’elle accepte ! Ils exhibent leurs ébats amoureux, jeunes et fougueux, devant une Mrs. Davidson, qui, au stade de l’observation de ses deux yeux grands ouverts, en serait presque à prendre des notes. Timide et en manque d’extravagance toute sa vie, elle découvre alors un univers bien étrange…

« – Avez-vous déjà vu des gens en train de faire l’amour ? lui demanda Laura.
– Pour être tout à fait honnête, répondit Mrs. Donaldson en feignant de fouiller dans ses souvenirs, je ne pense pas avoir eu cette opportunité.
– Oh, tant mieux, dit Laura. Nous avions peur que vous ne soyez un peu blasée.
– Ce n’est pas le cas, rassurez-vous, dit Mrs. Donaldson. (Si on lui avait donné le choix, elle aurait sans doute préféré qu’ils lui offrent un bouquet de soucis.) Non, ajouta-t-elle, je ne me suis jamais retrouvée dans une telle situation.
– Nous non plus, dit Laura… »

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Deuxième histoire, Mrs. Forbes reste à l’abri.

Graham Forbes, le petit chou à sa maman, va se marier à une Betty Greene, ni belle, ni jeune, ni originale. Serait-elle aussi catholique ???  peut-être, mais elle est surtout une orpheline riche. Jeune banquier arriviste et calculateur, il a eu un coup de foudre pour le patrimoine de Betty, faisant l’impasse sur son physique, sa candeur et son inexpérience dans le secteur de l’intime ; jeune fille amoureuse, peu farouche, elle apprend vite et bien.

Mrs. Forbes est très déçue, son fils chéri aurait mérité bien mieux ! N’est-il pas beau, intelligent, jeune, promu à un avenir professionnel brillant ?
Mr Forbes est très-très déçu. Son fils marié, sa femme allait orienter les faisceaux laser de son attention, sur sa personne. De quoi être bouilli, grillé et réduit à néant.

Le jour du mariage, Mrs. Forbes-mère est outrée par la conduite de son mari ! Quant à  Mr Forbes-père, il jouit de voir sa femme en ébullition. La nouvelle Mrs. Forbes est épanouie, elle a enfin ce qu’elle désire ! Et son récent mari… Mr Forbes-junior semble également joyeux de son destin, tout en repensant à la veille du mariage, lorsqu’il était collé contre le dos si doux de son amant. Là est le nerf de l’intrigue, Graham est gay et personne ne doit le savoir !

Comme dans un vaudeville, l’amant fait chanter Graham et les transactions mèneront à quelques confusions… Les rapprochements familiaux s’entremêlent un peu (quel euphémisme !) et il en résultera des surprises pour le lecteur et les acteurs de cette farce coquine. Il y a plus rusé et perspicace, que Graham…

« -… Quel gâchis ! Et Dieu sait à quoi ressembleront leurs enfants.
– J’imagine…, avança Mr Forbes.
– Tu imagines quoi ?
– J’imagine qu’ils ont déjà… fait leur devoir.
– Je te demande pardon ?
– Qu’ils se sont envoyés en l’air.
Un silence pesant suivit cette dernière remarque. C’était un vieux sujet de dispute entre eux : la manière dont il convenait de désigner la chose – à supposer que Mr Forbes soit autorisé à y faire allusion.
– Je suppose que tu voulais dire qu’ils ont « fait l’amour », rétorqua-t-elle. Je préfère ne pas y penser.
– Je suis sûr, ajouta Mr Forbes en s’enhardissant brusquement, qu’elle démarre au quart de tour.
– Au quart de tour ? Edward… Quand auras-tu compris que certaines expressions doivent être bannies de ton vocabulaire ? »
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Je remercie Lou pour ce cadeau.
J’ai lu de l’auteur « La reine des lectrices », un roman à la trame divertissante et à la plume pleine de finesse, folle et bien forgée. Entièrement séduite par le style, à l’ironie mordante so british, c’est avec plaisir que j’entamais ce livre de deux nouvelles.

Toutes deux revisitent la société anglaise dans ce qu’elle a de plus conformiste et traditionnel, laquée, apprêtée, « tweedée », puis la pimentent d’un érotisme assez « élégant »… si les mots sont croustillants, ils n’offrent pas d’images graveleuses. La vulgarité n’y est point, c’est cocasse, insolite et libertin.
La couverture sous-entend du voyeurisme et en effet, nous sommes spectateurs des fantasmes, des pulsions, des amours et des expériences des personnages.
La première histoire est celle que je préfère. Les scènes à l’hôpital sont drôles. Mrs. Davidson est une veuve charmante qui attire la sympathie. La fiction est incroyable, pourtant elle n’apparaît pas si choquante. L’auteur noie « l’indécence » en peignant le portrait d’une femme vieillissante, recroquevillée, qui s’ouvre sur le plaisir et les joies de la vie, comme une fleur. On ne peut espérer alors pour elle, qu’un joyeux épanouissement.
La deuxième histoire paraît en son début plus claire que la précédente. Cependant, les fils de la trame s’entortillent dans un brouillamini. Moins « bon-enfant », plus cynique et immoral, la satire est théâtrale et les sourires sont hésitants. La fin est un pied de nez !

Un livre charmant même s’il est moins habile que « La reine des lectrices », moins rieur, plus tortueux. Il me rappelle les nouvelles plus subtiles de Roald Dahl, réunies dans « La grande entourloupe ».

Des billets chez Lou, Titine, Alice, Kathel, Chroniques Littéraires, Plumisa,
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RealHumans

Mrs. Davidson ou Mrs. Forbes ?

Photo de la série « Reals Humans »
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