Le rituel des Musgrave


Le mois anglais avec Cryssilda et Lou

Littérature anglaise avec Titine
Challenge Polars de Sharon

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Le rituel des Musgrave
Arthur Conan Doyle

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John Watson n’a guère de miséricorde envers Sherlock Holmes lorsqu’il nous confie ses petits défauts. Dans sa vie privée, le grand détective est  brouillon, négligent et complètement incohérent. On peut découvrir n’importe quoi dans le beurrier ou dans une soupière… et il est incapable de ranger correctement ses papiers. On le savait déjà souffrant de mélancolies, mais dans l’introduction de cette nouvelle, nous le découvrons très désordonné.

C’est dans le chaos des archives à classer, où Watson harangue son ami en le priant de de ranger les documents de ses affaires dans des cartons, que le rituel des Musgrave refait surface. L’histoire des Musgrave, la troisième enquête de ses débuts, est chroniquée dans les Mémoires, juste après « Le Gloria Scott ». Toutes deux font référence à des camarades de classe qui avaient sollicité Holmes pour résoudre des énigmes concernant leurs familles.
Sorti de son abattement, Holmes ouvre une petite boîte en bois dans laquelle se trouve des objets variés : un vieux papier, une clé en cuivre, une cheville de bois, une pelote de ficelle et trois sous en métal rouillé. De ces pièces, souvenirs de ce qu’il nomme « Le rituel des Musgrave », le mystère s’établit avec ce vieux papier du XVIIè siècle que l’on transmet aux générations successives :

« – À qui appartenait-elle? – À celui qui est parti.
– Qui doit l’avoir? – Celui qui viendra.
– Quel était le mois? – Le sixième en parlant du premier.

– Où était le soleil? – Au-dessus du chêne.
– Où était l’ombre? – Sous l’orme.
– Comment y avancer? – Au nord par dix et par dix, à l’est par cinq et par cinq, au sud par deux et par deux, à l’ouest par un et par un et ainsi dessous.
– Que donnerons-nous en échange? – Tout ce qui est nôtre.
– Pourquoi devons-nous le donner? – À cause de la confiance. »

Holmes raconte…

Décidé à gagner sa vie en tant que détective, le jeune Holmes reçoit la visite de Reginal Musgrave, un ancien camarade qui est l’héritier d’une vieille lignée d’aristocrates. A la mort de son père il a hérité du domaine de Hurlstone, des terres et une vieille bâtisse immense « pleine de coins et de recoins » qui nécessite une importante domesticité. Parmi les serviteurs, le majordome Brunton est un personnage étrange qui ne semble pas être à sa place. Homme très intelligent, beau, séducteur, il aurait pu prétendre à d’autres fonctions que celles qu’il occupe. Le cas qui amène Reginal à consulter Holmes concerne justement Brunton qui a disparu sans laisser de message, après avoir commis un impair impardonnable en prenant ses aises dans la bibliothèque. Lorsque Reginal l’avait surpris, il compulsait comme envouté, les vieux papiers de la famille, dont le rituel des Musgrave. Renvoyé avec un sursis de huit jours, Brunton avait perdu sa morgue et s’était montré obséquieux comme jamais. Mais deux jours plus tard, sa fiancée Rachel Howells, une femme de chambre, avait annoncé son brusque départ dans une crise d’hystérie ; Brunton ayant tout laissé dans sa chambre, vêtements et argent.
Ce que rapporte Reginal ne se limite pas à ce seul évènement. Quelques jours après la disparition de Brunton, Rachel qui était tombée malade disparaissait à son tour.

Pour Holmes, les prémices de l’enquête débutent dans l’énigme du rituel… à l’ombre d’un vieil orme de dix-neuf mètres de haut, de sept mètre de circonférence et datant de l’époque de Guillaume le Conquérant.

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A travers les souvenirs de Holmes, cette nouvelle si courte est une des plus denses. L’histoire nous mène dans une chasse au trésor et les disparitions de Brunton et Rachel passent au second plan jusqu’à la chute finale. L’aventure est captivante le trésor vous surprendra !
Des enquêtes à recommander…

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Dans un autre genre, l’épisode de la série télévisée avec Jéremy Brett, chez Belette

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Un aristocrate célibataire

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Un aristocrate célibataire
Arthur Conan Doyle

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Je continue dans leur chronologie les nouvelles des aventures de Sherlock Holmes. Elles ne sont pas toutes égales mais elles méritent de figurer au palmarès du détective, comme le précise invariablement John Watson. Interlude à d’autres histoires plus passionnantes, celle-ci raconte l’affront subit par un pair du royaume le matin de ses noces. Les scandales sont des petits fours que la bonne société adore déguster. Si l’affaire fut étalée dans les journaux et commentée dans les meilleurs salons, elle a vite disparu au profit d’autres cancans. Mais le mystère demeure et c’est à Holmes de découvrir le fin mot de l’histoire.

Lord Saint-Simon, fils cadet du duc de Balmoral, demande à Holmes de découvrir ce qui est arrivé à sa femme, Mlle Hatty Doran, une riche héritière Américaine. Disparue juste après le mariage qui fut célébré en petit comité à Saint-George, on craint qu’elle ait été kidnappée et peut-être même tuée. Si l’inspecteur Lestrade est bien décidé à suivre les soupçons de Lord Saint-Simon qui accuse son ancienne maîtresse, Holmes s’attache à un indice, retrouvé dans les vêtements de la jeune épousée ; un petit mot et des initiales.

Lord Saint-Simon relate à Holmes et Watson la cérémonie de son mariage. La mariée était radieuse jusqu’au moment où elle a eu un vertige et fait tomber son bouquet. Elle semblait perturbée d’avoir pu l’abîmer, mais un gentleman le lui a rendu et les fleurs n’étaient  pas meurtries. Donc ce n’est pas ça qui aurait pu la chagriner… Cependant ?

Holmes commence à comprendre et le mystère revêt alors une tournure moins dramatique.

La nouvelle est brève, mais l’histoire nous fait partir loin vers la conquête de l’ouest, la ruée vers l’or, les indiens… Loin des meurtres habituels et des machinations criminelles, Watson rapporte une belle histoire d’amour.

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Sans titre 1

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L’Escarboucle bleue

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«British Mysteries» de Lou et Titine

Mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda, 9ème billet

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les aventures de sherlock holmes 2L’Escarboucle bleue
Les aventures de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

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Dans les nouvelles de Sherlock Holmes, John Watson aime à raconter des petites histoires qui n’ont pas forcément la tonalité des autres enquêtes meurtrières. Le délit y est plus minimal mais tout aussi intéressant à narrer et à lire. On a vu que Holmes n’était pas si implacable et qu’il n’attachait pas une réelle importance à la justice. Ce qu’il apprécie par dessus tout, c’est démêler l’inexplicable et percer les mystères de l’âme humaine.
Alors, quand on lui soumet une énigme…

« – Pas de crime ! répondit-il. Il s’agit seulement de l’un de ces innombrables incidents baroques qui ne manquent pas de se produire quand vous avez quatre millions d’être humains qui se bousculent à l’intérieur de quelques kilomètres carrés. Au sein des actions et des réactions d’un tel essaim d’humanité, il faut s’attendre à n’importe quelles combinaisons d’évènements : d’où des petits problèmes, bizarres et passionnants, pas pas forcément criminels. Nous en avons déjà fait l’expérience plus d’une fois.
– Tellement, observais-je, que sur les six dernières affaires, trois étaient parfaitement exemptes de crime, aux yeux de la loi. »

L’histoire de l’Escarboucle bleue se passe à l’époque de Noël. Watson va rendre visite à son ami pour lui présenter ses vœux et le découvre en pleine observation d’un chapeau melon usé. C’est le commissionnaire Peterson qui le lui a remis, ainsi qu’une oie dodue, après qu’il ait été témoin d’une agression dans la rue. Et comme il est bien reconnu qu’un uniforme de police fait fuir tout le monde, agresseurs et agressé ont pris la poudre d’escampette et ont abandonné chapeau et oie. Une oie qui, à l’heure où Holmes spécule sur l’identité de l’infortuné propriétaire, se fait rôtir sous la bonne vigilance de Madame Peterson…
Que peut-on raconter de ce chapeau ? beaucoup… Holmes détaille à Watson les faits, lorsqu’il est interrompu par un Peterson affolé.

« – L’oie, monsieur Holmes ! L’oie, monsieur ! bégaya-t-il.
– Hé bien ? Qu’est-ce qui se passe avec l’oie ? Est-elle ressuscitée ? S’est-elle envolée par la fenêtre ? »

Sa femme a découvert dans le jabot de l’oie, une pierre bleue de toute beauté, unique. Le diamant, L’Escaboucle bleue, qui une semaine avant, avait été volée à la comtesse de Morcar et pour lequel un millier de livres est offert pour sa restitution.
Dés lors, ce n’est plus le chapeau qui revêt une analyse particulière, mais la chère oie.
De plus, l’affaire se corse car un plombier connu de la justice pour avoir déjà commis un larcin, clame son innocence et est inculpé, incarcéré et mené devant les assises pour le vol.
Holmes ne veut pas perdre de temps et part en compagnie de son fidèle assistant sur les traces de la défunte oie et celles du véritable coupable.

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Conan Doyle a écrit une nouvelle qui mêle sérieux et légèreté. Le comique de l’histoire n’enlève pas la gravité des faits. Un innocent risque la pendaison ou d’être envoyé dans une colonie pénitencière si on ne le disculpe pas. Les déductions de Holmes fusent comme dans un geyser et si elles paraissent évidentes après avoir été énoncées, elles n’en sont pas moins spectaculaires pour nous pauvres lecteurs.
Un méchant plus bête que cruel, une justice expéditive, une enquête sinueuse, « bizarre », et Holmes le miséricordieux… C’est Noël…
Une très bonne lecture !

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l'escarboucle

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L’homme à la lèvre tordue

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«British Mysteries» de Lou et Titine

Mois anglais de Lou, Titine et Cryssilda, 7ème billet

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sherlock holmesL’homme à la lèvre tordue
Les aventures de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

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Juin 1889,

John Watson et sa femme reçoivent la visite de Madame Whitney, une amie de longue date. Épouse d’un homme opiomane, elle vient souvent leur confier son désespoir et chercher du réconfort auprès de Mary. Ce soir-là, inquiète, elle ne sait quoi faire car son mari n’est pas rentré depuis plus de deux jours. Elle l’imagine dans une fumerie d’opium, déconnecté de la vie et sans force pour réintégrer leur domicile.
Homme au grand cœur, Watson ne se fait pas prier pour aller le chercher… il y fera une rencontre imprévue !

Dans la fumerie, après avoir découvert Whitney, Watson se fait aborder par un vieil homme. C’est Holmes, grimé et costumé, qui mène une enquête parmi les drogués. Sa cliente Madame Saint-Clair craint que son mari, un homme d’affaire prospère, ne soit retenu prisonnier, ou pire, n’ait été assassiné dans cet établissement. Elle l’aurait aperçu à l’une des fenêtres quelques secondes… Disparu, on découvre dans la chambre correspondant à la fenêtre, seulement un pauvre mendiant bien connu du quartier. Hugh Boone est un clochard défiguré, très sale et peu loquace. Les affaires de Saint-Clair étant à ses côtés, on pense qu’il pourrait être impliqué dans la disparition et le meurtre.

Une affaire des plus étranges… surtout lorsque les pistes s’éparpillent dans le quartier le plus mal famé de Londres et racontent une histoire des plus surprenantes. Holmes voudrait bien faire parler Boone…
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Dans la suite des Aventures de Sherlock Holmes, « L’homme à la lèvre tordue » est une nouvelle qui vient après « Les cinq pépins d’orange ». Différente, bien imaginée, elle nous projette sur les bords de la Tamise de l’East End, dans une fumerie d’opium. Les Britanniques ont ramené en occident l’opium et au XIXè siècle, cette drogue ne faisait pas que des ravages auprès des coolies Chinois. Elle était aussi bien prisée par les classes aisées de la société et les milieux artistiques.
En ce qui concerne l’intrigue qui n’est pas d’une grande envergure, il me semble qu’Agatha Christie a utilisé le même stratagème dans l’une de ses histoires avec Hercule Poirot. Je ne me souviens plus du titre, hélas…
Une sympathique enquête à lire.

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fumerieUne fumerie

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La ligue des Rouquins

Une lecture commune avec Caro, Shelbylee et Aymeline
« Challenge XIXème siècle » de Fanny, « Challenge British Mysteries » de Lou et Titine

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la ligue des rouquinsLa ligue des Rouquins
Les aventures de Sherlock Holmes
Conan Doyle

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Londres, octobre 1890,

Watson rend visite à son ami Holmes et le découvre en conversation avec un nouveau client, Monsieur Jabez Wilson. Invité à prendre place dans un fauteuil, il écoute attentivement l’histoire qu’il a à raconter… Holmes prédit qu’elle sera certainement l’une des plus divertissantes qu’il aura à rapporter dans ses chroniques !

Tout commence deux mois plus tôt par une annonce dans le journal. Dans sa boutique de prêteur sur gage, son nouveau commis, Vincent Spaulding, lui montre une proposition de travail étrange et irrésistible qui ne pourrait que l’intéresser. La demande précise que la rémunération est de quatre livres par semaine et qu’il fallait simplement adhérer à la Ligue des rouquins en l’honneur d’un millionnaire américain. Aussitôt lue, aussitôt parti ! Wilson, crinière rousse, pose sa candidature et a la surprise d’être retenu en quelques minutes. Le travail n’est pas contraignant, il consiste seulement à recopier l’Encyclopédie britannique, de 10 heures du matin à 14 heures de l’après-midi. Il confie donc son magasin à son commis et consacre quatre heures de ses journées à remplir des pages…
Jusqu’à ce jour, où sans aucune explication, il reçoit un bristol sur lequel est écrit que La ligue des rouquins est dissoute.

L’affaire est en effet très étrange et amuse Holmes qui ne peut cacher son hilarité. Après avoir obtenu quelques réponses à ses questions, il convie Watson à l’accompagner dans une virée du côté de la City où se trouve la boutique de Wilson. Avant de partir il conseille toutefois à Watson de venir armé.

Holmes, aurait-il déjà dénoué le nœud de l’histoire ?

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« La Ligue des Rouquins » est la deuxième nouvelle tirée des aventures de Sherlock Holmes qui vient après « Un scandale en Bohême ». Sur un ton léger et moqueur, car Wilson est un pigeon bien dodu, le scénario livre une intrigue bien orchestrée qui permettra à Holmes de mettre la main sur un bandit qu’il recherchait depuis longtemps. Dans le dernier paragraphe, Watson, toujours admiratif, s’émerveille des déductions de son ami… « La chaîne est longue, et cependant chaque anneau se tient. ». Cette phrase analyse parfaitement les histoires de Conan Doyle, toujours ciselées avec finesse.
Si la précédente nouvelle montrait un Holmes dépendant à la cocaïne et habité par la mélancolie, ici, Doyle le montre joyeux, taquin et grand mélomane.
La prochaine histoire sera… « Une affaire d’identité ».

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D’autres billets chez Belette, Caro, Shelbylee, Aymeline,
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EPISODE 12-THE FINAL PROBLEM
Jeremy Brett dans son rôle de Sherlock Holmes

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La ruelle au clair de lune

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Challenges « Classique » de Stéphie 

et « Stefan Zweig » de Métaphore

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stefan_zweigLa ruelle au clair de lune
Stefan Zweig

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Un port en France,

Un voyageur allemand ne peut prendre la correspondance de son train pour rentrer chez lui, car le bateau qui l’a débarqué a eu du retard. Il décide alors de se perdre dans les ruelles de la ville. Il est le narrateur de cette nouvelle.

L’ambiance le conduit dans la profondeur des quartiers. Curieux de cette faune grouillante et colorée, il observe et décrit l’atmosphère ; marins, filles légères, musique, cris, rires, ivrognerie, senteurs poissonnières, lumières tamisées, lampions rouges, œillades langoureuses et tarifées… Le solitaire arrive à apprécier les instants de cette nuit. Il pense que ces heures sont sensuelles, propices aux rêves, même si les lieux transpirent l’angoisse et la désespérance.
Etourdi par ses sensations, il perçoit une mélodie allemande. Il suit le fil et arrive dans un établissement peu engageant. Au comptoir, une femme chantonne. Elle n’est ni belle, ni laide, ni jeune, ni vieille. Ses yeux fardés sont inanimés. Lorsqu’elle le harponne et l’invite à boire un verre, il se sent obligé d’accepter. Il décèle en sa vulgarité, un masque protecteur… Étrange fille à matelot !
L’histoire prend une tournure moins passive lorsqu’un homme tente de s’approcher. Entre lui et la fille, le contentieux est lourd. Railleries, regards assassins, cruauté, l’inconnu, soumis, subit les humiliations en silence. Pourquoi ?
Notre narrateur fuit l’air malsain et ne songe qu’à rejoindre son hôtel. Très vite, dans « la ruelle au clair de lune »,  il est apostrophé par l’homme du bar qui veut se justifier.
Elle n’est pas si méchante, elle a ses raisons. Lui et elle, c’est une vieille histoire ; il va la lui raconter.
Elle était miséreuse, il était riche. Il l’a aimée, mais trop mal, trop tard…

« J’aurais voulu partir, mais tout en moi était alourdi ; j’étais là, assis dans cette atmosphère trouble et saturée, chancelant de torpeur comme le sont les matelots, enchaîné à la fois par la curiosité et par le dégoût, car cette indifférence avait un côté excitant. »

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Cette nouvelle de Zweig est dans le recueil « Amok » (Nouvelles d’une mauvaise passion) parue en 1922. Dans mon livre, elle vient à la suite de « Lettre d’une inconnue ». Le thème de l’amour malheureux, à sens unique, la souffrance, sont à nouveau abordés.
Le décor que Zweig nous présente a son importance. A travers le voyageur, nous exhalons la crasse « portuaire ». Pénétrer l’intérieur des terres est une véritable aventure qui échauffe l’imagination et titille nos sens. Il offre à son narrateur un rôle secondaire, celui de spectateur et confident (bien malgré lui), puis oriente les projecteurs sur un couple défait.
« Il était une fois » est une triste histoire… Un jeune homme riche prend sous sa protection une jeune fille pauvre et en fait sa « chose ». Il instaure un jeu qui lui apporte un plaisir pernicieux. Dominateur, il impose les règles. Elle doit implorer chaque désir et consentir à la soumission. Pour lui, la voir s’humilier le comble de bonheur. C’est plus que de l’avarice, à ce paroxysme c’est morbide et cruel. Leur relation se termine sur la disparition de la jeune fille qui ne peut plus supporter cette servitude. Dès lors, les rapports sont modifiés, s’inversent, et lorsqu’il la retrouve, la victime devient bourreau. Pour elle, la prostitution est une finalité préférable à tout ce qu’il peut lui offrir. La passion amoureuse est traitée dans ses formes sadiques et masochistes.
La fin est presque inévitable, elle est esquissée, on la forge. Je n’en dirai pas plus. Arbitre impuissant, le narrateur est rentré dans la dualité malgré lui. Son désir de fuite, de ne pas s’impliquer, souligne une certaine lâcheté et le renvoie à une médiocrité.

C’est la troisième fois que je lis Stefan Zweig et je suis toujours aussi respectueuse de ses mots. Il décline la passion amoureuse et chaque nouvelle a son tourment. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous convie à le faire…

Des billets chez Bladelor,
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Henri-de-Toulouse-Lautrec-La-Blanchisseuse
Henri Toulouse Lautrec

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Lettre d’une inconnue

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Challenges « Classique » de Stéphie, « Les 100 livres à avoir lu » de Bianca et « Stefan Zweig » de Métaphore

Une lecture conseillée par Cécile

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UnknownLettre d’une inconnue
Stefan Sweig

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Parti pour un petit voyage de trois jours hors de Vienne, « R » découvre en arrivant chez lui une lettre de quinze pages. « R » est un écrivain d’une quarantaine d’années, auteur à succès, chéri et fortuné. Ce courrier pourrait être un court manuscrit écrit par un nouvelliste. Aucune indication peut témoigner de son origine, seule la certitude que la plume est celle d’une femme. Elle raconte…

« Elle » était secrète et silencieuse, elle le surveillait derrière sa porte, ses fenêtres, elle avait treize ans, il en avait vingt-cinq, elle était sa voisine, il a été son « amour absolu ».
L’adolescente se contente d’une admiration discrète et exclusive. Elle s’en nourrit, elle s’en gave ; ses pas dans les escaliers, l’ombre de sa silhouette, ses murmures et ses rires fondus dans l’obscurité, ses absences, son courrier, et les froufrous de ses nombreux amours…
Puis un jour, sa mère lui annonce leur déménagement et son coeur éclate. Durant quelques années, elle subit la séparation comme une petite mort. Elle se momifie et fait semblant d’exister. En elle, la fascination de « lui » est toujours là.
Elle a dix-huit ans lorsqu’elle le revoit. La petite souris a plus d’assurance, plus de charme. Le séducteur est captivé le temps d’une nuit.

Elle l’écrit, et ce n’était que le début de leur histoire. Des bonheurs éphémères, trois nuits et une quatrième, qui s’étirent sur des années sans jamais se dévoiler, les rendant uniques…
Le dénouement n’en sera que plus cruel.

« Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort, comme une esclave, comme un chien, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis toujours restée. »
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Cette nouvelle a été publiée en 1922. La préface, écrite par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent, dit que c’est un des récits de Stefan Zweig les plus appréciés.
L’histoire est une confession qui sonne le glas de deux vies et « R » le romancier, personnage vénéré, en sera le dépositaire. Le testament d’une amante qui lègue sa folle passion. D’une écriture concise mais très fine, l’amour est raconté simplement, délicatement, dans un style épistolaire.
Les aveux progressent en force. Les débuts gardent la naïveté de l’enfance, avec le poids des sentiments exacerbés et le fanatisme délirant. Par la suite, la maturité conserve son esprit romanesque et l’espoir heureux, encore inconscient, de la jeunesse ; « elle » a dix-huit ans. Viennent alors quelques révélations poignantes, douloureuses,  toujours imprégnées d’idolâtrie. Elles sont des détonations qui claquent et qui expliquent tous les renoncements et toute l’abnégation de cet amour. Les propos ne sont pas ceux d’une pénitente mais ceux d’une conteuse au seuil de sa vie…
Elle l’a beaucoup aimé, et par quatre nuits, elle a été sa compagne. Il n’a jamais relié ces amours. Elle était donc inexistante.
Il me semble que le drame se joue à deux reprises ; la mort d’un enfant et la lecture de la lettre où tout est révélé. J’aime à penser que « R » perde de sa superbe, qu’il se rappelle la sensualité de ces nuits, l’amour qui lui avait été offert, généreux, désintéressé, et les roses qu’il recevait tous les ans pour son anniversaire, inconnues et mystérieuses.
Aura-t-il des regrets ?

Histoire d’une obsession, d’un amour déséquilibré, maudit, superbement écrit.
Une lecture à recommander… puisque j’ai tant aimé
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D’autres billets chez Sara, Cécile, Hérisson, Stéphie, Moka, Alice, Liliba, L’Irrégulière, 

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Film de 1948 avec Louis Jourdan et Joan Fontaine
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