Le restaurant de l’amour retrouvé

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Une histoire offerte par Sandrion, pour Les Gourmandises
Une lecture partagée avec Louise, Nahe

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le restaurant de l'amour retrouvéLe restaurant de l’amour retrouvé
Ogawa Ito

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En rentrant de son travail, Rinco, une jeune japonaise de vingt-cinq ans, a la surprise de découvrir son appartement vidé de tout son intérieur. Le « voleur » est son fiancé indien qui l’a abandonnée en emportant toute leur vie, rêves et économies compris. Le choc est tel qu’elle en perd la voix.
Sous le bras, la jarre héritée de sa grand-mère dans laquelle fermente une précieuse saumure, et juste de quoi payer le bus, Rinco s’en retourne dans son village natal, une contrée située dans une vallée entre deux Mamelons. Alors que le paysage défile derrière les vitres du car, d’autres souvenirs viennent se calquer. C’est à l’âge de quinze ans qu’elle a fui la région montagneuse pour aller vivre avec sa grand-mère en ville. D’elle, elle a tout appris, tout reçu, mais surtout le plus important, la tendresse et ce goût pour la cuisine. De sa mère, la fantasque Ruriko propriétaire du bar L’Amour, elle n’en retient que de l’indifférence, des rancœurs et un profond sentiment de non appartenance. Dix ans qu’elle ne l’a pas vue.
Que va-t-elle lui dire ? Rien, puisqu’elle est devenue muette !
Lorsqu’elle arrive devant sa maison, son premier réflex et d’aller chercher les économies de sa mère enfouies dans le jardin. Elle pourrait aller ailleurs, reconstruire sa vie… et partir en catimini… Mais Ruriko est là et la surprend.
Toujours sans un mot, la mère invite sa fille à la suivre et la fille suit la mère. La porte se referme et débute alors pour Rinco une autre vie.

Avec l’argent que sa mère lui prête, Rinco ouvre un restaurant dans la resserre rustique mais pleine de charme attenante à la maison ; elle l’appelle L’Escargot. Dans un premier temps, elle explique l’aménagement. Il est affaire de tissus, de meubles, de coloris, d’ambiances, de torchis sur les murs. Son ami Kuma l’aide et la soutient moralement. Dans un deuxième temps, elle conte ses plats. Les menus s’établissent en fonction des clients. C’est du sur-mesure. La cuisine japonaise comme elle la conçoit est une science, simple et sophistiquée, où les mets sont célébrés. Il ne faut que la qualité et la qualité se produit avec patience et révérence. Le troisième temps de son histoire, c’est sa cuisine. Là est tout le mystère de Rinco…

La maison, le figuier immense dans lequel elle aimait grimper, le papy hibou qui hulule tous les soirs, les Mamelons, Rinco redécouvre son enfance comme si rien n’avait changé. En échange de son hébergement, sa mère lui confie aussi Hermès, un gros cochon qui a dépassé le stade de l’animal de compagnie. Hermès est un membre de la famille, Hermès aurait pu être le deuxième enfant. Entre lui et Rinco, une certaine complicité s’établit et les soins qu’elle lui prodigue lui apportent plus d’assurance.

Lorsqu’elle cuisine, Rinco fait de la magie. Goûtez une de ses soupes et vous aurez les larmes aux yeux, prenez une cuillère de riz et vos rêves se réaliseront… Ses premiers convives en ont été chamboulés ! Plus que les saveurs en bouche, c’est le goût de la vie car elle y met tout son cœur, sa passion, son humilité, sa foi. Le partage est une offrande.

C’est l’hiver, la neige recouvre le pays, les routes sont moins accessibles, c’est une morte saison pour le restaurant et Rinco en profite pour se ressourcer. C’est le temps des fêtes. Peut-être aussi le temps des réconciliations. Il y a des pudeurs qui doivent sortir de leurs gangues et fendre la glace comme les perces neiges.
Elle approche sa mère petit à petit, sans le vouloir vraiment. Elle a toujours détesté son exubérance, sa vulgarité, faisant le parallèle avec l’élégance naturelle de sa grand-mère, mais qu’en est-il au juste ? Il y a tant de mystères !

Rinco nous raconte et la résonance de ses réflexions peuvent être douces, oniriques, comme acides et difficiles à lire. La littérature japonaise est parfois déconcertante. Du conte enchanteur, il arrive au lecteur de sombrer dans un puits fantasque avec des allégories assez effrayantes… Comme la petite cerise sur le gâteau, l’auteur nous dit : « Surprise ! »… Je n’écrirai rien sur ces dernières pages, même s’il y a beaucoup à raconter. Pourtant… j’aimerais tellement vous dire que…

Un beau roman que toutes, nous vous conseillons.

D’autres billets chez Sandrion, Louise, Nahe, Albertine, Adalana, Lydie, FondantG, Soukee,

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Takahashi-HiroakiEstampe d’Hiroshige

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J’ai vu passer les oies sauvages

Il était cinq heures du matin
On avançait dans les marais
Couverts de brume
J’avais mon fusil dans les mains
Un passereau prenait au loin
De l’altitude
Les chiens pressés marchaient devant
Dans les roseaux

Par dessus l’étang
Soudain j’ai vu
Passer les oies sauvages
Elles s’en allaient
Vers le midi
La Méditerranée

Un vol de perdreaux
Par dessus les champs
Montait dans les nuages
La forêt chantait
Le soleil brillait
Au bout des marécages
Avec mon fusil dans les mains
Au fond de moi je me sentais

Un peu coupable
Alors je suis parti tout seul
J’ai emmené mon épagneul
En promenade
Je regardais
Le bleu du ciel
Et j’étais bien

Par dessus l’étang
Soudain j’ai vu
Passer les oies sauvages
Elles s’en allaient
Vers le midi
La Méditerranée

Et tous ces oiseaux
Qui étaient si bien
Là-haut dans les nuages
J’aurais bien aimé les accompagner
Au bout de leur voyage
Oui, tous ces oiseaux
Qui étaient si bien
Là-haut dans les nuages
J’aurais bien aimer les accompagner
Au bout de leur voyage

 

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Le challenge Chlorophylle

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ClaudiaLucia me rejoint dans le challenge avec un billet sur le livre d’Evelyne Bloch-Dano, « Jardins de papier ».
Si vous désirez nous rejoindre, vous êtes les bienvenus… pour parler de fleurs, de campagnes, de jardins, à travers des photos, des illustrations, des voyages, de la littérature…

En ce moment, le jardin demande toute mon attention. Il est comme un enfant que je surveille, que je soigne et qui grandit de jour en jour. Ravie de le voir prospérer, je dois aussi me montrer vigilante sur son émancipation. Alors, je ne lis plus, je suis moins présente ici et chez vous, je me casse les ongles, le dos, je fais des allergies, j’ai des épines plein les doigts, je roupille dans le fauteuil le soir… et je suis heureuse !

pivoine
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Le Québec

logomelangedesgenres1logoquebec14Septembre, mois québécois, avec Karine et YueYin « Tout genre » de Miss Léo

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le québecLe Québec Heureux qui… Maurice Sand

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Maurice Sand est le fils du baron François Casimir Dudevant et de George Sand. En 1861, à l’âge de trente-huit ans, il accompagne le prince Napoléon, dit « Plon-plon », dans une mission diplomatique en direction de l’Amérique et du Canada. Proche de sa mère, il lui adresse des lettres qu’il écrit quotidiennement. George Sand trouve dans ce journal, la spontanéité, la fougue d’un jeune homme ravi de découvrir une contrée lointaine et des gens très différents. Dans la préface, elle salue le style d’écriture, enjoué, anecdotique, observateur, intime, et raconte que tout cela mériterait d’être publié dans La Revue des Deux Mondes. La rubrique s’intitulera « Six mille lieues à toute vapeur ».

La route est longue ! Terre, mer, bateau, train, la route qui doit les mener au Québec n’est pas une des plus directes… plus de six mille lieues, soit trois mois et vingt jours de voyage. Maurice dit qu’il a souvent quartier libre et qu’il a le droit d’aller où bon lui semble. Une indépendance qu’il cite… « liberté de manœuvre ». Il n’hésite donc pas à quitter le groupe et à s’aventurer pour saisir les paysages, faune-flore, les gens, physionomie-mœurs, et l’essence particulière d’une atmosphère étrangère. Il imagine sa mère à ses côtés et s’intéresse à toutes les curiosités qu’elle aurait pu avoir.

Lincoln est élu président des États-Unis, la guerre de Sécession se prépare. Après tout un parcours, Washington, Alexandria, Fairfaw, Cleveland, les Grands Lacs…, le voyage princier arrive à la frontière canadienne, Port Huron le 20 août. L’accueil est chaleureux avec trompettes, fanfares et salves de canon. L’ambiance est festive, les bals cadencent les soirées, les femmes dévoilent sans pudeur leurs gaietés et les hommes chiquent, crachent, boivent, sans continence. Maurice souligne que les Américains qu’il côtoie dans cette effervescence, paraissent mal éduqués, bruyants, et sans code de bienséance. Le tableau tranche avec le regard des « indigènes ». Les jours suivants, le bateau vapeur borde des paysages qui célèbrent une nature magnifique, sauvage, rugueuse. Maurice, l’artiste, le géologue, le botaniste, le collectionneur, les dessine avec les mots. Tout est répertorié… le schiste calcaire, le fer, des roches multicolores, les immortelles blanches, les framboisiers, les arbousiers, les pins, les chênes, les érables, des arbres gigantesques qui soulignent la côte. La végétation luxuriante saisit et peut angoisser. L’homme n’ose pas l’apprivoiser et la délaisse pour une région moins rude, vers l’est. Lorsque Maurice est face à tant de grandeur, lorsqu’il parle avec les trappeurs et les locaux, il se dit que la modernité, les élégances, sont superflues. Les indiens aux peaux rouges les regardent arriver. Certains sont de bons hôtes et parlent même « un petit brin de français », d’autres rejettent l’invasion et la suprématie des blancs. Les regards sont indifférents ou tentent de cacher leur mépris. Maurice trouve une ressemblance avec les Arabes qui subissent le colonialisme.

22 août, Lac Supérieur… visite des mines de fer, collecte de pierres pour George et aurore boréale… 23 août, Île Manitou, Copper-Harbour, Eagle-Harbour… Il voyage à bord du North-Star, en compagnie de trois jeunes filles qui s’appellent Mary et joue les galants avec elles. En parenthèse, il précise que les femmes célibataires sont toutes en recherche d’un mari, elles sont coquettes et voraces. Il faut être donc très attentif et ne pas commettre un impair ! … 26 août, Saut-Sainte-Marie, Île de Mackinaw, il quitte ses compagnons de voyage pour une autre embarcation… 7 septembre, les rives du Niagara… des lieux-dits et des gares qui portent les noms des capitales Londres, Paris, Naples, Moscou, Le Caire… Il retrouve une partie de la délégation pour admirer les chutes. Le spectacle est grandiose, ses mots peinent à décrire…

« C’est si grandiose, si beau que je ne saurais te le décrire, et je pense à ce Nègre d’un roman de Cooper qui ne peut manifester son admiration que par un éclat de rire homérique. Moi aussi je ris, mais c’est de mon impuissance à rendre par des mots l’admirable chose que j’ai vue. Devant ces montagnes d’eau, on ne pense ni à peindre, ni à dépeindre : on est abasourdi, terrifié. L’imagination vous emporte au milieu de ces tourbillons, et on se sent aplati comme un brin de chaume sous cette foudre de cataractes… »

Le pont est traversé, frontière menant aux rives canadiennes, et Maurice voit les forêts comme des cathédrales. Il aime se perdre dans cette immensité. Apprenti aventurier, il croise des écureuils, un pic noir, des fourmilières géantes, des insectes de toutes sortes, des milles-pattes jaunes et des crotales. Ces derniers font sa fierté car il est arrivé à en capturer… Le 11 septembre, c’est Montréal après Mille-Îles, les rapides de Long-Sault. La civilisation est chaleureuse et Maurice est « tout gaillard d’entendre tout le monde parler français à la mode de Normandie et de Touraine ». « Population française et gouvernement anglais », ils sont reçus avec beaucoup de générosité. Des drapeaux, des acclamations, et c’est la Nouvelle France qui refait surface ! Une terre que Maurice dit « lâchement cédée aux Anglais par Louis XV en 1763. » La ville est presque scindée en deux. Les Anglais d’un côté, les canadiens de l’autre. Le 14 et 16 septembre, le Québec. La terre ferait presque pleurer Maurice. Il découvre un sol dévasté par le déboisement, éventré, « en chantier ». L’homme veut la transformer. L’agriculture se fait une place. Il parle des richesses, du sucre brun que l’on récolte en sirop, du goût de l’indépendance et d’une constitution qui se voudrait ni anglaise, ni américaine, ni française. Pourtant la France est bien acceptée. La citadelle est belle, dominante. Le séjour touche à sa fin, les cocktails et les dîners sont aussi au programme. La délégation est fêtée. Le jour du départ qui est aussi la fin de ce recueil, Maurice colporte une conversation qui mérite d’être livrer dans ce billet…

« – Dis donc, les Anglais, ils font feu des quatre pieds pour le prince français !
– Tiens ! je crois bien ! Ils font contre mauvaise fortune bon cœur ; mais, il n’y a pas à dire, il faut le recevoir comme ça, ou avoir la guerre avec la France.
– Bah ! Qu’est-ce que vous dites donc là, vous autres ? Tout le monde est content de voir des Français. Si c’étaient des Américains, je ne dis pas !
– Tiens ! tiens ! regardez donc la-haut. Le canon de la citadelle a envoyé un rond de fumée en couronne !

– Ah ! C’est comme quand on fait des ronds avec la fumée d’une pipe. C’est un présage.

– Quel présage ?
– Présage de bonheur.

– Pour la France ?

– Et pour nous aussi, donc ! Ça veut dire que nous redeviendrons enfants de la mère-patrie.
– Laissez donc ! nous n’avons pas trop à nous plaindre pour le moment. Si on continue à marcher droit…
– Dame ! on verra, on verra. Vive la France ! en attendant.
– Oui, oui, vive la France ! »

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Ce recueil de lettres n’a rien de barbant ou de savant. Comme il est dit dans la préface, Maurice a écrit cette correspondance pour divertir sa mère. Ça se lit facilement, avec plaisir et intérêt.

La place du Québec est petite et se raconte dans la fin du livret. Dans ce court chapitre, plus que la nature, c’est l’ambiance qui est traduite. La carte territoriale n’a rien de conforme à celle d’aujourd’hui, elle était bien plus réduite. Il semble que la délégation princière permet de redécouvrir ces régions oubliées et joue un rôle de voyagiste. Maurice retrouve ces lointains cousins et l’alchimie affective renait avec force, à sa grande stupéfaction ! Sur ce continent, il y a beaucoup de nous, de notre terroir.
Je vois George Sand se régaler des missives qui devaient arriver par paquets ! Son fils a un certain talent de conteur… Il combine les images entre une nature majestueuse, une société qui partage son voyage, moins conservatrice qu’on aurait pu le penser, des fastes et trompettes, des bals et des séductions, les officiels, le peuple amérindien… rien qui ne peut lasser et tout qui peut captiver.
Dans le récit, Maurice emploie souvent le terme « Nègre » pour appeler les noirs qui servent sur le bateau. Sincèrement, dans ce cas là je ne pense pas qu’il y ait matière à se formaliser, même si c’est déplaisant. Pas de racisme, mais plus une époque qui ne notait pas le caractère péjoratif de l’adjectif. Il est à relever également que Maurice a de la compassion pour le peuple indien. Les passages qui les concernent sont respectueux.
Je garderai de ces lettres, l’extrait où Maurice fait face aux chutes du Niagara. Il disait que les mots ne pouvaient exprimer la puissance, l’impact, la beauté des lieux. Je ne suis pas d’accord… j’ai reçu à cet instant précis, les embruns des cascades.

Des lettres que je vous recommande ! « … Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage… » Les Regrets, de Joachim du Bellay

.. Krieghoff_Quebec_1862 Vue de Québec, 1865 du peintre Cornelius David Krieghoff . . .

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La vie d’un potager, du jardin à la table

logo un_bouquet_des_pivoines_par_pierre_joseph_redoutelogoSyl.2Un livrelogo région reçu par Babelio à l’occasion des Masses Critiques, avec les Editions Sud-Ouest
Challenges « Chlorophylle » , « Livres gourmands » et « Les régions » de Lystig – Midi-Pyrénées

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img166La vie d’un potager, Du jardin à la table
Carol Reid-Gaillard
Préface de JP. Géné
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Ainsi commence ce livre… « – Tu laves les légumes de mon jardin ? »
JP. Géné reste un peu surpris et penaud. Y-aurait-il crime de lèse majesté ?
« – Il suffit de les essuyer, mon jardin est propre. »
La jeune femme qui le surprend est Carol, une Irlandaise blonde aux yeux bleus. Elle vit sa passion, elle la crée, elle la cultive. Elle est une véritable artiste.
Elle conçoit son potager sur une terre vierge de toute trace chimique. Elle va le façonner, il sera généreux, élégant et souriant. A l’image de la jardinière.

Six années composent les chapitres. Ils sont intitulés suivant des sentiments et en fonction des légumes plantés.
La table des matières en début de cette autobiographie potagère, raconte les conseils sur le compost, le poulailler, la terre, les ruches, les semis… les marchés et les paysans qui produisent des mets régionaux de qualité… vin, fromage, canards, cochons pie noir…
En fin de livre, nous retrouvons les recettes qui nous sont proposées au court de notre lecture.

Tout commença en 2006, ou peut-être bien plus loin encore, lorsque Carol regardait son père biner son jardin.

img1672006 se titre : Naïveté.
On peut imaginer toutes les déconvenues qui ponctueront le récit, ainsi que l’innocence un peu secouée du néophyte…
Mailhos en mai, arrivée dans une nouvelle demeure. Si la maison est en sommeil, vieillie, abandonnée, la pelouse garde une certaine distinction. Les fenêtres s’ouvrent sur des hectares de prairies, de forêts, et dans le lointain, ce sont les Pyrénées qui s’offrent au contemplateur.
Les travaux de la maison ponctuent le silence du jardin. Carol profite de ce printemps pour planter des tomates, du basilic, des carottes, des oignons… et quelques légumes qui lui rappellent sa terre natale. La terre est retournée, des tonnes de livres sur le jardin ont été lues, les idées germent en même temps que les semis et les plants, puis arrivent les escargots et les limaces, gastronomes et friands de jeunes pousses.
Les pièges fonctionnent, mais toutes les menaces, ne peuvent pas être contrôlées ! Le vent, les orages et… le mildiou sont des plaies !
A l’automne, d’autres intrus s’installent et font bombance ; les sangliers et les cervidés se régalent. Un autochtone béarnais soumet alors une astuce qui aurait fait ses preuves… J’avoue que mon incrédulité se teinte de méfiance, mais il semblerait que cela réussisse.
« Il suffit de remplir de vieux bas de nylon, épais et bruns, de cheveux (si possible de femmes), et de les suspendre dans les arbres… »
Ce chapitre se clôt sur trois notes. La première observation est légèrement teintée d’ironie… L’image toute romantique de la jeune jardinière vêtue de blanc qui s’en va cueillir ses légumes, est à proscrire ! La seconde, nous inspire et nous encourage… Le jardin prend forme et fait honneur au dévouement qu’on lui accorde. Quant à la troisième… Il est essentiel d’écouter ses voisins qui ont accumulé certaines sagesses !
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Les
recettes du printemps, nous allons cuisiner poireaux, pommes de terre, courgettes, fleurs de sureau, radis. Carol nous convie à préparer du sirop ou des beignets de fleurs de sureau et de courgettes, un velouté,  un parmentier, une spécialité irlandaise, le colcannon aux poireaux, une frittata de poireaux et bourrache, un gratin de pommes de terre aux oignons rouges et des radis confits.
Certes, ces préparations culinaires sont rustiques mais c’est là le charme de les lire et de les faire. Elles s’adressent à notre quotidien.

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L’année 2007 fait place à : Incertitude.
J’ai lu un quart du livre. Carole a préparé ses semis. Ils dorment encore au chaud dans sa cuisine car c’est l’hiver. En février, elle commence à pointer son nez sur l’extérieur.
Il est une affaire importante ; le compost. Elle est tiraillée entre deux versions, la française et la britannique et elle tranchera à l’irlandaise… « Les Français, par exemple, ne mettent jamais de peaux de citron ou d’orange au compost, alors que les Britanniques le font tant qu’elles ne sont pas sèches… ». Sa règle sera donc de mettre tous les déchets organiques de nature végétale dans son enclos.
Les promesses vertes sont belles et elles ne capitulent pas aux frimas, ni devant les pucerons. Le purin d’orties et de prêle est bénéfique…
Au potager s’ajoute un verger, puis des poules. L’espace prend vie avec les gallinacés sous le regard craintif du chat de la maison, Spider.
Le jardinage est une activité sportive, tous les muscles sont sollicités, on les redécouvre, et conviviale, car elle génère des invitations, des échanges et de l’entraide.
Alors ? Incertitude ? Non, il y a une prise de conscience et Carol se permet de dire sans persifler « que les agriculteurs sont vraiment des héros ! ».

Les recettes, comme un goût d’été, à base de fraises, shrotbreads à la fraise et la crème fouettée, de bettes, sautées à l’ail et au piment, de concombre, gaspacho au concombre et à l’aneth, pickles de concombre, de fèves, salade de fèves aux radis rouges ou braisées avec du jambon, de topinambours, avec des Saint-Jacques ou en salade avec des tomates cerise et une sauce aux noix…

L’année 2008 est : Humilité.
Nous apprenons en jardinant et la nature, facétieuse, cruelle, nous fait rester humble. Les péripéties sont nombreuses et variées, elles pimentent l’existence !
Dans le pré, il y a des vaches et cette nouvelle cohabitation se passe en bonne harmonie.

Cassis, carotte, petits légumes nouveaux, chou frisé, courge, petits pois…

L’année 2009, quatrième année, est : Fertilité.
On pourrait penser que janvier est un mois propice aux vacances. Pourtant Carol constate que ce n’est pas le cas ! Et la construction d’une serre vient l’aider dans sa vocation.
Le journal raconte l’état des fruitiers et leur production prodigue, les poules et leur nouvelle génération, les abeilles, toujours vaillantes, la profusion de légumes, les pluies, la neige, et le paysage qui se transforme aux saisons.

Abricot, haricot, oignon, panais, piment…

Année 2010 : Efficacité.
La terre est meilleure d’année en année. Il y a maintenant 700 m2 cultivés. Les conserves s’alignent sur les étagères, les tomates se muent en ketchup et en chutneys, elles font aussi le bonheur des voisins… prodigalité. Les pommes s’emmagasinent, elles seront le jus de l’hiver que Carol passe dans une centrifugeuse. On retravaille le sol des prairies, il s’aère, il devient le logis d’une faune et une flore luxuriante.

Verveine, physalis, betterave, céleri-rave, chou de Bruxelles, tomate…

Année 2011 : Sérénité.
Le livre se termine et nous ressentons toute la joie et la satisfaction des années de labeur.
La météo, de par le fait qu’elle soit capricieuse, a un rôle important. Les récoltes sont affaire de cuisine ! Carol expérimente les recettes, la monotonie, même gustative, ne doit pas survenir à tant de richesse. Le rythme de la vie est bien ancré.
Son univers ne se limite pas au jardin. Elle se donne d’autres « objectifs » qu’elle va chercher en forêt. Le sauvage est aussi comestible et tout aussi intéressant que le cultivé.
Le bucolique est un éden. Carol en devient lyrique, on la sent amoureuse et la nature le lui rend bien.
Une sérénité bien méritée.

Coing, aubergine, chou-fleur, navet, herbes…

carol reid-gaillard.
Chronique d’un jardin annoncé, vous trouverez une multitude de conseils sur la gestion de votre jardin, sa conception, des recettes de cuisines, des anecdotes pleines d’humour, et un voyage dans le Béarn paysan. Ecrit dans un style vivant, énergique, entreprenant, l’apprentissage de Carol, ses observations et sa maturité vous insuffleront des envies de créer ou de retourner dans votre potager.
Elle raconte sa pratique, mais parle aussi de ses voisins et amis, et met à l’honneur des personnalités du cru. Portraits en noir et blanc, sans fioriture, elle vante les producteurs du pays. Authenticité, terroir, rareté qui fait l’excellence, on a envie de s’attabler et de goûter.
Le charme de ce livre est dû aussi aux photographies proposées. Elles sont colorées et alléchantes, témoignent d’une campagne saine et vivifiante, et apportent l’appétit.
Le seul bémol que je pourrais émettre, se porte sur la qualité rendue des photos, un peu terne… elles auraient mérité plus de brillance.

Sur la quatrième de couverture, on précise…
Carol Reid-Gaillard, écrivain et photographe, a gagné deux années de suite, le 1er prix de jardin potager bio de France de l’association SNHF.

Je remercie Babelio et les éditions Sud-Ouest pour ce beau cadeau. Il me motive à rejoindre ma minuscule parcelle jardinée…
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