Terre Noire, Le bras de la vengeance – Tome II

Lecture Commune avec Sharon
Challenge « Summer PAL » de Bleue et Violette, Défi STAR II de Liyah et Challenge « Vie de château » de Cécile, Mlle Pointillés et Pimipi
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Les exilés du tsar – Tome 1

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Le bras de la vengeance – Tome 2
Michel Honaker
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De 1887 à 1892, cinq années d’exil en Italie

Paolo Gandolfi, journaliste dans le Courrier de Toscane écrit sur le dangereux brigand Terra-Nera…
« J’ai peine à le croire moi-même, mais oui, ce bandit qui est aujourd’hui une célébrité locale, une curiosité de notre province au même titre que la fontaine Neptune ou le Vieux Palais, a daigné recevoir votre serviteur dans le secret des collines où il a trouvé refuge (…) Les dernières mises à prix n’ont en rien contribué à son arrestation, renforçant au contraire sa popularité car la population éprouve une étrange fascination pour ce redoutable sicaire dont l’identité reste toujours une énigme (…) ».

Le chef des Nègres de Toscane, par son identité mystérieuse, est devenu une légende. Justicier pour les pauvres gens floués par des hommes d’affaires voraces, tel que Ronconi, gérant d’une usine de chaussures appartenant à une famille russe, les Danilov, redresseur d’un système archaïque et seigneurial, âme vengeresse d’un passé ténébreux, devin d’un temps futur, il est l’homme le plus traqué du pays. Derrière son foulard qui lui masque le bas du visage, on ne remarque que son regard noir, perçant et froid. Une fine cicatrice lui barre la joue. Il a l’air jeune malgré une chevelure noire parsemée de fils argentés, « preuve qu’il a probablement traversé de rudes épreuves au cours d’une existence bien précoce ».
Quand il raconte à Gandolfi sa motivation, il la résume par un seul mot : Vendetta. Vindicte pour les hommes et femmes dépossédés de leurs biens, de leurs terres, représailles pour ceux qui abusent de leur puissance, et vengeance pour le meurtre de deux hommes un soir de carnaval sur le Ponte Vecchio.
Chef, prince, roi de ses collines et de ses Nègres, mais aussi sorcier, il sait que le temps lui est compté. Un jour, lorsqu’il aura accompli une partie de sa mission, il devra disparaître et abandonner le personnage de Terra-Nera.

1893, Un an plus tard… dans une Egypte enchanteresse

Lady Agatha Wynthrope-Lane est une veuve de quarante ans. Afin de s’extraire de la monotonie du veuvage et d’une mélancolique apathie, elle a décidé d’accompagner Sir Charles Moran, diplomate et ancien ambassadeur à Saint-Pétersbourg,  dans son voyage en Egypte. A sa soeur en Angleterre, elle écrit…
« Son poste à Saint-Pétersbourg l’a beaucoup fatigué. il ne veut guère en parler, mais il dit que ce pays est le dernier vestige du Moyen-Age en Europe et que rien ne s’y pratique comme ailleurs. Il a été là-bas, dit-on, d’une grande utilité pour la diplomatie britannique, mais ses positions personnelles auraient déplu au tsar Alexandre III (…) Tu connais Sir Charles : il n’aime que l’authentique et le juste, et il n’a pas sa langue dans sa poche. »
Cette expédition est merveilleuse. La croisière sur le Nil offre, à une dame anglaise, des tableaux les plus captivants, les plus ensorcelants, les plus déroutants.
Mais une nuit, dans un campement près d’une oasis, deux hommes essaient de la kidnapper. Un troisième intervient et la sauve en tuant les deux ravisseurs. Habillé comme un bédouin, son sauveur est en fait un français. Gardien de chèvres, magicien, aventurier, ermite, il ne porte le nom d’Ahmed que dans cette contrée, ailleurs il est Stéphane de Terre-Noire.
Lady Agatha éprouve aussitôt une grande sympathie pour ce jeune homme au regard si sombre et si triste. De son côté, Sir Charles a beaucoup de plaisir à s’entretenir avec lui. Les sujets de conversation sont variés mais comme le précise Lady Agatha à sa soeur dans une lettre, un seul revient avec constance : La Russie.
« Je me demande à présent s’il n’avait pas une arrière pensée, en lien avec l’identité de Monsieur de Terre- Noire – sur laquelle il semble avoir des doutes. Et de fait, la maladie du tsar Alexandre III, les récentes épidémies de choléra et les émeutes dans quelques provinces lointaines ont paru émouvoir notre Bédouin d’adoption. J’ai décidément l’impression que Sir Charles connaît cet homme. »

A la fin de leur séjour, Monsieur de Terre-Noire sera convié à les accompagner en Angleterre. Le retour vers une civilisation européenne et plus sophistiquée, métamorphosera le nomade-berger en un jeune homme soigné, fortuné, très cultivé, charmant, éloquant, amoureux de la grande musique et d’opéras. Ce portrait est plaisant, séduisant, mais étrangement, Lady Agatha perçoit cette façade comme un leurre. Il reste un énigmatique personnage, hanté par un devoir, une obsession.

Trois destinées, trois identités, un seul homme… une vengeance.
Stepan Tchakarov, fils adoptif de la baronne Danilovna, musicien talentueux, tombé en disgrâce suite à une machination pour le spolier de son héritage, jalousé,
trahi, banni et laissé pour mort en terre d’exil.
Terra-Nera, bandit et chef des Nègres de Toscane, investi d’une justice ; trouver les coupables d’un double meurtres et dénoncer les délits d’un homme manipulé par l’ennemi
machiavélique, Kusak.
Et Stéphane de Terre-Noire… qui dévoilera son secret à Sir Charles, qui rencontrera à Londres Borissov, l’agent des Services Secrets Russes à la solde de Kusak, puis Sacha Pripine, l’anarchiste, son vieil ami de pension, »grand ordonnateur du Salon des Débats », évadé d’un goulag sibérien, cherchant lui aussi à se venger du bourreau Borissov.

Stepan oeuvrera finement et patiemment, tissant sa riposte après six années d’attente et retournera à Saint-Pétersbourg affronter les ombres du passé, Kusak, Vladimir et Iossip. Il cherchera sa réhabilitation sous le nom de Stepan chevalier de Terre-Noire, titre donné par sa Matiouchka, et essaiera de revoir au moins une fois sa chère Natalia, soeur de coeur, amour chimérique, devenue épouse et mère…

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Deuxième tome de la trilogie Terre Noire, l’histoire raconte le scénario d’une vengeance. Un canevas qui se révèle au début par les articles d’un journaliste, puis par les lettres de Lady Agatha, pour se terminer par le journal intime de Natalia. Cette suite est passionnante et les décors qui nous sont proposés sont dépaysants. Dans le premier volume, Stepan se fait une promesse qu’il réalise dans ce second. Au delà des manigances des uns et des autres, de leurs rêves, de leurs tourments, de leurs folies, de la soif de grandeur, de reconnaissance ou d’amour, on perçoit vers la fin de cet épisode, le souffle d’une réforme en Russie, une force insidieuse qui rampe au sol comme un serpent invisible. Stepan, avec ses graines d’oracle, en divulgue quelques prémices au tsar Nicolas…
 » – Notre avenir vous paraît-il si sombre que vous fuyez encore votre patrie ? Dites toujours, monsieur, quels périls nous menacent s’il est en votre pouvoir de les prédire. Mes ministres en seront les premiers ravis.
Des rires saluent le trait d’esprit. Stepan demeure grave.
– Votre majesté, je vois des flammes et du sang dans ce palais même. J’entends des hurlements et des plaintes. La populace poignardera vos gardes et souillera votre chambre. Vous êtes le dernier tsar, sire…
Un silence impressionnant tome. La musique elle-même a cessé. J’ai l’impression que la lumière des lustres se voile. Stepan s’incline et s’en rien ajouter, se retire. »

Livre-jeunesse, une trilogie que je recommande vivement ! Sharon m’a accompagnée dans cette lecture, voyons ce qu’elle en a pensé…
A bientôt pour le troisième et dernier tome.
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Icône – La Trinité

Billets de Sharon : Tome 1Tome 2
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Terre Noire, Les exilés du Tzar – Tome I

« Vie de Château » de Cécile, Pimpi et Mlle Pointillés
Défi STAR II de Liyah

Lecture commune avec Sharon


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9782081219793Terre-Noire
Les Exilés du Tsar – Tome 1
Michel Honaker


Saint-Pétersbourg, janvier 1887

Natalia, jeune fille de seize ans, fille de la baronne Danilovna, commence son journal intime sur l’exemple de son frère de coeur Stepan Tchakarov. En introduction, elle se plaint d’avoir quitté le palais de Kamarov pour Saint-Pétersbourg. Elle est une fille des grands espaces, amoureuse de la liberté et des paysages sauvages de l’Ukraine. Dans cette ville, elle est confinée dans quelques pièces, les fenêtres sont calfeutrées pour ne pas laisser le froid entrer et elle se sent solitaire. Les mondanités et l’étiquette guindée de l’aristocratie ne sont pas faites pour elle.
Elle note… Aujourd’hui, doit se tenir une réunion familiale qui rassemblera sa mère, son frère Vladimir et sa soeur aînée Olga accompagnée de son mari Kusak, l’intendant des biens des Danilov. Seul absent à ce conseil, Stepan, l’orphelin que la baronne a adopté lorsqu’il avait six ans et qui suscite des jalousies et des rancunes. Son éloignement est douloureux pour sa mère et elle. Il semblerait que Kusak fasse tout pour les séparer, sa rancoeur à son égard devient malsaine, dangereuse et obsessionnelle.

La baronne est souffrante. Elle est contrainte d’abandonner la gestion des biens de la famille à son beau-fils qui prend parfois des dispositions trop radicales, comme celle récente de la vente de leur domaine de Kamarov ; un crève-coeur.
Son fils adoptif, son petit chevalier comme elle aime l’appeler très tendrement, était un enfant prodige, qui, à dix-neuf ans, est devenu un musicien talentueux promu à un destin magnifique. Remarqué par Tchaïkovski, Stepan doit présenter au tsar Alexandre III et à sa famille de princes et de grands-ducs, un ballet pantomime de sa composition, « Le chat botté ». Ne pouvant pas aller admirer et applaudir Stepan, elle confie cette tâche à Natalia qui incarnera la famille Danilov.

« Chère Matiouchka, petite maman… », Stepan écrit une lettre à la femme qu’il adore. Sa mère adoptive l’a sorti de son orphelinat pour faire de lui le jeune homme accompli, tout dévoué à son art, qu’il est devenu. Il raconte alors, à cette femme si faible, sa folle nuit au théâtre Marinski. Il décrit les lumières, le faste, les loges, le public, les acclamations, les louanges, les compliments du tsar et ceux de son fils le tsarévitch Nicolas qui admire avec pertinence et sincérité son oeuvre. Stepan n’en demande pas tant ! Il souhaiterait refuser cette notoriété trop précoce, il ne veut vivre que pour son art et écrire, écrire des partitions, retiré dans ses appartements qu’il partage avec un ami du conservatoire, Iossip Velich, ou sur sa propriété offerte par la baronne, Terre-Noire. Ce domaine est son fief, son héritage. Il aime cette terre noire où est bâtie la maison qui abrite ses souvenirs. Il est attaché à ses gens et à son ami d’enfance Liocha, le plus fidèle et honnête des hommes, qui lui sert d’homme de confiance.

Entre les écrits de Natalia et Stepan, les lettres qu’ils s’adressent, leurs journaux intimes, l’histoire se façonne et conduit vers des troubles qui modifieront leurs avenirs. Stepan, envié par de nombreuses personnes, tombera dans la souricière fomentée par des hommes machiavéliques. Accusé de haute trahison envers le tsar, il devra fuir, loin, au-delà des frontières, au-delà de sa passion. Quant à Natalia, elle deviendra la marionnette impuissante qu’elle s’était jurée de ne jamais être, prisonnière de sa propre famille et de la folie qui les dérange. La mort tisse ses fils et s’empare des âmes pures…

« Chaque nuit, je songe à mon retour. A ma vengeance. Je reverrai Terre-Noire, et Natalia, et tous les autres dont les visages hantent mes nuits. Ce jour arrivera, forcément. Je l’attends. Ils ont chassé un renard apeuré. Ils retrouveront un loup… »

J’ai aimé lire ce livre jeunesse. C’est le premier roman d’une trilogie qui parle d’aventure, de complots, de vengeance, nous fait voyager des terres d’Ukraine, à celles de Russie, jusqu’en France et en Italie… Cela m’a reporté au temps où je lisais Michel Strogoff et Le comte de Monte-Cristo. Ces livres épiques qui parlent à l’esprit intrépide, aventurier et romanesque des jeunes adolescents épris d’Histoire, d’intrigues et de vendetta. L’écriture est captivante, les personnages fascinants, et j’ai grande hâte de lire la suite. Nous laissons dans ce volume Stepan à la croisée de plusieurs chemins. Jeune homme perdu, accablé et mélancolique, il se réveille et se dresse pour exercer la loi du talion.

« – La mort est préférable à l’exil. Vendetta pour ceux qui t’ont obligé à partir camarade.
– Vendetta, ont répété les autres, en traçant une ligne imaginaire avec un pouce sur leur gorge. »

A suivre… lecture commune avec Sharon – Son premier billet
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Peinture de Henri-Fantin Latour
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