La dernière fille


Septembre en Amérique avec Titine
Challenge Polars de Sharon

La dernière fille
Riley Sager

 

Le terme « la dernière fille » se rapporte aux films d’épouvante, car dans la plupart des scénarios d’horreur, le rôle du survivant est attribué à une fille.
Baptisée ainsi par les médias, Quincy Carpenter est l’une d’elles. Seule rescapée d’une tuerie dans les Poconos, elle essaie de vivre une vie normale et d’oublier ce qu’il s’est passé dix ans auparavant. De la tragédie, elle n’en garde que le souvenir confus de sa fuite à travers les bois, de son épouvante, du sang qui la recouvrait et de Coop, le policier qui l’a secourue.
En couple avec un homme aimant, attentif, et créatrice d’un site web sur la pâtisserie qui lui apporte un certain réconfort, elle ne peut s’empêcher aussi de consommer en grande quantité, comme une droguée, du sucre et du Xanax pour continuer à avancer. Funambule, elle est bien consciente que son équilibre est précaire… Et lorsque Coop revient la voir pour lui annoncer que Lisa Melner, une « dernière fille », vient de se suicider, un gouffre s’ouvre sous ses pieds.
Lisa avait été la première à essayer de lui venir en aide et à l’encourager à affronter ses terreurs, mais depuis quelques années, le contact avait été rompu. La pensant sereine et forte, la mort de celle qui avait été un modèle pour elle, libère ses cauchemars.

Traquée par les médias qui désirent recueillir son témoignage, Quincy se réfugie chez elle et se remémore les quelques souvenirs qui la ramènent à Pine Cottage, juste avant le drame ; une forêt dense et noire, un chalet et ses camarades. Ce passé ne se résume qu’à quelques fragments d’un avant et d’un après, avec le nom du meurtrier, Joe Hannen. Alors qu’elle désirerait tout oublier, la mort de Lisa fait apparaître Samantha Boyd, une « dernière fille » qui vit en marge de la société, une rebelle, une écorchée en manque de justice. Sans domicile, elle s’impose auprès de Quincy en lui demandant de l’héberger et la tarabuste de questions jusqu’à la pousser dans ses derniers retranchements.
Survivantes et encore traumatisées toutes les deux, elles vont essayer de dépasser leurs peurs en allant au devant du danger, en le provoquant. Et, petit à petit, le voile opaque de l’amnésie de Quincy commence à se lever, libérant ainsi fantômes et monstres…
« … Un ouragan qui fait voler sa vie en éclats et s’effondrer bien des certitudes. Et si l’heure de la vérité avait enfin sonné ? »

Le suspense de ce thriller monte crescendo jusqu’à un final surprenant. Angoissant, terriblement manipulateur, le scénario est habilement conçu pour nous égarer et nous mener vers de nombreuses conjectures qui se dessinent au fil de l’histoire. Lisa ne s’est pas suicidée, elle a été tuée, et tous les personnages semblent suspects. Quincy ne sera pas épargnée !
Je vous recommande ce livre qui a su me maintenir en haleine, avec frissons, toute une nuit d’été.

 

 

 

Parfum de glace

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

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Parfum de glace
Yôko Ogawa

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Hiroyuki était un créateur de parfums. Talentueux, il arrivait à définir toutes les senteurs et à recréer des essences sur des ambiances et des émotions. Ses études que l’on retrouve dans son bureau, sont poétiques comme des haïkus. Deux ou trois phrases expriment des instants fugitifs et des émois ; ces petites choses qui s’accrochent à nos souvenirs et qui nous font les revivre. « Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. », « Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. », « Frasil sur un lac à l’aube. », « Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. », « Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »
Pour sa compagne, il avait inventé « Source de mémoire » ; notes de fougère, forêt, jasmin, rosée et des fragrances d’après la pluie.
Hiroyuki s’est suicidé dans son atelier en buvant de l’éthanol anhydre, le lendemain de ce merveilleux présent, et aux services des urgences de l’hôpital, Ryoko, la femme avec qui il vivait depuis un an, a bien du mal à comprendre ce geste.

Elle se souvient de sa douceur et de son affection… Pourquoi a-t-il voulu partir ? Pourquoi lui a-t-il menti sur son identité ? Elle découvre qu’il a un frère et une mère, alors qu’il lui avait dit qu’il n’avait plus de famille. Elle découvre qu’il était un surdoué en mathématiques et lauréat de nombreux prix. Elle découvre un autre homme, un excellent patineur sur glace.
Dans une première phase, avec l’aide d’Akira le frère de Hiroyuki, Ryoko retracera l’enfance de l’homme qu’elle aimait. Puis l’étape suivante la mènera à Prague où elle essaiera de déceler l’origine de ses blessures du temps de son adolescence, juste avant la cassure.

L’auteur laisse à Ryoko la narration de l’histoire, et les chapitres se construisent en un jeu de piste, en mêlant les deux étapes de ses investigations. Les souvenirs redéfinissent le portrait de Hiroyuki et aident la jeune femme dans son deuil. Elle n’aura jamais été aussi proche de lui que dans cette quête qui s’ancre entre deux mondes ; « entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient ». Tout en délicatesse et poésie, le drame qui est en substance de fond s’articule autour de toutes ses évocations collectées et de certaines scènes imaginées, comme si le fantôme de Rooky (surnom de Hiroyuki) embarquait Ryoko dans ses rêves secrets. C’était un homme d’exception à multiples facettes, multiples parfums, il était ombre et lumière.
Je vous recommande ce très beau livre captivant, hypnotique. L’écriture a la particularité, le parfum, des plumes nippones ; onirisme, pudeur et chimères.

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Le passeur

Le-passeurLe Passeur
Lois Lowry

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Jonas est un jeune garçon de douze ans qui va bientôt célébrer la cérémonie de décembre avec ses amis Asher et Fiona. Dans leur communauté, c’est à cet âge qu’on leur attribue leur véritable fonction qui définira leur vie. L’étape n’est pas sans inquiétude car c’est aussi un adieu à l’insouciance et à l’indépendance des jeunes années.
Dans sa famille, on se demande bien quel statut on va lui attribuer… Son père est nourricier et sa mère a un poste à la justice. Quant à sa sœur Lily, elle est encore bien petite. Ses seules préoccupations sont les études et savoir bien attacher ses cheveux.
Le jour de la célébration, Jonas a la surprise de recevoir la plus haute charge de la communauté. Il sera le dépositaire de la mémoire, un Passeur, car il possède  les quatre qualités requises ; intelligence, intégrité, courage et sagesse.

Le Passeur est l’homme qui détient le savoir du monde ancien, celui qui existait avant le contrôle climatique. Il est le seul car dans le monde actuel, nommé aussi « Identique », personne n’est au courant de cette forme de vie. Ce monde est aseptisé, sans couleurs, sans émotions, divisé en castes, avec des cellules familiales d’un masculin, d’un féminin et de deux enfants, c’est aussi un univers qui ne tolère aucune faiblesse. Lorsqu’on est déficient, lorsqu’on commet une faute impardonnable, on est « élargi » et le terme n’est pas anodin. Tout cela, Jonas le reçoit par le Passeur quand il pose ses mains sur lui. Le fluide passe avec des images et des sensations surprenantes, inconnues, qu’il doit conserver et taire. Il apprend également à dissimuler, il apprend surtout que ses parents sont les premiers à le faire, à mentir.
La complicité avec le Passeur est immédiate. Jonas essaie de le soulager de ses douleurs et des noirceurs qu’il a emmagasinées, mais le vieil homme commence par lui offrir les belles choses des temps passés, la neige, des animaux, des instants heureux en famille, le nom des couleurs, le bonheur, l’amour, la liberté, avant de lui montrer la peur, les guerres, la souffrance et la sauvagerie des hommes. C’est enivrant  et si déchirant !

Alors un jour, lorsque ses parents lui apprennent que Gabriel, l’enfant qu’ils élèvent depuis sa naissance, va être élargi, Jonas s’insurge et décide de fuir leur communauté avec ce frère de cœur. Il va partir à la recherche d’un « Ailleurs »…

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J’ai beaucoup aimé cette dystopie qui révèle un monde sans pitié. La cruauté est dans l’absence des sentiments et le contrôle despotique de la société. Tout bien ordonné, propre, sans faille, avec une petite pilule pour annihiler les émotions, on découvre petit à petit l’inhumanité des programmes et la frigidité de chacun.
Jonas est un enfant différent qui se distingue par ses réflexions et sa sensibilité. Les Sages ont vu juste, il est un esprit brillant et téméraire. Son apprentissage avec le Passeur va stimuler son désir d’émancipation ; vivre un monde vrai et pas seulement le rêver.
Une belle histoire, émouvante, que je vous conseille. Elle est la première d’une série. Il me reste à lire « L’élue », « Messager » et « Le Fils ».

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D’autres billets chez Adalana,

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the giver

Film The giver
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