La dame en noir

Octobre, challenge Halloween avec Lou et Hilde
Challenge thrillers avec Sharon

 

 

La dame en noir
Susan Hill


En pleine nuit de Noël, Arthur Kipp, le narrateur, écrit un épisode tragique de sa vie pour qu’une fois pour toutes, il puisse en être exorcisé.

La veille c’était fête, entouré des gens qu’il aime, dans la maison qu’il a acheté avec sa femme Esmé. Il a été séduit par La Moinerie au premier regard, même si ce sentiment avait été partagé aussi par un brin de répulsion, car cet isolement lui rappelait une autre demeure. Tableau de bonheur familial, parfaite sérénité, les enfants de sa femme, les petits-enfants, de la bonne humeur, les chamailleries, les regards attendris et bienveillants, le réveillon s’était annoncé doux jusqu’à l’heure des histoires au coin de l’âtre. Des histoires pour rire, des histoires pour frissonner, chacun était allé à raconter une petite chronique à faire peur jusqu’au moment où on l’avait prié d’en narrer une à son tour. « Vous devez connaître au moins une histoire de fantômes, cher beau-père ! Tout le monde en connaît une… ». Qu’ont-ils alors pensé lorsque après avoir bougonner un « Navré de vous décevoir, mais je n’ai rien à raconter ! », il était sorti de la pièce comme une tornade ? A coup sûr, il avait définitivement plombé la soirée !
En cette nuit de Noël, il se sent prêt à dévoiler son tourment, à confier par écrit ses douleurs et ses peines ravivées. De repos depuis cette époque, il n’en a jamais eu.

Jeune notaire dans un grand cabinet, son employeur l’avait envoyé dans une campagne sur la côte nord-est, plus précisément dans le petit village pittoresque de Crythin Gifford, pour mener à bien la succession d’une vieille femme, Mme Alice Drablow du Manoir du Marais, et assister à son enterrement. Quatre-vingt-sept ans, excentrique et désorganisée, Mr. Bentley lui avait dit qu’il n’en aurait pas plus de deux jours pour classer le dossier et que le grand air ne pouvait que lui faire du bien.
Avec humour, Arthur avait pensé que ce comté ne devait pas être comme tous les autres. Pour y arriver, il avait dû passer dans le Tunnel Ouvre-Gueule, puis à la Chaussée des Neuf Vies pour arriver aux Marais aux Anguilles. C’était l’automne, le ciel était lourd, presque un temps de neige, et le brouillard marin très épais. Lorsqu’il était arrivé à bon port, il avait découvert une nature sauvage cernée par les marais et des gens taiseux, fuyants. Et lorsqu’il s’était rendu au cimetière pour la sépulture, il s’était senti happé par l’atmosphère plombante. Peu de gens étaient venus se recueillir dans le petit cimetière, il avait pu les détailler aisément, jusqu’au petit groupe d’enfants qui s’était tenu derrière le grillage, leurs regards fixes sur l’enterrement. Quand il s’était arrêté sur la silhouette d’une femme enveloppée de noir, il avait été pris d’un malaise. Dans ses habits de deuil de crêpe noir, la jeune femme semblait venir d’un autre temps. Le visage émacié, le teint blanc, elle paraissait malade. Aussitôt, il avait voulu lui venir en aide et avait demandé à son voisin l’identité de cette inconnue, mais apparemment, il avait été le seul à l’avoir vue.

Pour se rendre au manoir de la défunte, il avait dû prendre une carriole tirée par un cheval et surveiller les marées car ce n’était qu’à marée basse qu’on pouvait accéder à ce petit îlot coupé du monde. Sur place, il avait découvert une belle maison à la décoration désuète, suspendue dans une dimension intemporelle et poussiéreuse. Perdu dans ses contemplations et les liasses de papiers en tout genre, il n’avait pas vu le temps passer, et ce n’était qu’en entendant un bruit étrange qu’il s’était aperçu que le jour avait faibli.

En s’épanchant sur le papier, Arthur se souvient peu à peu de tous les détails et de ses impressions. Sa solitude, le vent, les mouettes, un sentiment d’abandon, la nuit… et le cri d’un enfant.

Il avait voulu partir à la rencontre de la carriole du taciturne Keckwick, et s’était vite perdu, obligé de faire demi-tour se mettre à l’abri dans la maison. Il avait eu la sensation qu’on l’observait, que quelqu’un le poursuivait et il avait eu la vision de la femme en noir dans le brouillard épais comme la poisse, ainsi que celle cauchemardesque d’un enfant qui se noie. C’est ce soir là qu’il avait perçu les premiers signes maléfiques et qu’il avait prié pour quitter cet endroit pour rentrer chez lui, avec une certitude bien ancrée que cette maison était hantée et qu’il était déjà prisonnier de sa malveillance.

Mais était-ce déjà trop tard ? Une fois que la Dame en noir apparaît, la malédiction s’abat. Les gens de Crythin Gifford le savaient bien, eux qui continuaient à pleurer leurs peines…

C’est avec une petite appréhension que j’ai commencé ma lecture. Les histoires fantastiques de fantômes et de damnation ne sont pas celles que je préfère ! Elles ont une dimension surnaturelle plus effroyable, certainement due à leur immatérialité. Avant même que l’auteur précise son intrigue gothique, on devine la malédiction et c’est avec angoisse qu’on suit sa progression. Les évènements s’annoncent petit à petit et font monter l’anxiété. Le grenier, le boudoir, la nurserie, le fauteuil à bascule, les portes closes qui s’ouvrent seules… tout est mis en scène d’une main de maître ! Rien d’original dans la trame, mais ça fonctionne, on a peur.
Ce n’est pas la première fois que je lis un roman de Susan Hill, deux lectures un peu décevantes qui n’ont rien à voir avec celle-ci qui m’a plu. Et dans les trois, l’auteur nous entraine dans des lieux isolés noyés par le brouillard, avec des nuits pour le théâtre de nos cauchemars, et des esprits qui pénètrent notre monde pour demander leurs tributs.
L’histoire a été adaptée au cinéma et au théâtre. Pour l’adaptation cinématographique avec Daniel Radcliffe dans le rôle d’Arthur, le scénario n’a de commun avec le livre que la toile de fond car ni le début, ni la fin sont semblables. Par contre, l’ambiance, les décors et les couleurs sont tels que je me les ai imaginés.

Une bonne histoire à lire un soir d’Halloween !

 

 

 

Le chien des Baskerville

3123380775Octobre en Halloween avec Hide et Lou
Des polars chez Sharon
Une lecture commune avec Belette qui a vu une adaptation télévisée et qui a lu le livre.

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le-chien-des-baskerville-699436Le chien des Baskerville
Arthur Conan Doyle

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Cette histoire est à lire par un après-midi pluvieux d’octobre, sous un plaid, dans le jour déclinant. Munissez-vous d’une tasse de thé ou d’un chocolat bien crémeux pour vous réconforter…

A Londres, le brouillard est épais et le vent d’octobre est froid. James Mortimer, un médecin de campagne, vient demander conseil à Sherlock Holmes qui se trouve en compagnie de son ami John Watson, au 21 Baker Street. Il introduit sa requête en louant les qualités du détective… « A un esprit féru de précision scientifique… Mais chacun reconnaît que vous êtes incomparable en tant qu’homme pratique ». Car l’affaire qui l’amène tient d’une chimère datant de 1742.

Installé dans le Devonshire depuis son mariage, Mortimer a eu pour patient et ami Sir Charles Baskerville, un baronnet qui a su rétablir la fortune de sa famille que des ancêtres avaient dilapidée. Propriétaire d’un manoir sis sur des hectares de landes, à sa mort, il laisse un bel héritage à un neveu Canadien. Les questions étant… Doit-il montrer à Henry les écrits qui narrent la légende des Baskerville et doit-il raconter l’étrange décès de son oncle Charles. Le vieil homme qui avait le cœur fragile est mort d’une crise cardiaque, la nuit, sur la lande boueuse. Il avait pour habitude le soir de se promener dans une allée d’ifs devant le manoir, mais Barrymore le majordome a retrouvé son corps dans une direction opposée. Un bohémien a témoigné qu’il avait entendu des cris et lorsque Mortimer a dû confirmer la mort, il a découvert sur le visage de son ami un rictus d’épouvante qui le défigurait ; à ses côtés, « des empreintes d’un chien gigantesque ».
La malédiction ! Sherlock Holmes convie Mortimer à lire le manuscrit relatant cette damnation qui se rattache aux Baskerville depuis des siècles… Hugo Baskerville était un être foncièrement méchant. Une nuit, après avoir enlevé une jeune paysanne pour lui faire subir des outrages, il a été retrouvé, égorgé par un chien monstrueux venu des enfers. Trois de ses amis qui l’accompagnaient avaient décrit la bête
et traumatisés, avaient perdu, l’un la vie, les deux autres leur raison ; « … immonde, une grosse bête noire, bâtie comme un chien, mais bien plus grande que n’importe quel chien… »

L’histoire est passionnante et inquiétante, un chien diabolique et une lande battue par les vents. Elle titille l’ardeur de Holmes qui commence à analyser les faits. Il propose à Mortimer de rencontrer Henry le lendemain et de ne rien lui dévoiler durant les vingt-quatre prochaines heures. Watson appelle cette phase indispensable à Holmes « l’intense concentration mentale ».
Ce ne sera alors que le lendemain dans la soirée que tous se retrouveront dans le salon du détective pour structurer l’enquête.
Holmes restera à Londres et Watson partira avec Henry Baskerville et James Mortimer dans le Dartmoor. Il lui écrira des rapports les plus détaillés possible.
« – L’endroit doit être sauvage.

– Oui. Si le diable désirait se mêler aux affaires humaines…
– Tiens ! Vous penchez maintenant pour une explication surnaturelle ?
– Les agents du diable peuvent être de chair et de sang, non ?… »

D’après les prémices de quelques petites investigations, Holmes peut déclarer que la nature du crime n’est pas si surnaturelle qu’on nous le laisse croire. Et il est à prévoir que le chien des Baskerville se manifestera encore…

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Cette enquête, de trame assez classique, est l’une de mes préférées. Même si Sherlock Holmes n’apparaît que vers la fin, on l’imagine tout au long de la lecture, dans l’ombre de Watson, prêt à intervenir. L’ambiance et les décors rendent l’histoire captivante. Les landes sauvages et rudes sous des cieux automnaux, des nuits funèbres, des cris perçants d’oiseaux de proie, et beaucoup de solitude. La nuit dans le manoir, Watson guette le moindre bruit, la moindre lueur, et nous de même ! Tout le monde semble suspect et on attend avec impatience de lire le moment où la bête sortira de son trou. Superstition, crédulité, vieille légende, monstre diabolique et être despotique inspirent les criminels. Je précise que même Holmes aura des frissons de peur…
Il me semble qu’Agatha Christie s’est inspirée de certaines scènes pour étoffer une des enquêtes de Poirot. Un tableau, une ressemblance, nous rapprochent  du dénouement.
Une très bonne histoire que je vous conseille !

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Adaptation cinématographique

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