Le rituel

Challenge thrillers de Sharon
Halloween à Poudlard avec Hilde et 
Lou
Billet n°10

 

 

Le rituel
Adam Nevill

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La trentaine passée, Luke, Dom, Phil et Hutch, quatre amis de longue date, ont décidé de se retrouver pour une randonnée de trois jours dans la vallée de Maskoskarsa, en Suède. Mais dans la forêt dense et sombre, sous une pluie drue, le dynamisme enjoué et potache qui était le leur au début du périple, se gâte rapidement lorsque Dom et Phil se blessent. Moins sportifs et plus massifs que les deux autres, ils contraignent Luke, élu chef du quatuor, à modifier leur itinéraire et à abréger leur équipée.
Le nouveau chemin qu’ils empruntent étant aussi rude, sinon plus, et la pluie ne facilitant pas leur avancée, l’ambiance entre eux devient électrique et la forêt, véritable forteresse, se présente de plus en plus inhospitalière. A la tension cauchemardesque qui se profile, s’ajoute des années d’amertume et d’aigreur pour chacun d’entre eux. C’est en cheminant misérablement vers la nuit à la recherche d’un coin pour planter leurs tentes, qu’ils découvrent au dessus de leurs têtes, suspendue à une branche, la grande carcasse d’un animal dépouillé de ses chairs. L’horrible scène est saisissante et leste un peu plus le moral de la troupe qui s’oblige à avancer. Perdus et ne pouvant plus faire demi-tour, les amis continuent malgré la terrible image qui les hante et les questions qu’ils ne cessent de se poser. Qu’elle était cette créature et qui a fait ça ?
L’angoisse monte crescendo quand ils perçoivent à tour de rôle, une forme qui semble les suivre et les surveiller. Lorsqu’ils voient au bout du chemin une petite maison abandonnée, les avis sont une fois de plus divisés ; Luke réticent ne souhaite pas rentrer et les trois autres se bousculent pour se mettre à l’abri sans se préoccuper de l’effraction. Mais qu’auraient-ils pu faire d’autre ?

A l’intérieur c’est noir, très noir, plein d’inscriptions runiques et sataniques, de crânes d’animaux et de crucifix. A l’étage dans le grenier, un autel ou un cercueil, des squelettes et un monstrueux bouc momifié.
A l’extérieur c’est noir aussi et derrière les échos de l’orage, des cris perçants annoncent que leur aventure ne fait que commencer. « La folie guette ceux qui font désormais partis du Rituel »…

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« Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas, si le loup y était, il nous mangerait… ». L’auteur qui s’est spécialisé dans les romans d’horreur, a divisé en deux parties son histoire en lui donnant une part fantastique et une part plus concrète. L’une et l’autre suscitent l’effroi et content les vieilles croyances païennes des Vikings et les adorateurs de Satan.
Violent et angoissant, le récit s’implante dans un paysage sauvage et grandiose. On s’écarte du chemin balisé pour pénétrer dans un territoire indompté. La nuit et la pluie accentuent l’hostilité de la nature. La fatigue intensifie les ressentiments et les jalousies des quatre amis. Sur le parcours, les runes antiques gravées dans les pierres délimitent les frontières. Et des charniers exposent toute la monstruosité du scénario. Ainsi la première partie introduit l’histoire qui va s’étendre sur une deuxième partie plus délirante, schizophrène et sanglante. On encaisse et on ne réfléchit plus !

J’ai bien aimé cette lecture, et éventuellement je pourrais la suggérer pour une nuit d’Halloween, mais je reste réservée sur la deuxième partie qui est un peu assommante et poussive.
Ce roman a eu le Prix British Fantasy du meilleur roman d’horreur en 2012.

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Parc national de Muddus

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Du danger de perdre patience en faisant son plein d’essence

du danger de perdre patience en faisant son plein d'essenceDu danger de perdre patience en faisant son plein d’essence
Pascal Martin

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« Du danger de perdre patience »… Parfois, on imagine avoir dans la tête deux consciences qui régissent nos actions. Il y a le gentil Jiminy Cricket, sorte de maître Yoda plein de sagesse, et l’autre, le diablotin malicieux qui sautille et qui nous incite à quelques folies. Ainsi commence la rocambolesque histoire de Victor Cobus, un stratège de la finance, trader et écrivain de polars, qui, après avoir fait le plein d’essence de son luxueux Defender, a commis une terrible imprudence !

La scène… Le soir, une station essence, Cobus vient de payer son plein, il s’engage pour partir et est stoppé net dans son élan par une Porsche Carrera mal garée. Une ou deux secondes après, le voilà qu’il commence à s’impatienter… il fait un petit pouet avec son klaxon. Aucune réaction. La Porsche et un taxi sont en conversation, ils l’ignorent… Un deuxième pouet plus affirmé retentit sans les déranger… C’est à ce moment précis, que le petit démon se réveille… Cobus, transformé, appuie fougueusement sur l’avertisseur en provoquant les deux hommes et son destin…

« – J’ai bloqué ma main sur le klaxon.
Le type qui faisait face au chauffeur de taxi s’est retourné et m’a adressé un geste plein de morgue agacée. Il était noir, grand, massif. Il m’a semblé voir luire dans la lumière des phares les éclats d’une chaîne en or autour du cou.
Je me suis mis à tambouriner sur mon klaxon.
C’est alors que j’ai vu un type sortir de la Porsche, côté passager.
Il était jeune, crâne rasé. Son teint était si pâle qu’on aurait cru à l’apparition d’un mort vivant. Il était vêtu d’une veste en cuir sombre. Il est venu vers moi. J’ai enlevé ma main du klaxon. Je me suis composé un visage souriant et j’ai actionné l’ouverture électrique de ma vitre. Il m’a apostrophé.
– Qu’est-ce que tu nous sonnes avec ta trompette, bouffon ?
La colère révulsait ses traits. Les yeux lui sortaient de la tête. Ce type me donnait l’impression d’avoir fumé dix tonnes de crack en une seule pipe. J’ai temporisé.
– Si vous pouviez demander à votre ami d’avancer un peu, ne serait-ce que d’un mètre, ça me permettrait de passer. A moins que vous puissiez vous-même prendre le volant.
– J’ai pas mon permis.
– Alors…
– Alors ? Tu vois pas qu’ils tapent la discute ?
– Si je le vois bien, mais…
– Alors qu’est-ce que tu klaxonnes, connard, avec ton quat’quat de merde ?
– Je suis un peu pressé et… « 

Il aurait pu se la jouer modeste, mais son diablotin est à la fête. Cobus, complètement irresponsable, allume encore plus son public et fonce avec sa voiture bélier dans le tas. Le noir costaud pointe une arme et… et… tout s’enraye dans une incroyable aliénation.

« Le superbe appartement dans le XVIè, la villa à Deauville, le chalet à Chamonix, coke et whisky à gogo, avalanche de filles « bombesques »… », adieu tout cela ! Cobus se retrouve rapidement en garde à vue, bon pour la prison, accusé d’avoir sciemment renversé Mr. Ouatara et d’avoir fui. Le scénario de la légitime défense s’effondre car on n’a pas retrouvé l’arme. De plus, les témoignages ne le servent pas, ni sa personnalité de trader-romancier, et, cerise sur le gâteau, le juge chargé de l’affaire éprouve de la compassion pour le jeune homme hospitalisé qui passera certainement sa vie en fauteuil roulant. Ça fait beaucoup pour une soirée ! un véritable cauchemar !

Fleury-Mérogis, à chaque sas, « Porte ! », des cris, des insultes des autres détenus, des menaces, « Porte ! », oui surveillant, merci surveillant, « Porte ! ». Cobus reçoit les consignes de ce monde à part. Si on l’intègre dans une cellule à un lit, quartier des homos, c’est que son CV intéresse le gardien chef. On lui propose de lui adoucir l’existence, à l’écart des autres, s’il fait fructifier leurs économies qui s’élèvent à 31.230 euros. On le prévient également que Sid Juvenal, le caïd de la prison et grand ami de Ouatara, a des vues sur lui. La tractation est aussitôt topée ! Cobus demande et se crée une salle des marchés avec un ordinateur, un téléviseur branché à la chaîne BFM Business et un portable relié à l’international. Il fera tout son possible pour les satisfaire… c’est une question de survie.

Nanti d’un avocat issu des banlieues, d’une clique de surveillants « bienveillants », d’une petite-amie qui fantasme sur son incarcération, d’un père milliardaire tortueux, « guigné » par les taulards, torturé par les courbes du CAC 40 qui dégringolent… Cobus continue à suivre son instinct avec une morgue qui en agace plus d’un !

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Explosif ! ce livre, qui est le premier de la série « Le monde selon Cobus », maintient captif le lecteur. Fou, flippant, d’un humour noir et corrosif, l’auteur modèle Cobus tout au long du livre. Le trader antipathique mue et arrive à ressembler à son personnage de fiction, Jack Wallace. En prison, le diablotin s’exprime pleinement, il est parfois sans limite ! C’est jouissif (même s’il fait peur).
Un début disjoncté, une ambiance carcérale angoissante, claustrophobe, bestiale (bien documentée), une fin qui est une renaissance, des dialogues rythmés, rock, schizophrènes, azimutés, avec un peu d’humanité, des personnages stéréotypés mais intéressants, certains attachants, qu’on aimerait retrouver dans le deuxième volet… cette lecture fut très divertissante.
(Divertissante… mais l’empreinte qui me reste, c’est la vie en prison ; une horreur. Pascal Martin est journaliste d’investigation, alors je pense qu’il a été honnête et que la représentation qu’il a donnée n’est pas une caricature.)

Je vous recommande ce livre !

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D’autres billets chez Alice,

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