L’Elue

l'ElueL’Elue
Lois Lowry

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Kira qui était orpheline de père, vient de perdre sa maman, et son kot, sa maison, a brûlé avec toutes ses possessions. Handicapée depuis sa naissance d’une jambe difforme, personne ne veut l’accueillir et presque tous désirent l’envoyer dans la forêt où elle sera dévorée par des bêtes féroces ; hors des limites, nul n’ose s’y aventurer, sauf les chasseurs pour ramener du gibier. Ce monde, régi par un conseil de douze hommes qui établissent des règles strictes, élimine les faibles de la communauté, une société construite après la Catastrophe. Chacun a sa place et celle de Kira était auprès de sa mère dans l’atelier de tissage où elle excellait dans son rôle d’ouvrière.
Convoquée au Palais du Conseil, seul vestige des anciens temps, Kira se retrouve devant les douze Seigneurs en tant qu’accusée. A ses côtés, Vandara l’accusatrice convoite ses terres. La malformée subit le jugement avec beaucoup de dignité et pour ne pas contrarier les Sages, elle accepte un défenseur en la personne de Jamison, un homme de la génération de son père.
Tout en reconnaissant son statut d’orpheline et d’handicapée, Jamison informe l’assemblée du don de Kira. Elle produit un tissage et des broderies d’une qualité exceptionnelle comme on n’en a jamais vu jusqu’à aujourd’hui. Son travail n’est pas simplement d’une finesse absolue, il est magique. L’étoffe vit, se remplit de lumière, danse, évoque des histoires…

Sauvée… Grâce à son don, Kira est épargnée. Jamison la prend sous sa tutelle, l’installe dans une chambre spacieuse du palais, riche d’un confort qu’elle n’a jamais connu, et lui confie une tâche. Pour débuter, on lui remet un ouvrage d’une rare préciosité. Elle le connait bien pour l’avoir vu tous les ans entre les mains de sa mère. C’est la robe du Chanteur qui raconte la genèse de son peuple avant la Catastrophe. La restauration des vieux fils passe aussi par l’élaboration d’écheveaux. La teinture est un art qu’elle ne maîtrise pas tout à fait et c’est chez Annabella, une vieille femme, qu’elle va poursuivre son apprentissage, à l’élaboration d’un jardin de couleurs ; entre fleurs et racines.

Voisin mitoyen de sa chambre, elle fait la connaissance de Thomas, un garçon de son âge doué pour la sculpture, qui passe son temps à produire des pièces de remarquables factures. Orfèvre talentueux, lui aussi entretient une parure du Chanteur ; sa canne.
Kira ne pouvait rêver d’avenir plus enchanteur ! Surtout lorsque Jamison autorise Matt et son chien Branch à s’installer avec elle. Matt est le frère qu’elle aurait aimé avoir, un gosse débrouillard, fidèle, qui joue a être son chevalier protecteur.
Retracer les dessins érodés, insuffler encore du nerf au tissage, n’est pas le seul objectif qu’on lui destine, et quand l’énigmatique Jamison lui en parle, transfiguré, elle en ressent toute l’exaltation. Elle va devoir écrire leur avenir. Sur un pan de la robe, vierge de toute trace, elle va entreprendre la vision de leur monde ; l’actuelle et la future.

Chez Annabella, Kira se passionne pour la science des teintes dont une est difficile à trouver, le volubilis qui donne le bleu. Matt s’engage alors à le lui trouver et quitte l’enceinte protégée pour s’aventurer dans la forêt. Inquiète, Annabella cherche l’amitié de Thomas et échange avec lui des confidences. C’est lors d’un de leurs rendez-vous nocturnes qu’ils perçoivent les pleurs d’un enfant dans les sous-sols du palais…

Pourquoi enferme-ton un enfant ? Quelle est cette malédiction qui semble frapper les enfants dotés d’un talent particulier ? Et si le palais n’était qu’une prison ? En cherchant des réponses à ses questions, Kira découvrira des secrets bien enfouis et la cruauté des Seigneurs qui les dirigent.

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Ce livre est le deuxième tome d’une tétralogie dystopique qui débute avec « Le Passeur ». L’auteur a imaginé un monde reconstruit après une apocalypse, qui subit la dictature des castes dirigeantes et honore la mémoire des anciens temps. Aucune faiblesse n’y est admise, le savoir n’est que parcimonieusement offert. Dans cette histoire, Kira ne sait pas lire et son univers ressemble à un royaume moyenâgeux avec sa société féodale. Si dans le premier tome les émotions n’étaient pas admises, dans cette suite (qui n’en est pas une), l’amitié, l’amour et la fraternité sont des sentiments tolérés. Moins angoissant que le précédent, mais tout aussi mystérieux, le scénario est plus subtil, moins dramatique, et laisse dans sa fin un espoir d’une vie différente. Alors que Jonas était seul, Kira a deux amis, on ne ressent donc pas le poids de la solitude.
« L’élue » est une belle histoire servie par des personnages très intéressants, ambigus, fourbes pour certains, courageux, intègres pour d’autres. L’intelligence de Kira est sa force, c’est ce qui lui permettra d’affronter les desseins les plus noirs. Au jeu des stratégies et des faux-semblants, elle vaincra.
De Jonas à Kira, on peut penser qu’ils vivent dans des communautés voisines et qu’un jour ils se rencontreront… Leurs mondes sont parallèles, communs, et les frontières pas si infranchissables.
Je vous recommande ce livre de la littérature jeunesse qui fut un plaisir de lecture et je me plonge prochainement dans la suite, « Le Messager ».

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Le passeur

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Lois Lowry

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Jonas est un jeune garçon de douze ans qui va bientôt célébrer la cérémonie de décembre avec ses amis Asher et Fiona. Dans leur communauté, c’est à cet âge qu’on leur attribue leur véritable fonction qui définira leur vie. L’étape n’est pas sans inquiétude car c’est aussi un adieu à l’insouciance et à l’indépendance des jeunes années.
Dans sa famille, on se demande bien quel statut on va lui attribuer… Son père est nourricier et sa mère a un poste à la justice. Quant à sa sœur Lily, elle est encore bien petite. Ses seules préoccupations sont les études et savoir bien attacher ses cheveux.
Le jour de la célébration, Jonas a la surprise de recevoir la plus haute charge de la communauté. Il sera le dépositaire de la mémoire, un Passeur, car il possède  les quatre qualités requises ; intelligence, intégrité, courage et sagesse.

Le Passeur est l’homme qui détient le savoir du monde ancien, celui qui existait avant le contrôle climatique. Il est le seul car dans le monde actuel, nommé aussi « Identique », personne n’est au courant de cette forme de vie. Ce monde est aseptisé, sans couleurs, sans émotions, divisé en castes, avec des cellules familiales d’un masculin, d’un féminin et de deux enfants, c’est aussi un univers qui ne tolère aucune faiblesse. Lorsqu’on est déficient, lorsqu’on commet une faute impardonnable, on est « élargi » et le terme n’est pas anodin. Tout cela, Jonas le reçoit par le Passeur quand il pose ses mains sur lui. Le fluide passe avec des images et des sensations surprenantes, inconnues, qu’il doit conserver et taire. Il apprend également à dissimuler, il apprend surtout que ses parents sont les premiers à le faire, à mentir.
La complicité avec le Passeur est immédiate. Jonas essaie de le soulager de ses douleurs et des noirceurs qu’il a emmagasinées, mais le vieil homme commence par lui offrir les belles choses des temps passés, la neige, des animaux, des instants heureux en famille, le nom des couleurs, le bonheur, l’amour, la liberté, avant de lui montrer la peur, les guerres, la souffrance et la sauvagerie des hommes. C’est enivrant  et si déchirant !

Alors un jour, lorsque ses parents lui apprennent que Gabriel, l’enfant qu’ils élèvent depuis sa naissance, va être élargi, Jonas s’insurge et décide de fuir leur communauté avec ce frère de cœur. Il va partir à la recherche d’un « Ailleurs »…

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J’ai beaucoup aimé cette dystopie qui révèle un monde sans pitié. La cruauté est dans l’absence des sentiments et le contrôle despotique de la société. Tout bien ordonné, propre, sans faille, avec une petite pilule pour annihiler les émotions, on découvre petit à petit l’inhumanité des programmes et la frigidité de chacun.
Jonas est un enfant différent qui se distingue par ses réflexions et sa sensibilité. Les Sages ont vu juste, il est un esprit brillant et téméraire. Son apprentissage avec le Passeur va stimuler son désir d’émancipation ; vivre un monde vrai et pas seulement le rêver.
Une belle histoire, émouvante, que je vous conseille. Elle est la première d’une série. Il me reste à lire « L’élue », « Messager » et « Le Fils ».

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the giver

Film The giver
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Dimanche chez les Minton

dimanche chez les mintonDimanche chez les Minton
et autres nouvelles
Sylvia Plath

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Sylvia Plath était poétesse, mais elle a également écrit un roman et quelques nouvelles. Cette édition est titrée « Dimanche chez les Minton », une nouvelle qui ne commence pas le livre, mais qui le termine.

Le cinquante-neuvième ours

Sadie et Norton passent leurs vacances dans le parc de la Grande Boucle. Pour animer leur parcours, ils ont décidé de compter les ours qu’ils croiseront durant leur séjour. Sadie donne son chiffre fétiche, le cinquante-neuf. Pour elle, tout est cinquante neuf. Norton lance au hasard, soixante et onze.
Norton a une migraine et se lasse de ce séjour, mais pour faire plaisir à sa femme, il est prêt à faire toutes les compromissions. Sadie est fragile, il ne faut pas la perturber.
Ils dressent le campement, se prépare pour leur dernière nuit, ils ont déjà compté cinquante-huit ours…

La boîte à souhaits

Agnès Higgins en veut à son mari de rêver toutes les nuits, elle en est même très jalouse. Tous les matins, il prend son petit-déjeuner avec le sourire et lui raconte des rêves passionnants. Il est concertiste, poète, il fait des voyages, rencontre des animaux sauvages…
Comment fait-il ? Agnès n’a pas la faculté de rêver et elle voudrait apprendre. D’après son mari, il suffirait qu’elle s’abandonne, qu’elle s’imagine une histoire avec des images… mais est-ce si simple ?
A force d’essayer, Agnès angoisse. Le pays des rêves semble être inaccessible. Y aurait-il un autre chemin ?

Le jour où Mr Prescott est mort

Le vieux Mr Prescott est décédé. Par sympathie pour la famille et la jeune veuve, une mère emmène sa fille à la veillée et lui explique comment elle doit se comporter. Il faut compatir, montrer son chagrin, même si on ne ressent que de l’indifférence.
Il y a des manières à respecter, ce sont les règles !

Superman et la nouvelle tenue de Paula Brown

C’est le début de la guerre en Europe. Une petite fille aimerait bien que Superman son héros arrête tout cela. Le monde est cruel, même ses copains de classe, Paula, Jimmy et Sheldon sont décevants !
Ainsi va le monde hors des livres et des films.
« Je restai allongée, seule, dans mon lit, avec le sentiment que l’ombre noire rampait sous le monde comme une marée. Rien ne tenait, rien n’y échappait. Les avions argentés et les capes bleues se dissipèrent et s’évanouirent, effacés comme les dessins maladroits d’un enfant à la craie de couleur sur le gigantesque tableau noir des ténèbres. C’est cette année-là que la guerre commença, et le vrai monde, et la différence. »

Dimanche chez les Minton

Un couple de retraités marche sur la promenade qui borde l’océan. Ils ne sont pas mari et femme, mais frère et sœur, Henry et Elizabeth Minton.
Elizabeth est revenu dans la belle maison familiale. Elle sert Henry et dans chacun de ses gestes dévoués, elle revoit sa mère. Sa nature douce, bonne, rêveuse, est à l’opposé de celle de son frère qui est très individualiste et autoritaire.
Elizabeth aime voir les choses avec poésie et ses pensées sont fantasques. La répétition toute mécanique du quotidien s’égaie ainsi et se libère de ses lourdeurs.
En ce jour de balade, l’océan est agité. Elle dit à Henry que la tempête est proche. Il ironise, il est toujours prompt à la moquerie avec elle ! Ils s’accoudent à une rambarde au dessus d’un flux bouillonnant… un scénario s’immisce dans l’esprit d’Elizabeth…

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Comme pour Virginia Woolf et Edgar Allan Poe, des lectures récentes, je retrouve dans les histoires de Sylvia Plath ses névroses et la mort.
Elle raconte avec subtilité l’envers d’un décors de convenances où la société joue des rôles d’hypocrites, d’imposteurs, de fourbes… La femme est prisonnière d’une cellule domestique qui rend sa vie médiocre. Les évasions ne se font pas toujours par l’esprit ou par d’autres expédients salutaires, elles ont aussi un goût autodestructeur.
Dans l’ordre de ces nouvelles, on lit la démence, la quête du rêve, l’apprentissage de la bienséance, le désenchantement et l’abandon dans l’imagination. De toutes, c’est la dernière qui me plaît le plus. S’accorder dans le réel, une bulle d’imaginaire. Fantasque et sensible, elle ne blesse personne. Secrètes, les pensées se parent de toutes les fantaisies, voient la délicatesse des choses, des légèretés et des mondes mystérieux.
Malgré les caractères dépressifs et morbides des histoires, on lit les chimères et la poésie de Sylvia Plath avec beaucoup de plaisir.

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Edward Hopper

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Petite discussion avec une momie et autres histoires extraordinaires

.logohalloween13« Classique » de Stéphie, « XIX siècle » de Fanny et Kheira,
« Halloween » de Lou et Hilde, Le mois américain avec Noctenbule

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.petite discussion avec une momiePetite discussion avec une momie
et autres histoires extraordinaires
Edgar Allan Poe

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Les nouvelles ont été traduites en France par Charles Baudelaire en 1848, un an avant la mort de l’écrivain.
Dans ce recueil, trois nouvelles extraites des Histoires extraordinaires nous sont proposées.

« Petite discussion avec une momie », éditée en 1845

Un soir, le narrateur est convié par son ami le docteur Ponnonner à une étrange cérémonie. Seul un petit groupe de privilégiés féru d’égyptologie assistera à la mise à nue d’une momie qui avait été ramenée de Libye par le capitaine Sabretash, huit ans auparavant.
Allamistakeo est écrit en caractères hiéroglyphiques dans une cartouche, sur l’enveloppe cartonnée qui la protège.
Après avoir délicatement enlevé les différentes couches, le corps momifié se découvre sans ses bandelettes. Sa conservation est parfaite et le regard orné de billes bleues en verre amène une âme.
La dissection est l’ébauche suivante, lorsque le groupe décide de reporter leur exploration à la nuit du lendemain. Mais avant de partir, l’idée farfelue de projeter de l’électricité dans le corps amuse la troupe.
Si les rires potaches ponctuent l’examen, bientôt la terreur tétanisera ces légistes en herbe…

« … Quant aux autres personnes de la société, elles ne firent vraiment aucun effort pour cacher leur naïve terreur. Le docteur Ponnonner était un homme à faire pitié. M. Gliddon, par je ne sais quel procédé particulier, s’était rendu invisible. Je présume que M. Silk Buckingham n’aura pas l’audace de nier qu’il ne se soit fourré à quatre pattes sous la table. »

« Le puits et le pendule », éditée en 1843

Tolède durant la guerre de 1808,
Le calvaire d’un supplicié qui face à ses bourreaux en bure, voit son esprit s’échapper. Les tortures annihilent toute sensation jusqu’à ce qu’il se réveille dans une cellule noire. Il décrit ses souffrances, les errances de l’esprit, sa prison, les rats, les liens qui l’entravent, la mort et un bout d’espérance. Lorsqu’il y a vie, il y a croyance.
L’inquisition déborde d’imagination et retarde le trépas…

« Le roi Peste », éditée en 1835

Londres sous le règne d’Edouard III,
Deux marins, Legs et Hugh, descendent de leur goélette pour étancher leurs plaisirs. A la taverne « Au Joyeux Loup de mer », la bière coule et les enivre. Leurs délires éthyliques et les talonnements de la tenancière furibonde qui n’a pas été payée, les propulsent dans les ruelles qu’ils sillonnent sans connaissance. Le long de la Tamise, certains quartiers sont vidés et condamnés à cause de la peste, et presque malgré eux, leur fuite les mène vers un dépôt de pompes funèbres. L’endroit est une cour des miracles avec ses personnages disgraciés. La représentation et ses décors, offrent une scène macabre que les deux lascars trouvent grotesque. La mort y est sublimée.
De ce minuscule royaume, tous se présentent, Roi Peste, Reine Peste, Archiduc Pest-Ifère, Archiduchesse Ana-Peste, Duc Pest-Ilentiel, Duc Tem-Pestueux… et les invitent à leur table pour trinquer à leur véritable monarque : la Mort.
Legs et Hugh ne peuvent que satisfaire leurs hôtes, sans se douter du jeu qui se trame, avec une seule finalité…

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Dans ses nouvelles, Edgar Allan Poe semble être fasciné par la mort bien plus que par la peur, qu’il gausse et ironise. Il imagine des dimensions qui ne sont pas toutes fantastiques comme celle de la momie. Certaines sont le théâtre de la misère, des guerres, de la folie, qui parcourent le monde et voyagent de siècle en siècle. Récits cauchemardesques, ils sont des images de nos songes les plus terribles. Illusion de succomber par étouffement, noyade, murs qui bougent et qui se resserrent, mangé par des rats, la maladie… fuir, toujours courir, être rattrapé…
La première histoire a un humour malicieux, mais la fin n’est pas des plus heureuses même si l’échappatoire plaît au narrateur.
La deuxième raconte le martyr, les tortures. L’esprit prend alors l’ascendant sur le corps en souffrance et l’espoir ressurgit.
La troisième tire du conte, une allégorie comme le souligne l’auteur. La farce sinistre et extravagante renvoie à d’autres obsessions liées à la maladie et à la Faucheuse.
Certains démontrent par l’analyse de ces nouvelles, toutes les hantises de Poe. On le dit (Marie Bonaparte sur Wiki) poursuivi par ses délires, par les décès qui l’ont entouré, l’alcool, les drogues, le suicide et la neurasthénie.

Des histoires à lire de nuit pour quelques frissons…
J’ai aimé !

Des liens chez Mango,

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momie.
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