Les malheurs de Sophie

Les malheurs de Sophie
La comtesse de Ségur

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« A ma petite fille, Elisabeth Fresneau
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Chère enfant, tu me dis souvent : « Oh ! grand-mère, que je vous aime ! vous êtes si
bonne ! » Grand-mère n’a pas toujours été bonne, et il y a bien des enfants qui ont été méchants comme elle et qui se sont corrigés comme elle. Voici des histoires vraies d’une petite fille que grand-mère a beaucoup connue dans son enfance ; elle était colère, elle est devenue douce ; elle était gourmande, elle est devenue sobre ; elle était menteuse, elle est devenue sincère ; elle était voleuse, elle est devenue honnête ; enfin, elle était méchante, elle est devenue bonne. Grand-mère a tâché de faire de même. Faites comme elle, mes chers petits-enfants ; cela vous sera facile, à vous qui n’avez pas tous les défauts de Sophie.

Comtesse de Ségur, née Rostopchine »

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Au XIXème siècle, dans une belle demeure, près de Paris, vivait la famille Réan. Monsieur et Madame avait une petite fille qui s’appelait Sophie. Cette demoiselle de quatre ans, avait pour amis son brave cousin Paul, Camille et Madeleine, deux petites filles, modèles de gentillesse et de pondération.

Dans cette campagne, Sophie est libre et tout l’inspire. Petit bout de choux, elle est très curieuse, téméraire et très souvent imprudente. Elle accumule les bêtises et appréhende la vie avec fougue et sans réserve. Tel un petit général, elle domine son petit monde et le conduit avec autoritarisme vers les pires turpitudes !
Choyée, gâtée, Sophie est réprimandée sans brutalité et avec beaucoup d’humanité. A chaque incartade, une morale. Sa mère est une personne bonne, juste et patiente.

Sophie a très peu de pitié. Elle fait subir des avanies à ses poupées, puis les enterre. Sans trop se poser de questions, elle dissèque des poissons, noie une tortue, éperonne avec des aiguilles un âne, décapite une abeille… empoisonne ses petits camarades dans une caricature de thé-party et écorche les belles joues roses de Paul. A tous ces outrages, nous pouvons adjoindre d’autres frasques vicieuses… elle est aussi colérique, capricieuse et roublarde. Attirée par les belles choses, elle convoite le beau et le brillant et telle une pie, elle le vole. Gourmande, elle s’empiffre avec gloutonnerie jusqu’à l’écœurement et se rend malade.
Parfois, avant de commettre l’irréparable, Sophie a conscience de mal agir, mais un petit diablotin l’incite à la faute et remporte le duel.

Petite chipie, elle peut être aussi attachante et câline. Elle aime les gens qui l’entourent, ses parents, son cousin, sa tante, Lucie la bonne… et ne voudrait surtout pas se séparer d’eux.
Elle a beaucoup de chance d’avoir pour compagnon de jeu, Paul. Il l’assiste dans ses aventures mais reste, pour sa cousine, la voix de la sagesse et de la raison. Bien souvent, il la réconforte, l’apaise, la freine dans ses élans de friponne et l’encourage à avouer son erreur car…

« Faute avouée est à moitié pardonnée »

La Comtesse de Ségur a écrit cette histoire pour ses petites-filles. Enfant turbulente, elle retourne avec nostalgie dans sa prime jeunesse et relate ses catastrophes en épisodes. Dans une lettre adressée à Elisabeth, elle tient à préciser que les défauts de Sophie ne sont pas incurables et qu’avec effort et volonté, ils peuvent s’atténuer ; un caractère peut toujours s’améliorer. Rien n’est irrémédiable.
Un livre à lire aux petites filles en âge de comprendre…
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